( 30 avril, 2018 )

Manif paysanne ?

Quelle était sa revendication ? Pourquoi les autres n’ont-ils pas suivi le mouvement ?

J’ai bien essayé de parlementer, d’engager le dialogue, me montrer affable, afficher mon plus beau sourire, essayer la séduction ! Rien n’y a, hélas, fait.

Hier dimanche à 12h32 exactement, il était planté là, en plein carrefour de trois routes, la plupart du temps fort peu passagères sauf en cas de convoi pour nouveaux mariés ou de passage de troupeau allant d’un champ à l’autre. Revêtu d’une cotte kaki, il impressionnait par sa bedaine rebondie, ses formes boulimiques, sa voix de carpe et son aspect de vert ver luisant. Tant bien que mal, j’ai réussi à me faufiler, sous les huées de ses supporters postés en terrain élevé.

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Quelques heures plus tard, il fut obligé de rejoindre, tractu militari, obéissant aux forces de l’ordre agricole locales, ses compagnons en attendant d’être confié à un plateau en direction de la ferme !

Drôle de manif paysanne !

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( 25 avril, 2018 )

Mon cloître de verdure…

J’aime arpenter mon cloître de verdure, chaque jour sans faillir, telle une pieuse nonne fidèle à déesse Nature. Mes pas y sont tracés ainsi que ceux des chiens. Nous suivons  le chemin, comme par habitude ou bien facilité car, excepté l’hiver, l’herbe y est drue et haute, la rosée généreuse et les pieds vite humides.

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Du vaste champ il est l’imposante bordure, quadrilatère au contour régulier, longeant d’autres prairies et frontalier d’une petite route. Non pas une autoroute, juste une vicinale où le trafic est rare, à part quelques tracteurs aux remorques bondées de fumier, foin ou paille.

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En guise de colonnes, j’y ai planté des arbres et plante encore, à chaque hiver, deux ou trois rejetons qui traînaient au jardin. Avec le temps, chênes, frênes et merisiers, charmilles et noisetiers, châtaigniers, marronniers, touffes dissuasives d’ajoncs et de ronciers lui font un paravent tout bourdonnant d’insectes et oiseaux. Renard et blaireau en franchissent nuitamment la clôture, laissant traces d’odeurs inspectées par les chiens.

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J’aime arpenter mon cloître de verdure et, pourquoi pas, de temps en temps, quand les nuits de l’été deviennent suffocantes, y pratiquer aux matines mon action de grâces parmi les ombres de la nuit, veillée par dame Lune et la chouette effraie au travail à cette heure.

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Mon cloître de verdure, c’est mon monde tranquille, bien à l’abri du mal, de la guerre et des sots. J’y trouve incessamment la paix, la joie et la quiétude. Mes amis chiens aussi. Brebis et poules y vaquent à leurs occupations. Dix génisses viendront y passer un été, broutant paisiblement le riche pâturage. sapins 2

Je n’oublie pas non plus qu’en cet endroit de doux délices y dorment à jamais mes petits êtres aimés, tous mes chiens disparus, vieilles brebis et chèvres, poules et oie ainsi que le grand jars mutilé d’une patte. Y dort également, sous le grand chêne du mitan, celui planté par l’oncle Jules qui mourut à la guerre, Tempo, l’adoré Labrador de ma copine Mo.mandala 3 O

 Mon rêve le plus fou, c’est d’y dormir un jour et pour l’éternité. Mes cendres rejoindront ce grand havre quiet jusqu’à la fin des temps. Non pressée d’y aller car, même si de la paix l’assurance est gagnée, qui dit que je pourrai encore sentir le frais parfum des fleurs du pommier, écouter hululer le chat-huant sur l’arbre ou bien sentir la fraîche pluie sur mon visage ravi.

 

 

 

( 10 avril, 2018 )

Tiens, une journée de printemps !!

