( 29 juin, 2018 )

Victor, Léopoldine et …Alphonse Karr

Pas possible d’oublier au moins l’un des poèmes de Victor Hugo (Elle avait pris ce pli…, Demain dès l’aube, Oh, je fus comme fou… et tant d’autres ), écrits à propos de la disparition de Léopoldine, sa fille aînée.

Victor, Léopoldine et ...Alphonse Karr dans CROQUENOTES leopoldine-et-francois-victor-dessines-par-madame-hugo

Léopoldine et François Victor, son cadet de 4 ans, dessinés par Madame Hugo.

 

Souvenez-vous : Villequier, commune de Seine Maritime, depuis 2016 faisant partie de la commune nouvelle Rives-en-Seine. Nous sommes en 1843. Léopoldine,tout juste 19 ans et Charles Vaquerie, son mari depuis 6 mois, viennent d’acheter un canot à voiles. Pourquoi ne pas, en cette claire matinée du 4 septembre, rejoindre l’autre rive de la Seine, pour l’essayer et aller visiter le notaire de Caudebec ? Belle balade en perspective ! Les accompagnent Pierre, le père de Charles, 62 ans,ancien capitaine de navire et un frère de Charles, Arthur, 11 ans. Mais Léopoldine n’est pas prête. Elle tarde à s’habiller. Tant pis !

A peine partis, les trois hommes s’aperçoivent que ce canot bien léger a besoin de lest. Ils rentrent chercher quelques pierres et …. la jeune femme qui a enfin terminé de se préparer. Rivière d’huile. Aucun vent. Splendide !

Léopoldine peinte par Auguste de Châtillon

Léopoldine peinte par Auguste de Châtillon

Tout se passe bien chez le notaire qui avertit le petit groupe de visiteurs du handicap de manque de vent pour rentrer à la voile.

- »Je vous reconduis en voiture, par la route. Vous serez arrivés plus vite.

-Non, non. Nous rentrons par le fleuve. Nous avons le temps. »

Un soudain vilain tourbillon de vent dans la voile et voilà notre canot renversé. Pierre et Arthur se noient rapidement. Quant à Charles, il essaie désespérément de décoincer sa jeune épouse agrippée à la coque renversée. Six fois il plongera, en vain, ont raconté des témoins sur l’autre rive. leopoldineDe désespoir il sombrera avec elle. Et  pourtant excellent nageur.

Pendant ce temps, Victor Hugo, le père de Léopoldine, revient de vacances espagnoles avec Juliette Drouet, sa maîtresse tandis que Mme Hugo garde la maison familiale. Le poète n’apprend le drame que quatre jours plus tard, à Rochefort, en lisant son journal. Un article d’Alphonse Karr (1808-1890), son ami romancier et journaliste. Tel était le texte dans le journal Le Siècle :

« le canot était coiffé ayant ses voiles bordées dont les écoutes étaient imprudemment tournées à demeure… En le redressant, on trouva dans l’intérieur le cadavre de Pierre Vacquerie incliné et la tête penchée sur le bord. Les trois autres personnes avaient disparu. On supposa d’abord que Charles Vacquerie, nageur très exercé, avait pu en cherchant à sauver sa femme et ses parents être entraîné plus loin. Mais rien n’apparaissant à la surface de l’eau, au moyen d’une seine on dragua les environs du lieu du sinistre, et le premier coup de filet ramena le corps de l’infortunée jeune femme. Madame Victor Hugo a appris ce matin au Havre, qu’elle habite depuis quelque temps avec ses deux enfants, le terrible coup qui la frappe. Elle est repartie immédiatement pour Paris. Monsieur Victor Hugo est actuellement en voyage. On le croit à La Rochelle… »

Victor Hugo (Wikipédia)

Victor Hugo (Wikipédia)

  »Oh! Je fus comme fou dans le premier moment,

Hélas! et je pleurai trois jours amèrement…

Oh! que de fois j’ai dit : Silence! elle a parlé!

Tenez! voici le bruit de sa main sur la clé!

Attendez! elle vient! Laissez-moi, que j’écoute!

Car elle est quelque part dans la maison sans doute! 

4 sept 1852, 9 ans plus tard, à la date du terrible anniversaire Les Contemplations Livre quatrième IV

 

…Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx blanc et de bruyère en fleur.

3 sept 1847, 4 ans plus tard, Extrait de Demain dès l’aube Livre quatrième  XIV

 

Merci aux sites sur lesquels je suis allée chercher tous les détails de ce tragique événement.

