( 31 mai, 2017 )

Panique sous cape

brou5Les conditions idéales pour que cette panique prenne naissance puis s’incruste au profond de mon être ?

La foule, légère ou condensée. Le bruit, au-delà des décibels supportables. La non action, en attente de rien ou de si peu.

D’abord timide et tolérable, la méchante grossit à vue de minutes et s’amplifie au son des bouchons de champagne qui éclatent, au bruit des coupes qui se cognent, les yeux des trinqueurs ailleurs que dans les miens, au passage des gargantuesques platées de petits fours étouffoirs et autres amusements de bouche à base de ces saumons morts pour la bouffe ou cochonnets réduits en tranches bicolores. Ce brouhaha  hahanant, se riant d’une douce quiétude, ces gens démons fantomatiques qui passent et repassent allègrement sans vous voir, juste pour les convenances. if 6 0

Je pense et me mets alors à rêver aux opposés. Vous savez : ces petits africains au ventre proéminant qui attendant seulement une miette de tous vos gaspillages, une goutte de ce nectar d’orange qui comblerait leur gorge tarie.

Je songe aussi très fort aux amis arbres jamais à court d’ouverture de leurs ombrages et branches déployées, à mes doux chiens câlins toujours satisfaits de si peu et qui attendent mon retour.

J’en ai marre de perdre mon temps dans ces ridicules garden room parties superficielles et guette désespérément l’endroit d’où je suis arrivée, attends le bon moment pour empoigner la poudre d’escampette mais zut ! il faut encore attendre, ne serait-ce que cinq minutes …. J’avertis ma copine de droite puis celle de gauche de mon imminente fuite. Elles me retiennent un peu mais pas trop car elles ont compris !

Le malaise a maintenant atteint son maximum ! Non, de l’extérieur cela ne se voit pas. Ni rougeur ni pâleur ! Aucune crispation ! Pas de gestes désordonnés ! Tout est là-haut dans mon cerveau anéanti par ces conditions atmosphysiques insoutenables ! J’enrage, je bous, je flippe, j’éclate et pars enfin…..

Me voici libérée de ce carcan prison.

Je retourne chez moi, écœurée de cette horrible soirée, vaccinée pour combien de temps ? 

J’enfile bottes et cape puis cours là-haut au champ, suivie de mes copains canins. Et marche, marche en confiant bien vite larmes et peine à ma douce Nature qui sait me consoler. 

Puis reviens apaisée.

Après la nuit réparatrice, un nouveau jour sourit et moi aussi…. pom2O

( 24 mai, 2017 )

Retour des hirondelles

Le couple d'hirondelles. Merci à Marina Rey

Le couple d’hirondelles. Merci à Marina Rey

 

Elles arrivent enfin de leur si long voyage,

Légères hirondelles gazouillant à tue-tête.

Je guettais leur retour, elles qui, pour tout bagage,

Ont encore, sous leurs ailes, du soleil quelques miettes

Méditerranéennes.

 

01179291e73e94402fc7b35cced004f0

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je passerais des heures à contempler leur vol,

Bien assuré, rapide, subtil et vaporeux,

Zigzagant dans l’azur puis plongeant vers le sol,

Acrobates planant, spectacle gracieux

De ces jolies arondes.

 Nuée d'hirondelles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cherchent déjà l’endroit où construire leur nid.

Le même que l’an passé, c’est là leur  préférence.

S’il est endommagé, le voilà  rebâti.

Et s’il a disparu, autre projet se lance

Du plus rapidement.

resultat Peinture chinoise. Merci à l’artiste

Toujours très affairées, les gracieuses fendent l’air

A la recherche d’un insecte, d’un moucheron

Pour nourrir leurs petits car elles sont bonnes mères,

Déjà depuis matin jusqu’au soir en action,

Pour cinq becs à nourrir.

 

Peinture chinoise

Peinture chinoise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aime ces belles infatigables voyageuses.

Chaque nouveau printemps, je guette leur arrivée.

L’été venu, de leur portée m’enquiers, anxieuse !

Déjà l’automne vient, qui fait fuir les couvées !

Pourvu qu’elles passent l’hiver !

( 23 mai, 2017 )

Homme de bois

Près de l’homme asexué je me repose.

Une drôle d’histoire, cette mutilation, que je vais vous conter ! Un être de type masculin dont le membre viril a été sectionné. Dame Nature ayant œuvré à l’aide de ses coups de baguette temporelle, par personne interposée.

