( 26 mars, 2016 )

Inquiétant passage

"Moi, je sens, je sens ...une musaraigne !"

« Ca ne me dit rien de bon, cette odeur de fauve ! »

 

Ce matin, Nana est curieuse, voire inquiète.

 

« Il est encore passé par là, franchissant le talus pendant que je dormais. C’est trop fort, cet intrus qui profite de la nuit pour souiller notre terrain de jeux ! « 

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Au fait, vous ne connaissez peut-être pas Nana Long Nez. Je vous la présente en images. C’est la fille black et celui qui est à ses côtés, le petit gris, il s’agit de son copain cocroquetteux Scottish.

« Quel est ce malotrus, fauteur de troubles qui, encore venu nuitamment, -ah, le lâche, pendant que nous n’y sommes pas ! – a souillé notre terrain de jeux ? Pas de signature, bien sûr ! 

S’agirait-il d’un mustélidé Melles melles, trappu et court sur pattes, qui se fait appeler blaireau ?

Ou bien d’un canidé Lupus lupus, notre cousin germain, celui qui a mal tourné puisque porté sur le commerce illicite des poules, hebdomadairement chassé par une horde de fusils mal réglés ? Si maman se dit protectrice de toute gent animale et destructrice de tout ce qui porte arme pétaradante ou tranchante, nos opinions divergent quant à la pénétration ni vue ni connue sur notre sacro saint sol privé !

En tout cas, ça c’est sûr ! Une passion en commun, le terrassage creusage hersage labourage fouinage de terre végétale ! Et dire que des hectares de champs alentour ne lui suffisent pas !

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De ma mémoire de chienne intelligente, je ne me souviens pas avoir jamais signé un quelconque parchemin de droit de passage sur ce lopin Duval de la Mauvillère !! Oserai-je vous dire qu’en plus, cet imposteur sans foi ni loi dépose près de ses fouilles ce qui, dans notre capitale lutécienne, est taxé de 68 € quand déposé hors dépôt légal ! Chacun chie chez choi, enfin !

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Moi, syndicaliste déléguée de Force Ouvrière Canis Lupus familiaris, je vais de suite en référer à notre maman, présidente chevelue responsable de nos balades, pâtées et caresses. Elle saura y faire bien que sans grand nez pour constater par humage les dégâts causés ! 

A vous tous, bon vent et chacun chez choi ! Parole de Nana ! 

 

 

( 25 mars, 2016 )

Poème – Au printemps de leur vie…

Face aux horreurs de la guerre et des attentats, à l’enfer des tranchées du côté de Verdun il y a juste un siècle, aux meurtres à répétition en France et Belgique et ailleurs, commis au nom d’un dieu vengeur, que faire ?

Au printemps de leur vie

Pour la guerre sont partis

Cinquante-trois jeunes gars

Qui n’en reviendraient pas.

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Joseph, le père de maman est resté cinq années prisonnier en Allemagne et est rentré chez lui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils étaient la jeunesse,

La fougue et la hardiesse,

La fierté du village,

Tous dans la fleur de l’âge.

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Les filles de Saint-Denis

En rêvaient pour maris.

Ils seraient de bons pères

Et vivraient de leurs terres.

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Jules, le frère d’Angélina, la mère de maman n’est jamais revenu de la guerre, tué en 1915.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oh, ce jour du 2 août 1914 !!!

Le triste tocsin a sonné

Et les a appelés

Vers un autre avenir

Qui serait leur martyre.

 

Emmanuel était gai, enjoué...

Emmanuel, le mari de mon arrière grand-mère Louise, en est revenu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adieu, nos jeunes amis !

Votre vie est finie.

Il nous reste nos pleurs

Et notre grand malheur.

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Nous gardons seulement

Le long d’un monument

Vos simples noms gravés

Pour toute l’éternité.

Arsène à la barbe bien fournie, assis à gauche

Arsène à la barbe bien fournie, assis à gauche, est, lui aussi, rentré de l’enfer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Amis, si jamais vous passez

Près du Calvaire, pensez

A ceux qui sont partis

Au printemps de leur vie.

 

( 25 mars, 2016 )

Larmes

Ne se tariront-elles jamais, ces larmes ?

Au goût âcre d’angoisse et de colère,

Elles sont contre la peur mes seules armes,

Pauvre défense en quoi je ne crois guère.

 

L'arbre aux larmes

L’arbre aux larmes

 

Contre l’indifférence et le mensonge,

L’égoïsme, la froideur, la traîtrise,

Elles deviennent sur mes joues éponge,

Croyant noyer de l’humain la sottise.