Que le  soleil est beau quand tout frais il se lève

Comme une explosion nous lançant son bonjour !… »

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Tout à fait d’accord avec Charles Baudelaire (1821-1867) qui commençait ainsi l’un de ses sonnets.
Ce 5 avril, explosion de lumière, haute couverture bleu uni, douce chaleur tiède, renouveau dans les airs, sur terre, sur le corps, dans la tête, enfin bonheur de retrouver cet astre trop longtemps absent de nos si tristes journées…
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Immédiate envie de jardiner, de sarcler, de tondre la pelouse, de repiquer fleurs et arbustes, d’aérer les plantations en place, de semer, de planter, les chiens allongés sur l’herbe encore fraîche, appréciant, eux aussi, cette inattendue venue du dieu Phébus en habits d’apparat. En un tournemain, tout est oublié : grisaille, boue, mélancolie….
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« Pourvu que ça dure », comme l’aurait aussi dit Letizia Bonaparte (1750-1836), la mère de l’empereur Napoléon, en apprenant la nouvelle d’une des nombreuses victoires militaires de son fils. Hélas, il y eut ensuite Waterloo….
( 1 avril, 2018 )

Demain le merle chantera….

La météo au quotidien

La météo au quotidien, ce sont de lourds nuages noirs…

Demain le merle chantera

Aux premiers éclats de l’aurore.

Car aujourd’hui ne le fera :

Il pleut, repleut et pleut encore.

Mon cœur est ce noir corvidé

Qui, au gré des intempéries

Ou des longs jours ensoleillés,

Pleure puis rit, chante ou crie.

Des chiens qui pataugent dans la gadoue

…des chiens qui pataugent dans la gadoue

Quand j’ouvre, matin, les volets,

je regrette bien du printemps

La promesse d’un ciel aimé.

Cette image de pluie et vent,

C’est carrément désagréable.

...des jonquilles qui font la tête.....

…des jonquilles qui font la tête…..

Je fais alors courte prière

A monsieur du Soleil, joignable

Tout au-dessus de l’atmosphère,

Qui me répond, indifférent :

« Va donc voir ailleurs si j’y suis ! »

....des pervenches qui ont perdu leur éclat...

….des pervenches qui ont perdu leur éclat…

Rien à faire sauf patient

Se montrer et rompre l’ennui

En enfilant tenues étanches

Pour aller faire un petit tour, 

Louer jonquilles et pervenches,

Primevères en joyeux atours.

...et des primevères qui cherchent encore le printemps !

…et des primevères qui cherchent encore le printemps !

Je rêve que demain le merle chante,

Que le printemps promis arrive,

Douce chaleur revigorante

Et qu’enfin, enfin tout revive ! 

 

 

 

 

 

 

( 27 mars, 2018 )

Du temps pour tisser les jours…

Du temps pour tisser les jours aux jours pour tisser le temps….

Voici un tout récent tissage enfin achevé, sur cadre en bois flotté, assemblé à l’aide de chevilles en bois.

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Le tissage, c’est une passion cyclique.

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Ca va, ça vient au gré des envies, des occupations et centres d’intérêt, au fil des heures, des jours et des ans qui passent. 

Lauréanne Harvey, écrivaine canadienne dit cela mieux que moi :

 

“Que vaut le temps, s’il n’en reste plus pour s’émouvoir, s’attendrir, aimer ? Ce n’est pas nous qui décidons de notre temps, mais le temps qui tisse les jours, fait et défait les volontés, les aspirations de l’homme.”

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( 23 mars, 2018 )

Entre paix de la charrue et paix de Dieu….

Au salon du livre médiéval d’Agneaux le 3 mars, nous avions rendez-vous pour y chanter quelques mélodies d’antan.

Merci à l'auteur de la photo.

Merci à l’auteur de la photo.

Mais j’ai aussi eu le plaisir de rencontrer des écrivains locaux parmi lesquels François Neveux et Claire Ruelle, auteurs d’un ouvrage sur Guillaume Le Conquérant aux Editions Ouest France, livre que je me suis procurée.

Issue du monde paysan, j’ai pensé, en lisant ce passage sur la condition paysanne au temps du Conquérant, à mes lointains ancêtres, certainement laboureurs. Paysans dont les aïeux avaient vu, dès le Xe siècle, surgir ces hordes de Vikings dirigées par Rollon, le Scandinave. Il y eut probablement des révoltes dans les campagnes dont une en 996, évoquée par Guillaume de Jumièges.

