( 16 août, 2017 )

Calme retrouvé après fête au village

Je crois n’avoir jamais tant apprécié le calme que ce matin, à l’aube. Premiers pas dans le champ, dans la fraîche rosée, m’ont recentrée dans l’univers serein, celui de ma nature aimée, bien loin de notre monde de futilités, divertissements en tous genres, étourdissements alcooliques, viandards et pécuniaires !

Elle râle toujours, me direz-vous ! En êtes-vous si sûrs ?

Depuis deux jours, vivre au rythme d’une fête, même de village, brusquement plonger dans le monde abyssal des beuveries, bouffailles, chambard, tapages et brouhaha, quel difficile saut !

Chacun des cinq sens subit sa dose d’agressions.

Courageuses crêpières à pied d'œuvre, une main à la poêle et l'autre sur la louche !

Courageuses crêpières à pied d’œuvre, une main à la poêle et l’autre sur la louche !

1-Pauvre nez assailli d’insistantes et entêtantes odeurs de ces milliers de moules pleurant dans le bouillon, de ces dizaines de gorets recroquevillés en saucisses et de tout ce graillon friteux de tubercules regrettant fort leur terreuse robe des champs. Vêtements, eux aussi, empreints d’une bonne dose de ces effluves, à jeter aussitôt en machine pour nécessaire purification !

2-Yeux accablés passant du lugubre défilé des gigots, inévitable sort de doux agneaux de lait ayant quitté leur maman à regret pour se faire griller les mollets ! Yeux attristés par les ivrognes ingurgitant des barriques de bière, au bar là-bas ! S’humidifiant soudain à la vue du canard dans le carton tout près, futur lot de moqueries et de gain à cette stupide roue de la fortune ! « Coin, coin, laissez-moi regagner mon arpent de verdure et ma basse-cour ! » Lot, avec quelques poules et lapins, soumis aux mêmes conditions, d’un jeu qui ne devrait plus être ! Stupide jeu avec enjeu d’êtres vivants proposés, contre une pièce de monnaie, par ceux qui n’ont rien compris du respect d’autrui.

Merci à Mo pour la prise de photo des dames encowboyées.

Merci à Mo pour la prise de photo des dames encowboyées.

3-Que dire des oreilles soumises à dure épreuve avec ces musiques rendues folles à cause d’un bouton qu’on ne sait plus freiner ? « Il faut que ça braille ! C’est ça qui plaît aux jeunes ! Plus c’est fort, mieux c’est ! » Et tant pis pour les fragiles cornets auditifs préférant savourer une valse de Chopin ou un air d’opéra à niveau de stimulus normal !

Chaque année, je me dis : « ce sera la dernière ! » de la fabrication, vente et distribution d’une cinq centaine(s) de pochettes à lots de pacotille.

4-Eh bien, le quatrième de mes sens lui aussi atteint, j’avoue ne plus avoir le goût de ces amusements, de ces gargantuesques plateaux de nourriture, rêvant d’une tomate coiffée d’un chapeau d’huile d’olive, de trois feuilles d’une salade verte croquante et de deux grosses figues fraîchement cueillies sur l’arbuste.

5-Quant au toucher, mis à part les cheveux de Baptiste et la main de Laly, le reste s’est évaporé et a filé entre mes doigts. Non je n’ai pas touché le fond, ni le gros lot ni le pactole. Je voulais seulement vous en toucher un mot !  

 

Plus tu chutes, plus tu fais rire la tribu des urubu, zébus ayant-bu, cartabu, oreillus et individus !

Plus tu chutes, plus tu fais rire la tribu des urubu, zébus ayant-bu, cartabu, oreillus et individus !

 

Du vent, cette fête est du vent, de la poudre de perlin pimpin car l’on n’y apprend rien, l’on n’y voit rien de beau à part le sourire de quelques amis et famille, le regard pétillant des enfants qui gambadent, des pas de danse country, le travail des chanteurs s’égosillant devant des gens indifférents, l’effort incessant des crêpières pour rassasier toutes les bouches, le bagou de Bénédicte commentant les jeux glissades sur bâche savonnée. Et encore ces fidèles amis et enfants revenant interrompre le tourbillon pour quelques bavardages ! 

« Au milieu des arbres, de l’eau, des nuages et des animaux qui m’entouraient…, j’ai pu retrouver l’essence même de mon être, sans être perturbée…. » Jane Goodall, primatologue. 

Rassurez-vous, je m’en suis sortie presque indemne et, après onze mois, vingt-neuf jours, dix heures, sept minutes et trois secondes, je pense que, pour la plus de vingtième fois, je serai à la fête du village et vous y donne rendez-vous, pas avant le 15 août 2018 ! je serai encore à la fête du village et vous y donne rendez-vous, pas avant le 15 août 2018 ! Non, car je n’ai pas encore la vocation de dame cloîtrée, de nonne bénédictine ou d’ermite sur le mont Athos, ne refusant pas complètement de vivre dans ce monde bien agité, essayant, malgré tout, premier combat, de dire à ceux qui veulent bien m’écouter, que le respect des animaux, c’est primordial… David contre Goliath, vous connaissez ? 

( 13 août, 2017 )

Dans le grenier de mon enfance…

Un étroit escalier tout droit menait à l’antre de la découverte, grenier de mon enfance. Déjà la pente ardue, aux marches moins aisées car plus courtes que la longueur du pied, surprenait. Gare aux toiles longuement ouvragées par les araignées entre deux de nos peu fréquents passages vers l’Everest de la demeure. Quant à la bouffée d’air étouffant ou glacial, selon la saison dans la pièce non isolée, elle eût dissuadé plus d’un curieux. Ne pas faire chuter les bidules accrochés le long du mur de la montée pour ne pas choir soi-même était l’autre souci.

Pots à crème, à lard, désormais inutiles ont atterri chez moi, pour la déco et le souvenir des gestes de nos aïeux.

Pots à crème, à lard, désormais inutiles ont atterri chez moi, pour la déco et le souvenir des gestes de nos aïeux. Et ce vieux rouet, remis au goût du jour, précieux objet de mes débuts de fileuse.