 

Une fois la source du ruisseau tarie,

Haine, rancune et vengeance dissipées

Laissent place à l’espoir d’une autre vie

De tendresse, partage, humour et paix.

 

 

 

( 24 mars, 2016 )

Epicure et la famille Pâquerette

“L’homme qui ne se contente pas de peu ne sera jamais content de rien. ” 

Toujours d’actualité ce monsieur Epicure qui enseignait à ses élèves et amis sa philosophie ici résumée en deux mots : savoir se contenter de peu et apprendre à discerner les vrais des faux plaisirs.

Copie d'un original British Museum

Copie d’un original British Museum

Né sur l’île grecque de Samos, en mer Egée, il y a fort longtemps puisqu’en 341 avant Jésus Christ, le fils de l’instituteur et de la magicienne avait raison de nous conseiller l’exclusion de tout ce qui est inutile, pour privilégier les bons plaisirs sains, dame prudence se faisant alors la conseillère de ces choix de plaisirs.

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Au fait pourquoi, ce matin, ces propos pseudo philosophiques ?

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Parce qu’hier j’ai rencontré la famille Pâquerette appliquant à la lettre la maxime du sage de l’Antiquité.

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Visualisez une ancienne traverse de chemin de fer devenue piquet de clôture sur le talus du champ bordant la voie d’accès à notre demeure.

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Et au sommet de ce pieu rectangulaire quatre jolies pâquerettes et leur progéniture y ayant élu domicile.

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Se contenter de peu, certes dans un centimètre carré d’une fente, dans le cœur de ce poteau, provoquée par la succession des périodes humides et sèches  quand cette partie du chêne appartenait encore à la SNCF.

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Etre content de peu, oui car les princesses en robe immaculée et cœur de velours or semblaient fort épanouies, souriant à la vie et croissant fièrement dans leur squat élevé.

 

Un squat aux murs habillés de lichens, signe de pureté de l’air.

Ce matin de notre rencontre, les demoiselles Pâquerette de chez Bellis Perennis (en français Elégantes Eternelles) avaient convié monsieur du moucheron fringant venu leur tenir conversation ainsi que dame araignée, la tisserande occupée à confectionner une nouvelle toile. De bien charmants amis !

paq6Le soir venu, je leur ai rendu une autre visite. Bercées par la clarté lunaire, elles s’étaient paisiblement  endormies. Approchant mon oreille au ras de la traverse, j’ai  entendu le bruit ronronnant d’un train, encore ancré dans le vieux bois et qui avait bercé la famille Pâquerette jusqu’à l’endormissement. 

 

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J’aimerais tant me

contenter de peu, être contente de petits riens !


Pourquoi vouloir toujours davantage ? 

 

Est-ce mon lot à moi seule ou bien un souhait commun à ceux qui n’ont pas encore trouvé sagesse et paix en eux ?  

 

 

 

( 21 mars, 2016 )

Bah ! Ces bémols à la clé du bonheur !!!!

La vie est un long et ténébreux méandre

Autour duquel miroitent des herbes tendres.

La vie est un cruel et sinueux chemin

Sur lequel sont jonchées des embûches sans fin.

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Chaque matin, c’est l’espoir du même apaisement

Quand les premières lueurs font renaître les chants

Si purs, si vifs et si mélodieux des merles,

Quand la rosée sur l’herbe trace un tapis de perles,

Quand le soleil à l’orient éclot soudain

Là-bas derrière les hauts sapins, dans le lointain.

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Les ombres d’hier, je les croyais disparues,

Tristes fantômes hantant ma vie enfin fondus,

Désir d’heures plus douces, calmes et apaisées,

Souhait d’un monde à l’abri des contrariétés.

En voyage au pays mystérieux !

Un chien au bout d’une chaîne hurlant de désespoir,

Le camion de porcs partant vers l’abattoir,

Le petit veau pleurant sa maman disparue,

L’oiseau tombé du frêle nid trop exigu,

Le sourire recherché, absent de ce visage

Ou l’incompréhension pour tourner une page !

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Ces bémols à la clé d’un fragile bonheur,

Sempiternels tourments, inéluctables peurs !

Rêve d’un monde meilleur où l’Amour sera roi,

La Tendresse son épouse, leurs enfants seront Joie,

Douceur, Partage, Humour, Aventure et Paix, Paix !

 

 

( 17 mars, 2016 )

Brève histoire de Marcel

Marcel était commis, petit commis chez les X, famille d’agriculteurs du Bréhalais. N’ayant toujours connu de cette vie que l’humilité d’obéir pour servir les autres.

