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( 29 juillet, 2015 )

La fille aux yeux de bronze

Chaque matin je la rencontre.

En balade avec les chiens, lorsque nous parcourons le champ, elle est là qui nous regarde de ses grands yeux de bronze.

Toujours revêtue du même manteau qui lui sied comme un gant, aux douces couleurs automnales, elle nous suit du regard, attendant que nous approchions.

Le rituel cadeau à la main, je me dirige vers elle pour la saluer.

Elle aussi oriente sa marche vers moi.

Appréciant la branchette de noisetier ou la pomme de juillet, elle me remercie, se laisse gratouiller le cou et puis reprend le cours de ses activités.

Sa sœur jumelle, jamais loin d’elle, garde une attitude plus réservée à notre égard, ne nous manifestant aucune estime.

A l’automne elles rejoindront leur ferme et deviendront mamans.

Je viens hélas d’apprendre qu’il n’en sera rien. Elle, trop petite (car issue de naissance gémellaire) n’a pas été choisie pour une longue vie de vache. Peut-être encore un an de survie à brouter paisiblement l’herbe tendre et puis ce sera l’abattoir ! 

Triste sort de bête !

Agriculteurs sans cœur, juste soucieux de leur marchandise de lait et de viande ! Insensibles à la vie !

Insensibles à la douceur de l’animal, à son regard bienveillant et confiant !

Je ne la verrai plus, cette belle aux yeux de bronze. 

Mais ne l’oublierai pas, la douce amie rencontrée l’espace d’un printemps, d’un été.gentille jumelle

Quoi ? Une vache ? railleront les bien pensants.

Oui, une vache ! Car les animaux sont moins compliqués et fourbes, moins menteurs et méchants que tant d’êtres humains.

Et si doux, si tendres du matin au soir, d’humeur égale au fil des jours.

Moi, je choisis le camp des animaux, ne vous déplaise !

sans-titre

 

« Vous ne serez jamais, et dans aucune circonstance, tout à fait malheureux si vous êtes bon envers les animaux. » 
Victor Hugo (1802-1885)

Et il avait raison. Vous pouvez essayer !

 

 

( 26 juillet, 2015 )

Nuit et Brouillard pour Eugénie

Ca y est !

Ainsi soit-il !

Depuis plusieurs mois, je travaillais sur ce dossier. Hier samedi 25 juillet 2015, mon labeur s’est achevé par un officiel vibrant hommage rendu à la déportée inscrite sur le monument aux morts de la commune.

Si vous voulez en savoir plus sur la vie d’Eugénie, je vous offre ces quelques pages sous forme de livret, données hier à la famille et aux intéressés.

 

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            Avertissement au lecteur

 

Plus de soixante-dix années se sont écoulées depuis les évènements que je relate ici.

Il se peut que mon récit basé sur des témoignages mais aussi sur des « on disait que… » et des documents consultés aux archives départementales ou sur internet, comporte lacunes et inexactitudes.

J’en demande pardon au lecteur.

Mon but principal est de dénoncer l’injustice punie d’internement dans l’horreur d’un camp de concentration.

Un grand merci à tous ceux et celles sans lesquel(le)s je n’aurais jamais pu écrire ces quelques pages à la mémoire des déporté(e)s.

 

Nelly Duval                  25 Juillet 2015

 

 

 

 

 

                    Chapitre 1

 

Eugénie Bouley était née à Saint-Denis-le-Vêtu, au village de la Paumerie (anciennement les Paumeries), le 7 novembre 1884. La quatrième des cinq enfants de Léon Bouley, 45 ans, cultivateur à Saint-Denis-le-Vêtu, né à Ouville et d’Henriette Hennequin, 38 ans, cultivatrice, née à Ouville.

Elle avait épousé Emile Bazire le 23 novembre 1919 à Saint-Denis-le-Vêtu. Ils avaient choisi pour témoins les frères Eugène et Henri Pépin, du village voisin du Haut-Bessin, ce dernier ayant épousé Marie, la jeune sœur d’Eugénie.

Emile, son mari, né à Roncey en 1881, est décédé le 17 juin 1941, à 7h30 du matin, en leur domicile, à l’âge de 60 ans. Fils d’Aimable Bazire et de Marie Ménard.