Merci à Bayeux Museum.com

Merci à Bayeux Museum.com

Fut instaurée, quelque temps plus tard, la paix de la charrue, loi précepte visant à protéger les manieurs du soc et du coutre (charrue basique tirée par un âne, un cheval ou des bœufs) contre les guerriers peu respectueux des endroits qu’ils empruntaient. Car chacun sait que le labourage était l’une des mamelles du pays, dirait Sully (1560, 1641), quelques siècles plus tard.

Autre précepte institué, celui de la paix ou trêve de Dieu débutée en 989 au concile de Charroux (village près de Poitiers), en Normandie proclamée  par Guillaume et les évêques au concile de Vaucelles (près de Caen) en 1047. Elle interdisait de guerroyer du mercredi soir au lundi matin, le jeudi en respect pour le Jeudi Saint, le vendredi en souvenir de la mort du Christ, etc…Interdit aussi de faire la guerre du début de l’Avent à l’octave de l’Epiphanie soit un bon mois, idem du début du Carême à l’octave de Pâques (plus de 40 jours) et du début des Rogations (3 jours avant l’Ascension) à l’octave de la Pentecôte. Drôle de coutume qui obligeait à choisir une période pour conquérir un donjon, anéantir une armée ennemie ou tuer ses opposants ! Sous peine de lourdes amendes. Essai d’un moyen non violent créé par l’Eglise mais si peu respecté…..Hélas……La paix à tout prix… sauf si…….et des sauf si, il y en eut par milliers…… Et ça continue tous les jours……..

Bayeux Museum

Bayeux Museum

( 19 mars, 2018 )

Sur la toile du drap

 

violette drap 1

 

Sur la toile du drap, maman,

Tu as, de tes doigts compétents,

Brodé ce bouquet de violettes.

J’étais encore toute jeunette

Et me fichais de ce trousseau 

Et de tes insistants propos,

Ajoutant au côté pratique

Des ancêtres la symbolique .

Pourquoi me parlais-tu ainsi ? 

Me fallait-il déjà mari

Trouver ? Cette étrange coutume

Jetait mon cœur en amertume.  

Mais je t’ai obéi, maman.

Une fille sage consent.

J’exigeai que la broderie

Rompe avec la monotonie

Traditionnelle, blanc sur blanc.

Aux lys et roses en rubans

Je préférai les violettes,

Dans leurs timides collerettes.

Et tu t’exécutas, maman,

En donnant de ton temps,

Entre deux tâches agricoles,

Enseignée à très bonne école

Puisque, de mère en fille, c’était,

Depuis la nuit des temps, un fait

Inscrit dans les mœurs familiales,

Avec le broder d’initiales.

Sur la toile du drap, Maman,

Ce bouquet oeuvré patiemment,

A toi pour toujours me relie

Par un fragile fil de vie. 

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( 14 mars, 2018 )

Un soir en mars

                 UN SOIR EN MARS

 

Scènes de la vie quotidienne, banales, diront certains, délicieuses pour moi quand je prends le temps de m’attarder au champ en assistant, spectacle toujours nouveau, à l’apparition de la nuit, douce compagne mystérieuse et confortante.

 

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Le soleil s’est couché, là-bas, entre les chênes.

Le rideau va tomber. Encore un jour qui meurt ! 

Au-delà du grand champ, pleure au bout de sa chaîne

Un pauvre chien captif, aboyant sa douleur.

 

Les brebis ont rejoint leur étable, sereines,

Broutant au râtelier le foin avec lenteur.

Les poules au perchoir, rassasiées de graines,

Sont enfin assoupies, blotties telles des sœurs.

 

J’écoute, dans la nuit, la chouette qui chuinte

Au seuil du vieux grenier puis va, sans bruit, chassant

Mulots pour son festin, par grande faim contrainte.