Pauvre gamin, trop tôt abandonné par sa mère, partie en Amérique à la fin de la guerre  pour suivre ce soldat GI du Nouveau Monde venu sauver la France et qui avait su la séduire… jusqu’à la laisser abandonner son petit !!!  De père nul ne savait !

vies sinueuses ou toutes tracées

Vies sinueuses ou toutes tracées ND

Habitué à ne connaître que la servitude aux maîtres, la discipline à coups de pieds aux fesses, l’affection au compte-gouttes obturé, obligé de s’accommoder des moqueries des enfants normaux avec père et mère !

Je n’ai jamais parlé à ce Marcel, je l’ai juste rencontré une ou deux fois lors de la pilaison chez mes parents. Maman avait alors brièvement évoqué ce parcours de vie que j’avais aussitôt retenu car « suspect » !

Papa et maman en corvée de ramassage des pommes en 1979.

Papa et maman en corvée de ramassage des pommes en 1979.

A l’approche de l’hiver, dans la « pièce à Polite », « le jeune plan » et autres champs vergers, les tas de pommes fraîchement ramassées attendaient l’arrivée de la presse, ce pressoir ambulant qui servait à écraser les fruits bien mûrs pour obtenir le cidre, la traditionnelle boisson normande. Et gare à qui osait boire de l’eau à table ! Même nous, les enfants, agrémentions notre eau de ce liquide doré !

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Arbre malingre au crépuscule ND

Si mes parents possédaient un vrai pressoir dans l’appartement du même nom, un pressoir dont ils se sont servis jusque dans les années 60 ou 65, muni de la longue vis de bois, de la cuve circulaire en pierre, de la maie et de tous ses accessoires,  il leur a ensuite paru plus facile de faire venir une presse ambulante. En une matinée les pommes se retrouvaient broyées, tassées entre rangées de claies recouvertes de toiles brunes et liquéfiées, le liquide doré coulant dans les bidons ensuite déversés, à l’aide de l’entonnoir géant, dans les gros tonneaux de la cave, le marc seul restant pour être jeté ou donné en petite quantité aux vaches car « ça les saoulait ».

Le cidre était-il de moindre qualité que lorsqu’obtenu dans un vrai pressoir, les pommes lentement écrasées ?

Pendant plusieurs années, Marcel est donc venu à la ferme piler les pommes avec sa presse … et son patron.

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Rêve d’envol ND

On disait qu’il faisait ménage à trois avec sa patronne et le mari de celle-ci.

Et alors ?

Nous, les enfants, ne comprenions guère cette situation de couple à trois, nous à peine sortis des rêves de Belle au Bois Dormant, de Cendrillon et de Blanche-Neige. Nous qui ne connaissions rien de la vie, « enfermés » dans notre ferme, au pensionnat ou à l’église le dimanche à messe et vêpres ! Nous devinions le malaise d’après le sourire mi moqueur mi dégoûté au coin des lèvres de papa lorsqu’il parlait de fille légère, de fille mère, de divorcés ou de ménage à trois !

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Ou tout bleu ou tout noir ! ND

La morale ancrée au fond des êtres depuis des générations rendait peu tolérant  ! Montrer du doigt celui ou celle qui ne suivait pas les normes de vie imposées par la sacro sainte religion était chose si facile !

Aujourd’hui on divorce ou ne se marie plus.

On recompose des familles.

La morale évolue.

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Rêve d’évasion sur lac ND

Rares sont ceux qui vivent au fond de leur campagne, sans télé ! On s’habitue à tout et c’est tant mieux si la souffrance n’est pas au rendez-vous.

Marcel est né un siècle trop tôt ! Ainsi soit-il !

 

( 15 mars, 2016 )

Ce fut un beau mariage…

Papa disparu en 2005 et maman en 2013, il me reste leurs souvenirs en mémoire et en notes glanées au fil des jours. Car maman et moi nous accordions toujours parfaitement pour évoquer « l’ancien temps », les histoires de nos familles, nous accrochant à ce passé lointain et pourtant si proche encore. Sachant que nous leur rendions hommage en les faisant revivre, sachant que ce qu’elle me disait, je le retransmettrais pour une certaine survie de ceux qui nous ont donné le jour. 

A ré évoquer pour ne pas perdre ce passé, juste une fois de plus, pour le souvenir d’eux…

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Ce fut une belle journée, ce jeudi 3 octobre 1946, date non choisie au hasard mais parce que jour de la sainte Thérèse.

