( 27 mars, 2017 )

Plaisir d’amitié

Evanouies les distances dans l’espace et le temps,

L’amitié n’a que faire de frontière ou horaire.

Lente est sa gestation, hésitant son élan,

Long chemin d’une timide approche épistolaire.

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L’amitié, c’est d’abord, le matin, au réveil,

Première noble pensée, un auroral bonjour,

A mes journées pluvieuses le doux rai de soleil,

De cette vie banale le merveilleux ajour.

 

Pensée des Alpes

Pensée des Alpes

 

Echange de discours, silence de l’attente,

Bonheur du grand partage de moments éternels,

Amitié, délicates attentions bienveillantes,

Complicité de nobles échanges fraternels.

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L’amitié, c’est, après la journée de labeur,

S’endormir calmement en murmurant « bonne nuit »

Aux êtres de la terre que je porte en mon cœur,

A elles, à eux, bipèdes et quatre pattes, à lui.

 

Omphalodes à l'oeil étoilé

Omphalodes à l’oeil étoilé

 

« Qu’un ami véritable est une douce chose »,

La Fontaine l’a dit, et le redire j’ose.

 

 

 

 

 

 

( 10 mars, 2017 )

Ras le bol !

« Y’en a marre de ce foutu temps pluvieux, brumeux, venteux, brouillasseux, bruineux, cafardeux, spleenétique et mélancolique », sanglotaient en chœur les jonquilles ce matin.

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« Quand allons-nous trouver la force de redresser la tête ? Le temps passe, les jours défilent et, pauvres de nous, sans soleil, nous nous affadissons à vue de lorgnette ! C’est insupportable ! 

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Nous devons nous syndiquer et porter nos doléances à Erèbe le grec, dieu de la brume, du brouillard et des ténèbres pour qu’il nous balaie toutes ces particules indisposantes. Et à Râ l’Egyptien, en espérant qu’il secouera ce mou d’astre solaire se laissant cacher la face par toute une bande de vauriens cumulonimbus et nimbostratus !

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Du haut de sa ramure, le grand chêne du champ, droit et stoïque, bien plus que centenaire, leur a lancé un regard dénudé et crié qu’il en avait vu bien d’autres, que bientôt le soleil reviendrait et qu’à pleurer ainsi, les demoiselles se rideraient.

Moralité : ne jamais se décourager car après la pluie, le beau temps. Et je nous le souhaite pour très bientôt.

( 8 mars, 2017 )

La Normandie-Hastings via Contrières

 

J’ai déjà évoqué Contrières, la petite commune voisine de la mienne, à 5 kilomètres à vol d’étourneau.

Souvenez-vous : l’if millénaire au pied de l’église. A l’intérieur de l’édifice religieux, trônent des fonts baptismaux d’un autre âge, invitation au voyage dans le temps.

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Hastings, vous vous rappelez votre cours d’Histoire ? Non ? Pas vraiment ? 

Et notre Guillaume de Normandie, au vilain surnom de Bâtard car son père, le duc Robert aimait courir le jupon. Et a soulevé celui d’Arlette, la fille du tanneur de peaux qu’il a repérée, du haut de son château, lavant ses hardes au lavoir falaisien. Le duc très épris nommera sa frilla (épouse en danois) Herleva (Arlette en même langue) concubine officielle, à la mode scandinave. 

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Un fils naîtra de cette union, un fils unique d’Arlette, parmi tant d’autres issus de différentes liaisons. Le petit Guillaume est son préféré, qui devient duc de Normandie à la mort du duc paternel volage, en 1037, parti expier ses fautes en pèlerinage à Jérusalem, rencontrant la mort à Nicée, Asie Mineure, sur le chemin du retour.

Cadeau empoisonné pour ce garçonnet d’à peine huit ans en 1034. Une trentaine d’années plus tard, un oncle, Edouard Le Confesseur, roi d’Angleterre qui meurt sans héritier, un seigneur anglais Harold qui veut aussi la couronne !