 

Une fois en haut, sous la toiture apparente, la magie opérait.  Des milliers de choses, trucs et machins, amassés depuis des décennies, voire un siècle, le meublaient en un immense fouillis, incessamment alimenté, leur progression d’invasion évoluant au fur et à mesure qu’un achat, cadeau ou vieillerie n’était pas digne de séjourner dans l’un des deux étages inférieurs. « Va le mettre au grenier ! « , c’était le mot de passation du monde des vivants à celui des trépassants pour un séjour plus ou moins long au purgatoire, voire définitif au royaume des Enfers. Car dans ce fatras d’objets insolites, lorsque le passage d’un pied n’était plus guère aisé, il fallait « faire du rangement« . Entasser ou jeter, empiler ou brûler, that was the question ! Halte là à papa quand l’envie de ranger lui prenait, maman s’inquiétait. Vous savez bien qu’une chose n’a de valeur que par le sentiment qu’on y ajoute ! Ce vieux chiffon par terre, mais c’était bien ma robe préférée, faite d’un joli taffetas, par notre couturière Angèle ! Et cette informe et poussiéreuse loque, tu ne vas quand même pas brûler l’ourson de mon enfance ? Le reste de carpette là-bas ? La descente de lit offerte en cadeau de mariage par la tante Augustine ! « Mais ces papiers et vieilles cartes jaunis, entassés depuis des lustres, tu ne les conserveras pas ad vitam aeternam ? », lançait papa, en manque de marchandises à expédier aux flammes de son brûlot programmé.  »Qui veux-tu que ça intéresse ? »

 

Les bougeoirs en cuivre, veilleurs des soirées il y a bien longtemps.

Les bougeoirs en cuivre, veilleurs des soirées d’antan, un peu boudés par manque d’astiquage, utilisés encore en cas de panne sèche.

 

Mille mercis, petite maman, d’avoir défendu ces trésors, âmes de nos ancêtres, qui eussent, sans toi, fini en cendres !

Une fois parvenue dans mon antre, assise sur le plancher nu, près d’une énorme pile de revues depuis des lustres passées de mode, baptisées les « Mon ouvrage » ou « Petit Echo de la Mode », je feuilletais chacune  pour y dénicher recette de beauté, de cuisine, modèle de tricot, rêve de voyage, récit de vie d’un écrivain… Je me penchais aussi avec délice sur ces livres et cahiers d’écoliers d’un temps pas si lointain. ZiziLes miens, ceux de maman, de papa et de quelques aïeux, toujours admirative de leur écriture savante, à la plume déliée trempée dans l’encre violette, à l’opposé de mes tracés de patte de mouche, regardant un instant mes index et majeur droits, sentant encore l’odeur du liquide échappé de mon vilain porte-plume. Doigts tachés, vite essuyés au buvard rose mais encore maculés pour toute la journée …

 

Près de la jolie lampe à pétrole, trônaient, empoussiérés, des globes de mariée dont celui-ci, de maman, à l'intérieur duquel, la fraîche épousée déposait, au soir des noces, s

Près de la jolie lampe à pétrole, trônaient, empoussiérés, des globes de mariée dont celui-ci, de maman, à l’intérieur duquel, la fraîche épousée déposait, au soir des noces, son bouquet ou quelques accessoires de sa coiffure. Ma petite mère y avait enfermé les fleurs de lys en tissu ornant     sa jolie chevelure bouclée.

mariage 3 bis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et ces cartes postales échangées en temps de Première Guerre Mondiale, plus de trois centaines en tout que je conserve pieusement et que j’ai toutes lues, récits bouleversants de quotidiens aux champs répondant aux pages gribouillées au fond de la tranchée. J’ai suivi l’évolution des combats, jour après jour, du paisible départ de Querqueville, près de Cherbourg, centre d’apprentissage des gestes militaires, de l’embarquement à Marseille un certain 12 octobre 1915, à 10h, sur le Timgad, jusqu’au fin fond de l’expédition de Salonique, là-bas sur le front d’Orient, quelque part entre Grèce, Serbie et Turquie…. Jusqu’à ce fatal 20 novembre 1916, où Auguste Leverrand, tué par les Bulgares, n’a plus laissé de traces écrites. Je me souviens avoir tant pleuré en lisant le courrier provenant de France, de Louise, mon arrière-grand-mère, sa petite sœur, tellement inquiète et qui continuait de lui écrire. Plus de nouvelles, désespoir de revoir un jour le frère aimé. C’était cela, les visites au grenier. Interminables car je partais, comme ici sur ce blog, pour de réelles aventures que je quittais toujours à regret.

 Là aussi s’est longtemps caché mon Titi, amour de mon enfance avec son compère ourson Toto, plus amoché et qui a disparu. Après un demi-siècle de geôle, Titi trône désormais dans ma chambre, encore parfumé des caresses, baisers et embrassades de ma prime jeunesse.Et tant de milliers d’autres objets, écrits, livres, accessoires sauvés ou disparus sauf en mémoire, qu’il me faudrait au moins une semaine à dresser l’inventaire du grenier de mon enfance…

Mon Titi, l'Amour fidèle de mon enfance !

Mon Titi, l’Amour fidèle de mon enfance !

 

( 30 juillet, 2017 )

Prière pour le petit chat écrasé

Il l’était certes, écrasé, écrabouillé, vu le grand nombre de voitures se dirigeant vers le Leclerc coutançais en ce samedi de fin juillet et lui roulant dessus. De son corps plein de vie quelques heures auparavant il ne restait que cette dépouille sanguinolente réduite à l’épaisseur d’une galette de sarrasin. 

J’aurais pu, par respect pour sa frêle vie antérieure, sortir de ma voiture, prendre ce reste de carcasse et puis le déposer sur l’herbe ! Au risque de provoquer un accident, la fureur des suivants ou la colère de policiers postés non loin, au rond-point d’en haut. Mais moi non plus je n’ai rien fait ! 

Le cœur gros et les yeux embués de larmes, me suis mise à prier. Prier sans mots, avec la force de ma volonté, en laissant envahir mon âme de douces pensées pour lui, en lui offrant cette place dans mon cœur, avec mes disparus.

Chat. Détail d'une œuvre d'André Derain

Chat. Détail d’une œuvre d’André Derain

Et je l’ai vu soudain en paix, au royaume des chats, chiens, brebis, moutons, chèvres et cochons…..Dans l’arche de la Sérénité, blotti dans son sommeil, veillé par le Grand Dieu ou le Petit Jésus, sa maman ou aïeule, sa copine ou voisine… Le calme s’est fait mien. Le petit chat a trouvé le repos, là-haut sur un nuage…

« Je crois que les chats sont des esprits venus sur terre. Un chat, j’en suis convaincu, pourrait marcher sur un nuage.  »
Jules Verne 

 

 

( 29 juillet, 2017 )

L’amitié est un jardin fleuri

L’amitié est tel un grand jardin fleuri.