 

 

Thérèse de Lisieux

Thérèse de Lisieux

Thérèse (1873-1897), la jeune carmélite ornaise, à laquelle maman vouait une vénération sans borne depuis le miracle accompli par la sainte un matin où, grand-père parti à la foire, grand-mère se trouvait seule avec maman très souffrante. Que faire ? Le médecin était passé la veille. Il avait bien sûr proposé quelques médicaments, tout en hochant la tête, impuissant à soulager la jeune malade. Désespérée, grand-mère avait alors posé une photo de la religieuse cloîtrée sur le corps brulant de fièvre de sa fille chérie. La fièvre avait immédiatement quitté maman, incompréhensible réaction sauf pour ceux qui croient aux miracles. D’où, depuis ce matin-là, l’adoration de maman à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

Revenons à notre mariage.

Au petit matin, Simone Langeard, la coiffeuse de Muneville, s’était déplacée pour composer à la future mariée une superbe coiffure mariage 3 bistout en volume et boucles, dans laquelle elle avait accroché quelques fleurs de lys en tissu ornant, de chaque côté, le visage de la future épousée, fleurs  auxquelles serait attaché un voile de plusieurs mètres de longueur.

Voile et fleurs de lys étaient conservés dans « la bonne armoire » de la « bonne chambre », comme nous les nommions, signifiant l’armoire achetée spécialement pour la chambre des époux, jointe au lit et aux deux tables de chevet. Combien de fois ai-je, en cachette, posé voile et fleurs de lys sur mes cheveux en rêvant au prince charmant pour lequel je me parerais de tels beaux atours ? Admirative devant tant de blancheur, candeur et pureté !

Aida-t-elle maman à enfiler l’immaculée robe de satin acheté chez Melle Lecaudey de Quettreville-sur-Sienne et confectionnée par la couturière de la famille.

Peu à peu les invités sont arrivés à la  Huberdière, la plupart en voiture à cheval, se restaurant d’une collation de brioche arrosée de cidre ou de café, au choix. Puis direction le bourg de Muneville-sur-mer où l’on forma ensuite le cortège, demoiselles d’honneur et leurs cavaliers en tête derrière les futurs époux. Frères et sœurs suivis des oncles et tantes, amis, cousins et voisins, dans un joyeux brouhaha.

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 Au moment du départ vers la mairie, petit moment de panique pour la mariée qui ne retrouvait plus ses jolis gants blancs. La coiffeuse alla bien vite quérir les siens, ce qui fit l’affaire.

Auguste Perrone, le jeune commis de la ferme, tout juste quinze ans, p’tit gars de l’Assistance Publique, offrit un bouquet à notre mariée, tout émue.

Pierre LEBAS, le premier magistrat munevillais reçut ensuite leurs consentements mutuels.

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Puis c’est à 11 h, à l’église de la même commune que l’abbé BLANDET les unit.

Un apéritif servi en plein air attendait tout le groupe chez Jeanne Langeard, la mère du garagiste et de la coiffeuse, buraliste de son état.

 

 

Le repas du midi se tenait dans la grange dont les murs avaient été tendus de draps blancs, la veille, par cuisinier et serveurs. Draps sur lesquels avaient été accrochés fleurs et feuillages champêtres, la veille pour cette occasion. Quelques jours avant, Emile MASSU, en voisin, avait pelé la cour.

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La veille, maman se souvient avoir goûté un mets de morue délicieux cuisiné par le chef déjà aux fourneaux pour l’événement du lendemain.

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Alphonse Turgis avait eu en charge d’occire quatre beaux lièvres pour régaler les quelque soixante-dix hôtes qui les dégustèrent bien faisandés, comme le voulait la coutume.

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Un bon nombre de langoustes avaient été prélevées de leur habitat naturel.

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Après le succulent repas concocté par M. Bény, un des meilleurs cuisiniers, venu de Carolles et père de Mme Letoffey, la bouchère de Bréhal qui louait la maison du bourg de Bricqueville à la famille Guilbert, vers 17 H mariés et invités ont pris les voitures et le camion de Gaston, le garagiste, pour aller guincher à la salle du bistrot de la Passerelle aux Salines de Bricqueville.

En passant devant le cimetière, le jeune couple est allé se recueillir sur la tombe de Léon Guilbert, décédé en 1934, à l’âge de 34 ans, le père du marié seulement âgé à cette date de 11 ans. Denise y déposa son bouquet de mariée.