Aucune photo d’elle ou du couple n’a été retrouvée. pièce O

Seule une pièce-médaille m’a été confiée par Joëlle, sa petite nièce. Médaille de leur mariage le 23 novembre 1919. La date y est inscrite ainsi que deux B enlacés (Bouley – Bazire)

                         

                

 

               

      Chapitre 2

 

           « NN » Que se cache-t-il donc sous ces deux initiales ?

« NN »,   initiales de « Nacht und Nebel », en français « Nuit et   Brouillard », nom de code des  directives sur la poursuite  pour infractions contre le Reich, application d’un décret du 7 décembre 1941  signé par le maréchal Keitel et ordonnant la déportation de tous les ennemis  ou opposants du Troisième Reich. En application de ce décret, toutes les   personnes représentant « un danger pour la sécurité de l’armée  allemande » (saboteurs, résistants, opposants ou non adhérents à la   politique ou aux méthodes du Troisième Reich) seraient transférées en Allemagne et disparaîtraient à terme dans le secret absolu.

Nacht und Nebel! C’est là l’interprétation du signe N.N. accolé par l’administration SS à tout détenu désigné dès sa déportation à la disparition.

« Nacht, « nuit », disaient-ils, c’est l’oubli. Nebel, « brouillard », c’est la fumée dans laquelle vous vous volatiliserez tous. » 

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                        Chapitre 3     Disparaître sans laisser de traces  

 

Voici le sort réservé à Eugénie. Ce sont les soldats de la Wehrmacht

(ou de la Gestapo) qui,

de nuit, l’ont enlevée chez elle,

à la Paumerie, pour la conduire vers la prison de Saint-Lô.

Sur dénonciation de son ouvrier agricole et du père de celui

-ci.

Une sombre histoire pour détention illégale d’arme à feu.

A quelle date la dénonciation ? Nul ne sait.

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La maison de la Paumerie en 2015, là où habitait Eugénie en 1940.

La première visite des Allemands, qui ne s’est pas faite

attendre, a été courtoise.

« Ne vous tracassez pas. Nous effectuons juste une visite

de contrôle.

Il n’y aura pas de suite. » Eugénie n’a pas cru à cette

fausse courtoisie.

 

Evoquant cette visite à Gustave Droumaguet, le mari de

Maria Bazire, l’une des sœurs d’Emile, né dans la

commune bretonne de Mantallot,

(prix d’excellence de la

faculté de Chimie, filleul de l’écrivain Ernest Renan), 

elle a reçu le conseil de s’enfuir.

Pourquoi ne pas accepter l’hospitalité momentanée

dans un couvent d’Avranches ?  

« Non », a-t-elle répondu. « Advienne que pourra.

Je ne voudrais pas, en me cachant,

que ma famille subisse des   représailles »,

a tranché Eugénie.                               

 

                

 

                 Chapitre 4

 

 

         Plus de 2000 kms, de camp en camp

1741 -  Saint-Lo - La Porte de Prison

La porte de la prison de Saint-Lô en 1940

Rapidement ils sont revenus.

Avec une simple valise remplie d’effets personnels, Eugénie

les a suivis.

Quittant sa maison et Follette, sa petite chienne beige 

et marron à poils rudes dont la famille

Droumaguet prendrait soin, d’abord sur place en venant

la nourrir chaque jour.

Car si Eugénie rentrait bientôt…..

                                    

A Saint-Lô d’abord, prison dans laquelle elle était

encore libre de ses mouvements,

son beau-frère Gustave lui a rendu une première visite.

A la deuxième, il était accompagné de Joëlle,

sa petite-fille qui évoque le dernier baiser

donné à sa tante Ninie aux joues rebondies,

après que son grand-père en ait demandé la

permission au gardien.

Puis transférée à Fresnes où Gustave, en lui rendant

visite, l’a trouvée emmenottée.

Plusieurs notables roncyais ont soutenu et aidé

Gustave dans ses démarches près des autorités

pour libérer Eugénie. Sans succès.

Elle a ensuite été dirigée vers Aachen

(Aix-la-Chapelle), à la frontière germano-belge,

en train, à 700 kms de sa commune natale.

C’était alors le premier lieu de  déportation, la  prison

pour femmes «NN», en attente du jugement à Cologne.

Là encore, Gustave, une dernière fois, est allé la voir,

essayant de plaider sa cause et de la sauver.

