( 11 mars, 2010 )

Complainte d’une souris de cimetière

Après de nombreuses lunaisons de nomadisme, errant à la recherche du domicile idéal, ma famille s’est enfin sédentarisée dans ce vieux cimetière d’une petite ville de province bas normande.

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Ci- dessus, moi-même, mon compagnon et deux de nos filles. 

Lieu de repos obligatoire suite à un court ou long passage sur la planète, cet endroit affichant complet, donc portail clos trois cent soixante trois jours l’an, autrefois si frayé des géants bi pattus dégoulinants d’eau salée, est maintenant havre de tranquillité. Si mes parents ont, – paix à leur esprit ! – rejoint la terre de leurs ancêtres, avec mon compagnon et quelques-unes de mes filles, nous vivions ici heureux jusqu’à cette maudite aube fraîche où le voisin d’à côté, minet de son espèce, m’a kidnappée sans apparence de rançon. M’égratignant l’épaule droite et couvrant mon pelage de salive malodorante. Où m’emmenait-il donc, ce chat malappris, grassement nourri, d’ailleurs en léger surpoids ? Pourquoi donc s’attaquer à cent fois plus faible que soi ? Sinon pour jouer au macho ou épater la sœurette !

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Constatez la lutte inégale ! 

Un autre de ces endroits dans lesquels les habitants ne sont ni bruyants ni gênants.

Une fois brusquement jetée sur le froid carrelage d’une cuisine de maison proche du lieu des nombreuses sépultures, j’ai vite profité d’une de ses vocalises miaulées pour m’échapper de sa vue, me faufiler par la porte entrebaîllée d’un placard et disparaître de son champ de vision. 120pxhousemouse.jpg

Ouf ! J’avais le temps d’élaborer un plan d’évasion pour rejoindre au plus vite ma famille, à coup sûr inquiète de mon absence prolongée.

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Me traiter de « dadet », quelle audace, moi élégant siamois ! Je t’y reprendrai !!

Redoublant de miaous miaous, ce grand dadet a alerté la maisonnée, surprise de ne découvrir aucune habituelle proie de volatile ou de mes semblables sur le sol. Caresses et bonnes paroles sont enfin venues à bout de cette frénétique agitation forte en décibels.

Blottie au fond d’un placard mal choisi, au milieu de bouteilles, bidons et flacons de nettoyage, de récurage et polissage, après une longue attente discrète et chagrine, je me suis enfin enhardie à choisir un lieu plus propice à la confection de casse-croûte. Jeûner quarante-huit heures, ça purifie ! Il faut ensuite penser à sa survie ! Ayant repéré l’emplacement réservé aux gourmandises de la fille de la maison, folle amoureuse de ce stupide grippeminaud, j’ai alors tenté l’escalade du pic aux céréales chocolatées. Me contentant seulement de deux de ces délicieuses mignardises !

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 Le maïs aussi, j’appréciais en temps de liberté  ! 

Aurai-je laissé une infime miette, trace trop visible de ma présence indésirable  ou bien quelques-uns de mes reliefs digérés nommés crottes ?

Un vilain piège accompagné d’un tentant bout de fromage fort odorant m’attendait le jour suivant. Diplômée de la Haute Ecole anti-pièges à fromage de Comté, je parvins sans encombres à déguster le cadeau sans me faire prendre.

Et attendis le suivant en me régalant de trois autres Kellogs.

Histoire de tuer le temps, je me surpris à risquer une virée jusqu’à la gamelle d’un des Mistigris, puis à pointer mes jolies dents sur la tendre peau d’une brillante pomme bicolore sise, près de quelques élégantes consoeurs blondes, dans une corbeille fort élégante certes, cependant trop éclairée et imposante pour y tenter un nid de qui vous devinez !

Tant pis pour la maîtresse de maison soupirant chaque matin après cette rusée souris qui refusait de mourir ! Pourquoi quitter la vie dans la fleur de l’âge ? En bonne santé ? Filant le parfait amour ?