Au retour, vers 23 H, chacun s’est attablé pour le souper, fait de pas moins de cinq plats et quatre desserts, qui s’est terminé au petit jour.

Chère Louise, la grand-mère

Chère Louise, la grand-mère

La sœur du marié

La sœur du marié

 

Geneviève

La sœur de la mariée

Quelle journée bien remplie ! Une dernière épreuve-surprise, probablement signée Roger Massu, un jeune voisin, attendait le couple.

Joseph et Angélina, les parents de la mariée

Les parents de la mariée

Entre les draps le coquin avait déposé du poil à gratter, histoire de chatouiller les amoureux qui déjouèrent à temps la ruse et optèrent pour un paisible sommeil dans une autre chambre.

Marie, la mère du marié, veuve

Marie, la mère du marié, veuve

Maman, la mariée, exténuée, a dormi tout le lendemain pendant que papa et grand-père LEJOLIVET remettaient tout en place.

Un mariage à l’identique de tous ceux de cette époque. Le mariage de papa et maman.

Louis, le menuisier devenu serveur

Louis, le menuisier devenu serveur

 

Léonie, la laveuse

Léonie, la laveuse

 

Alphonse,  le journalier

Alphonse, le journalier

 

( 10 mars, 2016 )

Mademoiselle Maj

1968. Obtention de mon baccalauréat, drôle de bac puisque le seul depuis bien longtemps ne possédant que des épreuves orales à cause des événements du mois de mai. Quoique, à la création de ce diplôme qui ouvrait les portes de l’Université, en 1808 les épreuves fussent aussi uniquement orales !

Donc, le bac en poche, je me dirigeai vers la faculté des Lettres de l’université de Caen.

Maj

Objectif : une licence d’anglais, la langue chérie de maman (ceci étant une autre future histoire !). J’avais, bercée dans l’amour de ce langage, toujours acquis de bonnes notes et appréciations au pensionnat dans ce domaine, pour faire plaisir à maman, pour me différencier de mes amies et parce que, très vite, j’ai pris plaisir à étudier la langue de Shakespeare. drapeau danois

Aux côtés de nombreuses valeurs (il en fallait douze en tout sur les deux ans pour obtenir le DUEL-Diplôme universitaire d’études de lettres) dont six choisies en anglais (thème, version, civilisation, linguistique) et français la première année, j’avais opté, la seconde année, en plus des valeurs d’anglais, pour la découverte des pays scandinaves, autre originalité de ma personnalité : ne jamais faire comme les autres. J’y avais donc ajouté valeurs de langue norvégienne, civilisation islandaise et danoise.

C’est mademoiselle Maj qui nous enseignait la civilisation du pays d’Andersen à raison d’un cours par semaine. Jeune professeure danoise d’à peine une trentaine d’années, à la chevelure mi-longue châtain clair, elle était charmante et douce, parlait lentement, nous permettant de gratter nos notes sur le papier.

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Bref j’avais été emballée par son premier cours. Ce matin-là du second futur cours- nous étions le 2 décembre 1969- je découvris un groupe de jeunes silencieux, tristes et sombres ne franchissant pas la porte de la salle du cours au premier étage. Tiens, me dis-je, notre prof n’est pas arrivée. Serait-elle en grève ou bien malade ?

 

Je m’approchai alors pour vérifier le contenu de l’écriteau punaisé sous le nom de la professeure :

 

Mademoiselle Maj est morte.

 

Quelque chose, ce matin-là, s’est brisé en moi. Du Danemark je ne connais rien sauf …le souvenir de cette toute jeune demoiselle partie, bien trop tôt, au pays des sirènes. 

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Retrouvé mes bloc notes, confidents de mes années universitaires et cette phrase écrite le 3 décembre 1969.

« Melle Maj est morte hier. C’était le 2 décembre 1969. Il doit faire bien froid sous la terre. Je n’ai pas peur de mourir mais je voudrais qu’il y ait quelqu’un à côté de moi quand je me débattrai avec la mort. »

Et cette lettre écrite à mes parents le matin du 4 décembre, précieusement conservée par maman.

« Aujourd’hui je n’ai pas un cours car Melle Maj, notre professeur de littérature scandinave, est morte. C’est affreux. Elle avait 28 ans et était très gentille. Tous les professeurs de l’institut sont en deuil et ont décidé de ne pas faire cours cette semaine en signe de deuil. Melle Maj est morte avant-hier, sans soins. En effet, depuis longtemps elle avait du diabète. Puis lundi, elle n’est pas venue à ses cours. Personne n’est allé la voir et on disait qu’elle était malade. Elle a dû avoir une mauvaise grippe et on l’a retrouvée morte dans son lit. Hier ça m’a fait drôle quand j’ai appris sa mort. Melle Maj était danoise… »

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A bientôt pour d’autres propos plus réjouissants.

