( 26 février, 2018 )

La primevère et le pissenlit

Il était, un jour de fin d’hiver, une primevère amoureuse d’un pissenlit.

Si proches l’un de l’autre, pourtant si différents.

 

Ce conte a base véridique puisque, depuis deux ans, j'ai remarqué cette primevère imbriquée dans ce pissenlit.

Ce conte a base véridique puisque, depuis deux ans, j’ai remarqué cette primevère imbriquée dans ce pissenlit.

Vêtue de ses plus beaux atours, la demoiselle endimanchée, collerette rose framboise héritée d’une aïeule* et corsage d’or sur le cœur, attendait le réveil de son prince, peu pressé de lui prouver sa flamme. La fraîche fleurette se languissait-elle ainsi au fil des jours et des nuits.

Feuille à feuille, les deux végétaux se réchauffaient au timide soleil hivernal, buvaient la fraîche rosée matinale, dansaient au souffle du vent taquin, discutaient au long des nuits de clair de lune, se cachaient sous la couette moussue dès les premiers frimas puis émergeaient de leur couverture d’humus au second mois de l’an.

Vivre en bonne compagnie était, en somme, à la primevère agréable état.

Mais la coquette insatisfaite rêvait d’autre chose.

L’âme chagrine, elle songeait à l’amour idéal avec ce timide compagnon qui démontrait si peu d’attentions pour la charmer.

La pauvrette se fanait de tristesse et abandonnait alors la partie, se contentant de végéter près de cet étrange ami.

Feuille du pissenlit, dentelée et celle de la primevère, spatulée.

Feuille du pissenlit, dentelée et celle de la primevère, spatulée.

 

 

La ficaire, nommée fausse renoncule est souvent appelée bouton d'or mais n'en est pas un, ce dernier ayant une tige plus élevée et fleurissant plus tardivement.

La ficaire, nommée fausse renoncule, est souvent appelée bouton d’or mais n’en est pas un, ce dernier ayant une tige plus élevée et fleurissant plus tardivement.

Toutes les ficaires du talus avaient beau essayer de la consoler en lui suggérant d’attendre encore quelques semaines, de montrer davantage de patience ! Elle désespérait, se desséchait, collerette et cœur flétrissant peu à peu.

Pourquoi le timide compagnon attendit-il encore deux longs mois avant de déclarer son amour à sa belle, évanouie ? Pourquoi ne sortit-elle pas de sa torpeur ? Pourquoi ne put-elle admirer la chevelure d’or en capitules aux mille fleurons de son bien cher ami ?

Jusqu’à son dernier jour de vie, le pissenlit crut au retour de la douce compagne, déployant, avant de mourir, ses petites aigrettes plumeuses ébouriffées pour l’amuser.  

Impossible, inaccessible amour, comme il en existe tant dans tous les mondes végétal, minéral, animal et humain.

Chacun naît avec certaines différences innées non modifiables.

Primevère et pissenlit en sont la preuve, qui fleurissent, l’une en hiver, le second au printemps. Seuls leurs corps feuillus se frôlant à loisir, leurs têtes épanouies se chercheront toujours.

* Ces primevères riches de plusieurs nuances roses, du clair au foncé, du saumon au lilas, proviennent du lent croisement de primevères communes des talus et de primevères rouges cultivées.

La Mauvillière, le 26 février 2018,    Nellie Duval

Pas de commentaires à “ La primevère et le pissenlit ” »

Fil RSS des commentaires de cet article. | Trackback

Laisser un commentaire

|