En vain. On l’a conduite vers une quatrième destination,

Breslau, aujourd’hui Wrocław, en Pologne,

capitale de la Silésie, à près de 1000 kms  

d’Aix-la-Chapelle, siège du tribunal des affaires

« NN » de France.

Jugée et condamnée, envoyée, pour son dernier voyage,

à Ravensbrück, à 450 kms de Breslau et 80 kms

au nord de Berlin.

 

                

                 Chapitre 5

 

                  Matricule KL 78-186

 

Arrivée au camp de Ravensbrück, elle doit subir,

comme les autres détenues, la tonte rase

des cheveux puis la séance de tatouage aux aiguilles

faite par une autre détenue désignée,

sur l’avant-bras gauche et ne devient plus que le

matricule   KL 78-186. La voilà prisonnière,

avec presque rien à manger, juste un morceau de pain

et une infâme soupe, à dormir sur une

paillasse de bois crasseuse, dans un des 35 blocks

du stalag derrière les hauts murs surmontés

de barbelés électrifiés, à la merci des terribles

surveillantes du camp.

Ravensbrück, Konzentrationslager


 

                  

 

 

 

                  Chapitre 6

 

 

  Ravensbrück, le point de non-retour

Rave

 

Dachau,   Auschwitz, Birkenau, Ravensbrück,

quelques-uns des 42.500 sites fonctionnant 

de 1933 à 1945, de tailles différentes,

dans lesquels ont péri ou ont été emprisonnées

15 à 20 millions de personnes. Parmi les victimes,

près de 6 millions de juifs mais aussi des prisonniers

politiques, des   tziganes, des Polonais et des Russes

ainsi que d’autres groupes ethniques, des homosexuels,

des handicapés et notre pauvre Eugénie qui ne

répondait à  aucun   de ces critères. Ces  jours,

ces heures, ces minutes à ressasser l’injustice

de la barbarie que peuvent faire

subir des êtres déchaînés en temps de guerre !

 

                 

 

                             Chapitre 7

 

   Femmes anonymes ou célèbres à la même enseigne

A-t-elle dû travailler dans les mines de sel proches

ou les industries d’armement basées sur le

site ? A-t-elle rencontré les nombreuses polonaises

enfermées là-bas elles aussi ? Comment

a-t-elle survécu aux hivers si rudes que la région

était appelée « la petite Sibérie

mecklembourgeoise » ?

Geneviève Anthonioz De Gaulle

Geneviève Anthonioz De Gaulle

            

Ou bien   a-t-elle côtoyé les résistantes françaises

incarcérées à Ravensbrück ?  

Catherine Dior (1917-1944-1945-2008),  la sœur du

couturier,

la miss au célèbre parfum créé par son frère, 

qui prendra le dernier train pour Ravensbrück  

et aura la chance d’en sortir vivante?

Catherine, Christian Dior et leur famille

Catherine, Christian Dior et leur famille

Ou encore la baronne

Elizabeth   de Rothschild

(1902-1944-1945),

décédée là-bas,

Beatrix de Toulouse-Lautrec

(1924-1944-1945-X),  

qui publiera

« J’ai eu vingt ans à Ravensbrück ».

Simonne Veil

Simonne Veil

Simonne   Veil et aussi

la mère et la sœur de Juliette

Gréco et tant d’autres. Joëlle,  

la petite nièce d’Eugénie, cite le nom

de Geneviève De Gaulle Anthonioz  

(1920-1944-1945-2002) la nièce

du général, que sa tante a côtoyée

dans le camp.

« Nous   évoquions parfois le souvenir

de ma tante aux repas de famille.

Elle était de   taille moyenne, un peu

rondouillette, avait un fort caractère

et, pieuse, allait chaque dimanche à la messe, aimant

chanter des cantiques. Après la   guerre,

ma famille est entrée en contact avec Germaine

Tillion (1907-2008),   ethnologue, écrivain,

elle aussi déportée NN à Ravensbrück.

Elle se souvenait   qu’Eugénie, dans le camp,

remontait le moral aux jeunes et leur donnait sa part

de pain. 

A cause du manque de nourriture et de

l’épidémie qui  sévissait dans ce camp comme

dans tous les autres, Eugénie s’est affaiblie et  

est morte de dysenterie», se souvient avoir

entendu dire Joëlle à propos de sa tante Ninie

(diminutif affectueux pour Eugénie).

Morte le 24 décembre 1944, la veille de Noël,

quatre mois avant la fin de la guerre.