 

 

( 8 mars, 2016 )

Pâle goût de neige…

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Se contenter de peu, s’émerveiller de la légère pellicule du blanc voilage qui recouvrait la campagne ce samedi matin 5 mars. (Photos du champ).

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Avant sa rapide dissipation jusqu’à une autre improbable arrivée de la neige l’hiver prochain.

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Je rêve souvent d’un petit chalet là-haut sur la montagne…

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Rêve vite évaporé car il y fait trop froid, ça glisse trop et puis le ski !!!! 

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Le blanc occasionnel me plaît pourvu qu’il laisse rapidement place aux autres coloris de la nature.

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« Le bonheur est comme la neige : il est doux, il est pur et… il fond.”

De Claire Malesset, poétesse belge
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Le vrai grand bonheur, oui, mais les tout petits bonheurs grappillés le plus souvent possible dans une journée, eux peuvent être légion, aussi généreux que les gouttes de pluie sur notre Normandie.

 

 

( 7 mars, 2016 )

Respecter l’arbre…

Trouvé, ce matin lundi 7 mars, dans ma boîte mail, un poème de Florian Bernard envoyé par ma copine Mo. Une autre invitation au respect, celui de l’arbre. 
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La prière de l’arbre
 
Homme, écoute-moi….
Par les froides  nuits de novembre, je suis la chaleur de ton foyer !
C’est en me consumant moi-même que je peux te réchauffer! 
Je suis l ombrage rafraîchissant  sous le soleil torride de l été  !
Je suis la charpente de ta maison et le toit de tes abris  !
Je suis la planche de ta table et la chaise sur laquelle tu peux te reposer ! 
Je suis la voûte de tes églises et de tes cathédrales !
Je suis le lit dans lequel tu dors lorsque la journée de labeur est terminée ! 
Je suis la matière vivante qui crée l harmonie de ton  violon et les sons
harmonieux de ta flûte ! 
Je suis ton bois avec lequel tu construis tes navires ! 
Je suis le manche de ta faucille ! Le patin de ton traîneau et la porte de ton enclos ! 
Je suis le coffret de tes biens, le rouleau qui façonne la pâte et la cuillère qui remue
ton potage !
Je suis le berceau de ton enfant et je serai ton cercueil quand tu quitteras ce monde ! 
 
Homme, je suis ton ami  ! Pourquoi alors es-tu si cruel envers moi ?
Pourquoi me détruis-tu ? Tu devrais me protéger puisque  ta propre vie est intimement liée à la
mienne !
!!!!!!!!!!! Tout est dit, Mo, tu as raison.
 Toutes deux nous savons aussi que les racines de l’arbre sont le grand lit sur lesquelles reposent nos amis animaux tant aimés !
( 4 mars, 2016 )

L’anima de l’animal

Tempo

Tempo +

Anima, en latin, cela signifie le souffle et l’âme. Au catéchisme, j’ai appris (quand on est enfant, on gobe tout !) que seuls les humains ont une âme !!!

Eh bien alors qu’est-ce que l’âme ?

BigMa +

BigMa +

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Nana et Scottish

Grand débat philosophique que je n’entamerai pas.

 

Notons que, assez récemment, au cours d’une allocution officielle, le pape François a affirmé que « les animaux ont une place au paradis. »

« Le paradis est ouvert à toutes les créatures de Dieu. »

Une évolution dans les mentalités, une prise de conscience que toute vie mérite respect ?

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Deux de nos poules +

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Champrepus+

Alors pourquoi les persécute-t-on, les sacrifie-t-on pour les manger ?

 

Côtoyant tous les jours mes poules, brebis et chiens et continuant de découvrir leurs sensations, leurs inquiétudes et déceptions, attentes, jalousies, peurs et rires, joies et plaisirs, je me dis que ces sentiments qu’ils expriment sont ceux des humains. Eh bien oui, je le savais bien sûr déjà, qu’ils sont intelligents. Et vous aussi, n’est-ce pas ?

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Doudoune et Riri

Oh, pardon, vous n’avez pas d’animaux, vous êtes contre ces perturbateurs de votre petite vie, ces « quilaissentdupoilpartout », ces « cestsaleetçadonnedesmaladies », ces « çanestquunebête » !!

