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( 30 janvier, 2018 )

Grise est ma vie

Si grise est ma vie quand le soleil décline

A percer le manteau de nuages en gésine.

Vaine l’espérance d’un doux jour souriant

Puisque les rayons d’or, du firmament absents,

Ne réchauffent ni sol, ni herbe, ni arbres.

La nature subit, tel un tombeau de marbre,

Le lent ruissellement des éléments chagrins.

Me manquent le pur tordus 2chant des oiseaux, le parfum

De l’œillet, du lilas, la tiédeur du chemin

Vers la sérénité, la paix et la constance.

Si grise est ma vie, si vaine l’espérance.

 

( 23 janvier, 2018 )

Un grand cerf va mourir…

UN GRAND CERF VA MOURIR

cerf wikipedia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un grand cerf va mourir tout à l’heure,

Victime choisie en sa demeure

Par les adeptes d’un vil rituel,

Chasseurs insensibles et cruels,

Trop rompus aux tueries destructives

De pauvres bêtes inoffensives,

Aux lames tranchantes des poignards,

Aux crocs des chasseurs canins Drahthaar*.

 

La forêt aux arbres centenaires

Assiste, impuissante à l’affaire,

Ne bronche point, muette d’effroi,

Ne se demande pas le pourquoi.

La mousse bientôt prendra la teinte

De son sang et gardera l’empreinte

Du beau brocard aux bois de velours.

La grande vènerie est en cours.

 

L’animal aux abois sent ses forces

Faiblir. Déjà il pressent l’amorce

De sa fin. Cruels hommes et chiens !

A la barbarie ne comprend rien.

Il soupire ! Si grande est sa peine :

Quitter sa vaste futaie de chênes,

Des biches la horde abandonner ?

Non, il ne se veut pas condamné.

 

Saisi d’un incroyable courage,

L’animal se dresse. Fou de rage,

Galope avec opiniâtreté

En direction de la liberté,

Et plonge aussitôt dans la rivière

Profonde, ce jour hospitalière,

Laissant hommes et chiens sur leur faim

De sanglant carnage, les crétins !

Nellie Duval, La Mauvillière, le 23 janvier 2018

 

*Drahthaar : race de chiens utilisés dans les chasses à courre

( 18 janvier, 2018 )

Bons baisers et mots d’Helvétie*

     Montagnes d’Helvétie, tirouli rouli…..

Cela commence bien, me direz-vous ? La voilà qui, par pédanterie, utilise ce terme littéraire, légèrement archaïque, pour désigner la Suisse actuelle ! Sachez cependant que cette partie orientale de la Gaule, oui, de notre Gaule, qu’habitaient les Helvètes, représentait à peu près le territoire de la Confédération helvétique actuelle, la Suisse.

Mais c’était du temps des Orgétorix et Vercingétorix, tout ceci avant JC ! 

Mon propos n’étant pas de vous donner une leçon d’Histoire, vu mes connaissances très limitées, je vous causerai des expressions familières actuelles du langage parlé suisse valaisan, ayant la chance d’être régulièrement invitée chez mes enfants qui vivent à Grimentz, en Valais, depuis plus de vingt années.

          Vingt-six en tout

Au pays des Sept Sages (pas de président de la république, le pouvoir exécutif étant composé de sept conseillers fédéraux), il serait temps que je remise (range) tout ce vocabulaire de la langue valaisane (Le Valais VS étant l’un des 26 cantons parmi lesquels voici les plus connus, accompagnés de leurs deux lettres illustrant les plaques d’immatriculation), ceux de Genève GE, Zurich ZH, Ticino Tessin TI, Vaud VD, Fribourg FR, Grisons GR, Jura JU, Argovie AR, Thurgovie TG, Zug ZG, Berne BE, Bâle Basel BS, Neuchâtel NE). Ajoutons-y un autre fort connu des cruciverbistes : en trois lettres, un canton suisse ? Celui d’Uri UR, naturellement !

carte_Suisse

                     

 

                                     Adjeu ! 

Adjeu (bonjour), vous dis-je donc. Ne regardons en là (en arrière) et partons en çà (en avant). Je vous propose un petit tour du village de Grimentz, dont le cœur de bourg est déjà haut perché (1570m) et dont la plus haute piste des 20 hectares du domaine skiable atteint 2880m, sous l’œil impassible et fier de La Dent Blanche, le sommet alpestre proche culminant à 4357m. 

