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( 30 juillet, 2017 )

Prière pour le petit chat écrasé

Il l’était certes, écrasé, écrabouillé, vu le grand nombre de voitures se dirigeant vers le Leclerc coutançais en ce samedi de fin juillet et lui roulant dessus. De son corps plein de vie quelques heures auparavant il ne restait que cette dépouille sanguinolente réduite à l’épaisseur d’une galette de sarrasin. 

J’aurais pu, par respect pour sa frêle vie antérieure, sortir de ma voiture, prendre ce reste de carcasse et puis le déposer sur l’herbe ! Au risque de provoquer un accident, la fureur des suivants ou la colère de policiers postés non loin, au rond-point d’en haut. Mais moi non plus je n’ai rien fait ! 

Le cœur gros et les yeux embués de larmes, me suis mise à prier. Prier sans mots, avec la force de ma volonté, en laissant envahir mon âme de douces pensées pour lui, en lui offrant cette place dans mon cœur, avec mes disparus.

Chat. Détail d'une œuvre d'André Derain

Chat. Détail d’une œuvre d’André Derain

Et je l’ai vu soudain en paix, au royaume des chats, chiens, brebis, moutons, chèvres et cochons…..Dans l’arche de la Sérénité, blotti dans son sommeil, veillé par le Grand Dieu ou le Petit Jésus, sa maman ou aïeule, sa copine ou voisine… Le calme s’est fait mien. Le petit chat a trouvé le repos, là-haut sur un nuage…

« Je crois que les chats sont des esprits venus sur terre. Un chat, j’en suis convaincu, pourrait marcher sur un nuage.  »
Jules Verne 

 

 

( 29 juillet, 2017 )

L’amitié est un jardin fleuri

L’amitié est tel un grand jardin fleuri.

Il faut l’entretenir avec perfection.

A l’image du potager dont les semis

Abandonnés un temps sans trop d’attention

Se meurent.

cuisse

 

 

Adventices ôtées, il reste l’absolu.

Nombreux écrits incessamment renouvelés,

Du croquant du radis à la fraîche laitue,

Bienfait multiplié d’offrir, de partager,

Sans peur.

 

Œillet rose à la subtile fragrance

L’amitié est tel un grand jardin fleuri.

Je m’y promène chaque jour avec plaisir.

J’y récolte gaieté, tendresse et sympathie,

Harmonie, bienveillance, affection et désir.

Mille fleurs.

oeillets 7 ww

 

( 26 juillet, 2017 )

Oublions les oubliés des oubliettes du Mont

Timo et Nolan, mes petits-enfants du pays valaisan, venus en vacances une semaine à la Mauvillière, ont été déçus d’apprendre que le château de Cerisy-la-Salle ne possédait pas d’oubliettes. « Ok ! » leur ai-je répondu. « Vous voulez en voir, des oubliettes ? « 

Timo et Nolan

Timo et Nolan

 

Et nous voilà, ce jeudi 21 juillet, partis vers le Mont Saint Michel, à la découverte de ces macabres cachots souterrains dans lesquels étaient jetés des prisonniers pour y être oubliés, pour toujours.

J’imagine que, depuis que l’homme existe, de tels lieux d’enfermement ont été créés. Si le mot « oubliette » n’apparaît que vers le XIVe siècle, il était toujours possible de faire oublier son voisin détesté, sa belle-mère acariâtre ou un rival amoureux dans la fosse de la cave, du cellier ou bien carrément des latrines. Puisqu’il était aussi courant de jeter l’ennemi dans le puits rempli d’eau, pourquoi pas à sec ailleurs ?

J’apprends que l’on dénombre aujourd’hui très peu d’oubliettes en France dont une en forteresse de la Bastille, une autre au château de Pierrefonds. Et celles du Mont-Saint-Michel ?

« Non« , affirme Etienne Dupont dans son livre Les prisons au mont Saint-Michel, « Les oubliettes et les « in pace » (expression latine signifiant une prison où l’on enfermait, dans les monastères, pour leur vie entière, ceux qui avaient commis une faute), n’ont jamais existé que dans l’imagination de romanciers macabres ou de pseudo historiens désireux de salir les ordres religieux du Moyen-Age et … la gloire d’une des plus florissantes abbayes du monde… »

Il y avait certes quelques puisards, égouts et cachettes où les trésors de l’abbaye et des cathédrales voisines étaient dissimulés en cas de conflits.