Le petit bout d’homme (1027-1087) maintenant âgé de 38 ans, a l’étoffe d’un guerrier et s’embarque avec 15 000 hommes, 3000 chevaux et, dit-on, 1000 bateaux, à la conquête de la Blanche Albion. Le 14 octobre 1066, après une dernière messe dite par l’évêque de Coutances, il est six heures du matin, le combat s’engage. Vous connaissez la suite. Notre Guillaume II de Normandie devient Guillaume Ier d’Angleterre.

Photo Bayeux museum

Photo Bayeux museum

OK ! Vous me remerciez pour ce rafraîchissement de vos souvenirs scolaires quant à cet événement, tout en pensant : elle a perdu le fil de son sujet ?

Que nenni !Fonts 1

 Revenons à nos fonts baptismaux et à leur cuve en pierre cylindrique, d’un seul morceau, de 3 mètres de circonférence dans sa partie supérieure. Et à cette partie naïvement et grossièrement, ajouteront certains, sculptée de 14 personnages alignés en procession dont quatre à cheval. fonts 2

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Que font donc ces personnages figés à tout jamais dans le granit, depuis la fin du XIe ou le XIIe siècle, sans commentaire de leur part ou de celle du sculpteur ?

 

Peut-être se rendent-ils, c’est la supposition avancée, à la « Messe aux Epées » célébrée par Geoffroy de Montbray, évêque de Coutances et ami proche de notre Guillaume de Normandie. Juste avant la bataille, il fallait prier Dieu pour une victoire. Dieu a choisi son camp ! Le camp de Guillaume ! Et tant pis pour les ennemis ! Etripons-les tous !

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On a aussi dit que Raoul de Quesnay, sieur de Monceaux sur la commune de Contrières, était de l’expédition maritime de notre ami Guillaume. Lui-même ou l’un de ses descendants aurait-il commandé cette sculpture, quelque temps plus tard, en action de grâce et de remerciement, pour orner les fonds baptismaux ? fonts 7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14 personnages dont quatre cavaliers, l’un ayant baissé sa lance, trois enfants de chœur : le premier avec un cierge à la main et le second portant une croix, deux prêtres tous deux revêtus d’une étole, cette longue bande de tissu, ornement liturgique en forme de longue écharpe placée sur leur aube. fonts3Puis un évêque muni de sa crosse, un autre prêtre avec étole. Enfin trois personnages brandissant une hache, sont-ce des chevaliers ?

Sachez que, depuis déjà bientôt un millénaire, ils attendent votre éventuelle visite. Un petit détour du côté de Contrières, son église et ses fonts baptismaux, pourquoi pas  ? Pensez à saluer l’if, lui aussi millénaire, au passage ! Vous ne pouvez le manquer ! A bientôt !

connue.

( 3 mars, 2017 )

Le vieil âne et le porcelet

Un vieil âne bâté,      Brave, doux et tranquille,

A la ferme rentrait,       Pauvres pas malhabiles.      .

Tout le lait il charriait      De la traite du soir.

Sur le long, dur sentier,     C’était là son devoir.

Shalom, 26 ans, arrivé en 2005 dans un des refuges gérés par l'association Pro Animale

Shalom, 26 ans, arrivé en 2005 dans un des refuges gérés par l’association Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un dodu porcelet,          A travers les barreaux,

Regardait le pauvret        Aux seuls os sur la peau.

Photo Pro Animale

Photo Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecurie, porcherie          Du baudet, du pourceau

L’une près l’autre bâties, Les naseaux, les museaux,

La nuit, se racontaient       Qui son bien dur labeur

Qui sa grosse pâtée         Avant du sommeil l’heure.

Masetto, 6 ans aujourd'hui.

Masetto, 6 ans aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« -Le fermier est cruel      Qui frappe du bâton !

-La fermière me rappelle   Mon imminent plongeon

Vers l’abîme des morts      Et je sens le couteau

Qui m’occira alors            Dans un bain rouge sang.

Famosa, extirpée d'une ferme de production intensive de porcs pour engraissement.