  

 

 

( 22 juin, 2018 )

Mosaïque de pierres

Le bonheur n’est pas un gros diamant, c’est une mosaïque de pierres d’inégale valeur et d’éclat différent, parmi lesquelles se trouvent quelques cailloux et qui souvent n’ont d’éclat que par le rapprochement ou le contraste des couleurs.       
Alphonse Karr    La maison de l’ogre (1890)
Et cette mosaïque de pierres, il faudrait savoir la bâtir tous les jours.
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Aléatoire, cet enfilage de petits brins de bonheur pour constituer un élégant collier pour lequel, le soir avant de m’endormir, je me dirais : « oh ! qu’il est joli ! »
Certains jours, la collection se révèle intéressante. Merveilleuses pierres de concerts enchanteurs, partages entre amies, visites agréables… D’autres, c’est la dèche ! Rien à mettre sur le fil d’or, désespérément vide ou  bien, à peine l’aiguille enfilée, le voilà qui se rompt.
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Alors, les jours de diète, je me dis que
« des malheurs évités, le bonheur se compose ».
Encore une citation d’Alphonse Karr, ami de Victor Hugo dont je vous parlerai bientôt.
Je fais alors le tour de mon jardin, y découvre quelques maigres cailloux qui feront l’affaire, bien assemblés, me rassasie du parfum de l’œillet sur lequel je pose délicatement le nez, du goût d’une framboise ou  d’une fraise des bois.
Je me sustente d’une nouvelle de Sylvain Tesson ou de quelques pages d’un bon bouquin. Et….. je vous écris.
( 19 juin, 2018 )

Image furtive insolite

Sur le parcours de retour au logis, c’était très récemment, je suivais une voiture avec petite remorque. Normal.

Une remorque dont la porte arrière à double battant ne faisait que de s’ouvrir et se fermer à demi. Moins normal !hdr

Le pied sur l’accélérateur, j’ai suivi d’un peu plus près l’engin sur roues à portière baladeuse. Ma crainte ? Qu’un animal de type mouton ou veau soit tombé de cette remorque, peut-être, ou bien encore, attaché à un anneau, risque de s’apeurer ou de rompre sa corde et chuter lourdement du véhicule en marche.

Je découvre, ébahie, que sur ce panneau arrière de la remorque étaient dessinés deux aigles ou volatiles de la même famille  !!!

Que transporte habituellement cette remorque ???? hdr

Si ce sont ces grands oiseaux rapaces, alors les portes de la liberté leur étaient ouvertes ce matin-là ! Et tant mieux !!!hdr

( 14 juin, 2018 )

Etrange mariage !

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Il est parfois d’étranges mariages.

Unions d’humains, voire de végétaux

Tel ce replet champignon en alliage

Avec une ronce des haies. Il faut,

Dans cet extrême cas, penser

Que la courte commune vie

Avec fille aux doigts acérés

Peut engendrer trace bleuie

Sur la jupe toute en frou-frou

De notre infortuné pleurote.

Une bizarre union, c’est fou !

D’un chêne souchard anecdote !

Vu au champ

Vu au champ

 

( 6 juin, 2018 )

Que je cire, que tu cires….Que je cirasse, que j’eusse ciré….

« Le parfum de l’âme, c’est le souvenir », écrivait George Sand (1804-1876) dans Lettres d’un voyageur (1837). Souvenir d’un être cher ou, pourquoi pas, d’une chose évocatrice d’épisodes de l’enfance qui soudain remontent à la surface. Ah ! L’enfance, cette partie de vie qui semble aujourd’hui si bénie, si heureuse alors que, pas sûr du tout, je la vivais parce qu’il le fallait bien, avec ses contraintes, son temps d’obéissance sans rechignage et ses séances de… cirage ! Avec le temps, tout se transforme !

Photo pinterest

Photo pinterest

J’aime l’odeur de la cire. Comme Proust appréciait le goût de la madeleine.

Non parce qu’il est produit naturel bio fabriqué par ces ingénieuses et infatigables ouvrières mais parce qu’il fait partie de mon enfance.

Dans une boîte ronde en fer se cachait cette source de travail auquel maman nous invitait souvent à participer : enduire de ce produit visqueux meubles, parquet de la salle à manger dans laquelle nous ne mangions jamais pour ne pas la salir, marches de l’escalier qui menait aux chambres, modérément, sans trop de cire sinon descente-polissage ultra rapide assurée sur les deux fesses !!. Ce produit volé par grand-père aux abeilles que, chaque été, il délogeait sans pitié, faisait donc partie des produits naturels bruts allant du producteur au consommateur. 

Au début du mariage, j’ai encore appliqué cette coutume de régulière corvée d’annuel passage à l’encaustique du coffre de l’horloge, de l’armoire normande et autres meubles de bois.

Aujourd’hui, c’est  ter    mi    né !!!!

Rebellion ? 

Plutôt préservation de l’huile de bras pour autres activités plus jouissives. Après tout, les meubles eux aussi apprécient-ils que je leur fiche enfin la paix !  

Or ma jeune et consciencieuse dame de ménage a parfois l’idée de sortir ce produit, hélas un peu trafiqué, amélioré, à base de cire pour lustrer l’un d’eux.

Quel bonheur, cette odeur qui s’agrippe à la demeure toute la journée ! Emotion, images d’antan à exprimer sur le blog pour ne pas les laisser filer en vain. 