Pas de prisonniers anglais longtemps entassés pendant la Guerre de Cent Ans, pas d’hérétique en temps des Guerres de Religion. Juste quelques femmes possédées par le démon, telle cette Guillemine de Cancale, venue faire un séjour forcé au Mont, exorcisée en 1566 devant l’autel de saint Michel.

Deux charmants garçons bien vivants ... et les oubliés...oubliés !

 

En tant que prison, oui, entre 1792 et 1799 pour 300 prêtres réfractaires.

Puis entre 1800 et 1863, notre joyau manchois fut utilisé, défiguré pour réadaptation en maison de force par Napoléon, pour les condamnés aux travaux forcés. 15 000 détenus des deux sexes, 800 à 1000 par an.

Si Victor Hugo ne tarit pas de superlatifs élogieux pour la beauté du site, il affirme cependant qu’à l’auberge on y sert du poisson pourri. « Et puis, comme on est sur la lisière de la Bretagne et de la Normandie, la malpropreté y est horrible, composée qu’elle est de la crasse normande et de la saleté bretonne qui se superposent à ce précieux point d’intersection. Croisement des races ou des crasses, comme tu voudras ! », écrit-il à Adèle, son épouse en 1836. Evoquant le lieu comme « un sinistre amas de cachots » et notant « à travers une fenêtre grillée, la pâle figure d’un prisonnier« .

Résumant ainsi ces deux aspects du Mont au XIXe siècle : « Jamais je n’ai senti plus vivement qu’ici les cruelles antithèses que l’homme fait quelquefois avec la nature. »

Un peu plus loin, le grand écrivain n’est guère plus tendre : «... À l’intérieur le Mont Saint Michel est misérable. C’est un village immonde où l’on ne rencontre que des paysans sournois, des soldats ennuyés et un aumônier tel quel. Dans le château tout est bruit de métiers, des ombres qui gardent des ombres qui travaillent (pour gagner vingt cinq sous par semaine), des spectres en guenilles qui se meurent dans des pénombres blafardes. »

Napoléon III ayant supprimé les geôles en 1863, le lieu fut classé au titre des Monuments Historiques en 1874. Et la restauration de l’une des merveilles du monde commença.

Mais revenons à nos oubliés des oubliettes, en d’autres lieux !

Qui pourra témoigner de la vie de ces prisonniers, puisqu’oubliés volontairement au fond de leur cachot ?

L’on sait qu’une véritable oubliette grand confort possédait une banquette de pierre, zone contre l’humidité stagnante, et des latrines. Par une trappe dans la voûte, il arrivait que de la nourriture soit descendue aux prisonniers à l’aide d’une corde. Léger espoir, après la dégringolade, de resurgir au grand jour.

Rien ne vaut une gaufre bien nutellatisée pour oublier les oubliés des oubliettes !

Rien ne vaut une gaufre bien nutellatisée pour oublier les oubliés des oubliettes !

Certains murs témoignent encore de l’occupation principale de ces condamnés : graver, à l’aide d’une pierre affûtée, leurs ultimes messages.

Je garde pourtant en mémoire l’image de ces fausses oubliettes inventées pour attirer le client gobeur de légendes. Parmi les rares voyages de mon enfance, il y a eu les épopées jusqu’au Mont Saint Michel (70 kilomètres : une sacrée trotte pour le papa chauffeur, une incroyable aventure pour nous, enfants de 7, 8 ou 10 ans, habitués à l’univers de la ferme que nous ne quittions que pour aller aux offices religieux, à l’école, dîner dans la proche famille ou acheter les affaires de rentrée des classes aux foires de Lessay ou Gavray !) et ces visites aux deux musées qui me terrorisaient : les personnages de cire aux visages épouvantés, se noyant dans les sables mouvants et les prisonniers squelettiques s’étiolant au fond des oubliettes, au milieu des rats. Images d’horreur qui nous hantaient, la chair de poule au corps entier, l’envie de fuir avant la fin de la visite et dont je garde à ce jour le souvenir intact.

