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( 3 février, 2015 )

Le petit chemin de nos enfances

 

J’ai retrouvé, dans un vieux cahier d’écolier tout jauni ayant appartenu à papa, son texte manuscrit, travail d’une rédaction du vendredi 3 mai 1935.

Le maître proposait : « Une promenade, par un beau jour de printemps, dans un sentier en pleine campagne. »

Très inspiré puisque familier de ce chemin d’un kilomètre et demi  qu’il devait emprunter chaque jour pour se rendre à l’école de Muneville-sur-mer, papa a pris son porte-plume muni d’une « sergent-major » et reporté au propre,  sur la page blanche immaculée de son cahier du jour, le texte qu’il avait auparavant griffonné sur le cahier de brouillon. Bien des années plus tard, à notre tour, Monique, Daniel et moi prendrions la direction de ce chemin, en route vers la même école communale, petit chemin à jamais gravé dans nos cœurs et nos mollets. Une mise en marche à ces belles balades que nous aimons tant faire.

« Dans notre commune, il y a beaucoup de petits chemins. Chaque jour, je parcours, pour venir en classe, un chemin qui part de la bourgade principale et qui conduit jusqu’à ma demeure. Ce pauvre chemin n’est pas goudronné ni même empierré. Pour cette raison, il y a presque toujours de la boue. Pour ne pas salir mes souliers, je monte sur des talus qui sont en démolition.

Mon chemin est en ce moment très agréable à cause de la renaissance des fleurs. C’est pour cela que j’aime venir par ces sentiers. On voit quotidiennement de l’herbe drue et fraîche, des primevères, des boutons d’or, des violettes, des pâquerettes, les brebis du cordonnier qui ,n’ayant pas de champ, les met à paître dans le chemin et les abeilles qui butinent de fleur en fleur pour faire le miel.

On sent le parfum des fleurs qui embaument le chemin, on sent également l’herbe fraîche. On entend les oiseaux qui chantent ou qui sifflent dans la plaine ou au bord de leur nid. On entend aussi le bêlement des brebis, le mugissement de la vache dans la prairie et le claquement d’un fouet dans le lointain. »

Numérisation_20150203Premières primevères.

Signé papa, dans son cahier d’écolier, le vendredi 3 mai 1935. Il avait sept ans et demi et n’a obtenu, pour cette page de rédaction qu’un 6/10.

 

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