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( 30 janvier, 2016 )

Chiens de pique et dame de coeur (histoire vraie)

Récit-poème de ma rencontre avec une fille exceptionnelle de perfection dans son travail et de gentillesse à mon égard et à celui des chiens, avec laquelle j’ai travaillé en tant que bénévole, quatre mois, moi seulement deux matinées par semaine pour la promenade d’une douzaine de chiens, chacun à son tour car ne supportant guère la compagnie de leurs semblables, elle chaque matin, salariée, dans un refuge manchois hébergeant des chiens. Pendant qu’elle nettoyait le box et donnait la nourriture, je baladais le chien dans un champ proche. Elle en lâchait un autre dans la cour fermée. Le tout pendant plus d’un quart d’heure. Quel bonheur chaque animal avait à sortir enfin de sa cage et se dégourdir les pattes ! Pour savoir si le chien de la cour était retourné dans son box et si je pouvais entrer et le remettre dans son enclos grillagé, nous communiquions par talkie walkie. Et ça fonctionnait super ! Je regrette, elle aussi je crois, notre complicité et celle que nous avions avec tous ces amis chiens ! J’ose espérer qu’ils ont trouvé une famille ou que quelques gens respectables veillent bien sur eux.

 

 

A la même heure chaque matin,

Elle arrivait pour travailler.

De son Austin elle sortait,

Enfilant bottes et gilet

Pour s’occuper des amis chiens.

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Chiens de pique, piqués à vif

Dans leur triste vie d’abandon,

Devenus pauvres vagabonds,

De notre société piètre vision,

Par l’homme rendus agressifs.

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Dame de cœur, elle le prouvait,

Balai en main, pelle non loin,

Nettoyant leur cage avec soin,

Du lieu n’omettant aucun coin.

De leur confort elle s’assurait.

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Dame de cœur, elle leur donnait

La liberté pour un quart d’heure,

Eux gambadant avec ardeur,

Oubliant, un temps, leur malheur,

Puis revenant pour la pâtée.

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Quinze à vingt boxes à visiter !

Quinze à vingt têtes à caresser !

Quinze à vingt vies à soulager !

Quinze à vingt gamelles à combler !

Quinze à vingt verrous à fermer !

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Dame de cœur, tu l’as été,

Jusqu’au bout tu as accompli

Ta tâche auprès de nos amis

Les chiens par l’homme tant meurtris,

Si lâchement abandonnés.

 

Toutes les photos ont été choisies sur internet. Aucune ne provient de l'endroit où nous travaillions.

Toutes les photos ont été choisies sur internet. Aucune ne provient de l’endroit où nous travaillions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Là-bas, un jour t’ai rencontrée,

Bonheur de partage du labeur,

Moi pour la promenade douceur

De chaque chien un bon quart d’heure,

Dans la prairie toute de rosée.

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Talkie Walkie en main pour dire :

« La cour est libre, tu peux rentrer ! »

Le pas plus lent, le chien entrait,

Sur son écuelle se penchait,

Allait ensuite s’endormir.

 

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Rêvant à l’improbable  jour

Où une vie de liberté

Lui serait enfin accordée.

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Toutes deux nous avons quitté

Avec chagrin, avec regret

Cet étrange endroit où battaient

Beaucoup de cœurs à soulager.

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Le mien te dit : « merci, Karine ».

 

 

 

 

 

 

 

( 26 janvier, 2016 )

Mignonne, allons voir si les foins ont séché….

Des chevaux je n’ai jamais été particulièrement fan. Ni connu grand chose dans le domaine équin. Cheval se résumant, pour ma petite personne, à Mignonne, la jument de mon enfance et de ma jeunesse.

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Mignonne, une demi-selle français née la même année que moi, elle en juin, ma cadette de six mois. Née, chez ma grand-mère, sortie du ventre de sa maman déjà prénommée Mignonne, ce qui donnait la vieille Mignonne et la jeune du même nom.