Il faut l’entretenir avec perfection.

A l’image de ce potager dont les semis

Abandonnés un temps sans aucune attention

Se meurent.

cuisse

 

 

Mauvaises herbes ôtées, il reste l’absolu.

Nombreux écrits incessamment renouvelés,

Du croquant du radis à la fraîche laitue,

Bienfait multiplié d’offrir, de partager,

Sans peur.

 

Œillet rose à la subtile fragrance

L’amitié est tel un grand jardin fleuri.

Je m’y promène chaque jour avec plaisir.

J’y récolte gaieté, tendresse et sympathie,

Harmonie, bienveillance, affection et désir.

Mille fleurs.

oeillets 7 ww

 

( 26 juillet, 2017 )

Oublions les oubliés des oubliettes du Mont

Timo et Nolan, mes petits-enfants du pays valaisan, venus en vacances une semaine à la Mauvillière, ont été déçus d’apprendre que le château de Cerisy-la-Salle ne possédait pas d’oubliettes. « Ok ! » leur ai-je répondu. « Vous voulez en voir, des oubliettes ? « 

Timo et Nolan

Timo et Nolan

 

Et nous voilà, ce jeudi 21 juillet, partis vers le Mont Saint Michel, à la découverte de ces macabres cachots souterrains dans lesquels étaient jetés des prisonniers pour y être oubliés, pour toujours.

J’imagine que, depuis que l’homme existe, de tels lieux d’enfermement ont été créés. Si le mot « oubliette » n’apparaît que vers le XIVe siècle, il était toujours possible de faire oublier son voisin détesté, sa belle-mère acariâtre ou un rival amoureux dans la fosse de la cave, du cellier ou bien carrément des latrines. Puisqu’il était aussi courant de jeter l’ennemi dans le puits rempli d’eau, pourquoi pas à sec ailleurs ?

J’apprends que l’on dénombre aujourd’hui très peu d’oubliettes en France dont une en forteresse de la Bastille, une autre au château de Pierrefonds. Et celles du Mont-Saint-Michel ?

« Non« , affirme Etienne Dupont dans son livre Les prisons au mont Saint-Michel, « Les oubliettes et les « in pace » (expression latine signifiant une prison où l’on enfermait, dans les monastères, pour leur vie entière, ceux qui avaient commis une faute), n’ont jamais existé que dans l’imagination de romanciers macabres ou de pseudo historiens désireux de salir les ordres religieux du Moyen-Age et … la gloire d’une des plus florissantes abbayes du monde… »

Il y avait certes quelques puisards, égouts et cachettes où les trésors de l’abbaye et des cathédrales voisines étaient dissimulés en cas de conflits.

Pas de prisonniers anglais longtemps entassés pendant la Guerre de Cent Ans, pas d’hérétique en temps des Guerres de Religion. Juste quelques femmes possédées par le démon, telle cette Guillemine de Cancale, venue faire un séjour forcé au Mont, exorcisée en 1566 devant l’autel de saint Michel.

Deux charmants garçons bien vivants ... et les oubliés...oubliés !

 

En tant que prison, oui, entre 1792 et 1799 pour 300 prêtres réfractaires.

Puis entre 1800 et 1863, notre joyau manchois fut utilisé, défiguré pour réadaptation en maison de force par Napoléon, pour les condamnés aux travaux forcés. 15 000 détenus des deux sexes, 800 à 1000 par an.

Si Victor Hugo ne tarit pas de superlatifs élogieux pour la beauté du site, il affirme cependant qu’à l’auberge on y sert du poisson pourri. « Et puis, comme on est sur la lisière de la Bretagne et de la Normandie, la malpropreté y est horrible, composée qu’elle est de la crasse normande et de la saleté bretonne qui se superposent à ce précieux point d’intersection. Croisement des races ou des crasses, comme tu voudras ! », écrit-il à Adèle, son épouse en 1836. Evoquant le lieu comme « un sinistre amas de cachots » et notant « à travers une fenêtre grillée, la pâle figure d’un prisonnier« .

Résumant ainsi ces deux aspects du Mont au XIXe siècle : « Jamais je n’ai senti plus vivement qu’ici les cruelles antithèses que l’homme fait quelquefois avec la nature. »

Un peu plus loin, le grand écrivain n’est guère plus tendre : «... À l’intérieur le Mont Saint Michel est misérable. C’est un village immonde où l’on ne rencontre que des paysans sournois, des soldats ennuyés et un aumônier tel quel. Dans le château tout est bruit de métiers, des ombres qui gardent des ombres qui travaillent (pour gagner vingt cinq sous par semaine), des spectres en guenilles qui se meurent dans des pénombres blafardes. »

Napoléon III ayant supprimé les geôles en 1863, le lieu fut classé au titre des Monuments Historiques en 1874. Et la restauration de l’une des merveilles du monde commença.

Mais revenons à nos oubliés des oubliettes, en d’autres lieux !

Qui pourra témoigner de la vie de ces prisonniers, puisqu’oubliés volontairement au fond de leur cachot ?

L’on sait qu’une véritable oubliette grand confort possédait une banquette de pierre, zone contre l’humidité stagnante, et des latrines. Par une trappe dans la voûte, il arrivait que de la nourriture soit descendue aux prisonniers à l’aide d’une corde. Léger espoir, après la dégringolade, de resurgir au grand jour.

Rien ne vaut une gaufre bien nutellatisée pour oublier les oubliés des oubliettes !

Rien ne vaut une gaufre bien nutellatisée pour oublier les oubliés des oubliettes !

Certains murs témoignent encore de l’occupation principale de ces condamnés : graver, à l’aide d’une pierre affûtée, leurs ultimes messages.

Je garde pourtant en mémoire l’image de ces fausses oubliettes inventées pour attirer le client gobeur de légendes. Parmi les rares voyages de mon enfance, il y a eu les épopées jusqu’au Mont Saint Michel (70 kilomètres : une sacrée trotte pour le papa chauffeur, une incroyable aventure pour nous, enfants de 7, 8 ou 10 ans, habitués à l’univers de la ferme que nous ne quittions que pour aller aux offices religieux, à l’école, dîner dans la proche famille ou acheter les affaires de rentrée des classes aux foires de Lessay ou Gavray !) et ces visites aux deux musées qui me terrorisaient : les personnages de cire aux visages épouvantés, se noyant dans les sables mouvants et les prisonniers squelettiques s’étiolant au fond des oubliettes, au milieu des rats. Images d’horreur qui nous hantaient, la chair de poule au corps entier, l’envie de fuir avant la fin de la visite et dont je garde à ce jour le souvenir intact.

