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( 26 février, 2016 )

Reprise du texte et suite Les deux plus deux laineux du champ

Ma au paradis des animaux

 

Ma OHier midi jeudi 25 février 2016, Ma s’est endormie pour toujours.

La douce vieille brebis est partie avec calme, sa belle tête lainée entre les mains de mon mari. Le liquide injecté par le vétérinaire a très vite trouvé son chemin vers le cœur, soulageant ainsi notre amie.

Depuis deux mois, puisqu’elle ne sortait plus de la bergerie, je la nourrissais d’herbe fraîchement coupée, de croquantes carottes, de feuilles d’endives et de chou ainsi que de foin à gogo. Et de nombreuses paroles et caresses.  Elle m’accueillait avec un seul bêlement, de joie peut-être ou de hâte d’avaler quelque chose. Dans la caisse en carton, elle plongeait alors vivement son nez, mâchant avec avidité ce qu’elle ne pouvait plus chercher elle-même.

Vous souvenez-vous de l’histoire de ces brebis, écrite il y a à peine un an ? La revoici. Juste pour le bonheur de les évoquer encore une fois puisqu’il en manque deux désormais.

 

Ils étaient quatre, vieilles dames et vieux jeune homme, quadripattus et laineux, à brouter l’herbe printanière du champ, en 2015. Deux mi cotentins mi sans race et deux issues de race Jacob car présentant quelques faibles taches.

Ma O

Ma, la plus âgée, douce et calme vient de mourir.

 

 

 

 

Freckles

Freckles, tête plus claire, souvent dans cette position car rhumatisante, très douce aussi.

 

 

 

 

Il n’était pas prévu, pour ces deux dernières ladies, un séjour prolongé chez nous.

Appartenant à Lynda et Cleeve, un couple d’Anglais installés dans un village à une trentaine de kilomètres d’ici, les brebis étaient venues passer des vacances pendant que leurs maître et maîtresse partaient, pour quelques mois, lui en Afrique, elle en Australie chez sa fille.

brebis

Lynda était venue s’occuper de mes amis canins lors de notre séjour à Grimentz (Suisse) chez les enfants au moment de la communion de Nolan, en juin 2014. Un job-service qu’elle accordait volontiers pour passer le temps pendant que son mari, occupé au service du ministère britannique des Affaires Etrangères (Foreign Office), travaillait à l’étranger. J’ai passé un après-midi merveilleux avec Lynda, dame charmante, cultivée, généreuse et passionnante. Très proche des chiens, à leur écoute, les promenant souvent et passant des après-midi au champ avec eux, elle lisant et les chiens batifolant sur l’herbe. Son mari, rentré de voyage entre temps, était venu passer une soirée avec elle à la Mauvillère.

 

imagesQuelque temps après notre retour, demande a été faite par eux de nous confier les ovines âgées pendant leur absence de deux mois à deux mois et demi. Nous avons acquiescé avec plaisir.

Depuis bientôt deux ans, aucune nouvelle du couple britannique.

Quant aux British ewes (brebis), elles se portaient à merveille, grignotant foin  et herbe à volonté entre de longues siestes, faisaient excellent ménage avec Kiwi et Fifi Rebita (voir article intitulé Histoire de la famille Rebita publié en octobre 2009) et ne semblant même pas s’ennuyer de leurs anciennes connaissances britanniques.

Reprise du texte et suite         Les deux plus deux laineux du champ dans CHERS ETRES PATTUS kiwi-o

Kiwi, le seul garçon de la famille, stérilisé, doux comme un agneau !

Fifi Rebita, vive et peureuse depuis toujours, est dévcédée il y a six mois.

 Fifi Rebita, vive et peureuse depuis toujours, est décédée il y a six mois.

Des vacances prolongées jusqu’à quand ?

Peu importe. Elles se plaisaient ici, nous plaisaient et tout était bien comme cela.

Et puis Ma et sa fille Freckles m’ont offert leur manteau de laine au printemps dernier, que peu à peu j’utilise dans mes tissages. Dans quelques mois, leurs généreuses toisons auraient été à nouveau coupées et travaillées. C’était encore du bonheur à venir !

Il en a été décidé autrement pour deux de nos chères brebis.

