Brouky, le beau rouquin

Posté par nellieguil le 6 février 2010

Il était une fois….mon conte de fée à moi, Brouky, le beau Rouky, le

beau rouquin.

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Avant mon séjour forcé dans la cage de la déchetterie d’une commune normande, j’étais, voyons voir ! j’ai peine à me souvenir ! Une crise d’amnésie canine précoce m’empêchant d’évoquer ma jeunesse, mon âge, ma maman, ma résidence, mes mets préférés ou bien les coups de pieds au cul et l’infâme pitance quotidienne ! J’étais peut-être chien de rues d’un pauvre SDF conduit un jour en prison après une rixe alcoolisée ou l’absorption abusive d’herbe illégale. Voyant l’affaire tourner mal, le pauvre gars m’aurait brusquement poussé vers les portes de la liberté, que j’ai empruntées sans hésiter !

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Après plusieurs journées et nuitées d’errance, j'ai été apostrophé par un quidam auquel je n’ai pu présenter mon laissez-passer. Sans autre forme de procès, on m’a jeté dans cette cage, déjà occupée par deux détenus qui, au petit matin du lendemain, ont disparu de mon horizon après la visite du vétérinaire et de sa seringue. rouckyderrirelesbarreaux.jpgDifficile de marcher au milieu de nos déchets naturels dans un si petit  endroit !

Seul donc, je me suis retrouvé, passant mes heures à attendre l’arrivée d’une remorque d’ordures ménagères, d’une camionnette de déchets végétaux ou d’une petite cylindrée au coffre entr’ouvert, débordant d’objets usagés. A attendre une éventuelle caresse d'un des conducteurs de ces engins, ou du gardien, à chaque nettoyage du triste logis ou remplissage de la gamelle. A vrai dire, j’avais une folle envie de sortir, de quitter ces sinistres lieux, cruellement dénués d’humanité animale.

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Jusqu’au jour où elle est apparue, m’extirpant, chaque après-midi ouvré, pendant un mois et demi, de l’endroit maudit,  pour une promenade à travers chemins creux et petites routes proches de la déchetterie.

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A partir de cet instant, ma mémoire est intacte. La poigne nécessaire au gardien pour me passer le collier, la fougue avec laquelle je me précipitais vers la grille de sortie, la longue laisse à laquelle je refusais le mou… Et le premier arrêt sur l’herbe, à me soulager de cette bouffe de croquettes, seul plaisir de l’enfermement, la longue station à laper l’eau boueuse du creux du talus, pour me purifier des miasmes de l’ennui, et l’incessant tir à la laisse, toujours tendue, vers une nouvelle liberté. Nous traversions un stade, sur le parcours. Lancée en l’air, une bouteille plastique à eau traînant près d’un but, faisait office de ballon. Un jeu que j’apprécie particulièrement, ce lancer d’objets de toutes sortes (morceaux de bois courts, longs, légers, lourds, frais, pourris…., os en plastique, boules de neige plus rarement, galets, petits cailloux….). Je suis, depuis toujours, fan de cette activité. Ca, j’en suis sûr !

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A en être collant, super collant ! Et vous, c’est quoi, votre passion, celle qui énerve votre entourage, celle à cause de laquelle vous oubliez tout le reste ?

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J’aimais approcher de la grand route. Peut-être m’évoquait-elle la voie de la Liberté ! Puis retour vers les grilles et d’abord le stade avec arrêt émotion sur les gradins. Pour souffler un peu, après cette heure à tirer sur la laisse. Puis parce que j’étais enfin près d’elle. Assis, sage, à me laisser caresser tête et dos, à m’entendre dire des mots gentils…. J’oubliais tout, c’était le paradis ! Nous passions de longues minutes à échanger des mots, des regards, un souffle d’air, des litanies de regrets, de projets, de cris d’injustice… et à laisser couler quelques larmes. Avant le retour en enfer ! Les premières fois, je me contentais de la regarder partir sans comprendre. Puis tout s’est éclairci !

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La séparation, une fois chaque ballade suivante accomplie, m’est devenue insoutenable. J’aboyais encore longtemps après son départ.

On m’a trouvé une famille d’accueil : deux petits vieux que j’ai vite effrayés par ma fougue et ma prestance et qui m’ont ramené à la cage : trop fougueux, trop jeune, trop rapide !