Or je n’ai pas retrouvé ces musées, transformés, pour plus de cohérence peut-être, de vérité historique, de modernisme, évoquant maintenant la marine au fil des âges ou le désensablement progressif du mont. Oublions donc les oubliettes du mont et voyons du côté de ce mot, toujours d’actualité aujourd’hui.

Souvenirs tombés aux oubliettes, projets électoraux de même, ministres déchus, comédiens et chanteurs disparus dans les …

Oubliettes à jolies filles, au fond de la cour…   

« −Gardez-moi ? fit-elle. −Te garder, par exemple ! s’écria-t-il en marchant de long en large pour mieux cacher son embarras. Te garder ? Tu ne doutes de rien. Où te garder ? Crois-tu que je dispose ici d’une oubliette à jolies filles ? On ne voit ça que dans les romans, finaude ! (Bernanos,Sous le Soleil de Satan,1926, p.77).

« Y’a des allumettes au fond de tes yeux,
Des pianos à queue dans la boîte aux lettres,
Des pots de yaourt dans la vinaigrette
Et des oubliettes au fond de la cour… » (tête en l’air – Jacques Higelin)

Si ce texte vous a paru inintéressant, insipide, incolore et sans intérêt, n’hésitez surtout pas à le jeter aux oubliettes et à y envoyer sa rédactrice avec ! Méfiez-vous, elle a le bras long, les doigts agiles et pourrait réapparaître sous peu avec d’autres histoires issues de son clavier !

 

Une fois retournés au pays hélvète, nos petits Suisses auront peut-être le loisir de faire un tour du côté de Chillon, dans le canton de Vaud, au bord du lac Léman et de son château chanté par Byron et célébré par Jean-Jacques Rousseau, dans lequel, paraît-il, il y a des oubliettes de 90 pieds (28 m) de profondeur. Oubliettes qui font une partie de sa renommée.

Chillon

 

 

 

 

 

( 20 juillet, 2017 )

Donner la mort, offrir la paix…

Donner la mort, offrir, ultime cadeau de vie, la disparition des souffrances à l’être vivant, à l’animal.

Hier, offrande de corbeille de quartiers de pommes Délicieuses de Juillet, parfumées et croquantes, ses préférées, brassées d’herbe et pissenlit fraîchement cueillis sur le talus, poignées de petit foin sentant bon la prairie à l’heure la plus chaude, un vieux quignon de pain, un plein bol d’aliments concentrés qu’il croquait doucement…

Aujourd’hui, la piqûre du vétérinaire….

Kiwi, gentil mouton, vient de rejoindre le monde de la paix. Depuis douze ans, il partageait notre vie. Kiwi petit

Le verger, le grand champ, la petite bergerie, depuis un an, il les arpentait seul. Le deuil de sa maman, de sa sœur, il y avait eu droit tel un humain. Se sentant solitaire après leur départ et continuant de vivre malgré tout puisque ses pattes le portaient.

Kiwi jeune

C’était un ange mouton. Il était doux et tranquille, toujours d’humeur égale, acceptant volontiers une rapide caresse sur le front de sa tête laineuse. 

Comme les précédents ovins de notre fermette, Kiwi, dans sa vieillesse de mouton, a souffert de ses pattes, se levait difficilement, passait de longues siestes accoté au tronc d’un pommier ou blotti dans sa cabane par temps de pluie.

Ils finissent tous ainsi, nos moutons, leurs frêles pattes cessant peu à peu de vouloir les porter. 

Kiwi O

Il faut alors rapidement leur offrir le soulagement. Ne plus attendre, ne pas les voir souffrir pour mourir.

Et nous, humains, qui nous offrira la dose de fin de souffrance à l’heure choisie ?

Se donner la mort ? Ultime cadeau de vie ?

 

( 7 juillet, 2017 )

Votre voisin se nomme-t-il Fromond ?

 

FranceNormandieSaintFromondEgliseDe proche ou lointain voisin prénommé Fromond, moi je ne connais pas. Et pourtant des Fromond, il y en a eu puisque, à une cinquantaine de kilomètres d’ici, un évêque de Coutances ainsi baptisé a fondé une communauté vers 650 sur le terrain de laquelle il a été inhumé. Des miracles ayant eu lieu à cet endroit précis devenant centre de pèlerinage, à un monastère bâti mais rapidement détruit par les envahisseurs normands ont succédé un prieuré de Bénédictins puis une église au XIIè siècle, re re et remaniée au fil des siècles, appelée abbatiale.

fromond

Abbatiale dans laquelle, mercredi soir 5 juillet, nous avons passé une fort agréable soirée et donné un concert avec Appel Gospel.

Et voilà qu’autour de l’endroit s’est développé un village nommé Saint Fromond, aujourd’hui d’à peine 800 âmes.

ange fromond

Fromond, un prénom d’origine germanique, lit-on, Frodmund (frod avisé et mund protection).

Le nom de cet ange triste, planté là juste devant l’abbatiale, à l’aile à demi brisée et qui n’a pu rejoindre le cortège de ses copains des cieux ? Tenez, pourquoi pas Fromond ! Indifférent aux passants, privé de sourire, le pauvre ange attend, figé dans la pierre, la venue d’une Angèle, Angelote ou Angélique qui saura lui redonner espoir.

Mi seule ! Tiens, tiens ! Où donc se cachait Mo ce soir-là ?

Mi, seule. Tiens, tiens ! Où donc se cachait Mo ce soir-là ?

Une curieuse église qui domine la plaine de la Vire, presque de forme carrée, dans laquelle les fidèles sont placés devant, derrière et sur les côtés de l’autel.

 

Merci à l’auteur de la photo.

cig

Non loin d’ici, mais nous n’avons pas eu le temps de nous y rendre, existent les ruines d’un vieux château fort, nommé de la Rivière, squattées, depuis une vingtaine d’années, par des couples de cigognes succédant à…des naturistes non emplumés, eux aussi bipèdes, genre homo poilux, n’ayant pas l’avantage de voler.

 

( 4 juillet, 2017 )

Bien cher Calliandra

Ma copine Mo m’ayant récemment demandé, photo à l’appui, si je connaissais cette beauté mâle, en cherchant bien je crois savoir de qui il s’agit.

120px-red_powder_puff.jpg

120px-red_powder_puff.jpg

Qui t’a, un jour, capturé, embarqué tel un esclave, en route vers le vieux continent? 

Laissant là-bas ta famille Fabacée sans nouvelles de toi?

