( 20 février, 2017 )

Amo, amas, amat rosam… .

« Nous sommes parti du fait qu’une grammaire est faite pour être étudiée et pour être consultée.  »

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En ces termes commence la préface d’Henri Petitmangin (1872-1937), reçu 3e à l’agrégation de lettres et littérature classique, devenu professeur de latin, abbé de son état, prêtre catholique du diocèse de Verdun puis professeur au collège Stanislas de Paris.  Devenu célèbre car auteur à succès de manuels de latin pour les collèges et lycées.

Justement sa grammaire latine complète dont j’évoquais la préface, je l’ai encore dans ma bibliothèque et à l’instant sous les yeux, me faisant souvenance, telle la petite madeleine de Proust, d’un passé déjà lointain, malgré tout encore parfumé, coloré et acidulé. Un demi-siècle déjà…

Mon aventure latine a vu le jour en septembre 1960, à l’institution Sévigné dirigée et gérée par des religieuses et quelques laïcs.

Merci à l'auteur de la photo.
Merci à l’auteur de la photo.

Tellement fière, du haut de mes onze ans, d’apprendre deux nouvelles langues d’un coup. L’une bien vivante puisque reliée à mon enfance et un épisode de la Seconde Guerre Mondiale vécu par mes parents, l’anglais. L’autre morte, le latin. Et qui reprenait vie à chaque office religieux auquel j’assistais, entourée de parents et grand-mères pieux, très pratiquants.

« Ite, missa est ». Oui, bien sûr. « Ite », tiens, l’impératif du verbe ire, si difficile à conjuguer tels ses frères irréguliers. Et ce « tantum ergo sacamentum veneremur cernui », ce célèbre extrait d’un hymne nommé Pange Lingua composé par Thomas d’Aquin, chanté en fin de messe, j’y analysais le nominatif, j’y cherchais le verbe. Un complément au datif ou à l’ablatif ? Ah, j’oubliais !  Si vous n’avez pas fait de latin, sachez que les noms et adjectifs changent de terminaison selon leur emploi dans une phrase. Six cas se présentent selon qu’il s’agit du sujet, du cod, du complément circonstanciel.. Oh pardon, je vous rase avec les déclinaisons. Rassurez-vous ! je ne vais pas vous les réciter. Jacques Brel s’en est amusé dans le refrain de sa célèbre chanson, refrain que je vous livre sans l’air, car vous le connaissez.

Rosa, rosa, rosam,

Rosae, rosae, rosa,

Rosae, rosae, rosas,

Rosarum, rosis, rosis.

Et pourtant je vous garantis que je les sais encore par cœur, ces déclinaisons tant et tant de fois ânonnées pendant les heures de permanence et récitées à Mademoiselle Le Borgne, mon unique professeur de latin pendant ces huit années. La trentenaire, voire quarantenaire, toujours sobrement vêtue, aux longs cheveux pudiquement rassemblés en un chignon tressé a eu l’art de me captiver, versions et thèmes latins m’étant devenus des exercices fort agréables à pratiquer. Encore davantage les versions, textes latins des grands écrivains Virgile, Cicéron, Lucrèce qu’il fallait décrypter. Et gare aux contresens pénalisateurs de plusieurs points sur un total de 20 lors du devoir ! Instants émouvants de ce retour en arrière sur les bancs des classes de latin, furtives images de professeurs réapparaissant soudain sur l’estrade, en plein cours, feuilletages des vieux manuels jaunis, fripés, écornés, au parfum d’antan. 

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Issu du manuel de 5e, « Imperare cupiditatibus clarum est, non servire ». En gros, « il est clair de maîtriser ses désirs pour ne pas en devenir esclaves ». En ai-je bien saisi le sens du haut de mes douze ans. 

Sachez que, si vous traduisez correctement en latin  : «  Il est honteux de mentir », vous aurez gagné ma reconnaissance et au moins vérifié avoir acquis votre niveau cinquième de l’enseignement général. 

Amici, non diem perdidi vobis scribere ?

Vale.

Bonum vesperum.

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