 

A cette heure paisible où tout va basculant

Dans l’ombre qui étend sa cape en sourde étreinte,

Parmi les étoiles tu luis au firmament.

 

Nellie, La Mauvillière, le 13 mars 2018

( 13 mars, 2018 )

Tendre éphémère spectacle

Il étaient trois jolis agneaux, tout à l’heure, sur le talus, à brouter l’herbe tendre, au ras de la départementale, peu passagère heureusement, malgré les appels inquiets de leurs mamans, dans le champ. 

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J’ai stoppé net ma voiture et saisi l’appareil photo pour ces clichés.sheep2

 

M’ont regardée sans faire cas et continué à saisir goulûment de grosses poignées de verdure, entre les primevères.

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Images idylliques d’un paradis dans lequel ces trois créatures lainées pourraient continuer de profiter, tout leur saoul, de cette vie sur terre si, si, si….

( 9 mars, 2018 )

Entre figue et raisin

     ENTRE FIGUE ET RAISIN

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Dans mon jardin, en août, les figues sont à point.

Bien gorgées de soleil, fragiles sur leurs tiges.

Les plus grosses choisies, je les cueille avec soin,

Vers mes lèvres aussitôt goulûment les dirige.

 

A la treille plus loin, mûrit le noir raisin

Dont les grappes demain pourront être cueillies.

Mais point ne le ferai car je sais que ses grains

Conserveront toujours certaine acrimonie.

 

Mon cœur attend, confiant, de la figue douceur,

Gourmandise et saveur, alliance subtile,

Rejette rudement du raisin la verdeur,

 

Trop amer à mon goût, âcre telle la bile.

Je voudrais réunir, dans ma coupe des ans,

La figue et le raisin, en bon entendement.

 

 

Merci Wikipédia Vineyard in Montone

Merci Wikipédia Vineyard in Montone

 

Nellie, La Mauvillière, le 9 mars 2018

( 7 mars, 2018 )

Dès que je pense à toi

             DES QUE JE PENSE A TOI

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Dès que je pense à toi, mon cœur se réjouit.

Même quand tu es loin, je sais que tu existes.

Chaque matin nouveau, à peine épanoui,

M’est aussitôt bonheur et me rend optimiste.

 

Dans tes cheveux d’argent j’aime glisser mes doigts,

Travailler au journal pendant que, toi, tu rimes,

Echanger nos avis, résoudre les « pourquoi ? »

Evoquer tous propos, même les plus intimes.

 

Si parfois te déçois, affligée pour si peu,

Fragile, j’en conviens, c’est mon itinéraire.

Chacun  a ses travers. Il faut vivre avec eux.

L’on ne peut retourner au ventre de sa mère.

 

J’aime notre amitié, aux marges de l’amour,

A l’abri des folies de nos jeunes années.

J’aime notre amitié, plaisirs sages du jour,

Nos corps la nuit blottis sous couette tempérée.

 

J’aime notre amitié, notre complicité,

Nos petits mots fréquents galopant sur les ondes,

La projection de films, dans l’univers ouaté

De la chambre à coucher, à la croisée des mondes,

 

De Jouvet à Spielberg, antiques ou récents.

J’aime notre amitié quand couteau et fourchette

S’agitent au repas, pour nos palais gourmands.

J’aime notre amitié à multiples facettes

 

Qui donne du piquant, qui provoque frisson

A nos corps fatigués et apporte lumière

A cet hiver qui vient, tel un blanc liseron

Fleurissant au talus, sur le muret de pierre.                             

 

  Nellie, La Mauvillière, le 23 février 2018

( 1 mars, 2018 )

Froide matinée d’hiver

Sur le talus, la violettviolettee a froid dans le petit matin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les jonquilles qui hier dressaient fièrement leurs longs cous, font de leurs tiges une lugubre révérence à la terre. Le sol est gelé à pierre fendre. Dans les jeunes sapins siffle le vent glacial tout droit venu de Sibérie. Quelques flocons doucement dansent avant la chute et aussitôt fondent sur l’herbe rase du champ. Les chiens gambadent autour de moi, insensibles aux frimas hivernaux.