Regrettes-tu parfois ton Amérique du sud, ta Guyane, le Surinam voisin, pays de tes copains, copines, cousins, cousines, oncles, tantes, frères et soeurs ?

Car dans votre famille, reconnais que vous êtes nombreux. Chacun bien différent et, pour s’y retrouver, les négriers vous ont affublés de surnoms variés : tergemina, bella, biflora, californica, chilensis, laxa, humilis, parviflora, conferta et j’en passe.

Cher Calliandra, je comprends bien pourquoi tu portes ainsi ce nom aux origines grecques : kallos beauté et andros mâle.

Qui ne pourrait être séduit par ces atours que tu portes plumeux, de la couleur du sang clairet et qui te vont si bien ?

Calliandra

Les gens de peu d’imagination te traitent de « pompon de marin ». OK ! Mais tu mérites mieux !

D’autres parlent de tes houppettes ! Va pour houppettes ! Houpetta la Bella ! Houppetta la Bellissima ! Je ne sais plus pourquoi tu me donnes soudain l’envie de te chanter !

Ton manteau bipenné et alterne, d’un vert bien soutenu, t’habille tel un gant, à longueur des quatre saisons. Tu te plais maintenant dans notre région mais détestes le froid. Plusieurs de tes amis y ont laissé la vie, enterrés à jamais loin de leur doux pays.

Tu séduis chaque jour et séduiras encore, tant que tu brilleras de tes irrésistibles plumets rouges, bel ami !

Sacha Guitry  Quadrille

 Qui ne serait séduit ? Irrésistible, Calliandra, tu l’es et le seras tant que tu vivras ! 

 

 

 

 

 

( 23 juin, 2017 )

Maman, si tu savais…

Maman, si tu savais le chagrin que me cause

La vue de ta demeure autrefois habitée,

Aujourd’hui dénudée, solitaire, oubliée,

Et ton coquet jardin aux bordures de roses,

Garni de beaux légumes pour toute la famille,

Au coin ombré de pieds de menthes et camomilles.

 

Merci à Jardinage.lemonde

 

Intarissables larmes d’un temps évanoui,

Perdu à tout jamais, le temps de mon enfance !

De toi, maman, me manque la présence,

Déesse du refuge, maîtresse du logis.

Me manquent ton sourire et ta proposition :

« Allons donc au jardin voir ce qui a poussé ! »,

Panier en main, prête à l’emplir avec bonté.

 

Nos chambrettes coquettes, large escalier de bois

Aux rampes dévalantes, les armoires aux draps blancs

Pieusement conservés, défraîchis par les ans,

Racontant les grands-mères : « Dis-moi encore une fois…. »

Et maman rappelait que cette broderie

Au fin fil de coton, c’était celle de Marie.

pom 1 0

Et cette salle à manger préservée des repas

Pour ne pas la salir, à cirer chaque année

Avec sa table ronde et puis le grand buffet.

Ce magique pose-plats, jouant air délicat.

Ces vieux miroirs piqués vers lesquels nous tendions

Nos frimousses d’enfants pour interrogation.

 

Les vilains souvenirs s’estompent avec le temps.

Ne restent que ces vagues de chagrin et regrets

D’une montée de dix marches, d’une cour à traverser,

D’un trottoir à franchir et d’accéder, maman,

A toi, enfin. « Bonjour, ma Lily, tu vas bien ? »

J’irais mieux si, maman, tu revenais demain.

 

Juste pour un instant à gratter tes allées, 

A cueillir les tomates, défouir les pommes de terre,

Ecosser les p’tits pois de tes doigts de fermière, 

A mijoter la soupe ou préparer le thé.

Juste quelques minutes pour savoir si, là-bas,

Dans ton beau paradis, tu as rejoint papa.

 

narcisses 2 O  

 

Je te porte en mon cœur, ma chère petite maman,

Mais n’ai pu y loger notre vaste demeure

Qui, depuis ton grand départ vers l’ailleurs, se meurt.

Les années défilant, encore quelques paires d’ans,

Eclatée et perdue, telles ces perles de rosée,

Je pleurerai le temps de la pleine maisonnée.

 

 

( 19 juin, 2017 )

Amour de chêne et chèvrefeuille

Chev5En deux siècles de vie, j’en ai vu des intrus.

Maintes familles de lierres grimpant à toute allure,

De tapotants piverts chatouillant mon écorce et ces forts vents contraires brisant mes faibles branches.

J’ai consolé mésanges aux nids par le coucou volés.

J’ai jadis abrité un fringant écureuil jamais à court de noises.

Il m’a même fallu greloter des hivers et griller en juillet.

De l’amour n’ai connu que dame chêne là-bas, hautaine et capricieuse, qui m’a vite oublié dans les bras d’un tilleul.

Je pensais bien finir mes jours sans palpitations, tendresse ni affection.

« Il faut croire en la vie ! », répétait mon voisin le vieux frêne aujourd’hui décédé.

Il avait bien raison, le feuillu maladif ! J’ai trouvé le bonheur.

chèv1

A dix mètres à la ronde, j’embaume le jasmin. Que dis-je ? Le chèvrefeuille.

Ses longues lianes folles entourent mon tronc rugueux et ses cent mains fleuries, gorgées de suc miellé, me font tourner la tête. chev2

 

Je crois être tombé en amour de la belle végétale. Nous restons enlacés à frémir dans le vent.

Je lui chuchote ma joie d’avoir trouvé compagne.

chev3

A mon âge, pensez !

Je suis le plus heureux des chênes.

Un chêne, un chèvrefeuille heureux ensemble ? Et pourquoi pas ?

chev4

Ensemble et pour la vie !

Revenez dans deux siècles, si le cœur vous en dit et si Dieu vous permet, et vous constaterez, j’en suis persuadé, notre amour éternel ! 

 

Plusieurs fois par jour, mes balades me conduisent vers ce grand chêne dans le haut du champ, au pied duquel j’ai dessiné un mandala de fleurs de pierre montmartinaises. J’aime à me reposer dans le transat, profitant de son bienveillant ombrage. Bonheur du subtil parfum de ce généreux chèvrefeuille semblant si heureux à entourer le vieux chêne de ses lianes, fleuries en ce moment.

( 14 juin, 2017 )

Une oreille d’abbé bonne à croquer

ombilic 2 OEn cadeau d’attente pour de nouveaux rendez-vous d’écriture-lecture, cette jolie fleur d’ombilic veillant sur les tombeaux des morts au cimetière de Montpinchon.