Il y a six mois j’écrivais que le plus dur serait de leur donner la piqûre finale quand leurs pattes ne pourraient plus les supporter. Elles finissent toutes ainsi chez nous, après de longues années de bonheur.

 

 Si Fifi Rebita, la sœur de Kiwi, a succombé, il y a six mois, à un ulcère à la mamelle, Ma et sa fille étaient rhumatisantes. Je me souviens, à leur arrivée, leur difficile descente de la vachère et le commentaire de leur maître ponctuant cette descente :  »Vous savez, elles sont vieilles et ont des petits problèmes aux pattes. elles sont déjà au moins huit à dix ans ! ».

J’apprenais aussi que ces deux ovines avaient mis au monde et nourri bon nombre d’agneaux qui, à leur tour, nourrissaient le couple non végétarien. Tous deux choisissaient cependant, dans un élan de générosité envers les deux dernières brebis de leur élevage, de leur offrir une prolongation de vie. 

 

Bonne nuit, malgré tout, sachant que personne, ni humain ni ovin, n’est éternel !. Dormez ou veillez, selon que vous compterez les moutons ou les soustrairez car, comme l’ont dit les Marx Brothers :

Tout le monde sait qu’en cas d’insomnie il suffit d’additionner mouton après mouton pour s’endormir. Mais combien de personnes savent que, pour rester éveillé, il suffit de soustraire les moutons ?

 

( 17 février, 2016 )

Le bébé-ange de Louise

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Vous souvenez-vous de cette histoire de chiffons dans laquelle Louise, mon arrière grand-mère, était l’héroïne ?

Je dois aussi vous raconter l’histoire de Pierre, le bébé-ange qui, petite, m’interpelait fort.

A chaque Toussaint, nous nous rendions, en famille, près des tombes de nos ancêtres, tous ceux dont une trace subsistait dans le cimetière de Bricqueville-sur-mer.

Toujours curieuse de savoir sur la dépouille de qui nous devions tracer le signe de croix et dire une prière, j’interrogeais inlassablement mes parents ou ma grand-mère Marie.

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Et comme, le premier novembre suivant, je ne me souvenais pas de tous les détails donnés l’année précédente, ils reprenaient leur récit.

Ainsi étaient visités Pierre et Augustine, les bâtisseurs de notre maison. Puis Louise et Emmanuel, la génération suivante. Et tant d’autres morts dont l’énumération serait fastidieuse au lecteur.

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Nous terminions la religieuse balade par une tombe de terre, rehaussée d’une croix blanche avec ange et d’un cadre dont l’inscription était : Pierre Leconte - 5 mai 1913-25 mai 1913.

« Non, non, on ne prie pas ici ! », disaient alors doucement les parents, provoquant un obligatoirement interrogateur  »pourquoi ? » de ma part. Auquel la réponse était : « Ce bébé est au ciel. C’est un petit ange qui veille sur nous ».

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Un bébé mort devenu ange, avec  des ailes ?

J’ai souvent scruté le ciel, à la recherche de petit Pierre ……

Petit Pierre était-il vraiment désiré par ses parents, né neuf ans après sa sœur aînée Marie ?

Etait-il ce que l’on nomme un « redot », cet enfant pas toujours souhaité, issu d’une faute de parcours amoureux, la contraception étant inconnue en 1913 ? Et né plusieurs années après le précédent enfant.

Je crois bien cependant que, dès qu’elle a compris qu’elle était enceinte, Louise qui adorait son Emmanuel et qui était très pieuse, a remercié le ciel de leur accorder cette nouvelle vie qui prenait forme dans son ventre.

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Je crois aussi entendre Augustine, la belle-mère, parler seule, trop fort, dans la partie de la maison neuve qu’elle s’était réservée : « C’est-y pas malheureux de r’faire un mioche après tout c’temps ! « 

 

Bébé Pierre est né ce lundi 5 mai 1913.  Si le papa était dans sa 41ème année, Louise venait d’avoir 28 ans. Age fort correct pour la naissance d’un bébé.

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Né le même jour où disparaissait Henry Moret, le peintre manchois avec les reproductions de peintures duquel j’ai illustré cette page.

 

Cette naissance du petit Pierre a égayé pour un très court instant la famille.