Et elle, pourquoi ne voulait-elle pas de moi chez elle ?

J’ai alors su que deux autres infortunés avaient trouvé refuge à son domicile, sortis in extremis de cette cage de malheur ! Avec le Labrador familial, je serais le quatrième. Mais son mari ne voulait compter qu’à trois, en calcul chien. Comment faire ?

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J’ai alors rendu visite au mari. Qui m'a trouvé fort beau !

“Enfin, cinq chiens ? Tu n'y penses pas ! Quelqu'un va bien l'adopter !”

Tout dépité et inquiet quant à mon avenir menacé, j'ai regagné la geole.

“C'est complet !” a annoncé le gardien. “On va l'attacher  en dehors de la cage avant de trouver une solution !”

Le téléphone au véto puis la piqûre pour qui, pour eux ou pour moi ?

Pris de cafard, je l'ai suppliée des yeux, elle qui se sauvait, les yeux enlarmoyés.

Ni l'un ni l'autre n'avons guère dormi la nuit suivante !

Dès le lendemain matin,  c'était un samedi, un harnais et une laisse à la main, elle est arrivée, souriante et légère !

 C'était le début de ma nouvelle vie !

 Depuis ce jour, nous six, nous portons bien. Elle et Lui, Speed le Labrador, Nana Long Nez, la petite noire pas facile à friser, Scottish, le bon gars sympa et moi qui essaie d'être sage….

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BigMa et moi, assoupis.                        Zoé et encore moi, en sieste. 

Trois bretonnes, déjà âgées, sont venues nous rejoindre. Ce soir du 26 janvier 2010, assoupi sur la confortable banquette de la salle à manger, je pense à mes jours de galère et à tous ces pauvres hères qui n’ont pas eu ma chance.

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Alex, un ami sympa, mon prof d'anglais et de lancer de bâtons.

Le jour où j’arriverai au paradis des chiens, il faudra que j'évoque le problème des animaux abandonnés à Saint Pierre, qu’il intercède auprès de son gouvernement pour que toute haine raciale cesse entre les deux pattes, les quatre pattes, les poilus, les laineux, les emplumés, les carapacés, les écaillés : en un mot ceux qui ont un cœur, tous dignes de respect.

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Grand-messe en l’honneur de sainte Teinture

Posté par nellieguil le 6 janvier 2010

Pendant une douzaine d’années, j’ai eu le bonheur de teindre les toisons de mes brebis avec des plantes ramassées dans la campagne environnante. Pourquoi le dimanche ? Parce qu’à l’époque, étant institutrice, j’étais libre ces matins-là. Bonheur d’allier les joies de la marche en pleine nature, la contemplation des beautés végétales, à celles de la préparation à la teinture végétale.

Ma grand-messe à moi a lieu, tels les pratiquants en religion, chaque dimanche matin. Un vaste lieu de culte : les talus des routes de la campagne environnante et les chemins creux de mon village de Basse-Normandie. Mes objets de culte : des paniers d’osier, des plantes, fleurs, branchettes et écorces. A chaque saison, des messes aux épitres et évangiles différents. En hiver, dès le timide lever du pâle soleil, quand merles et pinsons s’égosillent, annonçant la fin de la nuit, un panier me suffit pour la cueillette des fleurs jaune d’or au parfum noix de coco, chaud et sucré, des ajoncs. Gare aux épines acérées et patience ! Une multitude de ces pétales est nécessaire pour colorer la laine d’un beau jaune jonquille.    

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Au début du printemps, la rousserolle entame son répertoire de mélodies variées. C’est le moment de tailler une pleine brassée de brindilles de robinier faux-acacia que je devrai hacher et faire cuire longtemps afin d’obtenir un autre jaune, plus ou moins prononcé selon la quantité de jeune bois utilisé.

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Au mois de mai, balade dominicale pour la coupe des crosses de fougères aigles. Dans la tiédeur matinale, qu’il fait bon écouter le chant du coucou et humer les senteurs légères des fleurs de pommier ! Le panier est vite plein : les plantes abondent. Il suffira ensuite d’une dose de chance pour transformer ces parties terminales des grandes plantes en un joli vert tendre. Sinon, il faudra se contenter d’un autre jaune ! 