Que peut raconter un  nombril de Vénus à ces centaines d’endormis à jamais, sous cette fine pluie diurne ou bien la nuit, au clair de lune ?

La petite succulente, vivace et saxicole, vit ici en solitaire et semble bien s’y plaire puisqu’offrant à la vue des quelques visiteurs en recueillement sa longue hampe de petites inflorescences vert pâle en forme de clochettes. La voient-ils seulement, tout absorbés par leur chagrin ? 

ombilic 1 O

Moi, je l’ai remerciée pour sa présence divertissante en attente de sortie de messe de profession de foi pour laquelle je devais faire un reportage ce dimanche midi 11 juin. De ce tour de cimetière pour passer le temps, je n’ai retenu aucun nom gravé dans la pierre, aucun ornement tombal particulier. Juste cette modeste fleur perchée au sommet d’un des deux pieux de pierre servant à je ne sais plus quoi.

Connaissez-vous les surnoms de la demoiselle en habits végétaux ?

On l’appelle ombilic, nombril de Vénus mais aussi carinet, cotylédon, coucoumelle, cymbalion, escudet, gobelet, oreille d’abbé.

Tiens, tiens ! Oreille d’abbé ! Nombril de Vénus ! Du sacré au dénudé, n’y aurait-il qu’un centimètre ?

Des confidences enregistrées par une soutane + un mur avec oreilles + la cicatrice fibreuse provoquée par la chute du cordon ombilical de la déesse de la Beauté et de l’Amour = nous sommes en pleine anatomico-ecclésiastico-végéto-nécropolo fiction !

J’observerai de plus près désormais les pavillons auditifs des prélats de la région, ne m’aventurant pas cependant à oser croquer dedans.

Préférant me contenter de quelques tendres feuilles de cette plante, comestibles lorsqu’à l’état de jeunes pousses. A dégustateur de plantes insolites salut !

( 7 juin, 2017 )

L’homme aux six prénoms

1-Connaissez-vous le si bien prénommé René Karl Wilhelm Johann Joseph Maria ?

Non, ne trichez pas en vous vite rapprochant de vos wikipedia ! Essayez un peu. 

2-Né à Prague, Hongrie en 1875, décédé en Suisse à Montreux en 1926. Il a vécu ses cinq dernières années dans le Valais suisse.

3-Marié à Clara Westhoff (1878-1954) de 1901 à 1926, sculptrice allemande.

4-Poète autrichien.

5- Sa photo d’identitéRainer Maria Rilke

5-Nom de famille : Rilke.

Aurez-vous deviné celui plus connu sous le nom de Rainer Maria Rilke, dont je découvre en ce moment la vie et l’œuvre. Un enchantement.

En cadeau, ce poème de lui, qu’il écrivit en 1924, en français, et qui embaume la rose, extrait d’un recueil de vingt-quatre poèmes consacrés à ces fleurs.

    

Merci à Jardinage.lemonde

Merci à Jardinage.lemonde

     Été : être pour quelques jours

 

 

 

 

 

Été : être pour quelques jours
le contemporain des roses ;
respirer ce qui flotte autour 
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette soeur
en d’autres roses absente.

 

( 6 juin, 2017 )

Babeth ne veut pas découver

La nature ayant bien fait les choses en vue de la procréation nécessaire à la survie des espèces, Babeth n’a pas été épargnée par la fièvre géline. Elle a tout récemment eu droit à la toute première hausse de température de son corps après tant de mois de généreuse et infatigable ponte.

Babeth 1 O

Notre Sussex aux plumes blanches herminées de noir ne voulant plus quitter le nid de nuit comme de jour, je lui ai gentiment expliqué que, pour maintes raisons, son attitude ne servirait à rien. Puisqu’aucun mari, amant ou paxé dans les alentours, pas de souhait de ma part d’avoir des poussins à égorger ensuite avant rôtissage, puisque gêne pour la copine Juliette dont le nid commun affichait désormais « jamais libre »  : autant de conseils pour qu’elle cesse sa couvaison. Elle, si douce d’ordinaire, n’entendait pas capituler son siège et menaça de son bec acéré ma main venue la caresser.

Babeth 2

J’employai donc les grands moyens et lui recouvris la tête du bol vide destiné à leur offrir le grain quotidien. Et la soulevai prestement jusqu’à la grande cage grillagée dans laquelle aussitôt elle se reblottit près de la bolée d’eau claire. 

« Pour découver une poule, il faut l’enfermer trois jours et trois nuits sans manger », pratique courante autrefois enseignée par mes parents et aussitôt mise en application.

Babeth 3 O

Ma visite triquotidienne à l’emprisonnée m’affligeait. Je la regardais tristement, songeant avec envie au jour de sa proche libération, me faisant violence pour ne pas la lâcher avant la date prévue. 

A sa sortie, cloussant et cloquant encore, gonflant et ébouriffant ses plumes, l’ex couveuse n’obtint pas le meilleur des accueils. Bien au contraire, croyant voir surgir l’ennemie, Juliette et Dame Veuve lui sautèrent dessus, la priant instamment de cesser ces couvetillages et de reprendre au plus vite les picoreries avec ses deux meilleures copines. L’épisode de couvaison babethéenne s’est achevé trois longues semaines plus tard quand la blanchette a elle-même choisi l’heure de quitter définitivement le nid. J’avais omis de vous signaler que, ne pouvant plus supporter d’emprisonner la poulette une troisième fois, je l’avais laissée agir.

( 5 juin, 2017 )

Douce soirée abbatiale

Deux filles sur les marches de l’église Sainte-Croix

Attendent à Saint-Lô la troisième mousquetaire

Pour une autre aventure vers une orée de bois,

A l’abbaye de Cerisy, un grand concert.

imagesYN5QGDFM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En prélude, un tout jeune et gracieux poulain

Trottant tout près de sa maman vers l’écurie.

Puis cette famille colvert et son petit bambin

En traversée du charmant lac aux moines, sereins.

imagesN1QPRLAS

 

 

 

 

 

 

 

 

Sculptures d’un autre monde sillonnent le sentier,

Qui nous rappellent qu’entre artiste et commun mortel

La compréhension peut s’avérer d’acier.

Ce que rossignol chante n’est qu’au merle rimmel.

affiche 2

 

Enfin ces violons charmeurs et envoûtants,

Et cette verte sirène, de son papa fierté.

Sibelius honoré, un superbe moment.

Une soirée amie, comme je les aime tant !

sans-titre

 

 

 

 

 

 

 

 

images 2

 

 

 

( 31 mai, 2017 )

Panique sous cape

brou5Les conditions idéales pour que cette panique prenne naissance puis s’incruste au profond de mon être ?