Le nez caché sous l’écharpe de laine, je presse le pas, boules de graisse en main que je déposerai aux branches des pommiers. Délice des mésanges, rouges-gorges et moineaux qui trouveront, en attente du redoux, nourriture d’appoint.

Dans leurs chaudes pelisses laineuses, les quatre brebis broutent la maigre verdure à l’abri de la haie. J’entends au loin un chien qui hurle. Je pense alors à ce bonheur tout simple de vivre cette journée, parce que tu existes, même si tu es absent.  

 Chaque journée est une petite vie, chaque réveil et chaque lever une petite naissance, a dit Arthur Schopenhauer in Les aphorismes sur la sagesse dans la vie (1886)

  

( 26 février, 2018 )

La primevère et le pissenlit

Il était, un jour de fin d’hiver, une primevère amoureuse d’un pissenlit.

Si proches l’un de l’autre, pourtant si différents.

 

Ce conte a base véridique puisque, depuis deux ans, j'ai remarqué cette primevère imbriquée dans ce pissenlit.

Ce conte a base véridique puisque, depuis deux ans, j’ai remarqué cette primevère imbriquée dans ce pissenlit.

Vêtue de ses plus beaux atours, la demoiselle endimanchée, collerette rose framboise héritée d’une aïeule* et corsage d’or sur le cœur, attendait le réveil de son prince, peu pressé de lui prouver sa flamme. La fraîche fleurette se languissait-elle ainsi au fil des jours et des nuits.

Feuille à feuille, les deux végétaux se réchauffaient au timide soleil hivernal, buvaient la fraîche rosée matinale, dansaient au souffle du vent taquin, discutaient au long des nuits de clair de lune, se cachaient sous la couette moussue dès les premiers frimas puis émergeaient de leur couverture d’humus au second mois de l’an.

Vivre en bonne compagnie était, en somme, à la primevère agréable état.

Mais la coquette insatisfaite rêvait d’autre chose.

L’âme chagrine, elle songeait à l’amour idéal avec ce timide compagnon qui démontrait si peu d’attentions pour la charmer.

La pauvrette se fanait de tristesse et abandonnait alors la partie, se contentant de végéter près de cet étrange ami.

Feuille du pissenlit, dentelée et celle de la primevère, spatulée.

Feuille du pissenlit, dentelée et celle de la primevère, spatulée.

 

 

La ficaire, nommée fausse renoncule est souvent appelée bouton d'or mais n'en est pas un, ce dernier ayant une tige plus élevée et fleurissant plus tardivement.

La ficaire, nommée fausse renoncule, est souvent appelée bouton d’or mais n’en est pas un, ce dernier ayant une tige plus élevée et fleurissant plus tardivement.

Toutes les ficaires du talus avaient beau essayer de la consoler en lui suggérant d’attendre encore quelques semaines, de montrer davantage de patience ! Elle désespérait, se desséchait, collerette et cœur flétrissant peu à peu.

Pourquoi le timide compagnon attendit-il encore deux longs mois avant de déclarer son amour à sa belle, évanouie ? Pourquoi ne sortit-elle pas de sa torpeur ? Pourquoi ne put-elle admirer la chevelure d’or en capitules aux mille fleurons de son bien cher ami ?

Jusqu’à son dernier jour de vie, le pissenlit crut au retour de la douce compagne, déployant, avant de mourir, ses petites aigrettes plumeuses ébouriffées pour l’amuser.  

Impossible, inaccessible amour, comme il en existe tant dans tous les mondes végétal, minéral, animal et humain.

Chacun naît avec certaines différences innées non modifiables.

Primevère et pissenlit en sont la preuve, qui fleurissent, l’une en hiver, le second au printemps. Seuls leurs corps feuillus se frôlant à loisir, leurs têtes épanouies se chercheront toujours.

* Ces primevères riches de plusieurs nuances roses, du clair au foncé, du saumon au lilas, proviennent du lent croisement de primevères communes des talus et de primevères rouges cultivées.

