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( 27 février, 2017 )

De l’immersion à l’aspersion, du baptistère aux fonts baptismaux

Question de mode, de dogme, de religion, d’époque, de disponibilité de taille de serviette, de proximité de piscine ou de cuvette ?

En tout cas, pour pratiquer le baptême par immersion ou aspersion, il faut de l’eau aux multiples vertus : nettoyante, purificatrice, fécondante, guérisseuse, miraculeuse, étancheuse de soif, germinale, lustrale, médicinale, en bref ce que l’élément liquide est en vérité : une source de toute vie.

Non, aucun cours de théologie. Que l’on soit croyant ou non, baptisé ou non, baptistères et fonts baptismaux font partie du patrimoine culturel à préserver, n’est-ce pas ? Au même titre que châteaux, manoirs, églises et chapelles. A conserver absolument puisque l’on ne sait plus en bâtir aujourd’hui, HLM, tours et autres cages pour humains étant à la mode.

« Où veut-elle donc en venir ? » me direz-vous !

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Tout simplement à cette balade récente jusqu’à Portbail ou bien Port-Bail, bourgade de 1 600 âmes, sur la côte ouest du Cotentin, près de Carteret, à 3/4h d’ici que, depuis longtemps, je voulais découvrir. Car elle possède un riche passé et de beaux vestiges. De l’ancienne ville gallo-romaine, l’on pouvait encore se rendre à pied, à marée basse, jusqu’à Jersey au milieu du Moyen-Age, nous apprend Wikimanche.

Tiens, pourquoi, en longeant la rue principale, l’œil tombe sur deux églises à peu de distance ? En 1809, la commune voisine de Port-Bail la maritime, c’était Gouey, la terrienne. Si proches l’une de l’autre que le dicton disait « Entre Port-Bail et Gouey, il ne croît ni herbe, ni bled ». Bled dans le sens de céréales probablement. De Gouey, gobée par Portbail en 1818, il subsiste l’église Saint-Martin.

L'église Notre-Dame, près de la mer, par temps de léger brouillard.

L’église Notre-Dame, près de la mer, par temps de léger brouillard.

 

Quant à l’église de la gobeuse, sise au ras de la mer, sous le vocable de Notre Dame, elle est peu utilisée.portbail 4 Elle a pourtant fière allure. De style roman, tout l’ensemble est couvert en pierre de la région, comme autrefois. Portes closes.

Située tout près du pont aux treize arches, pas une de plus, un pont daté 1873, à ne franchir que par non superstitieux. Vous ne l’êtes pas ? Moi non plus d’ailleurs ! 

Le pont aux treize arches

Le pont aux treize arches, embrouillardisé cet après-midi là.

Etonnant ouvrage qui relie le havre sud au havre nord, vision spectaculaire quand, à marée haute, son tablier se trouve au ras de l’eau, étrange impression que les piétons marchent sur l’onde. portbail 5

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Le but de ma visite, non, ce n’était pas ces deux édifices religieux. Je voulais découvrir le baptistère.

Le baptistère paléochrétien à piscine utilisé aux VIe-VIIe siècles par les Port-Baillais et les Goueyiens ou yais, dont les vestiges ont été mis à jour en 1956, lors de travaux pour la construction de l’école primaire.

Le baptistère

Le baptistère

Impressionnantes, ces fondations de l’édifice baptismal, joliment enceintes d’un mur de pierre construit en 1977 rehaussé d’une superbe charpente, le tout réalisé par les Beaux-Arts pour la protection des restes du monument.portbail 7

Le seul baptistère de forme hexagonale daté des environs du Ve siècle, subsistant au Nord de la Loire. Construit lors des débuts de la christianisation du Cotentin. Les dimensions du bâtiment ? Fondations  larges de 9 mètres. Piscine profonde de 60 centimètres pour une largeur d’un mètre et demi.Portbail 8

Au fil du temps, le baptême par immersion, réservé aux adultes, n’a plus été pratiqué, laissant place à celui par aspersion, au-dessus des fonds baptismaux. Je vous présenterai ceux de Contrières, du XIIe siècle, la prochaine fois. Si jamais vous passez par Portbail, arrêtez-vous y. Vous y passerez aussi une heure fort enrichissante.

Si vous voulez compléter votre documentation sur le baptistère, ces quelques notes affichées à l’entrée du site.

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( 20 février, 2017 )

Amo, amas, amat rosam… .

« Nous sommes parti du fait qu’une grammaire est faite pour être étudiée et pour être consultée.  »

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En ces termes commence la préface d’Henri Petitmangin (1872-1937), reçu 3e à l’agrégation de lettres et littérature classique, devenu professeur de latin, abbé de son état, prêtre catholique du diocèse de Verdun puis professeur au collège Stanislas de Paris.  Devenu célèbre car auteur à succès de manuels de latin pour les collèges et lycées.

Justement sa grammaire latine complète dont j’évoquais la préface, je l’ai encore dans ma bibliothèque et à l’instant sous les yeux, me faisant souvenance, telle la petite madeleine de Proust, d’un passé déjà lointain, malgré tout encore parfumé, coloré et acidulé. Un demi-siècle déjà…

Mon aventure latine a vu le jour en septembre 1960, à l’institution Sévigné dirigée et gérée par des religieuses et quelques laïcs.

Merci à l'auteur de la photo.
Merci à l’auteur de la photo.