Famosa, extirpée d’une ferme de production intensive de porcs pour engraissement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-Etres vivants nous sommes,   Sensibles et honnêtes,

Souvent bien plus que l’homme   Qui se prend pour un chef ! »

Hüsnü, 7 ans, une ânesse elle aussi sauvée d'un triste sort.

Hüsnü, 7 ans, une ânesse elle aussi sauvée d’un triste sort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi le Créateur             Du Ciel et de la Terre

A-t-il commis l’erreur,          Impardonnable impair,

De ne donner qu’à l’un          Un langage décent,

Aux autres le dessein           De faire du boucan 

Et de n’être compris            Que par leurs congénères ! 

Photo Pro Animale

Photo Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Du boucan ? Nous parlons !    Dirent les deux amis.

Apprenez sans façon,            Messieurs les endurcis

Nos langues d’animaux          Et deviendrez meilleurs !

Comprendrez nos propos,       La bonté de nos cœurs. »

 

 

 

Famosa et Flavia en compagnie de Rosalka, le petite fille. Merci à Pro Animale pour toutes ces photos et pour leur œuvre de sauvetage de nos amis privés de langage humain.

Famosa et Flavia en compagnie de Rosalka, le petite fille. Merci à Pro Animale pour toutes ces photos et pour leur œuvre de sauvetage de nos amis privés de langage humain.

 

                 

 

( 1 mars, 2017 )

If, si tu me racontais…

           If, si tu me racontais…

 

A une lieue de ma demeure, Contrières, petit bourg d’à peine 400 âmes. Plus d’école, aucun commerce, nul artisan. Une vie associative riche cependant autour de son dynamique Camille, le maire. Un cœur de commune bâti tout autour de son église débutée au XIe siècle et fortement remaniée.

Voici où je vais planter mon histoire d’if, repiqué il y a environ mille ans par nos ancêtres les Normands.

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Classé au patrimoine végétal de la Manche, notre Taxus Baccata, arbre typique des cimetières, a survécu à bien des épreuves à travers les siècles.

J’aime les arbres, je les écoute et je leur parle, me penche sur leur tronc, les serre dans mes bras, prends leurs pouls de mes mains. Ce sont êtres vivants, voire intelligents, selon de récentes études faites par des neuro biologistes.

Ce dimanche 29 août, j’ai posé mon oreille sur le tronc rugueux de l’if contriérais et l’ai écouté bavarder.if 3 O

« Je suis bien vieux maintenant et, du haut de mes douze longs mètres, souffre de mes branches. L’arthrose des végétaux, je suppose ! Pas drôle car en début de second millénaire, la tronçonneuse a dû venir à bout de mon bras droit, trop atteint. Et puis, j’ai cette énorme cicatrice au creux du ventre. La vieillesse, me dit-on !

Rassurez-vous, j’ai toute ma tête ! Je me souviens des jours heureux et tristes, des communions, des baptêmes, enterrements et mariages. On passait sans me voir. Tous m’ignoraient, occupés à pleurer, à rire, à s’embrasser !

Je vous avoue que, moi aussi, j’ai bien pleuré lorsque sortait du corbillard un tout petit cercueil suivi de parents éplorés. Quand la jeune veuve, toute de noir voilée, titubait en marchant, soutenue par ses proches. Parfois aucun cercueil, seul un cortège sanglotant, en temps de guerre, juste un hommage au disparu sur le champ de bataille. If 4 O

 

Les jours de mariage, c’était une autre affaire. Chacun souriait à l’amour, moi de même. Parfois les mariées de leurs voiles immaculés me frôlaient pour un cliché « sous le grand arbre », en compagnie de leurs époux, trop guindés dans leurs costumes tout neufs. Ce blanc de neige qui flottait dans l’air tiède vespéral me ravissait. Je me disais : « Dommage, aucune gentille et douce taxacée dans les parages avec qui faire alliance ! » Et je me consolais en attendant le prochain mariage. 