La foule, légère ou condensée. Le bruit, au-delà des décibels supportables. La non action, en attente de rien ou de si peu.

D’abord timide et tolérable, la méchante grossit à vue de minutes et s’amplifie au son des bouchons de champagne qui éclatent, au bruit des coupes qui se cognent, les yeux des trinqueurs ailleurs que dans les miens, au passage des gargantuesques platées de petits fours étouffoirs et autres amusements de bouche à base de ces saumons morts pour la bouffe ou cochonnets réduits en tranches bicolores. Ce brouhaha  hahanant, se riant d’une douce quiétude, ces gens démons fantomatiques qui passent et repassent allègrement sans vous voir, juste pour les convenances. if 6 0

Je pense et me mets alors à rêver aux opposés. Vous savez : ces petits africains au ventre proéminant qui attendant seulement une miette de tous vos gaspillages, une goutte de ce nectar d’orange qui comblerait leur gorge tarie.

Je songe aussi très fort aux amis arbres jamais à court d’ouverture de leurs ombrages et branches déployées, à mes doux chiens câlins toujours satisfaits de si peu et qui attendent mon retour.

J’en ai marre de perdre mon temps dans ces ridicules garden room parties superficielles et guette désespérément l’endroit d’où je suis arrivée, attends le bon moment pour empoigner la poudre d’escampette mais zut ! il faut encore attendre, ne serait-ce que cinq minutes …. J’avertis ma copine de droite puis celle de gauche de mon imminente fuite. Elles me retiennent un peu mais pas trop car elles ont compris !

Le malaise a maintenant atteint son maximum ! Non, de l’extérieur cela ne se voit pas. Ni rougeur ni pâleur ! Aucune crispation ! Pas de gestes désordonnés ! Tout est là-haut dans mon cerveau anéanti par ces conditions atmosphysiques insoutenables ! J’enrage, je bous, je flippe, j’éclate et pars enfin…..

Me voici libérée de ce carcan prison.

Je retourne chez moi, écœurée de cette horrible soirée, vaccinée pour combien de temps ? 

J’enfile bottes et cape puis cours là-haut au champ, suivie de mes copains canins. Et marche, marche en confiant bien vite larmes et peine à ma douce Nature qui sait me consoler. 

Puis reviens apaisée.

Après la nuit réparatrice, un nouveau jour sourit et moi aussi…. pom2O

( 24 mai, 2017 )

Retour des hirondelles

Le couple d'hirondelles. Merci à Marina Rey

Le couple d’hirondelles. Merci à Marina Rey

 

Elles arrivent enfin de leur si long voyage,

Légères hirondelles gazouillant à tue-tête.

Je guettais leur retour, elles qui, pour tout bagage,

Ont encore, sous leurs ailes, du soleil quelques miettes

Méditerranéennes.

 

01179291e73e94402fc7b35cced004f0

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je passerais des heures à contempler leur vol,

Bien assuré, rapide, subtil et vaporeux,

Zigzagant dans l’azur puis plongeant vers le sol,

Acrobates planant, spectacle gracieux

De ces jolies arondes.

 Nuée d'hirondelles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cherchent déjà l’endroit où construire leur nid.

Le même que l’an passé, c’est là leur  préférence.

S’il est endommagé, le voilà  rebâti.

Et s’il a disparu, autre projet se lance

Du plus rapidement.

resultat Peinture chinoise. Merci à l’artiste

Toujours très affairées, les gracieuses fendent l’air

A la recherche d’un insecte, d’un moucheron

Pour nourrir leurs petits car elles sont bonnes mères,

Déjà depuis matin jusqu’au soir en action,

Pour cinq becs à nourrir.

 

Peinture chinoise

Peinture chinoise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aime ces belles infatigables voyageuses.

Chaque nouveau printemps, je guette leur arrivée.

L’été venu, de leur portée m’enquiers, anxieuse !

Déjà l’automne vient, qui fait fuir les couvées !

Pourvu qu’elles passent l’hiver !

( 23 mai, 2017 )

Homme de bois

Près de l’homme asexué je me repose.

Une drôle d’histoire, cette mutilation, que je vais vous conter ! Un être de type masculin dont le membre viril a été sectionné. Dame Nature ayant œuvré à l’aide de ses coups de baguette temporelle, par personne interposée.

Si je ne sais la cause réelle de cette anomalie, je l’imagine provoquée par un individu minus genre mus musculus ou microtus agrestis, un débauché venteux, même un nommé Indra, voire un Jupiter jaloux.

Près de lui, la quiétude enfin trouvée d’une éternité sans dégraffage de chemisier, retroussage de jupon ou froissage de draps. La sérénité de jours et nuits, frileux matins et longues soirées, énivrés de tendresse, de joie, de rires et de partage, de regards partagés sans arrière-pensée, de pureté virginale et de parfums subtils.

arbre s O

A l’abri des regards, je le contemple, toute en silence, lui de même. Seuls mésanges et merles, grives et moineaux nous offrent leur sérénade, perchés sur les multiples branches du vieux chêne. Le soleil voudrait bien, le coquin ! assister à la scène, savoir ce qu’il en est entre ces êtres-là et envoie prestement ses rayons à l’assaut de l’endroit. Mais les branches touffues ne laissent rien entrer de ses rais curieux.

Il n’est pas très bavard, mon compagnon de bois. Même trop réservé, certains jours, à mon goût ! Je sais bien qu’il m’écoute mais les réponses tardent et me manquent un peu. Je me console et dis que le silence est d’or. Je lis dans les pensées de ses cellules privées d’écorce et cela me suffit. Il faut bien se faire une raison. Peut-être est-ce le lot des  hommes asexués ! Tristes et peu loquaces puisque se sentant diminués.

arbre 2 O

Je le rassure constamment, l’invite à partager son cœur. Cela nous suffirait bien largement ! D’ailleurs de tête il est aussi privé  ! Voyez donc son portrait ! 

bois 3 O

Ami de bois, mon compagnon agreste, je t’ai, il y a bien des mois, du feu ou de la tronçonneuse sauvé. Repose en paix et attends ma visite quasi quotidienne ! J’arrive de ce pas, à l’autre extrémité du champ, là où tu te caches et m’attends depuis bientôt cinq ans !

 

( 17 mai, 2017 )

Visiteuses ailées

e

Sagement assise près du talus dans le champ,

Je lisais. Autour de moi, les chiens en liberté

Gambadaient et flânaient, chaque museau au vent.