Une belle fille à la robe alezane, à la longue crinière bien fournie, aux yeux vifs soulignés de noir, à la longue bande blanche qui partait du museau et se terminait en flèche sur le front. D’une silhouette très svelte et gracieuse en comparaison des percherons et chevaux de trait des agriculteurs voisins.Mignonne 1

Mignonne la douceur, Mignonne la beauté, Mignonne la bûcheuse mais aussi Mignonne l’ombrageuse car elle avait vite peur de son ombre, d’un vol d’oiseau trop rapproché, d’un bruit bizarre dans le talus.

 

Mignonne que papa m’avait appris à harnacher pour l’atteler à la faneuse. Nous partions alors vers la pièce à Lolo ou le Collette, la Verrerie ou encore les Courtils à Hamel, la Lande ou la Grand pièce, les Longs Sillons, la pièce au Sucre ou la Restellerie, autant de champs dont l’herbe haute fauchée la veille nous attendait pour le fanage effectué par les six ou huit fourches, à quatre doigts chacune, de la faneuse.

faneuse

Mignonne accomplissait sa tâche docilement, en bonne travailleuse infatigable. La plaisir était mien lorsque nous rentrions à la ferme. Je procédais alors à son déshabillage, les marques des sangles luisant de sueur sur son pelage.

cheval se roule

Nous partions vers le pâturage dans lequel Mignonne pénétrait avec joie, débutant alors une série de couché-roulé à droite puis à gauche, histoire de prendre sa douche sèche et d’effacer ainsi les traces de son effort fourni.

Un ou deux jours plus tard, le même scenario se reproduisait avec l’engin râteau ou râteleuse qui servait à mettre le foin en « randes » ou andains, 

andains

longs rubans d’herbe séchée rassemblée en vue du bottelage en bottes au pied des andains pour la conservation dans les greniers.

Ils restait alors la dernière étape qu’orchestrait papa, car plus périlleuse.

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Attelée à la charrette, Mignonne devait, après le ramassage des bottes de foin et le sanglage du contenu à l’aide de la liure, corde très épaisse, les acheminer vers les greniers. Opération pour laquelle tous les membres de la famille étaient réquisitionnés. L’un d’entre nous était chargé, en accomplissant sa tâche de stockage à la fourche, de compter le nombre de bottes, papa reportant le total sur un petit carnet dans lequel, à partir du résultat de l’addition des totaux charriés, il pourrait donner le bilan d’une année riche en réserve de foin ou non.

Je me souviens prenant une grande joie à la vue de la charretée s’allégeant peu à peu de ses six ou sept tas de bottes bien serrées, pensant à Mignonne et à son confort revenant peu à peu. « 310 bottes, papa, aujourd’hui. »

« Demain tu pourras aller râturer le champ », mentionnait alors mon pèreUn râturage effectué en passant, à l’aide du râteau, dans tout le champ pour y rassembler les derniers brins de foin égarés, ce qui permettait de récolter encore une dizaine de bottes supplémentaires. Aucun gaspillage en ce temps-là !

Temps et modernisme ont eu raison de ma douce équine. Un tracteur a vite accompli le travail de Mignonne. Papa l’a encore tolérée quelques années dans le champ, peut-être parce que j’étais encore à la maison familiale.

Après mon mariage, Mignonne est partie à l’abattoir. Elle avait 26 ans et aurait pu vivre encore une bonne dizaine d’années, dorlotée en remerciement du travail accompli. Mais chez les agriculteurs, pas de temps à perdre en compassion, amitié ou pitié pour les êtres qu’ils croient leurs inférieurs et qui leur pourtant permettent de vivre décemment.

C’est ainsi.

 

Il ne me reste de Mignonne que ces trois photos jaunies et un souvenir indestructible.

Il ne me reste de Mignonne que ces trois photos jaunies et le souvenir indestructible de ma douce amie.

( 20 janvier, 2016 )

Tempo dans nos coeurs

Il s’est éteint ce matin du 15 janvier 2016. Doucement anesthésié par la piqûre. Son vieux corps tout usé est ensuite allé rejoindre la terre, notre terre mère, là où nous irons tous un jour proche ou lointain, là où se trouve le repos éternel, à l’abri des soucis, des malheurs et souffrances.

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Ses vieux os reposent désormais, selon le souhait de Mo, près de ceux de nos chiens décédés, à l’ombre du grand chêne du champ, celui que l’oncle Jules planta en 1906, au beau milieu du talus séparant anciennement les deux champs de Cyrille et Marina, ses parents, mes arrière-grands-parents. 

