( 8 avril, 2011 )

Scottish, l’oublié de la déchetterie

Je lui semblais laid, sale et insignifiant. Emprisonné dans la cage d’une déchetterie normande, en triste compagnie d’une jolie Bergère allemande aux superbes yeux bruns et d’un fringant Labrador noir doté d’un pelage fort reluisant. Enfermés tous trois dans cet enclos de deux mètres sur deux, ne disposant que d’une seule et unique niche, d’une seule et unique gamelle débordant constamment de croquettes sèches ou détrempées, selon la météo, mais croquettes tout de même et d’une seule casserole pleine ou vide de boisson selon les maladresses des occupants. 

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« -Il est à donner, lui, le gris ! annonça le préposé de service à la déchetterie en voyant celle qui deviendrait ma maman lorgner vers les infortunés engeôlés.

-Et la Bergère ? se hasarda-t-elle car, dans sa logique, quitte à sauver un animal, de préférence opter pour un être présentable, qui vous fait les yeux doux au travers des mailles du grillage et éviter le crotté dont le regard semble toujours occupé ailleurs si bien que seul le postérieur est visible ! songeait-elle ! 

- Elle vient d’arriver et va peut-être être réclamée tandis que le petit gris, ça fait deux mois qu’il attend ! » 

Eh oui, depuis deux longs mois de cet été 2006, été de la canicule, j’attendais ! Souvenez-vous de l’hécatombe chez les personnes âgées à cause de ces grandes chaleurs ! Qui eût songé que moi aussi, petit chien portant manteau épais car non tondu, je puisse souffrir aussi de l’anormale et durable hausse du thermomètre ! Certainement pas les centaines de videurs de déchets en tous genres occupés à soulager leurs remorques et rentrer chez eux sans s’encombrer d’un chien ! Car du monde de passage aux heures d’ouverture de l’endroit, il n’en manquait pas ! Tous indifférents ou presque !

« Encore et toujours question du gris ! » soupira-t-elle en elle-même !

A peine de retour à son logis, elle intercepta un coup de fil  du préposé l’informant que les maîtres de la Bergère venaient justement de la reprendre à l’instant.

Soulagée de laisser son esprit rêver que, pour la prisonnière, l’affaire était classée.

Nous apprîmes, peu de temps après, de la bouche de ce même gars, que notre belle amie état morte de maladie. Avait-elle fui la maison et erré sur la route en cherchant un endroit où finir, à l’abri des regards, sa vie sur terre ? Trop tôt attrapée par un quidam soucieux de faire place nette en la jetant aussitôt à la fourrière ?

Quant au noir Labrador, lui aussi a rapidement retrouvé son domicile.

Devinez qui restait enfermé !

Ses fréquentes visites furent donc pour moi, le seul bas pattu restant encagé. Je daignai enfin  jeter un oeil vers la visiteuse. Et puis deux ! La solitude me pesant, j’avais vraiment envie de sortir de ce lieu maudit ! Cette humaine, ce pouvait être une aubaine ! Intéressée par le pauvre gris malodorant, l’était-elle réellement ?

Rassemblant tous les atouts de mon côté, je me mis à agiter frénétiquement ma queue touffue entre deux séances de grattage corporel !  A tourner en rond et en long sur le sol en béton, en évitant de piétiner mes rejets expulsés après digestion. Etait-ce le début d’une longue complicité ?

Chaque lundi, avant et après sa séance de chorale sur le chemin de la déchetterie, nous nous sommes mis à discuter, moi à me trémousser de contentement, agitant tout mon être vivement, émettant des roucoulements plaintifs, elle à m’asperger de moult mots câlins et à laisser couler quelques larmes au moment de l’au revoir, me promettant qu’elle reviendrait très vite !  En guise de salut, je poussais un long jappement d’adieu, triste, monotone et monocorde.

Un jour, elle me l’a promis. Et elle a tenu promesse. Non sans avoir pris rendez-vous chez le vétérinaire et la toiletteuse, avant de m’emmener dans sa voiture.

« Vous verrez, il est très mignon et gentil. Il m’arrive, après ma journée de travail, de le lâcher quelques minutes. Il revient toujours vers moi », lança le préposé en guise d’adieu.

Tous trois soulagés de constater l’heureuse tournure de cette histoire.

Le vétérinaire a confirmé en ajoutant que moi, canidé, j’avais environ deux ans et que ma santé était excellente.

La toiletteuse a confirmé en précisant que je devais avoir pour ancêtres  un certain Cairn écossais ou bien un Griffon bruxellois ou encore une aïeule Scottish. 

Ont été vite repérées dans ma toison deux puces à pattes, bien françaises !

Une fois shampooiné, tondu et brossé, j’étais devenu méconnaissable ! D’une rare élégance même ! 

Scottish, me nomma-t-elle ! En voilà un joli nom pour un bâtard d’Ecosse !

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C’est à un accueil plutôt réservé que moi, fringant pattu, j’eus droit de la part de l’homme canin en place depuis cinq années, le Labrador blond, Speed du Manoir, Speedou pour les intimes.

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« -Un basset intrus sentant la cocotte, au poil rêche grisonnant, qu’est-ce ? Pour une courte visite, d’accord ! Ensuite qu’il retourne donc d’où il vient ! osa le blond.

