( 6 septembre, 2018 )

Mon cloître de verdure (revu et enrichi)

Oui, il s’agit toujours du même cloître de verdure et de la même nonne en robe légère de coton, chaussée de sandales de rosée dans le petit matin, chapeautée d’un bibi anti-soleil aux heures chaudes du jour et revêtue d’une petite laine le soleil couchant venu. 

J’ai juste amélioré le texte paru il y a un ou deux ans sur le blog, venant ce jour de l’envoyer pour parution dans une revue (d’un ami d’une amie) à très faible tirage.

Alors si le cœur vous en dit, revenez faire une balade avec moi dans cet endroit à la limite des mondes mystique et profane. 

              

                                   

         Mon cloître de verdure

 

détail du mandala (1)J’aime arpenter mon cloître de verdure, chaque jour sans faillir, telle une pieuse nonne fidèle à déesse Nature. Mes pas y sont tracés ainsi que ceux des chiens. Nous suivons d’ordinaire le sentier imprimé par nos allées et venues, au fil des jours, comme par habitude ou bien facilité car, excepté l’hiver, l’herbe y est drue et haute, la rosée généreuse, la quiétude assurée.

 

Du vaste champ il est l’imposante bordure, quadrilatère convexe aux contours réguliers, longeant d’autres prairies, bordé, à l’occident, d’une petite route. Non pas une autoroute, juste une vicinale où le trafic est rare, à part quelques tracteurs aux remorques bondées de fumier, foin ou paille.

 

En guise de colonnes, j’y ai planté des arbres et plante encore, chaque hiver, deux ou trois rejetons qui traînaient au jardin. Avec le temps, chênes, frênes et merisiers, charmilles et noisetiers, châtaigniers, marronniers,  touffes dissuasives d’ajoncs et de ronciers lui font un paravent tout bourdonnant d’insectes et d’oiseaux. Un mélèze helvète y pousse allègrement, souvenir d’escapade au pays des enfants expatriés.   Renard et blaireau en franchissent nuitamment la clôture, laissant traces d’odeurs inspectées par les chiens.mandala-2-o-300x234

 

J’aime arpenter mon cloître de verdure et, pourquoi pas, de temps en temps, quand les nuits de l’été deviennent suffocantes, y pratiquer aux matines mon action de grâces parmi les ombres de la nuit, veillée par dame Lune et la chouette effraie au travail à cette heure.

 

Mon cloître de verdure, c’est mon monde tranquille, bien à l’abri du mal, de la guerre et des sots. J’y trouve incessamment la paix, la joie et la quiétude. Mes amis chiens aussi. Brebis et poules y vaquent à leurs occupations. Dix génisses viendront y passer un été, broutant paisiblement le riche pâturage.

Sur le talus oriental, une douzaine de sapins croissent élégamment, symboles des Noëls de naguère. Car les enfants ont depuis fort longtemps déserté le cocon. Mais les confères sont là, évoquant le mystère de la Crèche et ces matins des étrennes aux paquets avidement ouverts.

 Mandala 1

Je n’oublie pas non plus qu’en cet endroit de doux délices y dorment à jamais mes petits êtres aimés, tous mes chiens disparus, vieilles brebis et chèvres, poules et oie ainsi que le grand jars mutilé d’une patte. Y dort également, sous le grand chêne du mitan, celui planté par l’oncle Jules qui mourut à la guerre, Tempo, l’adoré Labrador de ma copine Mo. Pour tous ces êtres chers, tel un Ave Maria, Requiem, Te deum ou In Paradisum, j’ai dessiné ce mandala sous un chêne abrité. Qu’ils reposent en paix, ces doux êtres chéris !

 Le mandala (cercle de 2m  de diamètre environ) du haut du champ confectionné avec des pierres de Montmartin sur mer, bien arrondies , aux formes sculptées par la mer (pourtant à trois kms du champ dans lequel je les ai trouvées). Preuve probable que la mer baignait ce champ autrefois.)

Le mandala (cercle de 2 mètres de diamètre environ) du haut du champ confectionné avec des pierres de Montmartin sur mer, bien arrondies, aux formes sculptées par la mer (pourtant à trois kilomètres du champ dans lequel je les ai trouvées). Preuve probable que la mer baignait ce champ autrefois.)

 

Mon rêve le plus fou, c’est d’y dormir un jour et pour l’éternité. Mes cendres rejoindront ce grand havre quiet jusqu’à la fin des temps. Non pressée d’y aller cependant car, même si de la paix l’assurance est gagnée, qui dit que je pourrai alors encore humer le frais parfum des fleurs du pommier ou poirier, écouter hululer le chat-huant sur l’arbre ou bien sentir la fraîche pluie sur mon visage réjoui.

Nellie Duval, La Mauvillière. Modifié le 5 septembre 2018

1 Commentaire à “ Mon cloître de verdure (revu et enrichi) ” »

  1. Anonyme dit :

    Oh nelly je parcours avec toi ce joli chemin
    Et j’arrive devant le grand Chêne ou repose mon amour tempo et ses petits amis. Une énorme pensée pour eux…..

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