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Si le talus a été abattu il y a une cinquantaine d’années, ne subsiste de lui que ce magnifique arbre, témoin d’un monde disparu mais surtout d’un monde à venir car ce chêne pourrait un jour atteindre l’an 2500, puisque la durée moyenne de vie de cette espèce d’arbre est de six cents ans.

Plusieurs fois par jour, mes balades avec les amis canins me conduisent près du grand chêne devenu mon ami. Il nous arrive de discuter ensemble, en silence, tous deux émus. Lui me parle de l’oncle Jules et de son sang répandu, ce 16 juin 1915, là-bas en Pas-de-Calais. Moi je lui demande de veiller sur l’âme de Jules, de l’aider à trouver la paix loin du carnage des tranchées de l’horrible Grande Guerre.

J’avoue lui confier souvent mes peines, croyant en la force de ses racines et de sa sève pour les soulager.

Abri réconfortant pour oiseaux diurnes et nocturnes, en temps de pluie sa ramure feuillue offre refuge, neuf mois sur douze, aux bovins de même que, par grand soleil, son ombre rafraîchissante.

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Depuis ce 15 janvier au midi, je sais qu’il veille aussi sur le corps de Tempo.

Tempo était un superbe Labrador, l’ami fidèle de Mo et d’Yves, un couple d’amis.

Lorsque Mi, mon autre amie et moi allions passer un après-midi chez Mo, Tempo nous accueillait avec force démonstrations de contentement et de joie. Plongeant, dès que possible, sa truffe humide dans mon sac pour y récolter les friandises que je n’oubliais jamais de lui apporter.

Il a vécu la belle vie des chiens aimés, des chiens pour lesquels tout espace de vie est ouvert, y compris salons et chambres à coucher, canapés et lits.

Un beau blond adorable, doux, câlin, aimable, joueur, agitant son torchon dans sa gueule pour prouver que c’était bien lui qui, ce midi-là, avait essuyé la vaisselle, participant ainsi aux tâches ménagères.

Un brave chien qui aurait bien voulu compter parmi ses amis un chat roux qui, lui, ne l’estimait guère.

Un chien poli qui n’oubliait jamais de nous raccompagner jusqu’au grand portail bleu.

Un charmant chien, ami de Fiona et Sacha, de Mehdi et Inès, les petits-enfants de Mo.

Un chien charmeur, sachant faire les yeux doux à Mo et Yves pour obtenir son croûton de pain.

Un chien content lorsqu’il entendait la voix de son maître quand celui-ci pénétrait dans le couloir.

Enfin un chien possédant toute la palette des qualités qu’un humain ne pourra acquérir.

Tempo

Car un chien, a dit Victor Hugo, le saviez-vous, c’est vraiment « la vertu qui, ne pouvant se faire homme, s’est faite bête ».

Et ce chien, Yves et Mo, votre tendre ami depuis de longues années, ne peut mourir entièrement. Il continuera de vivre dans vos cœurs et le cœur de ceux et celles qui l’ont connu et aimé.

Joyeux et doux Tempo, nous t’aimons fort et pour toujours.

 

« La chose la plus difficile à supporter quand ils s’en vont, ces amis tranquilles, c’est qu’ils emportent avec eux tant d’années de nos propres vies. »

John Galsworthy

 

Vu sur une pierre tombale au cimetière d’Asnières-sur-Seine

 

                                      « Souvenez-vous :

Les chiens ne nous abandonnent que pour mourir mais ils nous laissent leur merveilleux souvenir pour éclairer le reste de notre chemin. »

 

Anna et Laurent Racz Caroff

 

Alors puisse le reste de votre vie, Yves et Mo, être illuminé par le merveilleux souvenir de Tempo !

 

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( 9 janvier, 2016 )

Mon coin de paradis

Je connais un coin de paradis, à quelques lieues d’ici. Une ancienne carrière depuis longtemps désaffectée et qu’a achetée un entrepreneur pour y déposer des gravats.