Petites hirondelles de l'été dernier +

Petites hirondelles de l’été dernier +

 

Dans ce cas, passez votre chemin. Je ne pourrai jamais vous convaincre avec si peu d’arguments car il faut les voir vivre, les écouter et les regarder pour comprendre ces amis mis sur notre chemin, ces rencontres merveilleuses qui peuplent nos existences, ces horribles déchirures qui nous brisent le cœur lorsque leur heure est arrivée de nous quitter.

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Freckles

Pourquoi continuent-ils de hanter notre vie sinon parce que nous les aimions si fort, comme nos parents, nos amis et tous les autres êtres qui nous sont chers.

 

Peut-être encore davantage puisqu’ils ne nous apportaient que du bonheur, jamais de discussions serrées, de coups de gueule, de conflits. Toujours souriants et égaux à eux-mêmes, du matin au soir et lovés dans leur coin, toujours rassurants du soir au matin.

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Crevette

« L’homme a peu de chances de cesser d’être un tortionnaire pour l’homme, tant qu’il continuera à apprendre sur l’animal son métier de bourreau. »  Marguerite Yourcenar (1903-1987)

Zozinette +

Zozinette +

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Pimpin +

« Tant qu’il n’étendra pas le cercle de sa compassion à tous les êtres vivants, l’homme ne trouvera pas de paix. » Dr Albert Schweitzer (1875-1965)

( 2 mars, 2016 )

Ultime instinct …. de survie

 

Arsène en 1914

Arsène en 1914

Isssu d’une famille bricquaise (du bas de Bricqueville-sur-mer, c’est-à-dire côté mer par opposition au haut, loin dans les terres et où je suis née) d’humbles paysans, Arsène Emmanuel Costentin (1874-1963) a vécu son enfance puis son adolescence au village Delisle près de sa maman Rosalie et de son papa Jean-Baptiste, roulier.

Vous ne connaissez pas le métier de roulier ? Et celui de charretier ou transporteur ? Un métier vieux comme le monde et qui, aujourd’hui nécessite un camion au lieu du cheval et de la charrette.

Jean-Baptiste était roulier et partait faire des livraisons de pommes, de tonneaux de cidre, de varech… dans toute la Manche, une semaine à Cherbourg, la suivante à Avranches. On dit que parfois c’était la jument qui ramenait au village Delisle le bonhomme, ronflant et cuvant son cidre dans la charrette.  

De 1894 à 1897, le jeune homme fait son service national en tant que matelot dans la marine, à Toulon. Trois ans déjà donnés à la patrie.

En mai 1899, il épousait Augustine (1878-1944), de quatre ans sa cadette, elle aussi habitante du village Delisle, fille du maréchal ferrant.

Si deux enfants leur sont nés avant le départ pour la guerre, l’aîné est décédé à l’âge de trois ans. Maurice, le fils devenu unique grandissait paisiblement en aidant ses parents aux travaux des champs.

Quand soudain l’Histoire, celle avec un grand H, est venue bouleverser sa vie et celle de ses proches, l’a attrapé - il avait 39 ans - et transformé en guerrier.

Lui aussi a entendu le lugubre son du tocsin ce 1er août 1914, à 16 h.

foins

Dans le sillon de luzerne tout juste fauché, l’homme a posé sa fourche, saisi son mouchoir noué aux quatre coins, protégeant son crâne du soleil chaud ce jour-là, s’est essuyé le front ruisselant de sueur et couvert de poussière de foin. Son cœur s’est mis à battre plus fort. Il a alors rejoint voisins et amis, eux aussi occupés à la fenaison. On a parlé, commenté les longs coups de la cloche légère au son aigu, un par seconde, égrenés pendant trois longues minutes dans ce tranquille après-midi d’été. Chacun redoutait cette entrée en guerre qui menaçait et grondait avec, pour récent témoin, l’Ouest Eclair, ancêtre du quotidien Ouest-France, celui de la veille daté du vendredi 31 juillet, encore posé sur le bout de la table familiale, dont les titres de la page une résumaient : « l’heure critique », « l’Allemagne va-t-elle mobiliser ? » Un tableau dressait : « En cas de guerre : les forces en présence ».

ouest éclair

Et ces quatre lignes dont Arsène se souvenait encore : «  Le bruit court avec persistance que des mesures relatives à la mobilisation ont été prises ce matin dans le deuxième conseil qui s’est tenu au ministère des Affaires Etrangères. »

« Qui va faire la moisson imminente ? Et comment, avec la réquisition de nombreux chevaux, pourra-t-on labourer en octobre, si toutefois, par impossible, la guerre n’est pas encore gagnée et terminée ? », notait l’historien Jean-Baptiste Duroselle. Importante préoccupation de nos agriculteurs.