 

La Dent Blanche Merci, wikipédia

La Dent Blanche Merci, wikipédia

 

 

 

 

 

 

 

 

          Inalpe et désalpe

Ayant quitté le 3e étage du chalet que Lénaël et Sandrine occupent, je suis passée devant cet enclos pentu dans lequel paissaient quelques motrons (jeunes vaches), Bientôt elles rejoindraient leurs aînées à l’étable pour y passer, bien à l’abri, la mauvaise saison. Sachez que, dès la fonte des neiges, vers le mois de juin, les troupeaux d’ovines montent aux alpages, c’est l’inalpe et en redescendent à la désalpe, en début septembre, coutumes qui occasionnent des journées où le folklore est roi et les belles ruminantes les reines. Vache_herensChaque restaurateur, chef d’entreprise, l’électricien, le plombier possède une ou plusieurs vaches, symboles d’une certaine aisance financière et du maintien d’une coutume ancestrale. Sachez que ces vaches sont piètres laitières. Le vacher qui les garde a deux tâches bien définies, mis à part les bons soins et surveillance : noter chaque jour le résultat de la traite sur la liste de chaque propriétaire mais aussi inscrire la maîtresse du jour, s’il y a eu combat, toujours sans gravité mais combat tout de même car chacune des dames aspire, à peine éveillée, à obtenir le titre de reine. Le lait récolté au cours de l’été sera transformé en tomme et le proprio recevra, juste après la désalpe la quantité de fromages équivalant à ce qu’aura fourni la laitière, voire un seul fromage. Un vacher peut se voir confier quarante vaches appartenant à une trentaine de propriétaires différents.

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                   Raccards et galetas

 Une chiclette (chewing-gum) en bouche, me voici mâchonnant à la découverte des ruelles qui mènent à la Maison Bourgeoisiale, l’équivalent de notre mairie. Quelques vieilles bâtissent subsistent au beau milieu des pimpants chalets, nommés raccards, posés sur pilets et palets, rendus ainsi infranchissables aux rongeurs ayant eu fonction de greniers privés ou galetas, greniers d’habitations d’autrefois où l’on mettait tout son chni (les déchets). 

Un raccard Wikipédia

Un raccard

      

 

 

 

 

 

 

 

          T’as où, les vaches ?

Au fait, à toi qui me lis maintenant, dis-moi,  »t’as où les vaches ? » Une adorable expression typiquement valaisane, sœur cadette de « T’as où, les vignes ? » Ce qui signifie : « Toi, tu viens d’où ? » Il faut savoir qu’en pays valaisan, au-dessous de 800m d’altitude, l’on cultive la vigne. En dessus, il y fait trop froid. Plus de vignes mais des vaches, ce qui permet déjà de situer si l’interlocuteur vient du pays producteur de vin ou de lait.

Photo Lénaël

Photo Lénaël

               

 

 

 

 

Brâmée ou bec ?

Il y a encore beaucoup d’autres expressions ou mots valaisans. Allez faire un tour dans cette belle région alpestre, vous les y découvrirez de la bouche des Valaisans eux-mêmes. Mais ne vous montrez pas effrontés ou insolents. Vous pourriez vous entendre dire : « Nom de bleu ! Regarde voir aller çui-ci ! Il mérite une monstre brâmée (correction) ! »  Ou quoi ? Ou bien ?

Je vous quitte à regret car il est l’heure du dîner (repas du midi).

Et vous envoie un bec (baiser) valaisan.

Tchô, bonne….

 

 

 

 

 

                                                 

( 16 janvier, 2018 )

J’aime la liberté

ompha2 O

J’aime la liberté. Je l’aime trop

Pour la laisser filer. En *allegro

Ou bien *ad libidum, douce musique,

Tout en affabile*, mode basique,

Même en *moderato. Libre du choix

D’emprunter le chemin que j’aperçois,

Parsemé d’un tapis de fleurs sauvages,

Exempt de ces bourbiers, après l’orage,

Propres à envaser et le corps et l’esprit.

J’aime la liberté, je vous le dis,

La privilégierai en permanence,

De tout temps et tout lieu, à convenance.

Car il faut bien doser, à juste quantité,

Soupeser, évaluer, avec clarté,

Des jours, des mois, des ans les contraintes,

Sans risque de tomber sous l’étreinte

Des croyances et lois, étouffement

Invisible et sournois, encerclement

Hypocrite et trompeur, jusqu’à l’ivresse

Des grandes profondeurs, fausses caresses.

J’aime la liberté, je l’aimerai

Jusqu’à mon dernier jour, le clamerai.

 

Nellie     La Mauvillière, mardi 16 janvier 2018

 

Termes italiens employés en musique

*Allegro : vif, gai.

*Ad libidum : librement

*Affabile : aimable

*Moderato : modéré

( 13 janvier, 2018 )

Suspension

 

                        Suspension

 

Ils naissent à foison mais s’éteignent de même.

