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( 6 février, 2010 )

Brouky, le beau rouquin

Il était une fois….mon conte de fée à moi, Brouky, le beau Rouky, le

beau rouquin.

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Avant mon séjour forcé dans la cage de la déchetterie d’une commune normande, j’étais, voyons voir ! j’ai peine à me souvenir ! Une crise d’amnésie canine précoce m’empêchant d’évoquer ma jeunesse, mon âge, ma maman, ma résidence, mes mets préférés ou bien les coups de pieds au cul et l’infâme pitance quotidienne ! J’étais peut-être chien de rues d’un pauvre SDF conduit un jour en prison après une rixe alcoolisée ou l’absorption abusive d’herbe illégale. Voyant l’affaire tourner mal, le pauvre gars m’aurait brusquement poussé vers les portes de la liberté, que j’ai empruntées sans hésiter !

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Après plusieurs journées et nuitées d’errance, j’ai été apostrophé par un quidam auquel je n’ai pu présenter mon laissez-passer. Sans autre forme de procès, on m’a jeté dans cette cage, déjà occupée par deux détenus qui, au petit matin du lendemain, ont disparu de mon horizon après la visite du vétérinaire et de sa seringue

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Difficile de marcher au milieu de nos déchets naturels dans un si petit  endroit !

Seul donc, je me suis retrouvé, passant mes heures à attendre l’arrivée d’une remorque d’ordures ménagères, d’une camionnette de déchets végétaux ou d’une petite cylindrée au coffre entr’ouvert, débordant d’objets usagés. A attendre une éventuelle caresse d’un des conducteurs de ces engins, ou du gardien, à chaque nettoyage du triste logis ou remplissage de la gamelle. A vrai dire, j’avais une folle envie de sortir, de quitter ces sinistres lieux, cruellement dénués d’humanité animale.

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Jusqu’au jour où elle est apparue, m’extirpant, chaque après-midi ouvré, pendant un mois et demi, de l’endroit maudit,  pour une promenade à travers chemins creux et petites routes proches de la déchetterie. roucky1.jpgA partir de cet instant, ma mémoire est intacte. La poigne nécessaire au gardien pour me passer le collier, la fougue avec laquelle je me précipitais vers la grille de sortie, la longue laisse à laquelle je refusais le mou… Et le premier arrêt sur l’herbe, à me soulager de cette bouffe de croquettes, seul plaisir de l’enfermement, la longue station à laper l’eau boueuse du creux du talus, pour me purifier des miasmes de l’ennui, et l’incessant tir à la laisse, toujours tendue, vers une nouvelle liberté. Nous traversions un stade, sur le parcours. Lancée en l’air, une bouteille plastique à eau traînant près d’un but, faisait office de ballon. Un jeu que j’apprécie particulièrement, ce lancer d’objets de toutes sortes (morceaux de bois courts, longs, légers, lourds, frais, pourris…., os en plastique, boules de neige plus rarement, galets, petits cailloux….). Je suis, depuis toujours, fan de cette activité. Ca, j’en suis sûr ! broukybois.jpg

A en être collant, super collant ! Et vous, c’est quoi, votre passion, celle qui énerve votre entourage, celle à cause de laquelle vous oubliez tout le reste ?

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J’aimais approcher de la grand route. Peut-être m’évoquait-elle la voie de la Liberté ! Puis retour vers les grilles et d’abord le stade avec arrêt émotion sur les gradins. Pour souffler un peu, après cette heure à tirer sur la laisse. Puis parce que j’étais enfin près d’elle. Assis, sage, à me laisser caresser tête et dos, à m’entendre dire des mots gentils…. J’oubliais tout, c’était le paradis ! Nous passions de longues minutes à échanger des mots, des regards, un souffle d’air, des litanies de regrets, de projets, de cris d’injustice… et à laisser couler quelques larmes. Avant le retour en enfer ! Les premières fois, je me contentais de la regarder partir sans comprendre. Puis tout s’est éclairci !

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La séparation, une fois chaque ballade suivante accomplie, m’est devenue insoutenable. J’aboyais encore longtemps après son départ.

On m’a trouvé une famille d’accueil : deux petits vieux que j’ai vite effrayés par ma fougue et ma prestance et qui m’ont ramené à la cage : trop fougueux, trop jeune, trop rapide !

Et elle, pourquoi ne voulait-elle pas de moi chez elle ?

J’ai alors su que deux autres infortunés avaient trouvé refuge à son domicile, sortis in extremis de cette cage de malheur ! Avec le Labrador familial, je serais le quatrième. Mais son mari ne voulait compter qu’à trois, en calcul chien. Comment faire ?

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J’ai alors rendu visite au mari. Qui m’a trouvé fort beau !

« Enfin, cinq chiens ? Tu n’y penses pas ! Quelqu’un va bien l’adopter ! »

Tout dépité et inquiet quant à mon avenir menacé, j’ai regagné la geôle.

« C’est complet ! » a annoncé le gardien. « On va l’attacher  en dehors de la cage avant de trouver une solution ! »

Le téléphone au véto puis la piqûre pour qui, pour eux ou pour moi ?

Pris de cafard, je l’ai suppliée du regard, elle qui se sauvait, les yeux enlarmoyés.

Ni l’un ni l’autre n’avons guère dormi la nuit suivante !

Dès le lendemain matin,  c’était un samedi, un harnais et une laisse à la main, elle est arrivée, souriante et légère !

 C’était le début de ma nouvelle vie !

 Depuis ce jour, nous six, nous portons bien. Elle et Lui, Speed le Labrador, Nana Long Nez, la petite noire pas facile à friser, Scottish, le bon gars sympa et moi qui essaie d’être sage….

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BigMa et moi, assoupis.                        Zoé et encore moi, en sieste. 

Trois bretonnes, déjà âgées, sont venues nous rejoindre. Ce soir du 26 janvier 2010, assoupi sur la confortable banquette de la salle à manger, je pense à mes jours de galère et à tous ces pauvres hères qui n’ont pas eu ma chance.

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Alex, un ami sympa, mon prof d’anglais et de lancer de bâtons.

Le jour où j’arriverai au paradis des chiens, il faudra que j’évoque le problème des animaux abandonnés à Saint Pierre, qu’il intercède auprès de son gouvernement pour que toute haine raciale cesse entre les deux pattes, les quatre pattes, les poilus, les laineux, les emplumés, les carapacés, les écaillés : en un mot ceux qui ont un cœur, tous dignes de respect.

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