Marie a-t-elle eu le temps de bercer tendrement ce petit frère ?

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Combien de nuits Louise et Emmanuel ont-ils veillé sur cet être fragile dont la vie ne voulait pas ? Peut-être maman ou grand-mère Louise elle-même m’ont-elles raconté le bref parcours de vie du petit Pierre ? Je l’ai hélas oublié, à jamais enfoui dans les mystères de la vie et de la mort. 

Et puis à quoi bon ces détails et pour qui ?

Si court instant sur terre car, vingt jours plus tard, ce tout petit être mourait. Ensuite jeté sous la froide et dure terre du cimetière.

Cadavre dont l’âme ailée s’était envolée vers ce ciel bleu limpide où règne la grande paix éternelle, seul réconfort des parents effondrés.

pierre 7 

 

 

 

 

 

            Ecrit sur le tombeau

d’un petit enfant au bord de la mer

« … Sur le tombeau d’un petit enfant,

Nature d’où tout sort, Nature où tout retombe,

Feuilles, nids, doux rameaux que l’air n’ose effleurer,

Ne faites pas de bruit autour de cette tombe ;

Laissez l’enfant dormir et la mère pleurer ! »

Victor Hugo (Les Rayons et les Ombres)

Corps dissous dans la terre, cellules humaines devenues végétales, petit potentiel d'homme devenu ange.

Corps dissous dans la terre, cellules humaines transformées en végétales, petit potentiel d’homme devenu ange. N D 3-11-1991

 

( 15 février, 2016 )

Parole d’étourneau chanteur

Il pleut ce matin, comme hier, comme demain. Je préfère le soleil bien que, mes plumes hyper lissées, je ne craigne rien et opte pour sortir de mon perchoir branchu. Ma bande de copains, à peine yeux et bec éveillés, s’en va se ruer sur le silo tout proche. Moi, je préfère m’étirer zenement, flâner et entamer mes vocalises. Car, je l’avoue, j’adore chanter. C’est ma passion. J’ai de qui tenir puisque papa était tenor contre ut et maman soprano coloratura.

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Mon répertoire ? Toute une liste de chants variés que certains envieux qualifient de pot-pourri ou encore d’imitations. D’ailleurs nous ne sommes pas les seuls oiseaux, dans la région, à posséder notre répertoire d’arrangements mélodieux. La grive musicienne, ma voisine, la rousserolle verderolle qui n’arrivera qu’en mai et l’hypolaïs peuvent, elles aussi, témoigner. 

Cela m’agace d’entendre de telles paroles ! Pas du tout d’accord ! Allez voir dans les chorales du Coutançais !

 

Si nous volons en bandes, sans chanter, d'autres chantent en bandes sans voler.

Si nous volons en bandes, sans chanter, ce que nous faisons perchés, d’autres chantent en bandes mais ne sauront jamais voler.

 

On copie, à tour de voix, Wolfgang Amadeus Mozart, Karl Jenkins et John Rutter. On pique largement dans le répertoire des gospels, on recopie, en laissant de côté la moitié du texte, les chansons des Beatles, on s’approprie les hymnes russe, anglais, américain et sud africain !

Large bec ouvert, imitations douteuses !

Large bec ouvert, imitations douteuses !

Les ségrégationnistes nous ayant classés dans la catégorie « oiseau », l’une des espèces soit-disant inférieures à l’homo sapiens, nous en payons fort cher le prix !

Heureusement pas tous racistes, ces hommes, j’en suis sûr, preuve à l’appui !

Je la vois bien, tous les matins dans le grand champ, stopper sa balade marchée avec ses chiens pour offrir son cornet auditif à mon chant. Elle sourit alors, heureuse de mes trilles variées car j’y mets tant de cœur qu’elles ne sont jamais les mêmes. Si je m’interromps parfois, c’est pour humer la fraîcheur de l’air et reprendre mon souffle. Je regrette souvent ce bruit proche de canon perturbant mes mélodies. Ou encore ces coups de feu atteignant mes copains trop gourmands.