La Mauvillière, le 26 février 2018,    Nellie Duval

( 25 février, 2018 )

Un soir, près de l’étang

       UN SOIR, PRES DE L’ETANG

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Foulques et colverts tracent leur sillage

Sur l’étang terni par les gris nuages,

Sautent hors de l’eau puis à grand fracas

Poursuivent l’intrus qui s’enfuit là-bas,

Plongent pour trouver quelque nourriture,

De petits poissons, herbes et verdure.

 

D’un pas nonchalant je longe l’allée

Autour des étangs, toute à mes pensées.

Ces noirs rallidés, ornés d’un bec blanc,

Semblent peu inquiets, sur l’onde évoluant

Avec aisance que je leur envie,

Sans trouble évident, calmes dans leur vie.

 

Je songe en passant sur ce plat chemin

Au sentier de vie à portée de main,

Hésitant tracé, nouvelle aventure,

La veille, bonheur, lendemain rupture ?

Rêve de printemps alors que l’hiver

Se présente à moi dans cet univers.

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26 décembre 2017, revu le 24 février 2018   La Meilleraye de Bretagne

( 20 février, 2018 )

D’or les touffes d’ajonc

Pour Mo qui sait bien qu’elle ne prend pas un an de plus aujourd’hui 21 février et qui pourrait affirmer, comme Courteline, qu’ »au-dessus de quarante ans on est tous du même âge. » 

A toi, Mo, ces quelques fleurs ensoleillées en attendant que brille chaque jour l’astre de vie. Nellie

      

D’OR LES TOUFFES D’AJONC

 

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 D’or les touffes d’ajonc, en fleurs sur le talus

Tiennent lieu de soleil puisque l’astre de vie

Ne peut se faufiler, dedans le ciel reclus,

Pour briser l’épaisseur du nuageux tapis.

 

Leur parfum vanillé réjouit ma narine,

Les pétales dorés sont émerveillement.

Mais gare à celui qui ose une main câline

Sur l’épineux ajonc au branchage piquant.

 

J’aime ce rendez-vous, chaque matin noté

Sur le bel agenda de mon livre des heures,

Dans l’aube ou la fraîcheur, au souriant lever

 

Du soleil bienvenu, sous la bruine qui pleure.

D’or les touffes d’ajonc annoncent le printemps.

Et mon cœur s’en réjouit, impatiemment l’attend.

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Nellie Duval, La Mauvillière, le 20 février 2018

( 7 février, 2018 )

Satanée pilule

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« Tu l’as vu, mon comprimé ?

 Idiot ! Je l’ai fait tomber ! »

Nous voilà à quatre pattes,

Examinant chaque latte

Au parquet du logement.

Espérant assurément

Dare dare la capture

Du fuyard en aventure.

 

« Mais où donc est-il caché,  

Ce satané condensé ? »

Scrutant du froid plancher l’aire,

Quatre globes oculaires

S’activent de bas en bas,

Stoppant tout net leur repas,

Du mutin toute saisie

Rimant avec utopie.

 

Piétinant et ruminant,

Nous perdons, zut ! notre temps.

Et abandonnons l’idée

De retrouver la dragée.

Le café qui refroidit,

La tasse de thé aussi !

Les tartines qui attendent

Du breton beurre l’offrande !

 

 

 

Mais soudain dans ma chaussure,

Je sens une bosselure,

Comme un tout petit caillou

Ou bien un grain de cachou.

Faut-il donc croire au miracle ?

Quel insolite habitacle

Pour un vil, coquin cachet,

Baladeur et si rusé !

 

 

Aventure strasbourgeoise survenue le 1er janvier 2018.

 

 

Nellie Duval     La Mauvillière, le 7 février 2018

( 4 février, 2018 )

Dans la nuit bleue

 

Merci à Paul Klee (1879-1940) qui aimait les chats et les a peints.

Merci à Paul Klee (1879-1940) qui aimait les chats et les a peints.

 

Bien lovée au milieu d’une botte de foin,

Dans le vaste grenier la minette avec soin

S’étire, souple encor. La nuit est toute bleue.

L’astre lunaire brille à des milliers de lieues,

Et lance ses reflets dorés au noisetier,

Tout à son périgée*, cette nuit de janvier.

