( 27 mars, 2018 )

Du temps pour tisser les jours…

Du temps pour tisser les jours aux jours pour tisser le temps….

Voici un tout récent tissage enfin achevé, sur cadre en bois flotté, assemblé à l’aide de chevilles en bois.

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Le tissage, c’est une passion cyclique.

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Ca va, ça vient au gré des envies, des occupations et centres d’intérêt, au fil des heures, des jours et des ans qui passent. 

Lauréanne Harvey, écrivaine canadienne dit cela mieux que moi :

 

“Que vaut le temps, s’il n’en reste plus pour s’émouvoir, s’attendrir, aimer ? Ce n’est pas nous qui décidons de notre temps, mais le temps qui tisse les jours, fait et défait les volontés, les aspirations de l’homme.”

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( 23 mars, 2018 )

Entre paix de la charrue et paix de Dieu….

Au salon du livre médiéval d’Agneaux le 3 mars, nous avions rendez-vous pour y chanter quelques mélodies d’antan.

Merci à l'auteur de la photo.

Merci à l’auteur de la photo.

Mais j’ai aussi eu le plaisir de rencontrer des écrivains locaux parmi lesquels François Neveux et Claire Ruelle, auteurs d’un ouvrage sur Guillaume Le Conquérant aux Editions Ouest France, livre que je me suis procurée.

Issue du monde paysan, j’ai pensé, en lisant ce passage sur la condition paysanne au temps du Conquérant, à mes lointains ancêtres, certainement laboureurs. Paysans dont les aïeux avaient vu, dès le Xe siècle, surgir ces hordes de Vikings dirigées par Rollon, le Scandinave. Il y eut probablement des révoltes dans les campagnes dont une en 996, évoquée par Guillaume de Jumièges.

Merci à Bayeux Museum.com

Merci à Bayeux Museum.com

Fut instaurée, quelque temps plus tard, la paix de la charrue, loi précepte visant à protéger les manieurs du soc et du coutre (charrue basique tirée par un âne, un cheval ou des bœufs) contre les guerriers peu respectueux des endroits qu’ils empruntaient. Car chacun sait que le labourage était l’une des mamelles du pays, dirait Sully (1560, 1641), quelques siècles plus tard.

Autre précepte institué, celui de la paix ou trêve de Dieu débutée en 989 au concile de Charroux (village près de Poitiers), en Normandie proclamée  par Guillaume et les évêques au concile de Vaucelles (près de Caen) en 1047. Elle interdisait de guerroyer du mercredi soir au lundi matin, le jeudi en respect pour le Jeudi Saint, le vendredi en souvenir de la mort du Christ, etc…Interdit aussi de faire la guerre du début de l’Avent à l’octave de l’Epiphanie soit un bon mois, idem du début du Carême à l’octave de Pâques (plus de 40 jours) et du début des Rogations (3 jours avant l’Ascension) à l’octave de la Pentecôte. Drôle de coutume qui obligeait à choisir une période pour conquérir un donjon, anéantir une armée ennemie ou tuer ses opposants ! Sous peine de lourdes amendes. Essai d’un moyen non violent créé par l’Eglise mais si peu respecté…..Hélas……La paix à tout prix… sauf si…….et des sauf si, il y en eut par milliers…… Et ça continue tous les jours……..

Bayeux Museum

Bayeux Museum

( 19 mars, 2018 )

Sur la toile du drap

 

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Sur la toile du drap, maman,

Tu as, de tes doigts compétents,

Brodé ce bouquet de violettes.

J’étais encore toute jeunette

Et me fichais de ce trousseau 

Et de tes insistants propos,

Ajoutant au côté pratique

Des ancêtres la symbolique .

Pourquoi me parlais-tu ainsi ? 

Me fallait-il déjà mari

Trouver ? Cette étrange coutume

Jetait mon cœur en amertume.  

Mais je t’ai obéi, maman.

Une fille sage consent.

J’exigeai que la broderie

Rompe avec la monotonie

Traditionnelle, blanc sur blanc.

Aux lys et roses en rubans

Je préférai les violettes,

Dans leurs timides collerettes.

Et tu t’exécutas, maman,

En donnant de ton temps,

Entre deux tâches agricoles,

Enseignée à très bonne école

Puisque, de mère en fille, c’était,

Depuis la nuit des temps, un fait

Inscrit dans les mœurs familiales,

Avec le broder d’initiales.

Sur la toile du drap, Maman,

Ce bouquet oeuvré patiemment,

A toi pour toujours me relie

Par un fragile fil de vie. 

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( 14 mars, 2018 )

Un soir en mars

                 UN SOIR EN MARS

 

Scènes de la vie quotidienne, banales, diront certains, délicieuses pour moi quand je prends le temps de m’attarder au champ en assistant, spectacle toujours nouveau, à l’apparition de la nuit, douce compagne mystérieuse et confortante.

 

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Le soleil s’est couché, là-bas, entre les chênes.

Le rideau va tomber. Encore un jour qui meurt ! 

Au-delà du grand champ, pleure au bout de sa chaîne

Un pauvre chien captif, aboyant sa douleur.