Si je ne sais la cause réelle de cette anomalie, je l’imagine provoquée par un individu minus genre mus musculus ou microtus agrestis, un débauché venteux, même un nommé Indra, voire un Jupiter jaloux.

Près de lui, la quiétude enfin trouvée d’une éternité sans dégraffage de chemisier, retroussage de jupon ou froissage de draps. La sérénité de jours et nuits, frileux matins et longues soirées, énivrés de tendresse, de joie, de rires et de partage, de regards partagés sans arrière-pensée, de pureté virginale et de parfums subtils.

arbre s O

A l’abri des regards, je le contemple, toute en silence, lui de même. Seuls mésanges et merles, grives et moineaux nous offrent leur sérénade, perchés sur les multiples branches du vieux chêne. Le soleil voudrait bien, le coquin ! assister à la scène, savoir ce qu’il en est entre ces êtres-là et envoie prestement ses rayons à l’assaut de l’endroit. Mais les branches touffues ne laissent rien entrer de ses rais curieux.

Il n’est pas très bavard, mon compagnon de bois. Même trop réservé, certains jours, à mon goût ! Je sais bien qu’il m’écoute mais les réponses tardent et me manquent un peu. Je me console et dis que le silence est d’or. Je lis dans les pensées de ses cellules privées d’écorce et cela me suffit. Il faut bien se faire une raison. Peut-être est-ce le lot des  hommes asexués ! Tristes et peu loquaces puisque se sentant diminués.

arbre 2 O

Je le rassure constamment, l’invite à partager son cœur. Cela nous suffirait bien largement ! D’ailleurs de tête il est aussi privé  ! Voyez donc son portrait ! 

bois 3 O

Ami de bois, mon compagnon agreste, je t’ai, il y a bien des mois, du feu ou de la tronçonneuse sauvé. Repose en paix et attends ma visite quasi quotidienne ! J’arrive de ce pas, à l’autre extrémité du champ, là où tu te caches et m’attends depuis bientôt cinq ans !

 

( 17 mai, 2017 )

Visiteuses ailées

 

Sagement posée près du talus dans le champ,

Je lisais. Autour de moi, les chiens en liberté

Gambadaient et flânaient, museau dressé au vent.

Tous six heureux de ce midi ensoleillé,

Au beau milieu de la généreuse nature,

Du jour l’humble voyage et la simple aventure.

Merci à Insecte.org

Merci à Insecte.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la page douze est arrivée une demoiselle,

Longues et fines pattes légères, abdomen vert.

Petite mouche s’est mise à galoper, rebelle

A mon conseil d’un autre itinéraire

Lui offrant la vie sauve, et moi la page suivante,

Evitant l’étouff’ment de l’espionne confiante.

Merci à wikipedia

Merci à wikipedia

 

 

 

 

 

N’osant interrompre la marche du moucheron,

J’ai stoppé tout net ma lecture pour contempler

Le diptère volant en pleine ascension

D’un sommet tibétain de mots éparpillés.

Par cet auteur inconnu de l’insecte nain

Qui découvrait un nouveau ludique terrain.

Merci à Gerbeaud.com

Merci à Gerbeaud.com

 

 

 

 

 

 

 

 

Un autre a succédé, tout de rouge vêtu,

Chassant le précédent envolé vers  les cieux.

« Pourrai-je bientôt quitter la page déjà lue

Ou suis-je condamnée par ces petits curieux

A la relire encore une centaine de fois,

A l’apprendre par cœur, eh ! pourquoi pas, ma foi ! »

Merci à insectes.net

Merci à insectes.net

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sentir en ces insectes toute la beauté du monde

Et respecter la vie même dans sa petitesse,

Goûter du temps qui passe chaque seconde.

Apprécier l’harmonieuse délicatesse

D’une sauterelle dansant sur une page écrite

Et vouloir protéger l’innocent sans limite. 

 

 

 

 

 

( 15 mai, 2017 )

Philomela , la musicienne

Grive musicienne, song trush (en anglais), Sing Drossel (en allemand)

Musicienne elle l’est certes, la grive qui chaque jour m’offre son riche répertoire de tant de chants d’oiseaux. Je reste à l’écouter, toujours émerveillée par ces airs frais et gais lancés de ce petit cerveau vers l’infini des cieux.

La chanteuse ne se laisse pas facilement approcher !