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 En été, lorsque les hirondelles gazouillent sur les fils électriques, les millepertuis sont en fleurs. Dès l’aube, sur les talus, délicatement, du bout des doigts vite rougis par le colorant naturel des sommités fleuries, je cueille. A peine rentrée à la maison, je m’empresse de plonger toutes ces fraîches inflorescences dans l’alcool qui, aussitôt, se teinte de rouge. Les résultats obtenus sur la laine sont toujours surprenants, les coloris allant du rouge brique au vert ou même les deux à la fois ou encore au jaune banal ….et décevant, dans le pire des cas. J’aime cette plante mystérieuse qui offre sa teinture selon son humeur, peut-être.    

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En août, près des ruisseaux où la bergeronnette sautille en hochant la queue, je coupe les tiges des reines des près au délicieux parfum pour obtenir des jaune acide.

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Au début de l’automne, quand l’infatigable pinson continue son éternel et lancinant refrain, je ne dédaigne pas non plus me tacher les mains de violet pour égrainer les baies du sureau noir qui donneront généreusement des violets, mauves ou lavande, selon l’ajout de sel ou de vinaigre.  

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Pour une balade très, très courte, il me reste les racines des garances du jardin à arracher, brosser, sécher et couper en petits tronçons avant d’obtenir les plus belles des surprises : de merveilleux roses.    

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Et enfin, il y a encore moins loin, pour les dimanches pluvieux, les pelures des oignons, précieusement amassées tout au long de l’année et qui offriront des jaunes dorés très soutenus.              

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   Ainsi s’achèvent mes grand-messes. Une année s’en va. Une nouvelle débute pour de futures balades à la découverte d'autres plantes tinctoriales et la création de nouveaux tissages en laine colorée avec ces plantes.  

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Sac, échantillon de nombreuses laines teintes.  

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Hommage aux fruits

Posté par nellieguil le 26 décembre 2009

Manger des fruits,       Manger la vie

A pleines dents,         Divinement !

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Mangue pulpeuse,      Si savoureuse

A la chair molle    Qui vous rend folle !

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Figue fripée,          Au drôle d'aspect

Toute violette      Et presque blette !

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Petit kiwi,         A point choisi

Au goût subtil,         Dessin habile !

    kiwi.jpg kiwi.jpg kiwi.jpg kiwi.jpgkiwi.jpg

Pomme reinette,       Un peu sûrette,  

A la chair blanche,      Coupée en tranches!  

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Pêche de vigne,          Si j'en suis digne

Très souvent rare      Et puis si tard !

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Violette boule      Dont le jus coule

Avec entrain,    Grain de raisin !

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Poire et groseille,    Quelles merveilles

Prune et cassis            Et j'en oublie !

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Les hôtes

Posté par nellieguil le 6 décembre 2009

Combien de soirées ai-je peiné, penchée sur mon cahier d'écolière, pour retenir ce poème d'Emile Verhaeren ?

 Pourquoi n'ai-je conservé que le bonheur fugace de le redire (ou relire) ?

Parce que la vie est bien faite, qui permet le tri des souvenirs : l'oubli du labeur de l'apprentissage, l'oubli de l'appréhension de la diction à haute voix devant les autres élèves, l'oubli de la peur du mot manquant, de la phrase qui ne veut pas venir, de la sanction-mauvaise note en récitation.

Il ne reste que le doux souvenir de la petite fille que je fus, de l'hiver blanc, du feu dans la cheminée, du poêle dans la classe, du tableau noir recouvert, à la craie blanche, de ce poème à copier, des feuilles mortes sur le chemin de retour de l'école…

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- Ouvrez, les gens, ouvrez la porte,
je frappe au seuil et à l'auvent,
ouvrez, les gens, je suis le vent,
qui s'habille de feuilles mortes.

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 -Entrez, monsieur, entrez, le vent,
voici pour vous la cheminée
et sa niche badigeonnée ;
entrez chez nous, monsieur le vent.

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- Ouvrez, les gens, je suis la pluie,
je suis la veuve en robe grise
dont la trame s'indéfinise,
dans un brouillard couleur de suie.

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- Entrez, la veuve, entrez chez nous,
entrez, la froide et la livide,
les lézardes du mur humide
s'ouvrent pour vous loger chez nous.
 

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- Levez, les gens, la barre en fer,
ouvrez, les gens, je suis la neige,
mon manteau blanc se désagrège
sur les routes du vieil hiver.