Tous six heureux de ce midi ensoleillé,

Au beau milieu de la généreuse nature,

Du jour l’humble voyage et la simple aventure.

Merci à Insecte.org

Merci à Insecte.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la page douze est arrivée une demoiselle,

Longues et fines pattes légères, abdomen vert.

Petite mouche s’est mise à galoper, rebelle

A mon conseil d’un autre itinéraire

Lui offrant la vie sauve, et moi la page suivante,

Evitant le massacre de l’espionne confiante.

Merci à wikipedia

Merci à wikipedia

 

 

 

 

 

N’osant interrompre la marche du moucheron,

J’ai stoppé tout net ma lecture pour contempler

Le diptère volant en pleine ascension

D’un Ev’rest de mots de Franz Olivier.

Vous aurez reconnu Giesbert, l’écrivain,

Mon auteur favori, et de l’insecte nain.

Merci à Gerbeaud.com

Merci à Gerbeaud.com

 

 

 

 

 

 

 

 

Un autre a succédé, tout de rouge vêtu,

Chassant le précédent envolé vers  les cieux.

« Pourrai-je bientôt quitter la page déjà lue

Ou suis-je condamnée par ces petits curieux

A la relire encore une centaine de fois,

A l’apprendre par cœur, eh ! pourquoi pas, ma foi ! »

Merci à insectes.net

Merci à insectes.net

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sentir en ces insectes toute la beauté du monde

Et respecter la vie même dans sa petitesse,

Goûter du temps qui passe chaque seconde.

Apprécier l’harmonieuse délicatesse

D’une sauterelle dansant sur une page écrite

Et vouloir protéger l’innocent sans limite. 

 

 

 

 

 

( 15 mai, 2017 )

Philomela , la musicienne

Grive musicienne, song trush (en anglais), Sing Drossel (en allemand)

Musicienne elle l’est certes, la grive qui chaque jour m’offre son riche répertoire de tant de chants d’oiseaux. Je reste à l’écouter, toujours émerveillée par ces airs frais et gais lancés de ce petit cerveau vers l’infini des cieux.

La chanteuse ne se laisse pas facilement approcher !

La chanteuse ne se laisse pas facilement approcher !

Merveilleuse copieuse, turdus philomelos, tel est son nom latin, au sommet du grand chêne, sur une branche du frêne ou dans le merisier, s’égosille à tue-tête, comblant l’air auroral de sons multicolores.

Est-ce dans le berceau-nid qu’elle apprend de son père toutes ces mélodies variées et puissantes, qu’elle reproduira sans jamais se lasser ?

Qu’a donc Philomela à faire avec la grive, me direz-vous ?

Cette jeune fille de la mythologie grecque à laquelle, après l’avoir violée, le méchant Térée, roi de Thrace, époux de sa sœur Progné, coupa la langue ! Et qui, transformée en rossignol, continue à pousser indéfiniment ses lamentations. 

Puisant dans cette mythologie, le pasteur allemand Christian Ludwig Brehm (1787-1864), féru d’ornithologie, l’a ainsi nommée en 1831.

grive musicienne

Source d’inspiration pour d’autres savants puisqu’il existe le rossignol Philomèle, superbe chanteur et l’hirondelle parfois surnommée Philomèle, bien au contraire privée de voix.

Notre ami fabuliste Jean de la Fontaine a, lui aussi, succombé à ce mythe et nous a offert cette fable, toujours étonnamment d’actualité.

           
« Autrefois Progné l’hirondelle
            De sa demeure s’écarta,
            Et loin des villes s’emporta (alla)
Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle.
«Ma soeur, lui dit Progné, comment vous portez-vous?
Voici tantôt mille ans que l’on ne vous a vue:
Je ne me souviens point que vous soyez venue,
Depuis le temps de Thrace, habiter parmi nous.
            Dites-moi, que pensez-vous faire?
Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire?
-Ah! reprit Philomèle, en est-il de plus doux?»
Progné lui repartit: «Eh quoi? cette musique,
            Pour ne chanter qu’aux animaux,
            Tout au plus à quelque rustique? (paysan)
Le désert est-il fait pour des talents si beaux?
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles.
            Aussi bien, en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,
            Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins appas. 
– Et c’est le souvenir d’un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas:
            En voyant les hommes, hélas!
            Il m’en souvient bien davantage.»

 

( 1 mai, 2017 )

Edenique aperçu

A peine sortis du ventre de leur maman, les bébés jumeaux, garçon et fille, se sont mis à téter, ce midi 1er mai, le tiède lait du pis tendu par la jolie vache normande.

jumeaux 1O

Tendre spectacle. Mais si un œil pleure de joie du présent, l’autre déjà larmoie de l’avenir.

Saisir ce tableau à l’instant, le graver à jamais.

jumeaux 2O

Un jour peut-être, ce sera autrement. 

Sont-ils nés dans le mauvais siècle ? Le prochain millénaire sera-t-il indemne de ventres nourris d’animaux ? J’ose l’espérer…

Ephémère image de paradis, illusion d’un monde de douceur, de tendresse, dans lequel les petits veaux pourraient grandir près de leur mère.

jumeaux O3

Futur cauchemar provoqué par la proche séparation de ces êtres innocents, dès demain.

Mains cruelles et injustes les empoignant vers la solitude de l’étable. Le chagrin diminuant, les jumeaux orphelins trouveront des amis de semblable condition.

On s’habitue à tout !!

La maman sera, elle aussi, conditionnée pour une ou deux autres naissances l’année prochaine et les suivantes jusqu’à usure puis abattoir. Un ou plusieurs chagrins de plus avant de retourner brouter l’herbe du champ.

On s’habitue à tout ?

Dans le champ d’en face, l’Eden bientôt perdu. Sur l’écran de face, la France en déchirance ! 

Mon cœur sanglote un peu plus chaque jour. Le monde devient fou, cruel, sans cœur, oublieux de l’Histoire, renouvelant les horreurs déjà subies.

Je ne m’habituerai jamais à ça !

jumeaux O4

Demain la vache pleurera, ses deux petits aussi. La moitié des Français hurlera sa colère contre ces cinglés du parti ennemi. Pendant que l’autre moitié applaudira à la future Shoa, à la recréation de l’esclavage, au sectarisme, au barbarisme, à la traitrise, au racisme et à la destruction de tout ce que nous avons patiemment acquis pour la paix de l’Europe.

Le monde est fou !

Comment vivre sur terre en paradis ?

12345...14
Page Suivante »
|