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Les plaies,   la tuberculose, la diphtérie,

la dysenterie ou le thyphus,

la chambre à gaz ou l’assassinat, voilà ce qui

attendait la plupart des détenus des camps de

concentration. « L’eau était polluée.

Il n’y avait qu’un seul robinet pour 10 000 femmes.

Pour avoir de l’eau, il fallait aller faire la

queue dans la neige ou dans les flaques d’eau»,

souligne Madeleine Chavassine, rescapée

d’un camp de femmes.

 

               Chapitre 8 

     La résistance par le rire

 

Germaine Tillion qui vient d’entrer, le 20 mai dernier,

au Panthéon avec Geneviève

De Gaulle-Anthonioz, ont, elles aussi, connu l’enfer

de ce camp et ont pu en sortir.

Germaine a écrit une opérette à Ravensbrück.

Pourquoi cette opérette, intitulée Le Verfügbar

aux Enfers ?   Pour survivre et résister par le sourire

et le rire, pour désamorcer le   drame.

Humour noir, autodérision, aller jusqu’à voir la mort

en face, toujours en plaisantant.

Eugénie qui aimait chanter est peut-être entrée

dans le chœur des filles au fur et à mesure

de l’écriture de l’opérette dont les chansonnettes

sont sur des airs connus d’elle, avec paroles

adaptées à la situation.

 
Germaine Tillion

 

 

 

Germaine Tillion 

Le Verfügbar aux enfers

Le Verfügbar aux enfers

 

  

 

 

 

Quelques   extraits :

rire

« La   scène représente un lieu quelconque, de préférence

disgracieux et plein de   courants d’air. » On s’en serait douté !

 

Et les   costumes « : …chemises plus   longues que les

robes, robes en loques, souliers dépareillés noués avec

des   ficelles, bas en accordéon, etc. »

 

 

Un peu plus   loin, sur l’air d’Au clair de la   lune :

« Notre sex appeal / Etait réputé.

Aujourd’hui sa pile  / Est bien   déchargée… » 

Ou encore sur un autre air, en   décrivant une gardienne :

« Elle est en peau de vache, / C’est une   vieille ganache,

A la patte qui n’tient plus, / A la cervelle   tordue…

Avec not’ peau de vache / Nous jouons à   cache-cache…

Mais le moment venu, / Gare au coup de pied au   c. »  

                               

                              

                          

 

                  Chapitre 9

                      

                        Les   témoignages par l’écriture

 sans-titre

Béatrix de Toulouse-Lautrec a vécu, avec sa mère,

la vie à Ravensbrück.

Elle a ensuite pris la plume pour se libérer de ce

qu’elle venait d’endurer et témoigner de 

cette vie infernale au camp.

Dans son livre « J’ai eu vingt ans à Ravensbrück »,

elle, devenue matricule 75 537, raconte

que, quand elle est rentrée du camp, enfin libre,

on lui a posé de nombreuses questions.

« Que répondre ? » écrit-elle.

« Impossible de résumer, les gens ne pourraient

croire cela… »

« Et je pense aux longues nuits, aux larmes amères

qui débordaient d’un cœur submergé

de souffrance, au goût âcre d’une douleur extrême,

à la faim, sans pitié, qui nous donnait

le   vertige, aux ulcères, aux abcès purulents, aux poux,

aux cadavres cireux du   lavabo,

à la flamme rouge qui s’échappe nuit et jour de

la haute cheminée, au   dénuement,

à la misère, aux enfants stérilisés,  à la chambre

à gaz, aux coups de bâton…. »

 

                 Chapitre 9

 

Marie-Christine, l’une des petites-nièces d’Eugénie a lu,

avec moi, ces deux émouvants poèmes devant

l’assemblée.

 

 

Deux poèmes écrits

à Ravensbrück

Lily Unden(1908-1989) –

La solidarité, fraternité à Ravensbrück

J’ai oublié ton nom, ton visage, tes yeux,
Je sais pourtant que nous étions à deux
Pour tirer le rouleau qui écrasait les cendres,
Et que tu me parlais avec des mots très tendres
De ton pays lointain, d’avenir, de beauté !

 

J’ai oublié ta voix, ta langue et ton accent,
Compagne inconnue ; mais à travers le temps
Je sens me réchauffant ta main toujours présente
Quand il faisait si froid, quand, glissant sur la pente,
Nous poussions à deux un si lourd wagonnet.