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- Entrez, la neige, entrez, la dame,
avec vos pétales de lys
et semez-les par le taudis
jusque dans l'âtre où vit la flamme.

 glantineneige.jpgCar nous sommes les gens inquiétants
qui habitent le Nord des régions désertes,
qui vous aimons - dites, depuis quels temps ? -
pour les peines que nous avons par vous souffertes.

Émile VERHAEREN (1855-1916) (Recueil : Les douze mois) - Décembre

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Ce n’était qu’une poule…….

Posté par nellieguil le 25 novembre 2009

Cette nuit elle s'est éteinte après trois jours d'agonie, sans bruit, sans cris, derrière la porte du poulailler.

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Petite Poule Rousse est morte cette nuit de novembre. 

Son pauvre corps tout raidi par la mort repose désormais au fond de la petite fosse que je viens de creuser au champ, là où elle aimait picorer et taquiner les vers de terre. Les yeux embués de larmes, j'ai creusé le sol gorgé d'eau puis ai posé une poignée de paille, l'y ai couchée là pour l'éternité, l'ai recouverte d'un duvet de foin, enfin de la couche de terre fraîchement soulevée.

J'entends déjà les esprits lourds et insensibles ricaner, s'esclaffer, glousser et pouffer.

Ce n'était qu'une poule !!!!!!

C'était une vie face à la mort, une vie égale à toutes les autres vies face à la mort. Une vie de poussin bien au chaud sous la couveuse ou bien, par chance, sous les ailes de sa maman. Une vie de jeune poulette à la découverte du monde. Une vie de poule et d'oeufs. Une vieillesse sans histoires. Bref une vie avec son lot de joies et de douleurs.

Aujourd'hui c'est une vie de moins. Tant mieux pour elle qui a enfin rejoint la grand Paix, l'Eternité, le seul endroit au monde où souffrances, cruauté et barbarie n'existent plus.

Car la mort, après tout, libère enfin l'esprit de ces pensées fréquentes qui ne manquent jamais d'assombrir les moments de Bonheur.

Mais il faut vivre encore !

Enfin un timide rayon de soleil automnal vient lécher la vitre du petit bureau. L'espoir renaît.

La tranquille respiration des chiens assoupis sur les lits ou dans les confortables paniers me rassure. Sauvés de l'euthanasie ou du refuge ils sont. 

Le permanent spectacle de la famille Rebita (voir article blog) paissant goulûment l'herbe du champ, en face, me rassure. Sauvés de l'égorgeur ils sont.

La souvenance des cinq autres poules se régalant, ce matin, de blé et d'un quignon de pain trempé me rassure. Sauvées du couteau elles sont. 

Telle cette humble poule, nous aurons tous un jour proche ou lointain, une semblable fin, avec ou sans souffrances.

Ne perdons pas de temps avant cette heure fatale !

Pour quelques bribes de bonheur, sauvons, sauvons, aimons, caressons les animaux, rebut sans assistance, sans considération, de la société.

 

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Ultime fleur de novembre

Posté par nellieguil le 22 novembre 2009

Novembre était là, les beaux jours perdus.  

Le jardin tout froid et les fleurs disparues. 

Il ne restait, sur une tige, qu'un oeillet.

Sans bruit, sans hâte, le nez y ai posé.

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Telle la pure senteur

De cette ultime fleur,

M'apparut le Bonheur

Un instant capturé,

Une seconde libéré.

Car, vois-tu, cher ami,

Le Bonheur est ainsi

A qui sait le saisir,

L'empoigner, l'acquérir.

Solitaire et furtif,

Intense et fugitif.

A l'aube de ce jour, ce fut l'oeillet.

Hier, le soleil sur le châtaignier,

Demain,  le regard doux d'un animal.

Toujours chercher, pour éloigner le mal,

Les horreurs de la vie, les cruautés,

Les cris, insultes et insanités,

Toujours chercher les instants de Bonheur

Cachés à l'ignorant, tapis dans cette fleur.

21 novembre 2009

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Le Bonheur est aussi dans le regard d'un chien ( ici, Scottish)

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dans la beauté d'une timide violette cornue,

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ou dans l'éclosion d'une touffe d'hellebores.