J’en avais presque oublié ma famille et le mauvais sang qu’elle se faisait à l’idée de mon éventuel non retour. Disparue depuis autant de jours que de griffes à une patte !

Je souriais déjà à l’idée de leur narrer les péripéties de ce fabuleux voyage en pays inconnu !

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Ma petite personne parmi les folles herbes du cimetière

Le lendemain après-midi, quel ne fut pas mon étonnement de découvrir un engin inconnu, probablement une de ces modernes inventions de ce troisième millénaire !

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Le moral à zéro, je médite sur mon triste sort !

Se faufiler à l’intérieur du long tunnel grillagé pour aboutir à la friandise me parut aisé. Où donc était la ruse ?

Après le traditionnel morceau de Comté, j’eus la joie de goûter une amande, fine et croquante, parfumée à souhait.

Et si fière de moi car déjouant cette machine infernale aux réelles allures de prison argentée !

Très déçue je fus lorsque j’aperçus un stupide petit raisin sec suspendu à la barre d’accroche des victuailles sensées empoisonner.

Valait-il la peine que je me déplaçasse ?

Ce que je fis et me retrouvai cloîtrée dans la cage, une fois la lourde porte brutalement refermée sur mon pauvre petit être.

Après examen, je ne constatai aucune lésion, aucune blessure ! Tout était pour le mieux dans le meilleur des pièges !

Si ma découverte déclencha sourires et ricanements, oufs de contentement et de soulagement, elle signifia également la voie de ma liberté car je fus alors dirigée, mon cloître et moi-même suspendus à l’extrémité d’une patte blanche aux longs doigts dépourvus de poils, vers le vieux cimetière et délicatement déposée par cette généreuse paluche sur mon domaine funéraire, à l’endroit précis où le minet m’avait capturée.

La suite, vous la devinez ?

Le joyeux grincement d’une lourde porte de bagne qui s’ouvre, mon brusque départ à la sauve qui peut, la joie des retrouvailles, le récit de mon incrédible aventure, il y a là matière à graver une page sur une fine croûte de Comté parcheminé, la une de préférence !

Au non plaisir de vous revoir ! Au bonheur de continuer ma paisible vie de souris grise dans ce paradis de cimetière !

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Un chaleureux merci à la dame qui, soucieuse d’épargner une humble vie de petite souris, a su me signifier en douceur de ne plus jamais m’aventurer sur le domaine d’autrui ! A moins qu’un second kidnapping me ramène en ces lieux charmants !!

Le 11 mars 2010

( 9 mars, 2010 )

Le grand chêne du champ…… Poème

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Le grand chêne du champ

Pleure son ami Jules    

Parti depuis longtemps      

Vers une guerre nulle.

Ses larmes s’accumulent

Et creusent chaque hiver,  

Quand le ciel est chagrin,

Une mare dans la terre,

Pour les oiseaux un bain.

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Depuis bientôt cent ans,  

L’ami Jules est parti.

Depuis bientôt cent ans,

Le grand chêne périt,

Doucement, lentement.

Son large tronc se vrille.

 Ses branches dans le vent  

 Grincent et se fendillent.

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Une hulotte parfois 

Nuitamment vient le voir,

 Profitant, chaque fois,

Du solide reposoir

 Pour convoiter mulots,

 Ratons et lapereaux

Et capturer sans peine

 Taupes et musaraignes.

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Le vieux chêne sait bien

Que, là-bas dans le Nord,

Un clair matin de juin,

Son ami Jules est mort

Sans être secouru,

Tué par l’ennemi.

Son sang il a perdu !

Vile guerre ! Courte vie !

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Jules, mon arrière grand oncle, a quitté la vie à 21 ans.

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Depuis mil neuf cent quinze,

Dans le Pas-de-Calais,

A la côte cent quinze,

Un autre chêne est né.

Le vieil arbre sourit

En pensant que là-bas

L’esprit de Jules vit

Et lui ouvre les bras.

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6 janvier 2010

 

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