La chanteuse ne se laisse pas facilement approcher !

Merveilleuse copieuse, turdus philomelos, tel est son nom latin, au sommet du grand chêne, sur une branche du frêne ou dans le merisier, s’égosille à tue-tête, comblant l’air auroral de sons multicolores.

Est-ce dans le berceau-nid qu’elle apprend de son père toutes ces mélodies variées et puissantes, qu’elle reproduira sans jamais se lasser ?

Qu’a donc Philomela à faire avec la grive, me direz-vous ?

Cette jeune fille de la mythologie grecque à laquelle, après l’avoir violée, le méchant Térée, roi de Thrace, époux de sa sœur Progné, coupa la langue ! Et qui, transformée en rossignol, continue à pousser indéfiniment ses lamentations. 

Puisant dans cette mythologie, le pasteur allemand Christian Ludwig Brehm (1787-1864), féru d’ornithologie, l’a ainsi nommée en 1831.

grive musicienne

Source d’inspiration pour d’autres savants puisqu’il existe le rossignol Philomèle, superbe chanteur et l’hirondelle parfois surnommée Philomèle, bien au contraire privée de voix.

Notre ami fabuliste Jean de la Fontaine a, lui aussi, succombé à ce mythe et nous a offert cette fable, toujours étonnamment d’actualité.

           
« Autrefois Progné l’hirondelle
            De sa demeure s’écarta,
            Et loin des villes s’emporta (alla)
Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle.
«Ma soeur, lui dit Progné, comment vous portez-vous?
Voici tantôt mille ans que l’on ne vous a vue:
Je ne me souviens point que vous soyez venue,
Depuis le temps de Thrace, habiter parmi nous.
            Dites-moi, que pensez-vous faire?
Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire?
-Ah! reprit Philomèle, en est-il de plus doux?»
Progné lui repartit: «Eh quoi? cette musique,
            Pour ne chanter qu’aux animaux,
            Tout au plus à quelque rustique? (paysan)
Le désert est-il fait pour des talents si beaux?
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles.
            Aussi bien, en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,
            Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins appas. 
– Et c’est le souvenir d’un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas:
            En voyant les hommes, hélas!
            Il m’en souvient bien davantage.»

 

( 1 mai, 2017 )

Edenique aperçu

A peine sortis du ventre de leur maman, les bébés jumeaux, garçon et fille, se sont mis à téter, ce midi 1er mai, le tiède lait du pis tendu par la jolie vache normande.

jumeaux 1O

Tendre spectacle. Mais si un œil pleure de joie du présent, l’autre déjà larmoie de l’avenir.

Saisir ce tableau à l’instant, le graver à jamais.

jumeaux 2O

Un jour peut-être, ce sera autrement. 

Sont-ils nés dans le mauvais siècle ? Le prochain millénaire sera-t-il indemne de ventres nourris d’animaux ? J’ose l’espérer…

Ephémère image de paradis, illusion d’un monde de douceur, de tendresse, dans lequel les petits veaux pourraient grandir près de leur mère.

jumeaux O3

Futur cauchemar provoqué par la proche séparation de ces êtres innocents, dès demain.

Mains cruelles et injustes les empoignant vers la solitude de l’étable. Le chagrin diminuant, les jumeaux orphelins trouveront des amis de semblable condition.

On s’habitue à tout !!

La maman sera, elle aussi, conditionnée pour une ou deux autres naissances l’année prochaine et les suivantes jusqu’à usure puis abattoir. Un ou plusieurs chagrins de plus avant de retourner brouter l’herbe du champ.

On s’habitue à tout ?

Dans le champ d’en face, l’Eden bientôt perdu. Sur l’écran de face, la France en déchirance ! 

Mon cœur sanglote un peu plus chaque jour. Le monde devient fou, cruel, sans cœur, oublieux de l’Histoire, renouvelant les horreurs déjà subies.

Je ne m’habituerai jamais à ça !

jumeaux O4

Demain la vache pleurera, ses deux petits aussi. La moitié des Français hurlera sa colère contre ces cinglés du parti ennemi. Pendant que l’autre moitié applaudira à la future Shoa, à la recréation de l’esclavage, au sectarisme, au barbarisme, à la traitrise, au racisme et à la destruction de tout ce que nous avons patiemment acquis pour la paix de l’Europe.

Le monde est fou !

Comment vivre sur terre en paradis ?

|