 

 

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Histoire d’un p’tit gars d’Saint- Denis

Posté par nellieguil le 21 novembre 2009

    Voici l’histoire (vraie) d’un p’tit gars d’Saint-Denis dont il ne reste qu’un nom gravé sur le monument aux morts et quelques souvenirs, témoignages émouvants de bouche de grand-mère à oreille de petite fille, témoignages fragilisés par le temps, humble reflet de la vie et de la mort à cette époque du début du xxème siècle.

    Il se prénommait Jules, Albéric, Aimable, né à la Mauvillère le 30 janvier 1894, le second des cinq enfants de Cyrille et Marina Fauchon, cultivateurs.

    La vie gâtait cette famille : trois beaux garçons lui étaient donnés en trois ans. Entre le frère aîné, Joseph, et le cadet, Almyre, Jules ne s’ennuyait guère. Que de jeux partagés, de rires et de cris parfois interrompus par les pleurs d’ Angélina, la dernière-née. Enfin, une fille dans la maison !

    Et puis, quelle chance d’avoir une maman toujours gaie ! Elle savait réjouir ses enfants, de même les voisins et la parenté quand, après les dures journées de labeur, lors des corvées de battage, les ventres bien remplis par le copieux souper, on chantait, on faisait des jeux, histoire d’oublier la fatigue un instant.

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    Jules(1894-1915) et Almyre(1895-1903) au premier rang, Joseph(1892-1899) au milieu  du second rang) posent pour la photo d'école en 1898 ou 1899. Almyre n'est pas encore scolarisé : il ne porte pas la tenue de l'écolier. Trois garçons au destin tragique.  

                   Premiers chagrins

    Hélas, à cette époque, les maladies d’enfants étaient légion et les remèdes peu efficaces.C’est Joseph, l’aîné qui, le premier, partit, à l’âge de 7 ans, victime d’une méningite. Aurait-il guéri si, comme il le lui avait été conseillé, sa maman lui avait appliqué sur le crâne le corps ouvert, encore chaud, d’un pigeon sacrifié ? Pratique barbare ! avait –elle pensé, refusant ce geste.

    Almyre, quatre ans plus tard, fut pris de maux de ventre. On diagnostiqua le group ou diphtérie, terrible maladie contre laquelle la vaccination n’existait pas encore. Ses parents le veillaient jour et nuit, impuissants à apaiser ses atroces souffrances.

    Bientôt, il suivit son frère au cimetière, allongé dans son petit costume à boutons dorés. Il avait juste 7 ans, lui aussi.

    La venue d’une autre fille, Sophie, l’année suivante, fit un peu oublier  ces cruelles disparitions.

                       Satanée guerre !

    Le temps passa. Jules et Angélina devinrent les meilleurs amis du monde. Il s’entendaient si bien et avaient beaucoup d’affinités. Jules désirait faire des études pour devenir instituteur. “ Non, pas question ! Tu resteras à la ferme !”, décidèrent ses parents. Ils avaient d’ailleurs acheté pour lui la maison juste à côté de la demeure familiale. Le soir, Jules était indépendant. Il passait la nuit chez lui, dans son logis à lui.

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    Il reste, en souvenir de lui, au champ près de notre demeure, le marronnier et le chêne centenaires q'il avait choisi de planter, adolescent. 

    Puis vint la guerre. Triste journée d’été, ce 2 août 1914, quand, dans notre jolie campagne normande, le tocsin se mit à sonner pour annoncer à la population le départ de tous les jeunes pour le combat.

    Vingt ans, un fusil à l’épaule, il partit pour le front, sans l'avoir choisi ! Le jeune cultivateur était soudain devenu le numéro 794, soldat 2ème classe au 32ème Régiment

    d’Infanterie.

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    Baïonnette au poing, Jules dut partit à la guerre.

    Angélina, sa sœur, racontait, avec beaucoup d’émotion, que, lors d’une rare permission, Jules eut bien de la peine à les quitter, pressentant sûrement le pire. La séparation fut très douloureuse pour tous.

    Lors d’une attaque, amputé d’une jambe par un éclat d’obus, sachant que les secours ne viendraient pas, il confia à son copain de Contrières sa montre et lui fit promettre de la remettre à ses parents lors de sa prochaine permission dans la Manche. Ce fut l’ultime adieu. Pas le temps d’aider un blessé ! Il fallait continuer de monter à l’assaut.