Grand-père, grand-mère, maman, vous souvenez-vous de ce temps ciré, sentant bon la douceur, l’amour filial, la vie partagée et ces corvées qu’il fallait accomplir parce que c’était ainsi …. 

cire

Cire brute ou encaustique (mélange de cire et d’essence de térébenthine), j’ai touché aux deux, la première moins maniable et étalable que la seconde. Ce parfum me chatouille encore les narines pour un court voyage à travers le temps, retour à l’enfance perdue à jamais !

A bon ou mauvais cireur, salut !

 

 

 

 

( 3 juin, 2018 )

Frederick, pour ton 21ème anniversaire …..

Sergeant Robert Elcombe

Sergeant Robert Elcombe

Sergeant Lionel Pearcey Croom

Sergeant Lionel Pearcey Croom

 

William Lynam, flying officer

William Lynam, flying officer

Sergeant Farewell Harrisson

Sergeant Farewell Harrisson

Il est des reportages Manche Libre plus émouvants que d’autres, tel celui-ci,du dimanche 3 juin, que je relate dans l’édition de cette semaine du 7 juin 2018.

 

 

Il y a 74 ans, ils étaient sept aviateurs dans un bombardier Lancaster, partis pour une périlleuse mission en temps de Seconde Guerre Mondiale, un certain 6 juin 1944.

Chaque année, sans faillir, Hilary Thompson leur rend hommage au pied de la stèle érigée à leur mémoire. Des Anglais de la région ou proches parents déposent un insigne près de chacun des noms gravés dans la pierre. Surgit de cet endroit la terrible vision de ces 7 jeunes tués en plein ciel, emprisonnés dans leur avion de malheur. Emotion………renouvelée chaque année……..Emotion partagée par les Anciens Combattants, porte-drapeaux, autorités présentes et fervent public qui n’oublie pas. 

« Chaque fois que je me recueille près de la stèle érigée en souvenir d’eux, je leur parle comme s’ils étaient mes enfants », évoque Hilary Thompson, la voix chargée d’émotion.

Hilary, lors de la cérémonie ce matin

Hilary, lors de la cérémonie ce matin

 

Au décollage de la base de Binbrook, au nord de Londres, ce 6 juin 1944, ils étaient 7 aviateurs à embarquer à bord du bombardier Lancaster pour une mission de nettoyage sur Vire. Les 3 précédentes ayant été annulées à cause du mauvais temps, celle-ci démarrait bien.

Arrivé d’Australie en 1943, Frederick Knight, le jeune pilote de 21 ans, sa montre en or au poignet, offerte par Frederick et Margaret, ses parents d’Haberfield, banlieue de Sydney (Australie), était aux commandes du Lancaster. Un bombardier, tout juste sorti d’usine en 1940, de la compagnie Royal Australian Air Force. Ses 6 compagnons, John Read, 21 ans, William Lynam, 26, Leonard Hillman, 24, Farewell Harrison, 23, Robert Elcombe, 18 ou plus exactement 17 car il avait menti sur son âge pour être incorporé, et Lionel Croom, 39, étaient tous anglais, de la Royal Air Force. 

Frederick Knight

Frederick Knight

 

L’avion a-t-il été touché par la DCA ennemie lors de son survol de la Manche ? Le feu s’étant brusquement déclaré à bord, aucun des hommes n’a pu sortir son parachute, tous périssant brûlés vifs dans l’appareil qui s’est désintégré sur quelques communes du canton de Cerisy-la-Salle.

 

Sur le terrain du drame où l’habitacle de l’avion est tombé, un seul corps a été retrouvé intact, les autres calcinés et déchiquetés.

Serge Torchio, le président des Anciens Combattants du canton se souvient, étant enfant en 1944, avoir vu une partie de l’avion tombée sur la commune de Notre-Dame-de-Cenilly. Il ajoute qu’un habitant allait déposer chaque 6 juin un bouquet de fleurs à cet endroit. 

Flying officer John James Read

Flying officer John James Read

 

La montre en or de Frederick a été retrouvée dans un champ de labour, bien des années plus tard, la partie en or intacte, le reste calciné. A l’intérieur, était gravé : « Frederick, pour ton 21e anniversaire, 1943« .

Les corps des sept victimes ne reposent pas en cet endroit mais au cimetière britannique de Bayeux dont j’ai fait un rapide survol informatique pour y découvrir leurs sépultures et une seule photo, celle de Frederick Knight.

Ce cimetière britannique est un bout de terre française offerte aux Alliés à l’issue de la guerre. Y reposent 3935 Britanniques, 181 Canadiens, 8 Néo-zélandais, 1 Sud-Africain, 25 Polonais, 3 Français, 2 Tchécoslovaques, 2 Italiens, 7 Russes, 466 Allemands et 17 Australiens parmi lesquels Frederick.

Etait présent à cette cérémonie le neveu du plus jeune des aviateurs d'à peine 18 ans

Etait présent à cette cérémonie David Elcombe, le neveu du plus jeune des aviateurs d’à peine 18 ans, Robert Elcombe.

 

Frederick Knight, pilot officer

Frederick Knight, pilot officer

Leonard Hillman, seargent

Leonard Hillman, sergeant

 

 

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