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( 28 janvier, 2011 )

Où aller, s’il vous plaît ?

C’était un bel oiseau au plumage richement coloré des nuances automnales, à la longue queue de fines plumes, à l’élégante démarche altière. Sa courte vie jusqu’à présent, l’animal l’avait passée entouré de nombreux autres compagnons ailés dans la très grande volière d’un cynégiculteur (mot trop savant pour désigner le stupide éleveur de gibier à occire dès le premier lâcher) . «  Un peu tassés même  », pensait le jeunot en croisant les copains, évitant les grincheux et leur bec acéré.

De l’horizon au-delà des limites des grillages environnants l’oiseau ne s’était jamais préoccupé, bénéficiant d’une nourriture abondante, d’eau et d’air purs à souhait. Notre gallinacé sentait bien parfois démangeaison au niveau des ailes, devant alors faire preuve d’un savoir voleter tout limité en mettant constamment un frein à ses envies d’envol, au risque de heurter le bas plafond de treillis métallique. Il s’en contentait cependant…

Aucun autre choix d’existence en vue  !

Détrompons-nous !

Par un clair matin frais, après quelques lunes passées hors de l’œuf pondu par des parents inconnus, le voilà prestement saisi, jeté en cage telles sardines en boîte, hissé dans un engin motorisé, inconfortablement ballotté par monts et par vaux, enfin brutalement jeté hors de l’espace de mailles restreint. Parachuté dans un endroit non quadrillé, immense, inhospitalier. Seul, sans mangeoire ni abreuvoir. Grands espaces nus à perte de vue, talus et fossés aux ronces et épines acérées, routes asphaltées aux multiples dangers : tout un univers inconnu et hostile! Quasi incapable de prendre son envol au moindre danger car inhabitué, inapte à trouver sa nourriture, l’infortuné oiseau, ce samedi de mi novembre 2010, errait sur l’asphalte lorsque j’ai croisé son regard. Un regard inquiet, perdu, noir, effrayé ! «  Où aller, s’il vous plaît ?  », crus-je entendre alors !

Pauvre hère au funèbre proche destin : gueule du chien, tir du chasseur ou choc contre la roue d’une voiture ? Barbarie humaine, cruauté de l’horrible jeu de la chasse, bêtises d’idiots qui, le fusil à l’épaule, un filet de sang à la boutonnière, le sourire crétin et le parler imbécile, se prennent pour des héros, maigres cervelles d’abrutis incapables de comprendre que la souffrance animale égale celle de l’être humain, à aucun degré moindre ! A douleur, peur, colère, souffrances et chagrin égaux !

Incompréhension du langage, des mœurs de ces autres êtres tellement supérieurs à nous, qu’ils soient d’élevage, sauvages, de compagnie !

«  L’homme n’a pas deux cœurs : un pour les humains et un autre pour les animaux. Il en a un seul ou il n’en a pas du tout. », a énoncé un fin penseur.

«  Les chasseurs sont des malades mentaux  » a écrit le philosophe Jacques Brosse.

Combien de temps encore, d’heures, de minutes ou de secondes notre bel oiseau a-t-il continué d’errer ?

Etait-ce lui ou bien l’un de ses semblables qui, le lendemain matin, sur la banquette gauche de la même route, non loin des tirs fournis des chasseurs, semblait encore poser la même question ? «  Où aller, s’il vous plaît ?  »

J’ose à peine espérer que le malheureux aura survécu une journée de plus, trouvant repères, âme sœur et de quoi se remplir le gosier !

J’ose à peine souhaiter que le coup de feu l’aura percuté de plein fouet, sans qu’il s’en aperçoive !

Cet oiseau ne fut que le premier d’une longue lignée de successeurs que chacun peut croiser, éviter  ou ….massacrer, du mercredi soir au dimanche midi entre fin septembre et février.

Désolée pour les autres périodes de l’année : stock épuisé ! A renouveler l’année suivante !

Car, comme l’a si bien écrit un ami proche : « Sans l’homme, la terre serait habitable ! »

Et Yves Paccalet de conclure :  « L’Humanité disparaîtra ? Bon débarras ! »

Pour documentation, lu sur un site Internet (merci au journaliste)

UNE PRATIQUE HONTEUSE ET DANGEREUSE

Les lâchers de tir sont d’abord condamnables pour des raisons éthiques: les animaux sont lâchés dans les jours qui précèdent l’ouverture de la chasse et dans les jours qui précèdent les week-ends pendant la saison !
Ces animaux ne sont pas adaptés à la vie en liberté. Ils sont bien souvent incapables de se nourrir seuls. Ils sont habitués à la présence humaine et leur approche par le chasseur n’est guère difficile… Certains chasseurs appellent d’ailleurs cela le tir sur « cocotte »…

Il faudrait stopper la pratique du lâcher de tir et mieux encadrer celle du lâcher de repeuplement. Certaines revues de chasse osent l’écrire; certains responsables cynégétiques osent le dire… mais les lâchers continuent. La chasse en a trop besoin pour éviter la chute des effectifs de chasseurs !

LE SORT DES ANIMAUX DITS « DE TIR »

1 – Regard sur leur élevage
« Les faisans doivent porter des anneaux sur le bec pour éviter le picage : les faisans se piquent entre eux et s’arrachent les plumes jusqu’à s’entre-tuer… On les équipe d’avibecs fixés dans les narines ».
Source: Le Courrier picard du 22 septembre 1992. Pour combattre le picage, on utilise aussi le débecquage qui consiste à couper le tiers de la partie supérieure du bec à l’aide d’une lame chauffée au rouge
.

2- Jour de chasse
« le gibier avait été lâché le matin même…sur quatre-vingt pièces, soixante-six avaient été tuées ». Source: La Voix de l’Aisne du 31 octobre 1992.

3- Le sort des survivants
En longeant un bois un chasseur est suivi par un faisan « lâché une semaine avant, une semaine pendant laquelle il n’avait rien mangé ».
Source: Le Chasseur français de février 1992.

Victor Hugo lui aussi dénonça la barbarie humaine.

À un homme partant pour la chasse

Oui, l’homme est responsable et rendra compte un jour.
Sur cette terre où l’ombre et l’aurore ont leur tour, …
Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête.
Te figures-tu donc être un tel but final
Que tu puisses sans peur devenir infernal,
Vorace, sensuel, voluptueux, féroce,
Échiner le baudet, exténuer la rosse,
En lui crevant les yeux, engraisser l’ortolan,
Et massacrer les bois trois ou quatre fois l’an ?
Ce gai chasseur, armant son fusil ou son piège,
Confine à l’assassin et touche au sacrilège.
Penser, voilà ton but ; vivre, voilà ton droit.
Tuer pour jouir, non…

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Le 28 janvier 2011

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