    Le 16 Juin 1915, à la côte 140, quelque part entre Neuville-Saint-Vast et Souchez, Pas de Calais, il est mort, à bout de sang, pensant une dernière fois à sa chère Angélina, à sa famille, à son village aimé qu’il ne reverrait pas. Il s’est endormi pour toujours dans ce coin du Nord qu’il n’avait pas choisi. Il y repose encore parmi tant d’autres jeunes.

                   Epilogue 

     Après la bataille meurtrière, le copain, comme il l’avait promis, a rapporté à la Mauvillère le triste objet et déclaré que Jules était blessé, laissant, peut-être, encore un peu l’espoir d’une heureuse issue. Quand, en 1918, l’ami de la commune voisine est définitivement rentré au pays, il ne voulut plus jamais évoquer cet épisode, trop bouleversé d’avoir dû laisser son copain mourir, sans pouvoir lui porter secours.grandmrefauchonetfamille.jpg

    Cyrille(1862-1928) et Marina(1867-1952), les parents de Jules.

    Angélina(1898-1994) et Sophie(1904-1962), ses deux soeurs, debout.

    Aucun courrier n’a été conservé de cette année 1915 loin du pays, Sophie, sa plus jeune sœur, ayant brûlé ces maudites lettres, prétendant que la correspondance de gens morts n’était pas à garder.
    Puisse ce court récit rendre un ultime hommage mérité à ce p’tit gars d’Saint-Denis et à tous les autres soldats de la Grande Guerre !

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      Angélina, sa soeur et confidente, ma grand mère, évoquait souvent, les yeux embués de larmes, le souvenir de ce frère chéri, trop tôt et injustement disparu.

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Noble dame BigMa

Posté par nellieguil le 31 octobre 2009

Noble, le suis-je vraiment ? Elle le dit.

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Dame ? Assurément. Malgré les ans, je conserve le port altier d'une reine, presqu'en fin de règne.

Big ? Que celles qui n'ont pas, après la soixantaine, accumulé  quelques grammes  de graisse à la taille me jettent la première pierre !

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Big ? A moins qu'il ne s'agisse d'un surprenant raccourci du terme Beagle, tribu à laquelle j'appartiens.  

Ma ? Tant de fois me sont nés de jolis bambins que j'ai élevés et dorlotés de mon mieux, dans cadre et conditions ni salubres ni enjoués ! Tant de fois j'ai pleuré leur brusque départ, à peine quatre lunes après leur naissance, que je conserve au coin de l'oeil une bosse de chagrin, fort visible par tous les temps.

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J'ai beau désespérément tenter de compter tous mes petits : je ne le puis. Peut-être bien une centaine en tout,  qui se sont tant régalés de mon lait qu'au fil des ans mes mamelles se sont démesurément allongées !

Cessons d'évoquer mon passé, je vous prie et laissons libre cours à ma nouvelle vie !

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Après une halte de quelques semaines au refuge, suite à mon abandon, j'ai trouvé l'âme soeur, le foyer de retraite idéal, la liberté et la dignité de vivre décemment.

Depuis le 13 juin 2007, je coule des jours paisibles, insouciants et joyeux dans la campagne verdoyante d'un village normand.

Tolérante et patiente avec mes frères et soeurs canins, je le suis moins auprès du Labrador qui, le jour de mon arrivée, m'a accueillie plutôt fraîchement, crête de coq et grognements à l'affiche.

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On m'aime, naturellement, puisque je suis douceur, bonté et tendresse personnifiées.

Excepté musaraignes et taupes qu'inlassablement je poursuis, au grand regret de mes vieilles jambes. Les gros chantiers ne m'effraient point, témoins les quelques vilains trous sur la partie herbue du champ. A mi-temps j'exerce cette occupation, mes pelles mécaniques pattues s'enrayant vite.

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Zoé, la petite Beagle, est mon amie. Mêmes passions, mêmes discours.

Ames sensibles, rassurez-vous ! Très peu (trop peu, murmurerai-je !) de ces petits rongeurs se laissent croquer sous mes dents fort élimées !

Juste quelques candidats au suicide ou bien quelques jeunots, non encore avertis des dangers extérieurs par leurs imprévoyants parents.