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J’ai oublié le jour, la semaine et l’année
Quand, à côté de moi, tu fus soudain nommée
Et que tu m’as quittée, allant vers ton destin !
Mais j’entendrai toujours en d’autres clairs matins,
Les coups de feu claquer et se répercuter.

 

J’ai oublié ta voix, ta prière et ton nom
Mais je sais que ta vie, ta vie dont tu fis don
À ta chère patrie et à l’humanité,
N’a pas été perdue et n’est pas effacée,
Qu’elle vit et revit dans la fraternité.

 

      Micheline Maurel (1916-2009)        

          Décembre 1944

Il faudra que   je me souvienne

Il faudra que je me souvienne

Plus tard de ces horribles temps,

Froidement, gravement, sans haine,

Mais avec franchise pourtant.

De ce triste et laid paysage,

Du vol incessant des corbeaux,

Des longs blocks sur ce marécage

Froids et noirs comme des tombeaux.

De ces femmes emmitouflées

De vieux papiers et de chiffons,

De ces pauvres jambes gelées

Qui dansent dans l’appel trop long.

Des batailles à coups de louches,

A coups de seau, à coups de poing.

De la crispation des bouches

Quand la soupe n’arrive point.

De ces coupables que l’on plonge

Dans l’eau vaseuse de baquets,

De ces membres jaunis que rongent

De larges ulcères plaqués.

De cette toux à perdre haleine,

De ce regard désespéré

Tourné vers la terre lointaine.

O mon Dieu, faites nous rentrer.

Il faudra que je me souvienne.

Autre dessin venant de Ravensbrück

Autre dessin venant de Ravensbrück

 

 

 

    

 

 

 

                 

 

      Chapitre 10

 

 

              La libération sans Eugénie

Quand l’Armée   Rouge arrive le 30 avril 1945, Eugénie est

décédée depuis quatre mois. Il   ne reste que 3 500 femmes

non évacuées à Ravensbrück. Les SS ont   entraîné les

détenues capables de marcher, environ 20 000, dans une  

marche forcée vers le nord du Mecklembourg après en

avoir confié 7 000 à   des délégués de la Croix-Rouge

suédoise et danoise. Ils sont interceptés   après

quelques heures par une unité d’éclaireurs russes.

Au total   123 000 à 132 000 femmes et enfants 

ont été déportés à   Ravensbrück, dont 90 à 92 000

exterminés ou morts de maladie, parmi   lesquels 

Eugénie Bazire, agricultrice au village de la Paumerie à  

Saint-Denis-le-Vêtu.

 mon morts O

Il reste d’elle

un nom sur le

monument

aux morts de  

la commune.

                                                      

                                          

 

 

                                                  

                                        

 Chapitre 11                                         

 

       Les assassins punis

Certains voisins se souviennent   encore avoir vu

les autorités françaises ou américaines venir se saisir,  

manu militari, des deux dénonciateurs à leur domicile

et les emmener menottes   aux poignets. Emprisonnés,

ils ont été tous deux jugés par la Cour de Justice  

de Cherbourg le 28 décembre 1944, quatre jours

après la mort d’Eugénie,

et condamnés pour dénonciation aux Allemands.

Le père a été   condamné, le 7 juin 1945, après un

premier jugement en décembre 1944,  aux travaux

forcés à perpétuité, avec   confiscation de tous

les biens.

Il est décédé dans l’Orne en 1968.

Quant à son fils, il a été condamné à 5 ans de prison

et 10 ans d’interdiction de séjour. Il est allé refaire

sa vie, lui aussi dans l’Orne.

Près de leurs deux noms sont inscrites deux initiales

« DN », une autre punition à vie, celle-là, signifiant

« Dégradation Nationale ».

A savoir aussi que les condamnés aux travaux forcés

à perpétuité ont rapidement vu leur peine commuée

en 20 ans de réclusion puis 10 ans. Dans

beaucoup de cas, ils ont été libérés assez rapidement.

Des cas non   isolés puisque dans le Calvados voisin,

selon l’étude de Julie Chassin   (Université de Caen),

« sur les 1302 individus dénombrés en tant que délateurs,

près de 60% des actes de   dénonciation sont présentés

par le suspect comme résultat de rancœurs   personnelles.

