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( 18 septembre, 2016 )

L’un était anglais, l’autre allemand…

 

 

Tous deux sont morts pour rien. Pour un morceau de terre à conquérir ou perdre. Par la folie meurtrière d’un monstre des grandeurs.

L’homme est-il fait pour se battre ? Tant de guerres au cours des siècles ! De religion, de territoires ! Tant de haine, de souffrances, de morts pour un éternel recommencement de conflits quasi incessants dans le monde ! Pourquoi ? Why ? Warum ?

L’un était anglais. 

Arthur Braybrooke

Arthur Braybrooke

Arthur Braybrooke

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Arthur il se prénommait.   Arthur Braybrooke

Le soir du 27 juillet 1944, une mission spéciale les attendait, ses compagnons et lui : parachuter du ravitaillement aux forces d’opérations spéciales et à la résistance française derrière les lignes ennemies. Leur but : partis de la grande base militaire de Brize Norton, à l’ouest d’Oxford, atteindre Le Mans. De nuit pour passer presque inaperçus. Des habitués de ce genre de missions secrètes puisqu’opérationnels depuis février 1944.

Arthur, c’était, dans le bombardier bi moteurs Albermale Whitworth Armstrong, l’homme en charge du déploiement du ravitaillement à parachuter.

Ils étaient six en tout dans l’avion.

Peu après le passage au-dessus de Montmartin-sur-mer, le bombardier a été touché par un avion de chasse ennemi.

« Sautez ! « , leur cria le pilote Emblem. Trois d’entre eux eurent le temps de s’éjecter. Trop tard pour le trio restant qui s’apprêtait à le faire lorsque l’Albermale explosa en plein ciel au-dessus de Muneville-sur-mer.  

Les trois rescapés seraient, une semaine plus tard, de retour au pays natal.

Arthur et ses deux compagnons d’infortune ont été inhumés dans le cimetière de Muneville le 31 juillet, sous le grand if.

Photo 1944. Un monticule de  terre fraîchement retournée. Dessous la terre, trois corps ensevelis dont celui d'Harry.

Photo 1944. Un monticule de terre fraîchement retournée. Dessous la terre, trois corps ensevelis dont celui d’Harry.

 

Ironie du sort en temps de guerre, la cérémonie coûta 2000F, argent trouvé sur le corps de l’un des aviateurs morts. (Chaque aviateur possédait sur lui une pochette étanche au feu et à l’eau contenant de l’argent français, en cas de besoin de survie).

Leurs corps n’ont jamais été transférés dans un cimetière militaire.

Après la guerre, la commission s’occupant des tombeaux de guerre du Commonwealth fournit cet encadrement de parcelle et ces pierres tombales. Le lieu fut déclaré « site officiel CWG » (Cemetery War Graves), un des plus petits sites en Europe. Deuil et larmes pour leurs familles et celle d’Arthur. Joan, sa sœur, je l’ai bien connue et eu la joie de passer un mois chez elle en octobre 1968, juste avant d’entrer à l’université. Nous correspondions chaque année. J’ai même eu la chance d’emmener mes parents chez elle, à Porlock, petit village côtier du Somerset en Angleterre, en juillet 1987. Elle est décédée il y a une dizaine d’années.

La grande famille des Braybrooke, quelques années plus tard. Au centre, le papa, la maman. Dans le transat derrière la maman, Joan, la sœur d'Harry. A ses côtés, les frères et sœurs, neveux et nièces.

La grande famille des Braybrooke, quelques années plus tard. Au centre, le papa, la maman. Dans le transat derrière la maman, Joan, la sœur d’Harry. A ses côtés, les frères et sœurs, neveux et nièces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’autre était allemand, se prénommait Siegfried. De lui je sais si peu de choses sauf qu’il s’était marié en 1938, avait, à son bien grand regret, quitté famille pour rejoindre tant d’autres qui n’avaient pas choisi ce camp des ennemis, lui qui aimait la France et qu’à la mi-février 1945, le soldat a été fait prisonnier sur le front russe.

Le front russe ? En fait le plus grand théâtre d’opérations de la Seconde Guerre mondiale et probablement de toute l’histoire militaire. Le front de l’Est, comme on le nommait encore, a été « le lieu d’une guerre féroce, occasionnant d’énormes destructions et des déportations de masse, ce qui entraîne de gigantesques pertes militaires et civiles par suite de la guerre elle-même, de famine, de maladie, de conditions météorologiques extrêmes et de massacres. Les pertes civiles et militaires sur le front de l’Est sont estimées à environ 30 millions de personnes, soit environ la moitié des morts liées à la Seconde Guerre mondiale. » (Wikipedia)

Deux mois de captivité, jusqu’à la mort, le 16 avril 1945, et dans quelles conditions ! à peine une trentaine de jours avant la signature de l’armistice.

Deux vies saccagées, deux familles endeuillées … pour rien !!! A l’image de ces deux vies, des millions de vies brisées, des millions de familles endeuillées ! Pour moins que rien !

« Les mères des soldats tués sont juges de la guerre »  Bertold Brecht

« Celui à qui la guerre ne fait point horreur, c’est lui le vrai lâche. » Jean Simard 

« La guerre n’est pas une aventure. La guerre est une maladie. Comme le typhus ».  Antoine de Saint-Exupéry

 

 

 

 

                

 

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