Au cours de ces longues chevauchées quadripédestres, s'il m'arrive malencontreusement de franchir la clôture à peine dissuasive du seul rang de barbelés du champ de haut, moins hermétique que le champ de bas, pas de panique ! ou bien, selon mon humeur, j'opte, très occasionnellement, pour une petite et courte virée à la ferme des gentils voisins, à la recherche de quelque éventuel os à finir de ronger, ou bien je rentre tout de go et attends fort sagement, sur mon céans, qu'Elle daigne ouvrir la grille d'entrée.

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Elle qui, pourtant, devrait apprécier mon retour me sermonne alors quelques reproches de bienvenue, tout en m'administrant sur l'échine de douces tapes amicales, incontestables signes de contentement.  

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Après de telles virées suivent de longues et interminables siestes sur l'un des trois lits dont deux ne sont réservés qu'à mon usage sauf par temps de vacances scolaire en Hélvetie, lointaine contrée de ses enfants et petits-enfants. Dans ce cas, il me reste un grand panier ou une banquette dont je m'accommode sans rechiger.

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Vous ai-je dit que je suis gourmande ?

Mises à part notre belle assiettée du midi et notre légère collation de fin d'après-midi,  je me hasarde souvent, non sans me faire réprimander, à quémander une ou deux bouchées de leur repas. J'interromps même mon sommeil prénocturne, et, peti peton, je descends les deux escaliers pour réclamer ma douceur du soir, lapper une gorgée de ma boisson préférée et …faire un tour aux latrines.  

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Ma voix n'a rien d'extraordinaire. Registre ténorette ou bien basse légère. Avec un puissant coffre de barytonne à faire se sauver tous les minets de la contrée ! Initialement destiné à accompagner le cri du cor à la chasse à courre, faute de cor et de chasse à courre, mon aboiement monophonique croissant est réservé à convoiter une chasse occupée par un quidam : essuyage de gamelle,  léchage de casserole gratinée, motte de terre goûtue, caresses ou brossage prioritaires.

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Seule ma compagne Zoé  se plaît à mes côtés !

Attention, attention ! Je détecte, grâce à mon nez de parfumeuse, un chevreuil au loin, un lièvre dans les taillis ou une perdrix sous les fougères ! Tels mes lointains aïeux, je détale alors et pousse un sprint endiablé à la poursuite de la pauvre bête innocente, tout en lançant mes profonds Ouah ouah ! Suis-je stupide ? J'abandonne alors la partie, heureuse d'avoir pu épargner une vie et d'être en harmonie de sentiments avec Elle. 

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  Ce jour-là, ni chevreuil ni lièvre à l'horizon ! Seule une montgolfière ! Aucun intérêt !

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Pieds nus dans la rosée

Posté par nellieguil le 30 octobre 2009

C'était une aube rose,

                      un temps où toute chose

sommeille encore

            après la nuit

                    puis s'éveille alors,

    presque sans bruit.

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Le frêne s'étirait

       et le chêne baîllait.

              Les sapins secouaient

                   leurs branches tout humides

                        et le charme rêvait

                                 à son Adélaïde.

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                                Encore un jour nouveau,

                         sur la terre et sur l'eau,

                       se levait calmement.

                   Le matin était beau,

              humble et émouvant :

        un merveilleux cadeau.

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Dans la fraîche rosée,

                          pieds nus, m'en suis allée

marcher et contempler

                                   le soleil se lever,

s'extraire des nuages

                       comme on tourne une page.

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Et j'ai su que la vie,

         la vraie vie était là,

               au coeur de la Nature

         où passé et futur

sont niés dans l'instant. 

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                             Bien loin les lendemains

                    et leur  lot de chagrins !

               Evanouis les hiers,

        tout chargés de misère.

Enfin, l'éternité ! 

 

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Trois saines réflexions sur le bonheur, en cas de blues…

Posté par nellieguil le 14 octobre 2009

“Le bonheur, c'est la somme de tous les malheurs qu'on n'a pas.”

 Marcel Achard, auteur dramatique français (1899-1974)

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Pourtant âgé et biscornu, cependant si fleuri !

“Ce qui nous fait vivre, c'est l'hypothèse selon laquelle les problèmes insurmontables de nuit sont surmontables de jour.”

Thomas Bernhard, écrivain autrichien (1931-1989)

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Tel ce puzzle minéral concrétisé avec patience !

“La joie est en tout. Il faut savoir l'extraire.”

  Confucius, philosophe chinois (vers 551-479 av JC)

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Plions, plions, ne rompons pas !

 

 

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