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( 19 février, 2015 )

Complainte des pommiers de la Platoisière

LA GUERRE poème de Jacques Prévert
« Vous déboisez imbéciles vous déboisez
Tous les jeunes arbres avec la vieille hache
vous les enlevez Vous déboisez imbéciles
vous déboisez
Et les vieux arbres avec leurs vieilles racines… »

Papa et maman en corvée de ramassage des pommes en 1979. Papa et maman en corvée de ramassage des pommes en 1979.

Depuis toujours ils étaient là, dans ce champ réunis. Ils fournissaient les pommes que maman aimait tant. Ils fournissaient le cidre chaque jour bu à la table familiale. Ils fournissaient le bois lorsque, trop âgés ou abattus par la tempête, papa les débitait. Ils étaient un morceau de l’âme de la Platoisière. Nous les apercevions de nos fenêtres. Dès que l’un s’éteignait, il était remplacé. Les grands-parents aussi savaient les respecter, les tailler, leur accorder une jambe d’appui lorsque, fatigués ou ébranlés, ils se penchaient.

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Leurs noms faisaient chanter leur bois : les Belles Filles, les Calville, les juteuses, les douces, les sûres, les à tarte ou à compote, les à cuire au four, les à couteau, les qui se conservent peu ou longtemps… Par leur ombrage ils abritaient vaches et veaux les jours de grand soleil. Fièrement ils se dressaient dans ce plant proche de la maison familiale. Quelle horreur ont-ils vécue lorsque, les uns après les autres, ils se sont vus ébranlés, maltraités, déracinés ! Tous ! Pas un survivant, jeunes et vieux, tous abattus ! Une image d’apocalypse ! Bien vite, les arbres fruitiers ont été débités, leurs branches brûlées. Un coup d’émousseuse à l’emplacement de leurs racines et ni vu ni connu. Des pommiers à cet endroit ? Vous rigolez ! Ca ne rapporte pas, les pommiers ! Tandis que le maïs pour engraisser les vaches, ça, c’est d’actualité !

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Adieu papa, adieu maman, adieu jardin aux mille fleurs et beaux légumes, chambres et autres pièces de la maison de notre enfance si vite anéanties, adieu pommiers !
Il restera heureusement nos souvenirs que ni la tronçonneuse ni la pelleteuse ni le marteau piqueur ne pourront effacer. Une autre page se tourne de notre éphémère vie.

Les arbres sont des êtres vivants, capables de souffrir aussi.
Une belle phrase de l’écrivain, chanteur et sage belge.

arbre Julos

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