Tellement fière, du haut de mes onze ans, d’apprendre deux nouvelles langues d’un coup. L’une bien vivante puisque reliée à mon enfance et un épisode de la Seconde Guerre Mondiale vécu par mes parents, l’anglais. L’autre morte, le latin. Et qui reprenait vie à chaque office religieux auquel j’assistais, entourée de parents et grand-mères pieux, très pratiquants.

« Ite, missa est ». Oui, bien sûr. « Ite », tiens, l’impératif du verbe ire, si difficile à conjuguer tels ses frères irréguliers. Et ce « tantum ergo sacamentum veneremur cernui », ce célèbre extrait d’un hymne nommé Pange Lingua composé par Thomas d’Aquin, chanté en fin de messe, j’y analysais le nominatif, j’y cherchais le verbe. Un complément au datif ou à l’ablatif ? Ah, j’oubliais !  Si vous n’avez pas fait de latin, sachez que les noms et adjectifs changent de terminaison selon leur emploi dans une phrase. Six cas se présentent selon qu’il s’agit du sujet, du cod, du complément circonstanciel.. Oh pardon, je vous rase avec les déclinaisons. Rassurez-vous ! je ne vais pas vous les réciter. Jacques Brel s’en est amusé dans le refrain de sa célèbre chanson, refrain que je vous livre sans l’air, car vous le connaissez.

Rosa, rosa, rosam,

Rosae, rosae, rosa,

Rosae, rosae, rosas,

Rosarum, rosis, rosis.

Et pourtant je vous garantis que je les sais encore par cœur, ces déclinaisons tant et tant de fois ânonnées pendant les heures de permanence et récitées à Mademoiselle Le Borgne, mon unique professeur de latin pendant ces huit années. La trentenaire, voire quarantenaire, toujours sobrement vêtue, aux longs cheveux pudiquement rassemblés en un chignon tressé a eu l’art de me captiver, versions et thèmes latins m’étant devenus des exercices fort agréables à pratiquer. Encore davantage les versions, textes latins des grands écrivains Virgile, Cicéron, Lucrèce qu’il fallait décrypter. Et gare aux contresens pénalisateurs de plusieurs points sur un total de 20 lors du devoir ! Instants émouvants de ce retour en arrière sur les bancs des classes de latin, furtives images de professeurs réapparaissant soudain sur l’estrade, en plein cours, feuilletages des vieux manuels jaunis, fripés, écornés, au parfum d’antan. 

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Issu du manuel de 5e, « Imperare cupiditatibus clarum est, non servire ». En gros, « il est clair de maîtriser ses désirs pour ne pas en devenir esclaves ». En ai-je bien saisi le sens du haut de mes douze ans. 

Sachez que, si vous traduisez correctement en latin  : «  Il est honteux de mentir », vous aurez gagné ma reconnaissance et au moins vérifié avoir acquis votre niveau cinquième de l’enseignement général. 

Amici, non diem perdidi vobis scribere ?

Vale.

Bonum vesperum.

( 13 février, 2017 )

Vous avez dit « tontine » ?

Vous avez dit Tontine ? Tantine ?

Ni Tantine Geneviève ou Madeleine, mais oui, les sœurs de mère et père ni une tante à la mode de Bretagne. Il ne s’agit pas non plus d’un homosexuel masculin, encore moins d’un individu lâche et mouchard !

Non, non et non. J’ai bien dit tontine avec un « on ». Si je comprends bien, au jeu des mille euros, vous eussiez échoué quant à la définition de ce mot ?

Même si, un écouteur caché dans le cornet auditif, l’on vous avait soufflé « La Tontine est une association collective d’épargne viagère. Elle réunit des épargnants qui décident d’investir des fonds en commun avec un horizon de placement déterminé, entre 10 et 25 ans », merci wikipedia, vous eussiez vu vos gains fondre.

Car j’aurais dû ajouter « en osier »  ! Tontine en osier ! Toujours rien ? Vous donnez votre langue au chat ? Soit.

J’ai eu le plaisir d’assister à la confection de l’une d’elles lors d’un atelier osier proposé par quelques amoureux de ce végétal si « tordant » et prêt à tout lorsque frais.  

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Prenez un seau. Emplissez-le de sable humide. Piquez-y plusieurs brins d’osier qui formeront l’armature (la chaîne en tissage) et tressez le bas sur une dizaine de centimètres. A mi hauteur recommencez un tressage en serrant un peu les brins de la chaîne puis un dernier tressage à une vingtaine de centimètres du sommet, en resserrant encore davantage. Oter l’ensemble de dans le seau et la tontine est terminée.

Aurai-je oublié de vous dire quel usage on fait de ce joli appareil d’osier ? 

Photo Auvergne vacances

Photo Auvergne vacances

 

Eh bien, au XVIIIe siècle, lorsque les grands voyageurs voulaient rapporter, venant de lointaines contrées, des végétaux rares, y compris arbres exotiques et arbustes, le voyage par bateau étant très long et souvent houleux, voire tempétueux, l’on glissait ces plantes dans les tontines. Bien protégées à l’intérieur de ce panier géant en matériau souple, elles arrivaient à destination en bonne posture, même si renversées de nombreuses fois après roulage et virage de bord dans la cale.

Aujourd’hui, pas besoin d’entreprendre un voyage au long cours pour utiliser nos tontines qui font de jolis supports aux plantes grimpantes du jardin ou d’élégants décors abritant un arbuste sur la terrasse.

Photo Pinterest

Photo Pinterest

Je m’en vais d’ailleurs de ce pas en confectionner une avec les quelques brins d’osier fraîchement coupés au champ.

Et vive les tontines ! 

 

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