C’est du simple voisinage de la victime que proviennent

40% des   délateurs. Le premier prétexte invoqué étant

la détention d’armes à  feu. »

 

                 Chapitre 12

 

      Et Follette ?

Quant à   Follette, la chienne d’Eugénie, elle lui a survécu,

choyée, chez les   Droumaguet qui, dès la nouvelle du

non-retour de la prisonnière, l’ont   emmenée vivre chez

eux au hameau du Mesnage à Roncey, là où Eugénie aurait

dû   finir ses jours, elle aussi, après sa retraite. Follette,

le seul être   survivant, était devenue rebelle aux uniformes,

aux bruits de bottes et aux   motos. A sa mort, elle a été

enterrée sous un prunier  dans le jardin.

 

 Nelly Duval, Saint-Denis-le-Vêtu,

          25 juillet 2015

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Stèle en granit sculptée par

Emile Morlaix, symbolisant

le drame du camp de

Ravensbrück,

la main tombante des déportées

qui n’ont pas survécu, l’autre dressée,

signe de l’espoir pour celles qui sont

sorties de cet enfer.

Au cimetière du père Lachaise.                                                                                  

 

( 21 juillet, 2015 )

L’enfant et l’objet tissé

Saint-Denis-le-Vêtu, le 20 juillet, lendemain du salon « Passion et Création » de Bretteville-sur-Ay

 

L’enfant au regard sombre

A vu l’objet tissé.

Maélig il se nomme.

A six ans petit homme,

Ce qu’il veut il le sait,

Plus rapide que son ombre.fourche 1

 

Seule la branche fourchue

Ornée d’un doux tissage

A pris son attention

Au salon « Création »,

A capté son œil sage

Sous le mien tout ému.

Est-ce un de ces tissages sur branche ou son frère qui a plu à Maélig ?

Est-ce un de ces tissages sur branche ou leur frère qui a plu à Maélig ?

 

Aimer…..

   Donner….

Passion….

   Création….

Simplement….

   Justement….

 

( 8 juillet, 2015 )

Le petit veau et sa maman

Il a pleuré toute la nuit. 2

Au petit matin, alors que les merles entamaient leur chant de bienvenue au jour nouveau, il pleurait encore. 

De toutes ses forces, il appelait celle qu’il n’a connu qu’une journée, celle qui lui a offert ses premières caresses et son doux lait tiède. 

Qu’il faisait bon, hier, dans le grand champ au doux tapis vert, qu’il faisait bon respirer à pleins poumons l’air nouveau ! Bien à l’abri près de la maman, près des autres ruminantes, futures mères !

Et puis est arrivé l’engin du cauchemar, cette benne du tracteur dans lequel il a été hissé sous les yeux hagards et épouvantés de sa mère, impuissante à défendre ce petit qu’elle aimait déjà tant.

Il est tombé sur la paille dans le grand bâtiment, seul, croyant revoir bientôt celle qu’il croyait indispensable à sa vie !

Alors, ne la voyant venir, il s’est mis à l’appeler, à l’appeler encore, de toutes ses jeunes forces.

Bien sûr, il l’oublierait bientôt, cette gentille maman qui, elle aussi, hurlait de l’autre côté de la barrière. Il n’avait pas le choix.

Une tétine en plastique ferait l’affaire pour oublier le généreux pis.

 

La vie en drames est ainsi faite.

Cruelle et insensible.

Tout, un jour, est brisé.

L’amour, la tendresse s’envolent.

Ne reste alors que la solitude.

La solitude de ce petit veau privé de sa mère.

La solitude de cette vache à laquelle le petit est arraché.

Ma solitude, la vôtre peut-être …….

Dans l’indifférence générale…..imagesEWBOU2LJ 

( 1 juillet, 2015 )

Multicolore

A l’image de la décoration multicolore de ce temple à Singapour220px-Sri_Mariamman_Temple_Singapore_3_amk, ce tissage nommé « Multicolore ».

 

Fait de mèches de la toison teinte de mes brebis.

multicolore 2

 

 

Avec garance, bois rouge, chlorophille et autres plantes.

 

Souligné de toison noire.

 

Rehaussé de bois flottés.

multicolore

 

Magie de la teinture, offrande des plantes à l’animal et à l’humain.

 Multicolore, tels les jours  qui passent et ne se ressemblent jamais.

 

Multicolores, noir, gris désespoir. Rose, rouge, verte et orange espérance.
 

 

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