-Tiens, tiens, une grande cour non grillagée avec un seul occupant ! Mais on y pourrait caser une centaine de malheureux ! Accès libre aux trois étages de la maison d’habitation et au jardin ! »

Le luxe pour ma petite personne qui n’avait jusqu’à présent connu que la cage de la déchetterie et auparavant le tierre (en patois normand : chaîne qui sert à attacher un animal dans un champ ou une cour ).

 Cette satanée chaîne qui me donnait le tournis à force de piétiner, dans un sens puis dans l’autre, le périmètre du  cercle réduit que je traçais, au passage quotidien de la factrice à la voiture jaune qui me frôlait dangereusement ainsi qu’à l’arrivée de tous les étrangers à la maisonnée, triste chemin creusé par mes pattes, rendu stérile aux herbes en tous genres ! Et ce collier de cuir épais qui me brisait les cordes vocales car tourner en rond, tirer sur le tierre et japper en même temps, quel sport ! Et cette caisse en bois me servant d’abri, malodorante et pleine de courants d’air ! En guise de matelas couverture, une pouche sac de jute toute raidie par la saleté accumulée au fil des deux années passées dans ce sombre endroit ! Enfin cette pâtée peu ragoûtante faite des reliefs des repas jetés dans un seau autrefois bleu, en résumé d’épluchures de légumes, de pain rassis, d’os incroquables à mes mâchoires prognathes (mâchoires déportées plus ou moins fortement vers l’avant) et d’un peu de lait devenu suret à cause du séjour prolongé dans le récipient ! Beurk ! J’étais donc apprécié des volailles moins délicates que moi, auxquelles je fournissais volontiers la moitié de ma pitance !

Je n’oublierai jamais cette nuit de pleine lune pendant laquelle j’ai tant et tant tiré sur mon tierre que j’y suis parvenu. M’enfuir et prendre le large, tel ne fut pas mon but immédiat, je l’avoue. Mon projet urgent, rendre visite à une demoiselle des environs dont je humais le parfum depuis quelque temps ! A la belle en chenil je ne pus rendre hommage ! Me restait l’errance provisoire ou définitive… Pas question de retourner tendre le cou chez les Gendru, ces grossiers personnages dont je connaissais les infâmes conditions de vie  réservées par eux à un être de ma condition !

Ensuite vous devinez : un premier magistrat d’une petite commune voisine, stupide car raciste, m’a attrapé et conduit  à la déchetterie.  Un chien, c’est fait pour être enfermé ! Un chien en balade, ça fait louche ! Un chien errant, non, ça fait désordre !

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Revenons à nos moutons ! Tiens justement, dès notre arrivée chez elle, dans le grand champ nous sommes allés nous promener. J’y ai rencontré les mouton et brebis de la famille Rebita (voir artile blog), quelques pondeuses emplumées et un gros rat, m’a-t-il semblé de prime abord, sur lequel j’ai foncé. Je haïssais la venue de ces quasi rampants à longues queues qui n’hésitaient pas à laisser leurs traces malodorantes dans ma tierrée et jusque dans ma gamelle ! Le saisissant à grand peine dans ma gueule aux mâchoires inadaptées et ne le lâchant surtout pas malgré les cris déchirants de mon  accompagnatrice !

J’appris plus tard à respecter celui qui était en fait le cochon d’Inde de la famille, vivant en liberté dans le vaste enclos-verger.

 

Depuis déjà cinq années je vis au paradis, je m’balade à pied, en voiture, matin, midi et soir, par tous les temps…

La compagnie des cinq autres rescapés me plaît fort ! 

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J’ai l’embarras du choix pour dormir sur le canapé, le lit, la banquette ou le tapis …..

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Je me gave de petites croquettes, de bolées de riz, carottes, haricots verts, poisson et autres délicieuses nourritures adaptées à ma drôle de denture …..

J’aime la compagnie des deux pattes au soi-disant gros cerveau.

J’ai des câlins à  longueur de journée et je les rends à qui me tend sa patte !

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Je joue avec ma tendre copine Nana Long Nez. Vous confierai-je que j’en suis tombé amoureux !

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Je garde cependant quelques séquelles de ma vie antérieure !

Détestant la couleur jaune-voiture-factrice !

Tournant en rond sur moi-même à l’arrivée d’un étranger !

Toussant si par mégarde l’on me touche à la gorge !

Et urinant volontiers au pied d’un meuble une fois maman partie : c’est là mon principal défaut, je l’avoue ! Changeant d’endroit à chaque occasion donnée, ce qui l’oblige à faire une si longue recherche que la prochaine fois elle m’emmenera ou bien restera à la maison avec nous.

Il ne faut plus m’oublier désormais !  Jamais ! Jamais ! Et je le signe comme je peux !

Scottish

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( 2 avril, 2011 )

Dans le coeur d’une primevère…. Poème

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Dans le coeur d’une primevère

j’ai humé la frêle senteur

d’une partie de mon enfance

quand, par les chemins, nous allions

jusqu’à l’école du village.

 

Nous aimions picorer les fraises

que nous trouvions sur les talus,

minuscules et parfumées.

Chacune était un paradis,

un instant de bonheur intense.

 

Petits riens de la vie,

humbles plaisirs si brefs

qu’il ne faut pas rater,

qu’il faut savoir trouver.

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