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Plus tard, j’irai me sustenter du côté des symphorines qu’elle a plantées, en pleine maturité en cette fin de mois. Je n’apprécie guère le maïs ou l’herbe fermentés. Ca pue !  Et puis on y risque sa vie, les propriétaires se les accaparant pour leur bétail et ne nous autorisant à presqu’aucune miette ! 3%, disent certains. Il leur en reste donc quand même 97% !

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Quand, vous humains, verrez passer, au-dessus de vos têtes, un vol de dix mille étourneaux, lorgnez bien le dernier de la troupe, ce sera moi ou un ami rêveur, gourmet et non voleur. Chez les êtres humains, c’est pareil. Vous savez bien que, à côté des méchants et des sots, il y a les doux, les tendres, les humbles et les sages !

Parole d’étourneau chanteur !

 

( 11 février, 2016 )

Vieille histoire de chiffons

Louise

Louise, amoureuse d’Emmanuel

Louise (1885-1963) n’avait que quatorze ans lorsqu’elle s’est éprise d’Emmanuel (1872-1925). A commencé une idylle platonique qui durerait quatre longues années, les tendres amis se rencontrant en cachette de Pierre (1847-1910) et d’Augustine (1850-1921), les parents du garçon qui voyaient d’un très mauvais œil cette future union. Ce qui provoqua un drame dans la famille. Non parce que le jeune homme n’était pas sympathique mais justement parce qu’il n’était plus très jeune homme, enfin pas encore très vieux tout de même ! 

Si la demoiselle arborait fièrement ses dix-huit printemps, Emmanuel attaquait sa trente-quatrième année de vie. Ce qui faisait fortement grincer des dents et opiner du bonnet Augustine, la belle-mère de la promise.

Emmanuel était gai, enjoué...

Emmanuel était gai, enjoué…

« Quoi ! Toi, mon fils, tu oses t’enticher d’une jeunette, d’une gamine qui ne sait rien de la vie ! Tout juste sortie des jupons de sa mère ! » vociférait-elle. « Elle ne saura rien faire de bon, à c’tâge ? Et la dot, elle en apporte une au moins ? »

Affairés dans la construction de leur nouvelle, grande et haute maison de pierre, non  de gaîté de cœur ils ont enfin donné leur consentement, dûment légalisé et enregistré, pour ce stupide mariage entre leur bel Emmanuel chéri, leur unique enfant et cette …., cette trop jeune fille ! dirons-nous poliment.

« Ne compte pas nous voir à la cérémonie ! Tu te marieras sans nous ! Quant à la maison que nous bâtissons pour toi, eh bien tu n’y entreras pas ! »

La vengeance était cruelle mais l’amour l’emportait !

Ce 5 mai 1903, les cloches de l’église munevillaise sonnèrent à toute volée pour le mariage de Louise et d’Emmanuel.

Pendant ce temps, que maugréaient Augustine et Pierre ? 

Vous ne devinerez jamais !

Ils avaient choisi ce même jour pour la bénédiction de leur chère demeure au village de la Platoisière.

Pendant sept années, Louise et Emmanuel ont dû se contenter d’une humble bâtisse aux murs d’argile, à quelques centaines de mètres de leurs parents et beaux-parents. Cette modeste maison dans laquelle, onze mois après leur union, une fille leur est née, prénommée Marie. Louise avait alors tout juste dix-neuf ans.

Louise assise, Emmanuel près d'elle et Marie, leur fille dans les années 1920

Louise assise, Emmanuel près d’elle et Marie, leur fille dans les années 1920

L’année 1910 allait marquer un tournant dans leur vie. Pierre mourut et Augustine se retrouva bien seule dans sa grande maison neuve.

Leur a-t-elle alors suggéré cette remarque ?

« Mes enfants, j’ai bien du chagrin d’avoir perdu Pierre. La solitude me pèse fort. Accepteriez-vous de venir vous installer ici ?  »

Sachez que, s’ils ont accepté de partager la demeure, Louise a enfin fait la paix avec sa belle-mère. Quant à Emmanuel, son fils, il ne lui a plus jamais adressé la parole.

Louise et Marie. Emmanuel était-il parti à la guerre ?

Louise et Marie. Emmanuel était-il parti à la guerre ? Peut-être une photo prise pour la lui envoyer là-bas au front ?

Dans les années 1920, intervient cette histoire de chiffons illustrant la situation quotidienne des cohabitants.

