( 23 juin, 2017 )

Maman, si tu savais…

Maman, si tu savais le chagrin que me cause

La vue de ta demeure autrefois habitée,

Aujourd’hui dénudée, solitaire, oubliée,

Et ton coquet jardin aux bordures de roses,

Garni de beaux légumes pour toute la famille,

Au coin ombré de pieds de menthes et camomilles.

 

Merci à Jardinage.lemonde

 

Intarissables larmes d’un temps évanoui,

Perdu à tout jamais, le temps de mon enfance !

De toi, maman, me manque la présence,

Déesse du refuge, maîtresse du logis.

Me manquent ton sourire et ta proposition :

« Allons donc au jardin voir ce qui a poussé ! »,

Panier en main, prête à l’emplir avec bonté.

 

Nos chambrettes coquettes, large escalier de bois

Aux rampes dévalantes, les armoires aux draps blancs

Pieusement conservés, défraîchis par les ans,

Racontant les grands-mères : « Dis-moi encore une fois…. »

Et maman rappelait que cette broderie

Au fin fil de coton, c’était celle de Marie.

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Et cette salle à manger préservée des repas

Pour ne pas la salir, à cirer chaque année

Avec sa table ronde et puis le grand buffet.

Ce magique pose-plats, jouant air délicat.

Ces vieux miroirs piqués vers lesquels nous tendions

Nos frimousses d’enfants pour interrogation.

 

Les vilains souvenirs s’estompent avec le temps.

Ne restent que ces vagues de chagrin et regrets

D’une montée de dix marches, d’une cour à traverser,

D’un trottoir à franchir et d’accéder, maman,

A toi, enfin. « Bonjour, ma Lily, tu vas bien ? »

J’irais mieux si, maman, tu revenais demain.

 

Juste pour un instant à gratter tes allées, 

A cueillir les tomates, défouir les pommes de terre,

Ecosser les p’tits pois de tes doigts de fermière, 

A mijoter la soupe ou préparer le thé.

Juste quelques minutes pour savoir si, là-bas,

Dans ton beau paradis, tu as rejoint papa.

 

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Je te porte en mon cœur, ma chère petite maman,

Mais n’ai pu y loger notre vaste demeure

Qui, depuis ton grand départ vers l’ailleurs, se meurt.

Les années défilant, encore quelques paires d’ans,

Eclatée et perdue, telles ces perles de rosée,

Je pleurerai le temps de la pleine maisonnée.

 

 

( 19 juin, 2017 )

Amour de chêne et chèvrefeuille

Chev5En deux siècles de vie, j’en ai vu des intrus.

Maintes familles de lierres grimpant à toute allure,

De tapotants piverts chatouillant mon écorce et ces forts vents contraires brisant mes faibles branches.

J’ai consolé mésanges aux nids par le coucou volés.

J’ai jadis abrité un fringant écureuil jamais à court de noises.

Il m’a même fallu greloter des hivers et griller en juillet.

De l’amour n’ai connu que dame chêne là-bas, hautaine et capricieuse, qui m’a vite oublié dans les bras d’un tilleul.

Je pensais bien finir mes jours sans palpitations, tendresse ni affection.

« Il faut croire en la vie ! », répétait mon voisin le vieux frêne aujourd’hui décédé.

Il avait bien raison, le feuillu maladif ! J’ai trouvé le bonheur.

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A dix mètres à la ronde, j’embaume le jasmin. Que dis-je ? Le chèvrefeuille.

Ses longues lianes folles entourent mon tronc rugueux et ses cent mains fleuries, gorgées de suc miellé, me font tourner la tête. chev2

 

Je crois être tombé en amour de la belle végétale. Nous restons enlacés à frémir dans le vent.

Je lui chuchote ma joie d’avoir trouvé compagne.

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A mon âge, pensez !

Je suis le plus heureux des chênes.

Un chêne, un chèvrefeuille heureux ensemble ? Et pourquoi pas ?

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Ensemble et pour la vie !

Revenez dans deux siècles, si le cœur vous en dit et si Dieu vous permet, et vous constaterez, j’en suis persuadé, notre amour éternel ! 

 

Plusieurs fois par jour, mes balades me conduisent vers ce grand chêne dans le haut du champ, au pied duquel j’ai dessiné un mandala de fleurs de pierre montmartinaises. J’aime à me reposer dans le transat, profitant de son bienveillant ombrage. Bonheur du subtil parfum de ce généreux chèvrefeuille semblant si heureux à entourer le vieux chêne de ses lianes, fleuries en ce moment.

( 14 juin, 2017 )

Une oreille d’abbé bonne à croquer

ombilic 2 OEn cadeau d’attente pour de nouveaux rendez-vous d’écriture-lecture, cette jolie fleur d’ombilic veillant sur les tombeaux des morts au cimetière de Montpinchon.

Que peut raconter un  nombril de Vénus à ces centaines d’endormis à jamais, sous cette fine pluie diurne ou bien la nuit, au clair de lune ?

La petite succulente, vivace et saxicole, vit ici en solitaire et semble bien s’y plaire puisqu’offrant à la vue des quelques visiteurs en recueillement sa longue hampe de petites inflorescences vert pâle en forme de clochettes. La voient-ils seulement, tout absorbés par leur chagrin ? 

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Moi, je l’ai remerciée pour sa présence divertissante en attente de sortie de messe de profession de foi pour laquelle je devais faire un reportage ce dimanche midi 11 juin. De ce tour de cimetière pour passer le temps, je n’ai retenu aucun nom gravé dans la pierre, aucun ornement tombal particulier. Juste cette modeste fleur perchée au sommet d’un des deux pieux de pierre servant à je ne sais plus quoi.