Tant d’appelés dans cette guerre ! Les trois millions de réservistes dont Arsène, qui avaient déjà fait leur service militaire et devaient repartir de longues années après, plus les 800 000 soldats sous les drapeaux à cette date et les plus de quatre millions qui les rejoindraient au cours de ce terrible conflit qui durerait près de cinq années. 

Arsène a fait son baluchon, a rejoint Cherbourg et, de là, est parti pour la guerre, a vaillamment lutté dans les combats qui faisaient rage. Terribles affrontements de loin puis allant jusqu’au corps à corps sanglant, sans pitié, du côté de Verdun, dans lequel le plus fort embrochait l’adversaire avec son fusil baïonnette. L’un des deux, souvent les deux, s’effondrait alors dans un dernier cri, un ultime regard à la vie, sous les yeux de camarades horrifiés.

Arsène assis à droite.

Arsène assis à droite.

Ouf ! Aujourd’hui encore le Bricquais avait eu la veine que « ça n’arrive qu’aux autres ! »

Hélas demain il faudrait retourner au combat ! La chance serait-elle encore au rendez-vous ?

La peur au ventre, Arsène s’endormait dans la boue de la tranchée, en essayant d’oublier l’horrible boucherie. Mais les cauchemars le rattrapaient rapidement, si proches de la réalité.

Au petit matin, les attaques ont repris, encore plus violentes que la veille.

Chacun s’acharnait, peut-être pour en finir plus rapidement. Soudain ce fut au tour d’Arsène d’entrer dans la danse infernale.

« Allez, hop, Costentin, tu sors de la tranchée ! », lui lança son caporal.

A peine sorti du boyau, juste face à Arsène un autre homme, bien sûr ennemi, baïonnette au poing, a surgi. Ils se sont alors mis en joue. Dans les regards, aucune agressivité, juste la peur panique !! 

Arsène a tout compris. 

Tous deux ont alors eu, au même instant capital, la même pensée.

Survivre. Et si l’on s’évitait ! La vie à tout prix, revoir nos parents, notre chez-nous, ne pas mourir !

Vivre, vivre, vivre….

Et chacun a passé son chemin ……………………………………….

Arsène à la barbe bien fournie, assis à gauche

Arsène à la barbe bien fournie, assis à gauche

Arsène est resté deux ans dans l’enfer des combats. Considéré comme un vieux ayant assez donné pour sa patrie sans en crever, le quadragénaire a ensuite été envoyé dans le sud de la France  pour aider aux travaux des champs. Il est plus souvent revenu au pays en permission. Son fils, ou son neveu, l’attendait à la gare de Coutances, en voiture à cheval.

Jean, son petit-fils, raconte que, pour passer le collier à ce grand cheval, haut sur pattes et l’atteler à la cariole, il était nécessaire à son neveu, court sur jambes, de monter dans une brouette pour atteindre le cou de l’animal.

Et quand personne n’attendait Arsène à la gare, eh bien le soldat rentrait au village à pied. Une vingtaine de kilomètres en tout !

Poincaré

Le Bricquais racontait aussi qu’il avait vu Raymond Poincaré, le président de la république en poste de 1913 à 1920 et que celui-ci avait déclaré au général de sa division : « Ne laissez pas ces hommes-là dans la torpeur » ! Qui donc a tenu compte de ce conseil ?

On sait que « M. Poincaré n’hésitait pas, parfois au péril de sa vie, à venir au front (essentiellement dans la Meuse et dans la Somme) afin de juger du moral des troupes et des populations déplacées. Il visita à plusieurs reprises la partie de l’Alsace redevenue française dès le 7 août 1914 : au Col de la Schlucht, à Thann, Masevaux, Saint-Amarin et Dannemarie entre le 11 février 1915 et le 10 avril 1916. » Extrait de Wikipédia

Arsène, la guerre terminée, est rentré au pays et a raconté ce geste héroïque, avec soulagement, ne cachant pas son indicible joie de vivre encore et d’imaginer son frère ennemi, lui aussi, en survie quelque part dans cette lointaine Prusse. Jean, l’un des nombreux petits-fils d’Arsène (car Maurice, le fils unique d’Arsène a eu 8 enfants), dormait dans la même chambre que lui et l’écoutait bien volontiers narrer le récit de ces sombres heures.  

 

 

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