( 26 janvier, 2016 )

Mignonne, allons voir si les foins ont séché….

Des chevaux je n’ai jamais été particulièrement fan. Ni connu grand chose dans le domaine équin. Cheval se résumant, pour ma petite personne, à Mignonne, la jument de mon enfance et de ma jeunesse.

Mignonne 2

Mignonne, une demi-selle français née la même année que moi, elle en juin, ma cadette de six mois. Née, chez ma grand-mère, sortie du ventre de sa maman déjà prénommée Mignonne, ce qui donnait la vieille Mignonne et la jeune du même nom.

Une belle fille à la robe alezane, à la longue crinière bien fournie, aux yeux vifs soulignés de noir, à la longue bande blanche qui partait du museau et se terminait en flèche sur le front. D’une silhouette très svelte et gracieuse en comparaison des percherons et chevaux de trait des agriculteurs voisins.Mignonne 1

Mignonne la douceur, Mignonne la beauté, Mignonne la bûcheuse mais aussi Mignonne l’ombrageuse car elle avait vite peur de son ombre, d’un vol d’oiseau trop rapproché, d’un bruit bizarre dans le talus.

 

Mignonne que papa m’avait appris à harnacher pour l’atteler à la faneuse. Nous partions alors vers la pièce à Lolo ou le Collette, la Verrerie ou encore les Courtils à Hamel, la Lande ou la Grand pièce, les Longs Sillons, la pièce au Sucre ou la Restellerie, autant de champs dont l’herbe haute fauchée la veille nous attendait pour le fanage effectué par les six ou huit fourches, à quatre doigts chacune, de la faneuse.

faneuse

Mignonne accomplissait sa tâche docilement, en bonne travailleuse infatigable. La plaisir était mien lorsque nous rentrions à la ferme. Je procédais alors à son déshabillage, les marques des sangles luisant de sueur sur son pelage.

cheval se roule

Nous partions vers le pâturage dans lequel Mignonne pénétrait avec joie, débutant alors une série de couché-roulé à droite puis à gauche, histoire de prendre sa douche sèche et d’effacer ainsi les traces de son effort fourni.

Un ou deux jours plus tard, le même scenario se reproduisait avec l’engin râteau ou râteleuse qui servait à mettre le foin en « randes » ou andains, 

andains

longs rubans d’herbe séchée rassemblée en vue du bottelage en bottes au pied des andains pour la conservation dans les greniers.

Ils restait alors la dernière étape qu’orchestrait papa, car plus périlleuse.

charretée

Attelée à la charrette, Mignonne devait, après le ramassage des bottes de foin et le sanglage du contenu à l’aide de la liure, corde très épaisse, les acheminer vers les greniers. Opération pour laquelle tous les membres de la famille étaient réquisitionnés. L’un d’entre nous était chargé, en accomplissant sa tâche de stockage à la fourche, de compter le nombre de bottes, papa reportant le total sur un petit carnet dans lequel, à partir du résultat de l’addition des totaux charriés, il pourrait donner le bilan d’une année riche en réserve de foin ou non.

Je me souviens prenant une grande joie à la vue de la charretée s’allégeant peu à peu de ses six ou sept tas de bottes bien serrées, pensant à Mignonne et à son confort revenant peu à peu. « 310 bottes, papa, aujourd’hui. »

« Demain tu pourras aller râturer le champ », mentionnait alors mon pèreUn râturage effectué en passant, à l’aide du râteau, dans tout le champ pour y rassembler les derniers brins de foin égarés, ce qui permettait de récolter encore une dizaine de bottes supplémentaires. Aucun gaspillage en ce temps-là !

Temps et modernisme ont eu raison de ma douce équine. Un tracteur a vite accompli le travail de Mignonne. Papa l’a encore tolérée quelques années dans le champ, peut-être parce que j’étais encore à la maison familiale.

Après mon mariage, Mignonne est partie à l’abattoir. Elle avait 26 ans et aurait pu vivre encore une bonne dizaine d’années, dorlotée en remerciement du travail accompli. Mais chez les agriculteurs, pas de temps à perdre en compassion, amitié ou pitié pour les êtres qu’ils croient leurs inférieurs et qui leur pourtant permettent de vivre décemment.

C’est ainsi.

 

Il ne me reste de Mignonne que ces trois photos jaunies et un souvenir indestructible.

Il ne me reste de Mignonne que ces trois photos jaunies et le souvenir indestructible de ma douce amie.

2 Commentaires à “ Mignonne, allons voir si les foins ont séché…. ” »

  1. Dominique Kremp dit :

    Beaucoup de sincérité, d’amour et de sentiments dans ce récit émouvant de souvenirs de jeunesse. Tu nous fais revivre un passé finalement pas si lointain mais déjà complètement révolu que tous ceux parmi nous, nés à la campagne, ont connu tel que tu le décris! Merci Nellie

  2. Karine dit :

    J’adore avec la larme à l’oeil. Bise Nellie

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