Et zut, trois enterrements de suite ! Je tenais alors discours aux chevaux attelés au corbillard, attachés court à mon tronc le temps de l’office et les mettais en garde contre mes extrémités feuillues. Croyez-vous qu’ils m’écoutaient, ces goinfres au sang chaud ?

Le commérage allant bon train à la sortie des grand-messes dominicales, il se disait que le cheval rouquin du père Auguste avait trépassé d’empoisonnement à cause d’un de mes alcaloïdes paralysants.

 Y’a même la mère Louise qui en remettait une couche sur ma toxicité et racontait la fin tragique de sa voisine empoisonnée par une belle-fille avec une décoction de mon pelage. Je n’oserais croire en la cruauté humaine à ce point !!

Une fois l’an, j’assiste, comme si j’y étais, à un concert automnal pip –rick -filk organisé par les ailés du coin venus faire la rave fiesta avec mes rouges arilles.

J’aime ces pépiements joyeux des moineaux tous cousins, des voliers d’étourneaux, le bec encore plein de l’ensilage d’à côté, trouvant dans mes baies un dessert plus original.

Mes voyages préférés, je les accomplis grâce aux fines hirondelles des cheminées. Le pays d’où les migratrices viennent n’a plus de secret pour moi, cloué dans mon fauteuil terrestre. Les péripéties de leur  traversée, les chutes des cousines, le décès d’un tonton, la venue des petites prêtes à bâtir leur premier nid : quel bonheur, leurs discours !

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La peur de ma vie, je l’ai eue il y a peu de temps, en temps d’if bien sûr ! une certaine nuit pluvieuse du mois de juin 1944. Fin d’oreilles et d’yeux télescopiques, j’ai vu et ouï l’armada des alliés  conquérir cieux et mer au lointain jusqu’aux plages. Deux mois plus tard, ils étaient au village, repoussant l’envahisseur loin devant. Faut se méfier des guerres : des camarades y ont vu choir leur tronc !

Savez-vous pourquoi mes confrères et moi avons été choisis pour accomplir notre longue vie dans cet endroit peu causant ?

Nous sommes les symboles de la longévité.  Pensez ! Entre deux et trois millénaires de vie possible ! Enviée par les bipèdes à gros cerveau.

Sensés veiller sur les chers morts, nous préférons le monde des vivants, plus joyeux et remuants. Entièrement d’accord pour le grade d’arbre de la connaissance et de pilier cosmique, jonction entre le monde d’en bas et celui d’en haut. Cela nous fait une belle béquille !

Quant au galon de paratonnerre, je le trouve légèrement foudroyant !

J’absorberais les miasmes des centaines de dormeurs à long terme couchés tout près de moi ? Non, merci, je me contente d’air pur, de pluie rafraîchissante, des doux rayons offerts par les astres solaire et lunaire. 

Vous confierai-je que je ne peux supporter une mauvaise action seulement perpétrée par la gent masculine, cent fois réitérée à la sortie des longues messes ? Un malotru, après avoir traversé, d’un pas pressé, l’allée gravillonnée, visant mon épaisse taille de deux bons mètres à hauteur de ceinture, l’éclabousse d’un liquide puant tout juste sorti de sa braguette. Pouah ! Il me faudra attendre la prochaine douche pluvieuse pour effacer toute trace de cette coulée malodorante.if 6 0

J’ai été bien bavard, chère amie. Combien de temps encore vais-je rester sur pied ? Dieu seul le sait, oserai-je dire. »

Délicatement j’ai alors posé mes lèvres sur son tronc et lui ai, en secret, murmuré quelques mots : « Courage, mon bel if, ta fin n’est pas si proche. Un if ne meurt jamais à l’abri d’une église. Veille bien aussi sur les fonts baptismaux, tes conscrits (XIIe siècle) et leur dizaine de personnages gravés dans le granit. Une pure merveille, tu le savais ! »  fonts 4

If a tourné son regard branchu vers l’édifice. Je l’ai vu cligné des ramilles  en signe d’acquiescement.

    

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