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( 25 novembre, 2009 )

Ce n’était qu’une poule…….

Cette nuit elle s’est éteinte après trois jours d’agonie, sans bruit, sans cris, derrière la porte du poulailler.

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Petite Poule Rousse est morte cette nuit de novembre. 

Son pauvre corps tout raidi par la mort repose désormais au fond de la petite fosse que je viens de creuser au champ, là où elle aimait picorer et taquiner les vers de terre. Les yeux embués de larmes, j’ai creusé le sol gorgé d’eau puis ai posé une poignée de paille, l’y ai couchée là pour l’éternité, l’ai recouverte d’un duvet de foin, enfin de la couche de terre fraîchement soulevée.

J’entends déjà les esprits lourds et insensibles ricaner, s’esclaffer, glousser et pouffer.

Ce n’était qu’une poule !!!!!!

C’était une vie face à la mort, une vie égale à toutes les autres vies face à la mort. Une vie de poussin bien au chaud sous la couveuse ou bien, par chance, sous les ailes de sa maman. Une vie de jeune poulette à la découverte du monde. Une vie de poule et d’oeufs. Une vieillesse sans histoires. Bref une vie avec son lot de joies et de douleurs.

Aujourd’hui c’est une vie de moins. Tant mieux pour elle qui a enfin rejoint la grand Paix, l’Eternité, le seul endroit au monde où souffrances, cruauté et barbarie n’existent plus.

Car la mort, après tout, libère enfin l’esprit de ces pensées fréquentes qui ne manquent jamais d’assombrir les moments de Bonheur.

Mais il faut vivre encore !

Enfin un timide rayon de soleil automnal vient lécher la vitre du petit bureau. L’espoir renaît.

La tranquille respiration des chiens assoupis sur les lits ou dans les confortables paniers me rassure. Sauvés de l’euthanasie ou du refuge ils sont. 

Le permanent spectacle de la famille Rebita (voir article blog) paissant goulûment l’herbe du champ, en face, me rassure. Sauvés de l’égorgeur ils sont.

La souvenance des cinq autres poules se régalant, ce matin, de blé et d’un quignon de pain trempé me rassure. Sauvées du couteau elles sont. 

Telle cette humble poule, nous aurons tous un jour proche ou lointain, une semblable fin, avec ou sans souffrances.

Ne perdons pas de temps avant cette heure fatale !

Pour quelques bribes de bonheur, sauvons, sauvons, aimons, caressons les animaux, rebut sans assistance, sans considération, de la société.

( 22 novembre, 2009 )

Ultime fleur de novembre…… Poème

Novembre était là, les beaux jours perdus.

Le jardin tout froid et les fleurs disparues.

Il ne restait, sur une tige, qu’un oeillet.

Sans bruit, sans hâte, le nez y ai posé.

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Telle la pure senteur      De cette ultime fleur,

M’apparut le Bonheur     Un instant capturé,      Une seconde libéré.

Car, vois-tu, cher ami,     Le Bonheur est ainsi       A qui sait le saisir,

L’empoigner, l’acquérir.

Solitaire et furtif,     Intense et fugitif.

 

A l’aube de ce jour, ce fut l’oeillet.

Hier, le soleil sur le châtaignier,

Demain,  le regard doux d’un animal.

Toujours chercher, pour éloigner le mal,

Les horreurs de la vie, les cruautés,

Les cris, insultes et insanités,

Toujours chercher les instants de Bonheur

Cachés à l’ignorant, tapis dans cette fleur.

21 novembre 2009

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Le Bonheur est aussi dans le regard d’un chien ( ici, Scottish)

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dans la beauté d’une timide violette cornue,

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ou dans l’éclosion d’une touffe d’hellebores.

 

 

( 21 novembre, 2009 )

Histoire d’un p’tit gars d’Saint- Denis

    Voici l’histoire (vraie) d’un p’tit gars d’Saint-Denis dont il ne reste qu’un nom gravé sur le monument aux morts et quelques souvenirs, témoignages émouvants de bouche de grand-mère à oreille de petite fille, témoignages fragilisés par le temps, humble reflet de la vie et de la mort à cette époque du début du xxème siècle.

    Il se prénommait Jules, Albéric, Aimable, né à la Mauvillère le 30 janvier 1894, le second des cinq enfants de Cyrille et Marina Fauchon, cultivateurs.

    La vie gâtait cette famille : trois beaux garçons lui étaient donnés en trois ans. Entre le frère aîné, Joseph, et le cadet, Almyre, Jules ne s’ennuyait guère. Que de jeux partagés, de rires et de cris parfois interrompus par les pleurs d’ Angélina, la dernière-née. Enfin, une fille dans la maison !

    Et puis, quelle chance d’avoir une maman toujours gaie ! Elle savait réjouir ses enfants, de même les voisins et la parenté quand, après les dures journées de labeur, lors des corvées de battage, les ventres bien remplis par le copieux souper, on chantait, on faisait des jeux, histoire d’oublier la fatigue un instant.