Connaissez-vous les surnoms de la demoiselle en habits végétaux ?

On l’appelle ombilic, nombril de Vénus mais aussi carinet, cotylédon, coucoumelle, cymbalion, escudet, gobelet, oreille d’abbé.

Tiens, tiens ! Oreille d’abbé ! Nombril de Vénus ! Du sacré au dénudé, n’y aurait-il qu’un centimètre ?

Des confidences enregistrées par une soutane + un mur avec oreilles + la cicatrice fibreuse provoquée par la chute du cordon ombilical de la déesse de la Beauté et de l’Amour = nous sommes en pleine anatomico-ecclésiastico-végéto-nécropolo fiction !

J’observerai de plus près désormais les pavillons auditifs des prélats de la région, ne m’aventurant pas cependant à oser croquer dedans.

Préférant me contenter de quelques tendres feuilles de cette plante, comestibles lorsqu’à l’état de jeunes pousses. A dégustateur de plantes insolites salut !

( 7 juin, 2017 )

L’homme aux six prénoms

1-Connaissez-vous le si bien prénommé René Karl Wilhelm Johann Joseph Maria ?

Non, ne trichez pas en vous vite rapprochant de vos wikipedia ! Essayez un peu. 

2-Né à Prague, Hongrie en 1875, décédé en Suisse à Montreux en 1926. Il a vécu ses cinq dernières années dans le Valais suisse.

3-Marié à Clara Westhoff (1878-1954) de 1901 à 1926, sculptrice allemande.

4-Poète autrichien.

5- Sa photo d’identitéRainer Maria Rilke

5-Nom de famille : Rilke.

Aurez-vous deviné celui plus connu sous le nom de Rainer Maria Rilke, dont je découvre en ce moment la vie et l’œuvre. Un enchantement.

En cadeau, ce poème de lui, qu’il écrivit en 1924, en français, et qui embaume la rose, extrait d’un recueil de vingt-quatre poèmes consacrés à ces fleurs.

    

Merci à Jardinage.lemonde

Merci à Jardinage.lemonde

     Été : être pour quelques jours

 

 

 

 

 

Été : être pour quelques jours
le contemporain des roses ;
respirer ce qui flotte autour 
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette soeur
en d’autres roses absente.

 

( 6 juin, 2017 )

Babeth ne veut pas découver

La nature ayant bien fait les choses en vue de la procréation nécessaire à la survie des espèces, Babeth n’a pas été épargnée par la fièvre géline. Elle a tout récemment eu droit à la toute première hausse de température de son corps après tant de mois de généreuse et infatigable ponte.

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Notre Sussex aux plumes blanches herminées de noir ne voulant plus quitter le nid de nuit comme de jour, je lui ai gentiment expliqué que, pour maintes raisons, son attitude ne servirait à rien. Puisqu’aucun mari, amant ou paxé dans les alentours, pas de souhait de ma part d’avoir des poussins à égorger ensuite avant rôtissage, puisque gêne pour la copine Juliette dont le nid commun affichait désormais « jamais libre »  : autant de conseils pour qu’elle cesse sa couvaison. Elle, si douce d’ordinaire, n’entendait pas capituler son siège et menaça de son bec acéré ma main venue la caresser.

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J’employai donc les grands moyens et lui recouvris la tête du bol vide destiné à leur offrir le grain quotidien. Et la soulevai prestement jusqu’à la grande cage grillagée dans laquelle aussitôt elle se reblottit près de la bolée d’eau claire. 

« Pour découver une poule, il faut l’enfermer trois jours et trois nuits sans manger », pratique courante autrefois enseignée par mes parents et aussitôt mise en application.

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Ma visite triquotidienne à l’emprisonnée m’affligeait. Je la regardais tristement, songeant avec envie au jour de sa proche libération, me faisant violence pour ne pas la lâcher avant la date prévue. 

A sa sortie, cloussant et cloquant encore, gonflant et ébouriffant ses plumes, l’ex couveuse n’obtint pas le meilleur des accueils. Bien au contraire, croyant voir surgir l’ennemie, Juliette et Dame Veuve lui sautèrent dessus, la priant instamment de cesser ces couvetillages et de reprendre au plus vite les picoreries avec ses deux meilleures copines. L’épisode de couvaison babethéenne s’est achevé trois longues semaines plus tard quand la blanchette a elle-même choisi l’heure de quitter définitivement le nid. J’avais omis de vous signaler que, ne pouvant plus supporter d’emprisonner la poulette une troisième fois, je l’avais laissée agir.

( 5 juin, 2017 )

Douce soirée abbatiale

Deux filles sur les marches de l’église Sainte-Croix

Attendent à Saint-Lô la troisième mousquetaire

Pour une autre aventure vers une orée de bois,

A l’abbaye de Cerisy, un grand concert.

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En prélude, un tout jeune et gracieux poulain

Trottant tout près de sa maman vers l’écurie.

Puis cette famille colvert et son petit bambin

En traversée du charmant lac aux moines, sereins.

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Sculptures d’un autre monde sillonnent le sentier,

Qui nous rappellent qu’entre artiste et commun mortel

La compréhension peut s’avérer d’acier.

Ce que rossignol chante n’est qu’au merle rimmel.

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Enfin ces violons charmeurs et envoûtants,

Et cette verte sirène, de son papa fierté.

Sibelius honoré, un superbe moment.

Une soirée amie, comme je les aime tant !

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