Les pattes dans la menthe sauvage

Les pattes dans la menthe sauvage

Rassurez-vous ! Plus aucun « gravat » (terme incorrect puisque seulement au pluriel), nous dirons « déchet » n’est jeté dans cet endroit.

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Branche rampante, invitation à s’ asseoir et ouvrir un livre.

Dame Nature y a repris ses droits, friches et arbustes s’en donnant à cœur joie et reboisant peu à peu le lieu.

Si, en période de chasse, le site est fréquenté par quelque giboyeur en quête, juste pour le plaisir de tuer !, d’un lapin de fausse garenne ou bien d’un faisan d’élevage lâchés la veille et quelque peu perdus, nous n’y avons, mes cinq amis canins et moi, jamais rencontré âme qui y vive.

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Est-ce la queue d’un renard qui rentre au logis, là-bas dans les fourrés ?

Sauf les oiseaux habitués de ce jardin d’Eden.

Faux renard apprivoisé, c'est Brouky le curieux.

Faux renard apprivoisé, c’est Brouky le curieux.

J’y entre comme dans une cathédrale romane ou bien un château, par exemple celui de la Belle au Bois Dormant, ou encore une chapelle, une petite chapelle au fond de la vallée. 

En silence et religieusement.

Elégantes cardères à foulon

Elégantes cardères à foulon

 

Vous me suivez ?

A chaque détour du sentier qui le traverse de part en part, un nouvel horizon !

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L’entrée mystérieuse, sombre, ombragée de branches vous frôlant au passage, de cailloux ou de trous d’animaux vous invite à prendre garde et mériter le sentier sinon gare à la chute !

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Sur la droite, un chemin sans issue, à l’herbe généreuse, qui ne conduit nulle part.

Vaste étendue herbue, l'hiver devenue lac.

Vaste étendue herbue, l’hiver devenue lac.

En contrebas, les Everglades asséchées, ces marais de Floride, au fond desquels des branches partant du sol tracent un décor étrange et ténébreux, inattingibles l’hiver quand l’eau a envahi la zone, la transformant en lac mi-féérique mi-angoissant.

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Hiver 2014. Cette année, pas de lac.

A l’opposé, l’énorme trou béant de la carrière, envahi, en période sèche, par les menthes parfumées et les mousses épaisses, lui aussi devenu mini lac Léman après un automne pluvieux, une large et profonde cuvette au-dessus de laquelle s’élève parfois un voile de brume enchanteur. Les saules y plongent allègrement racines et basses branches.

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J’aime longer le sentier de l’éphémère étang, traçant mon chemin entre les sournoises ronces aux pièges dissimulés au sol et les épines aux piquants acérés.

Soudain s’arrête le chemin, invitant à revenir sur nos pas.

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Attention ! En période de pluies prolongées, il ne faut pas glisser au risque de tomber à l’eau et de ne pouvoir remonter car le bord est abrupt et l’eau profonde ! 

Et sur le côté droit, le bois de taillis épais, juste au-dessous de la route peu passagère.

 

Avec tas de cailloux et de débris depuis longtemps recouverts de végétation.

Entre ciel et terre, ce coin perdu, havre de calme, de solitude et de méditation, terre d’exploration pour mes cinq amis canins, la truffe un instant au sol, puis reprenant leur course, à toute allure le long du sentier.

En voyage au pays mystérieux !

En voyage au pays mystérieux !

Voyage chaque fois renouvelé, jamais le même !

Un voyage à l’image de mon cœur, un jour calme et joyeux, le lendemain débordant de craintes et de doutes, de peurs, de panique et d’angoisse.

Rêve d’un monde clos, à l’abri des méchants et des sots !

 

( 1 janvier, 2016 )

Chaque jour le renouveau…

« Nous ne vieillissons pas d’une année sur l’autre, nous nous renouvelons chaque jour », a dit Emily Dickinson, la poétesse américaine.

Tendres coloris à peine altérés par les quelques pluies de décembre

Alors vive le renouveau de chaque matin 2016 que nous offre la vie ! 
Ou encore d’elle :
« Le courage ne crie pas toujours.
Parfois, il est la petite voix qui te chuchote à la fin de la journée : j’essayerai encore demain. »
Que cette petite voix de fin de journée nous guide au moins 366  fois encore !
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