 

Les brebis ont rejoint leur étable, sereines,

Broutant au râtelier le foin avec lenteur.

Les poules au perchoir, rassasiées de graines,

Sont enfin assoupies, blotties telles des sœurs.

 

J’écoute, dans la nuit, la chouette qui chuinte

Au seuil du vieux grenier puis va, sans bruit, chassant

Mulots pour son festin, par grande faim contrainte.

 

A cette heure paisible où tout va basculant

Dans l’ombre qui étend sa cape en sourde étreinte,

Parmi les étoiles tu luis au firmament.

 

Nellie, La Mauvillière, le 13 mars 2018

( 13 mars, 2018 )

Tendre éphémère spectacle

Il étaient trois jolis agneaux, tout à l’heure, sur le talus, à brouter l’herbe tendre, au ras de la départementale, peu passagère heureusement, malgré les appels inquiets de leurs mamans, dans le champ. 

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J’ai stoppé net ma voiture et saisi l’appareil photo pour ces clichés.sheep2

 

M’ont regardée sans faire cas et continué à saisir goulûment de grosses poignées de verdure, entre les primevères.

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Images idylliques d’un paradis dans lequel ces trois créatures lainées pourraient continuer de profiter, tout leur saoul, de cette vie sur terre si, si, si….

( 9 mars, 2018 )

Entre figue et raisin

     ENTRE FIGUE ET RAISIN

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Dans mon jardin, en août, les figues sont à point.

Bien gorgées de soleil, fragiles sur leurs tiges.

Les plus grosses choisies, je les cueille avec soin,

Vers mes lèvres aussitôt goulûment les dirige.

 

A la treille plus loin, mûrit le noir raisin

Dont les grappes demain pourront être cueillies.

Mais point ne le ferai car je sais que ses grains

Conserveront toujours certaine acrimonie.

 

Mon cœur attend, confiant, de la figue douceur,

Gourmandise et saveur, alliance subtile,

Rejette rudement du raisin la verdeur,

 

Trop amer à mon goût, âcre telle la bile.

Je voudrais réunir, dans ma coupe des ans,

La figue et le raisin, en bon entendement.

 

 

Merci Wikipédia Vineyard in Montone

Merci Wikipédia Vineyard in Montone

 

Nellie, La Mauvillière, le 9 mars 2018

( 7 mars, 2018 )

Dès que je pense à toi

             DES QUE JE PENSE A TOI

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Dès que je pense à toi, mon cœur se réjouit.

Même quand tu es loin, je sais que tu existes.

Chaque matin nouveau, à peine épanoui,

M’est aussitôt bonheur et me rend optimiste.

 

Dans tes cheveux d’argent j’aime glisser mes doigts,

Travailler au journal pendant que, toi, tu rimes,

Echanger nos avis, résoudre les « pourquoi ? »

Evoquer tous propos, même les plus intimes.

 

Si parfois te déçois, affligée pour si peu,

Fragile, j’en conviens, c’est mon itinéraire.

Chacun  a ses travers. Il faut vivre avec eux.

L’on ne peut retourner au ventre de sa mère.

 

J’aime notre amitié, aux marges de l’amour,

A l’abri des folies de nos jeunes années.

J’aime notre amitié, plaisirs sages du jour,

Nos corps la nuit blottis sous couette tempérée.

 

J’aime notre amitié, notre complicité,

Nos petits mots fréquents galopant sur les ondes,

La projection de films, dans l’univers ouaté

De la chambre à coucher, à la croisée des mondes,

 

De Jouvet à Spielberg, antiques ou récents.

J’aime notre amitié quand couteau et fourchette

S’agitent au repas, pour nos palais gourmands.

J’aime notre amitié à multiples facettes

 

Qui donne du piquant, qui provoque frisson

A nos corps fatigués et apporte lumière

A cet hiver qui vient, tel un blanc liseron

Fleurissant au talus, sur le muret de pierre.                             

 

  Nellie, La Mauvillière, le 23 février 2018

( 1 mars, 2018 )

Froide matinée d’hiver

Sur le talus, la violettviolettee a froid dans le petit matin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les jonquilles qui hier dressaient fièrement leurs longs cous, font de leurs tiges une lugubre révérence à la terre. Le sol est gelé à pierre fendre. Dans les jeunes sapins siffle le vent glacial tout droit venu de Sibérie. Quelques flocons doucement dansent avant la chute et aussitôt fondent sur l’herbe rase du champ. Les chiens gambadent autour de moi, insensibles aux frimas hivernaux.

Le nez caché sous l’écharpe de laine, je presse le pas, boules de graisse en main que je déposerai aux branches des pommiers. Délice des mésanges, rouges-gorges et moineaux qui trouveront, en attente du redoux, nourriture d’appoint.

Dans leurs chaudes pelisses laineuses, les quatre brebis broutent la maigre verdure à l’abri de la haie. J’entends au loin un chien qui hurle. Je pense alors à ce bonheur tout simple de vivre cette journée, parce que tu existes, même si tu es absent.  

 Chaque journée est une petite vie, chaque réveil et chaque lever une petite naissance, a dit Arthur Schopenhauer in Les aphorismes sur la sagesse dans la vie (1886)

  

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