Louise, donc, veillait sur Augustine et allait hebdomadairement au marché de Cérences avec elle.

Un jour qu’elles passaient devant un étalage de tissus, s’y arrêtant un moment pour admirer un coupon, Augustine, après avoir vanté les qualités de la cotonnade, conseilla à sa bru d’en acquérir quelques mètres en vue de la confection d’un futur cotillon. Ce que fit aussitôt Louise.

Une fois toutes deux revenues à la maison, Emmanuel demanda à son épouse de lui montrer ce nouvel achat. Il savait sa femme un peu dépensière.

« - Pourquoi as-tu acheté ce tissu ?

-Parce que ta mère me l’a conseillé ! » répondit-elle aussitôt.

D’un ton sec, Emmanuel rétorqua :

« -Avec qui es-tu mariée, avec ma mère ou avec moi ? »

Augustine est décédée en 1921. Emmanuel, le chéri de Louise a quitté ce monde en 1925, laissant sa Louison seule, elle n’avait que 39 ans. Elle lui sera fidèle jusqu’à sa mort, en 1963.

Elle était mon arrière-grand-mère et je m’en souviens très bien. 

maison 1920

La grande maison vers 1914-15 ou 16.

Dans la grande maison neuve au début du siècle dernier, ont donc vécu Pierre et Augustine, les bâtisseurs.

Puis Emmanuel, leur fils avec sa Louise. 

Ensuite Marie, leur fille et Léon, son époux, mes grands-parents.

Papa et maman en 1946

Papa et maman en 1946

Enfin elle fut celle de Louis, leur fils et de Denise, mes parents.

Louis et Denise, mes parents

Papa et maman, aujourd’hui bien lovés dans mon cœur.

J’y suis née, y ai grandi et passé toute ma jeunesse jusqu’à mon mariage en 1973.

Maman y est décédée le 4 octobre 2013.

Deux mois plus tard, tout l’intérieur était abattu. Seuls les murs extérieurs ont été conservés. « Trop vétuste, besoin de changement ! », ont-ils dit.

Ce que quatre générations avaient préservé, la cinquième l’a anéanti en une semaine. 

maison platoisière  entre 1914 et 1917

Louise et sa fille Marie posent, devant la grande maison, pour un format carte postale destinée à Emmanuel, le mari de Louise et Auguste, son frère, tous deux partis à la guerre.

Dans ma case mémoire, il reste heureusement l’image des différentes pièces de cette maison de mon enfance, du grand escalier de bois toujours bien ciré et de ses deux rampes, du « médon » ou cagibis avec son vieux garde-manger tout rouillé, de la salle et de sa douzaine de pots en étain sur le manteau de la cheminée toujours fermée, de cette photo, religieusement conservée, de l’équipage anglais dont l’avion avait été abattu en 1944, de la vue sur le grand jardin, et …… de maman quelque part, non loin, penchée sur sa machine à coudre ou sur une planche de haricots à sarcler, dans sa cuisine préparant un plat de pommes à cuire au fourneau ou plumant les choux pour les lapins.  

« Maman, où es-tu ? »

« Je suis là, ma Lily. » 

« Maman, maman, où es-tu ? » ………….

papa et maman en 1991

 

                                                                                                                                                                                                                                                                           Papa et maman en 1991.                                                                                                                                                  Ils avaient mon âge aujourd’hui                                                                                                 et je les croyais éternels.                                                                                                              On est si peu de chose !!!

 

 

 

( 8 février, 2016 )

La vie aux mille et un méandres

Qui oserait prétendre que « la vie est un long fleuve tranquille » ?

Chaque jour que nous vivons, différent pour chacun des êtres qui peuplent notre terre, pourrait-il se passer sans aucune embûche, si légère soit-elle ?

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Si 25 000 jours équivalent à mes 67 années de présence sur la planète, combien d’entre eux ont coulé, telle l’eau du long fleuve tranquille, exempts d’instants de tristesse, de peur et de petits ou grands malheurs ?

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Tel le ruisseau qui serpente le long du talus, dont l’eau tantôt bute contre une pierre, tantôt dévie au gré des méandres du terrain, ma vie s’écoule en dents de scie, à hue et à dia, chantante ou pleurante, parfumée ou inodore, au fil des jours.