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    Jules(1894-1915) et Almyre(1895-1903) au premier rang, Joseph(1892-1899) au milieu  du second rang) posent pour la photo d’école en 1898 ou 1899. Almyre n’est pas encore scolarisé : il ne porte pas la tenue de l’écolier. Trois garçons au destin tragique.  

                   Premiers chagrins

    Hélas, à cette époque, les maladies d’enfants étaient légion et les remèdes peu efficaces.C’est Joseph, l’aîné qui, le premier, partit, à l’âge de 7 ans, victime d’une méningite. Aurait-il guéri si, comme il le lui avait été conseillé, sa maman lui avait appliqué sur le crâne le corps ouvert, encore chaud, d’un pigeon sacrifié ? Pratique barbare ! avait –elle pensé, refusant ce geste.

    Almyre, quatre ans plus tard, fut pris de maux de ventre. On diagnostiqua le group ou diphtérie, terrible maladie contre laquelle la vaccination n’existait pas encore. Ses parents le veillaient jour et nuit, impuissants à apaiser ses atroces souffrances.

    Bientôt, il suivit son frère au cimetière, allongé dans son petit costume à boutons dorés. Il avait juste 7 ans, lui aussi.

    La venue d’une autre fille, Sophie, l’année suivante, fit un peu oublier  ces cruelles disparitions.

                       Satanée guerre !

    Le temps passa. Jules et Angélina devinrent les meilleurs amis du monde. Il s’entendaient si bien et avaient beaucoup d’affinités. Jules désirait faire des études pour devenir instituteur. «  Non, pas question ! Tu resteras à la ferme ! », décidèrent ses parents. Ils avaient d’ailleurs acheté pour lui la maison juste à côté de la demeure familiale. Le soir, Jules était indépendant. Il passait la nuit chez lui, dans son logis à lui.

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    Il reste, en souvenir de lui, au champ près de notre demeure, le marronnier et le chêne centenaires q’il avait choisi de planter, adolescent. 

    Puis vint la guerre. Triste journée d’été, ce 2 août 1914, quand, dans notre jolie campagne normande, le tocsin se mit à sonner pour annoncer à la population le départ de tous les jeunes pour le combat.

    Vingt ans, un fusil à l’épaule, il partit pour le front, sans l’avoir choisi ! Le jeune cultivateur était soudain devenu le numéro 794, soldat 2ème classe au 32ème Régiment

    d’Infanterie.

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    Baïonnette au poing, Jules dut partit à la guerre.

    Angélina, sa sœur, racontait, avec beaucoup d’émotion, que, lors d’une rare permission, Jules eut bien de la peine à les quitter, pressentant sûrement le pire. La séparation fut très douloureuse pour tous.

    Lors d’une attaque, amputé d’une jambe par un éclat d’obus, sachant que les secours ne viendraient pas, il confia à son copain de Contrières sa montre et lui fit promettre de la remettre à ses parents lors de sa prochaine permission dans la Manche. Ce fut l’ultime adieu. Pas le temps d’aider un blessé ! Il fallait continuer de monter à l’assaut.

    Le 16 Juin 1915, à la côte 140, quelque part entre Neuville-Saint-Vast et Souchez, Pas de Calais, il est mort, à bout de sang, pensant une dernière fois à sa chère Angélina, à sa famille, à son village aimé qu’il ne reverrait pas. Il s’est endormi pour toujours dans ce coin du Nord qu’il n’avait pas choisi. Il y repose encore parmi tant d’autres jeunes.

                   Epilogue 

     Après la bataille meurtrière, le copain, comme il l’avait promis, a rapporté à la Mauvillère le triste objet et déclaré que Jules était blessé, laissant, peut-être, encore un peu l’espoir d’une heureuse issue. Quand, en 1918, l’ami de la commune voisine est définitivement rentré au pays, il ne voulut plus jamais évoquer cet épisode, trop bouleversé d’avoir dû laisser son copain mourir, sans pouvoir lui porter secours.grandmrefauchonetfamille.jpg

    Cyrille(1862-1928) et Marina(1867-1952), les parents de Jules.

    Angélina(1898-1994) et Sophie(1904-1962), ses deux soeurs, debout.

    Aucun courrier n’a été conservé de cette année 1915 loin du pays, Sophie, sa plus jeune sœur, ayant brûlé ces maudites lettres, prétendant que la correspondance de gens morts n’était pas à garder.
    Puisse ce court récit rendre un ultime hommage mérité à ce p’tit gars d’Saint-Denis et à tous les autres soldats de la Grande Guerre !

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      Angélina, sa soeur et confidente, ma grand mère, évoquait souvent, les yeux embués de larmes, le souvenir de ce frère chéri, trop tôt et injustement disparu.

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