Or je n’ai pas retrouvé ces musées, transformés, pour plus de cohérence peut-être, de vérité historique, de modernisme, évoquant maintenant la marine au fil des âges ou le désensablement progressif du mont. Oublions donc les oubliettes du mont et voyons du côté de ce mot, toujours d’actualité aujourd’hui.

Souvenirs tombés aux oubliettes, projets électoraux de même, ministres déchus, comédiens et chanteurs disparus dans les …

Oubliettes à jolies filles, au fond de la cour…   

« −Gardez-moi ? fit-elle. −Te garder, par exemple ! s’écria-t-il en marchant de long en large pour mieux cacher son embarras. Te garder ? Tu ne doutes de rien. Où te garder ? Crois-tu que je dispose ici d’une oubliette à jolies filles ? On ne voit ça que dans les romans, finaude ! (Bernanos,Sous le Soleil de Satan,1926, p.77).

« Y’a des allumettes au fond de tes yeux,
Des pianos à queue dans la boîte aux lettres,
Des pots de yaourt dans la vinaigrette
Et des oubliettes au fond de la cour… » (tête en l’air – Jacques Higelin)

Si ce texte vous a paru inintéressant, insipide, incolore et sans intérêt, n’hésitez surtout pas à le jeter aux oubliettes et à y envoyer sa rédactrice avec ! Méfiez-vous, elle a le bras long, les doigts agiles et pourrait réapparaître sous peu avec d’autres histoires issues de son clavier !

 

Une fois retournés au pays hélvète, nos petits Suisses auront peut-être le loisir de faire un tour du côté de Chillon, dans le canton de Vaud, au bord du lac Léman et de son château chanté par Byron et célébré par Jean-Jacques Rousseau, dans lequel, paraît-il, il y a des oubliettes de 90 pieds (28 m) de profondeur. Oubliettes qui font une partie de sa renommée.

Chillon

 

 

 

 

 

( 20 juillet, 2017 )

Donner la mort, offrir la paix…

Donner la mort, offrir, ultime cadeau de vie, la disparition des souffrances à l’être vivant, à l’animal.

Hier, offrande de corbeille de quartiers de pommes Délicieuses de Juillet, parfumées et croquantes, ses préférées, brassées d’herbe et pissenlit fraîchement cueillis sur le talus, poignées de petit foin sentant bon la prairie à l’heure la plus chaude, un vieux quignon de pain, un plein bol d’aliments concentrés qu’il croquait doucement…

Aujourd’hui, la piqûre du vétérinaire….

Kiwi, gentil mouton, vient de rejoindre le monde de la paix. Depuis douze ans, il partageait notre vie. Kiwi petit

Le verger, le grand champ, la petite bergerie, depuis un an, il les arpentait seul. Le deuil de sa maman, de sa sœur, il y avait eu droit tel un humain. Se sentant solitaire après leur départ et continuant de vivre malgré tout puisque ses pattes le portaient.

Kiwi jeune

C’était un ange mouton. Il était doux et tranquille, toujours d’humeur égale, acceptant volontiers une rapide caresse sur le front de sa tête laineuse. 

Comme les précédents ovins de notre fermette, Kiwi, dans sa vieillesse de mouton, a souffert de ses pattes, se levait difficilement, passait de longues siestes accoté au tronc d’un pommier ou blotti dans sa cabane par temps de pluie.

Ils finissent tous ainsi, nos moutons, leurs frêles pattes cessant peu à peu de vouloir les porter. 

Kiwi O

Il faut alors rapidement leur offrir le soulagement. Ne plus attendre, ne pas les voir souffrir pour mourir.

Et nous, humains, qui nous offrira la dose de fin de souffrance à l’heure choisie ?

Se donner la mort ? Ultime cadeau de vie ?

 

( 7 juillet, 2017 )

Votre voisin se nomme-t-il Fromond ?