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Tels les mille et un rameaux tortueux du noisetier « contorta », sis à un mètre du pas de la porte d’entrée de notre demeure de la Mauvillère, si superbe à la saison des feuillus dénudés.

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Tels les mille et un cailloux que j’ai patiemment et amoureusement choisis, transportés et assemblés sur la cour, ancienne pelouse de notre maison.

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Tels les mille et un êtres qui nous ont précédés, ancêtres proches ou lointains, dormant maintenant d’un éternel repos.

papa et maman

Cher papa (1923-2005), chère maman (1923-2013), vous m’avez enseigné le respect du souvenir des ancêtres qui nous ont donné la vie. Un instant revenus parmi nous par le biais de l’écriture.

Evoquer, de temps en temps,  leur vie et la nôtre, apporter quelques repères écrits, souvenirs glanés au fil des rencontres et des conversations, pour qu’un jour, si l’un de nos enfants, petits-enfants ou arrière petits-enfants était curieux de remonter le temps, notre temps familial, il lui reste quelques modestes écrits.

( 7 février, 2016 )

Salutation aux arbres têtards

Pourquoi cette attention particulière aux arbres têtards du champ ?

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Jusqu’à les saluer ?

Rien d’étrange, vous dirai-je ! En yoga, nous pratiquons, avec Anne,  la salutation au soleil, celles à la lune, à la terre, aux quatre points cardinaux… et pourquoi pas aux arbres, nos amis, compagnons souvent passés inaperçus car faisant partie des décors.

Et pourtant la vie est en eux qui sont les poumons de la planète, à moins que le plancton végétal des océans les ait détrônés !

En tout cas, une drôle de vie coule dans ces têtards de chênes, mi arbres mi squelettes à force d’avoir été séparés de leurs branches. Un mode ancestral de coupe, tous les cinq à sept ans pour la fourniture du bois destiné au chauffage ou à la fabrication de piquets.

Une coutume qui remonterait au temps des seigneurs et des serfs n’ayant pas le droit d’abattre un arbre mais pouvant l’élaguer sans toucher au tronc réservé au maître.

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Ainsi l’arbre privé de ses branches a-t-il la possibilité de déclencher, dès le printemps, une repousse.

Cependant fragilisé à chaque coupe puisque l’eau s’infiltre dans le tronc et peu à peu le creuse.

Combien de coupes encore pourra-t-il supporter avant de s’éteindre ? Une infinité tant que ses branches seront régulièrement coupées, un têtard à l’abandon étant sujet à la chute car développant une tête plus grosse que son corps.

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J’aime ces têtards croisés chaque jour lors de mes balades avec les chiens. Je les touche, les câline, les embrasse et leur confie mes peines, mes joies et mes chagrins. Ils sont l’un de mes repères sur cette terre. J’entre en eux avec confiance, jusque dans leurs racines.  Je sais qu’ils ne me trahiront jamais.

Je fais mienne, parce que cela me conforte dans ma non possibilité de voyager, restant à la maison avec mes chiens, la phrase de Sylvie Barbe, la dame rebelle domiciliée en yourte, auteure  du superbe blog « Yurtao, la voie de la yourte », qui écrit « Celui qui voyage accumule des surfaces, celui qui demeure s’enfonce dans les racines ».

Je ne suis pas la seule à vouer vénération à ces cousins germains des ceps de vigne, des osiers taillés, des candélabres et têtes de chats, ces arbres mutilés à l’entrée des villes. Madame la chouette y a élu domicile, souvent dérangée par les corbeaux voisins car émettant de temps en temps un anormal ululement en plein jour, signifiant aux curieux que la place est déjà conquise.

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Mille insectes s’y abritent, continuant de creuser l’intérieur du tronc pour s’y nourrir, laissant apercevoir, en bas de l’arbre, le sang de la trogne, ce terreau rouge très foncé issu de la décomposition du bois et des feuilles mortes.

Et puis j’avoue qu’ils me ressemblent, ces têtards chagrins tout en rebondissant, malgré tout, chaque printemps. Et je parierais qu’ils seront encore là quand j’aurai quitté ce monde !

 

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