A peine présentés, déjà interrompus,

Un chemin caillouteux que l’ornière parsème,

Que guette le danger, au vide suspendu.

 

Les uns sont pétillants, enflammés, souriants,

Leurs frères plus sérieux, adultes et honnêtes.

Ils peuvent se montrer coquins ou chenapans,

Ridicules, gredins, voire sans queue ni tête.

 

Je voudrais te clamer ces mots qui n’osent pas

De ma bouche sortir, langage d’amoureuse,

Qui, comme tuile au vent, tombent à grand fracas

 

Dans un pli de mon cœur, me rendent malheureuse,

Coincés à tout jamais, car tu ne sembles point

Sensible à leur attrait. Tu n’en as pas besoin ?

 

mots 4

 

Nellie, le 5 janvier 2017 , La Mauvillière

( 9 janvier, 2018 )

De bouche et d’ouïe……. Finlandia

 

 

Joli souvenir, naïvement écrit, d’un petit déjeuner pris en charmante compagnie, un matin de décembre 2017

 

Sur la table, deux chauds croissants,

Thé et café aux bols fumants.

Repose au panier la chienne,

Attendant que du maître vienne

La permission de son lever.

Sibelius* est programmé.

Au doux délice des oreilles

Récemment sorties de leur veille,

Finlandia*, Tapiola,

Rakastava, Kuolema.

Partage du plaisir de bouche

Et d’une musique qui touche

La corde sensible du cœur.

Echos d’un matinal bonheur.

Sibelius. Merci au site Musicologie.org

Sibelius. Merci au site Musicologie.org

 

La Meilleraye de Bretagne, le 19 décembre 2017

*Jean Sibelius (1865-1957), compositeur finlandais de musique classique,  dont le célèbre poème symphonique Finlandia. Il a participé à forger l’identité nationale finlandaise.

( 9 janvier, 2018 )

L’omelette de Noël (pas si conte que ça !)

L’histoire que je vais vous conter se déroule en l’an de grâce 2017, sous le règne de l’honorable roi Macron 1er.

Dans une humble chaumière des bords de Loire, un couple s’apprête à fêter la Noël. Sans y croire vraiment, à cette tradition d’un petit prénommé Jésus né d’une sage vierge et d’un esprit volage, aussitôt couché dans la paille d’une vulgaire mangeoire et réchauffé par les naseaux fumants de deux lourds mammifères.

Dans les autres foyers, c’est l’abondance. Chacun a préparé le foie gras d’oie, tué la dinde hier, épluché les marrons pour lui farcir le giron, fourré la bûche de grasse crème au beurre et sorti de la cave l’exceptionnelle cuvée.

Ici, ils feront simple. Pas question de traîner à table toute la soirée. A quoi bon !!! Il y a mieux à faire !

Fouillant dans le placard, l’homme y trouve un concombre, quatre œufs et un reste du repas précédent. Cela leur suffira.concombre

Les rondelles du vert légume aqueux s’amoncellent, les calcaires enveloppes ovoïdes sont brisées et le magret vite tranché.oeufs

 

L’on s’active au fourneau. La femme a en charge la transformation des œufs en omelette juste baveuse. Ainsi l’apprécient-ils tous deux !

Qui eût prévu qu’un surdosage soudain plomberait l’ambiance nocturne qui s’eût pu avérer joyeuse ?

Chacun sait que, si trop d’exemples tuent l’exemple et que trop d’amour tue l’amour, il n’est point à démontrer que trop de sel occit vite une omelette !

sel

Ah, ce coquin chlorure de sodium pourtant si fin qui, aussitôt introduit dans l’appareil, prit une maligne joie à fondre de plaisir en jouissant aussitôt d’une franche et fraîche liaison, copulant avec blancs et jaunes intimement liés ! Maudite triple union échangiste  qui, une fois les fesses cuites sur poêle, se révéla vraiment, vraiment trop pendable !

La première bouchée, ponctuée d’un grimaçant Pouahhhh ! signifia leur congé à fourchette et couteau. L’estomac lui aussi se trouva en repos forcé, pepsine et lipase gastriques brusquement mises à pied. L’homme, pour s’occuper, tria les miettes de magret et fit semblant de bonne figure en s’en sustentant. La femme, le moral en berne, les yeux humides, faillit se noyer en larmes et étouffer en vaines excuses mais le mal était irréparable !

 

Epilogue

Une tierce personne, jusqu’alors très discrète, joua, tout juste à temps, le rôle du tampon. Pour le poilu buvard à pattes sagement assis près du maître depuis le début du repas, ce fut alors la fête.

Baccha

Baccha

La Meilleraye de Bretagne, dans la nuit du 24 au 25 décembre 2017

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