 

FranceNormandieSaintFromondEgliseDe proche ou lointain voisin prénommé Fromond, moi je ne connais pas. Et pourtant des Fromond, il y en a eu puisque, à une cinquantaine de kilomètres d’ici, un évêque de Coutances ainsi baptisé a fondé une communauté vers 650 sur le terrain de laquelle il a été inhumé. Des miracles ayant eu lieu à cet endroit précis devenant centre de pèlerinage, à un monastère bâti mais rapidement détruit par les envahisseurs normands ont succédé un prieuré de Bénédictins puis une église au XIIè siècle, re re et remaniée au fil des siècles, appelée abbatiale.

fromond

Abbatiale dans laquelle, mercredi soir 5 juillet, nous avons passé une fort agréable soirée et donné un concert avec Appel Gospel.

Et voilà qu’autour de l’endroit s’est développé un village nommé Saint Fromond, aujourd’hui d’à peine 800 âmes.

ange fromond

Fromond, un prénom d’origine germanique, lit-on, Frodmund (frod avisé et mund protection).

Le nom de cet ange triste, planté là juste devant l’abbatiale, à l’aile à demi brisée et qui n’a pu rejoindre le cortège de ses copains des cieux ? Tenez, pourquoi pas Fromond ! Indifférent aux passants, privé de sourire, le pauvre ange attend, figé dans la pierre, la venue d’une Angèle, Angelote ou Angélique qui saura lui redonner espoir.

Mi seule ! Tiens, tiens ! Où donc se cachait Mo ce soir-là ?

Mi, seule. Tiens, tiens ! Où donc se cachait Mo ce soir-là ?

Une curieuse église qui domine la plaine de la Vire, presque de forme carrée, dans laquelle les fidèles sont placés devant, derrière et sur les côtés de l’autel.

 

Merci à l’auteur de la photo.

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Non loin d’ici, mais nous n’avons pas eu le temps de nous y rendre, existent les ruines d’un vieux château fort, nommé de la Rivière, squattées, depuis une vingtaine d’années, par des couples de cigognes succédant à…des naturistes non emplumés, eux aussi bipèdes, genre homo poilux, n’ayant pas l’avantage de voler.

 

( 4 juillet, 2017 )

Bien cher Calliandra

Ma copine Mo m’ayant récemment demandé, photo à l’appui, si je connaissais cette beauté mâle, en cherchant bien je crois savoir de qui il s’agit.

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Qui t’a, un jour, capturé, embarqué tel un esclave, en route vers le vieux continent? 

Laissant là-bas ta famille Fabacée sans nouvelles de toi?

Regrettes-tu parfois ton Amérique du sud, ta Guyane, le Surinam voisin, pays de tes copains, copines, cousins, cousines, oncles, tantes, frères et soeurs ?

Car dans votre famille, reconnais que vous êtes nombreux. Chacun bien différent et, pour s’y retrouver, les négriers vous ont affublés de surnoms variés : tergemina, bella, biflora, californica, chilensis, laxa, humilis, parviflora, conferta et j’en passe.

Cher Calliandra, je comprends bien pourquoi tu portes ainsi ce nom aux origines grecques : kallos beauté et andros mâle.

Qui ne pourrait être séduit par ces atours que tu portes plumeux, de la couleur du sang clairet et qui te vont si bien ?

Calliandra

Les gens de peu d’imagination te traitent de « pompon de marin ». OK ! Mais tu mérites mieux !

D’autres parlent de tes houppettes ! Va pour houppettes ! Houpetta la Bella ! Houppetta la Bellissima ! Je ne sais plus pourquoi tu me donnes soudain l’envie de te chanter !

Ton manteau bipenné et alterne, d’un vert bien soutenu, t’habille tel un gant, à longueur des quatre saisons. Tu te plais maintenant dans notre région mais détestes le froid. Plusieurs de tes amis y ont laissé la vie, enterrés à jamais loin de leur doux pays.

Tu séduis chaque jour et séduiras encore, tant que tu brilleras de tes irrésistibles plumets rouges, bel ami !

Sacha Guitry  Quadrille

 Qui ne serait séduit ? Irrésistible, Calliandra, tu l’es et le seras tant que tu vivras ! 

 

 

 

 

 

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