 

Avant de s’assoupir, la vieille chatte sonde

Tous les bruits alentour. La chouette vagabonde

Va, cherchant une proie. Au désespoir d’un chien

A la chaîne étranglé succède un cri lointain,

Un miaulement connu. C’est l’ardente prière

De son cher compagnon, le doux chat de gouttière.

 

Minette est fatiguée. Il n’est plus temps d’aimer.

Et puis, tous ces petits, il faut les élever.

Son pauvre corps usé a tant donné naissance,

Tant fourni de lait chaud, tant pleuré les absences…

Non, elle n’ira pas au galant rendez-vous

Et restera fort sage en son lit, sans époux.

 

Nellie, La Mauvillère, samedi 3 février 2018

*Périgée : période pendant laquelle la lune est au plus près de la terre (359 000 kms), survenu avant-hier, le 31 janvier.

Super lune bleue de sang : alignement rare de trois phénomènes astronomiques qui s’est produit dans la nuit du 30 au 31 janvier 2018 : une «  super lune  », une «  lune bleue  » et une éclipse lunaire, non visible en Europe… combinaison qui ne s’était pas réalisée depuis le 31 mars 1866 et qui reviendra le 31 janvier 2037 !

On  dit que la lune est bleue quand il y a deux pleines lunes dans le même mois, la dernière étant qualifiée de bleue. Ce qui se produit cette année en janvier et mars. En tout 13 pleines lunes dans l’année. Blue moon, disent les Britanniques.   Merci Wikipédia.

( 30 janvier, 2018 )

Grise est ma vie

Si grise est ma vie quand le soleil décline

A percer le manteau de nuages en gésine.

Vaine l’espérance d’un doux jour souriant

Puisque les rayons d’or, du firmament absents,

Ne réchauffent ni sol, ni herbe, ni arbres.

La nature subit, tel un tombeau de marbre,

Le lent ruissellement des éléments chagrins.

Me manquent le pur tordus 2chant des oiseaux, le parfum

De l’œillet, du lilas, la tiédeur du chemin

Vers la sérénité, la paix et la constance.

Si grise est ma vie, si vaine l’espérance.

 

( 23 janvier, 2018 )

Un grand cerf va mourir…

UN GRAND CERF VA MOURIR

cerf wikipedia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un grand cerf va mourir tout à l’heure,

Victime choisie en sa demeure

Par les adeptes d’un vil rituel,

Chasseurs insensibles et cruels,

Trop rompus aux tueries destructives

De pauvres bêtes inoffensives,

Aux lames tranchantes des poignards,

Aux crocs des chasseurs canins Drahthaar*.

 

La forêt aux arbres centenaires

Assiste, impuissante à l’affaire,

Ne bronche point, muette d’effroi,

Ne se demande pas le pourquoi.

La mousse bientôt prendra la teinte

De son sang et gardera l’empreinte

Du beau brocard aux bois de velours.

La grande vènerie est en cours.

 

L’animal aux abois sent ses forces

Faiblir. Déjà il pressent l’amorce

De sa fin. Cruels hommes et chiens !

A la barbarie ne comprend rien.

Il soupire ! Si grande est sa peine :

Quitter sa vaste futaie de chênes,

Des biches la horde abandonner ?

Non, il ne se veut pas condamné.

 

Saisi d’un incroyable courage,

L’animal se dresse. Fou de rage,

Galope avec opiniâtreté

En direction de la liberté,

Et plonge aussitôt dans la rivière

Profonde, ce jour hospitalière,

Laissant hommes et chiens sur leur faim

De sanglant carnage, les crétins !

Nellie Duval, La Mauvillière, le 23 janvier 2018

 

*Drahthaar : race de chiens utilisés dans les chasses à courre

( 18 janvier, 2018 )

Bons baisers et mots d’Helvétie*

     Montagnes d’Helvétie, tirouli rouli…..

Cela commence bien, me direz-vous ? La voilà qui, par pédanterie, utilise ce terme littéraire, légèrement archaïque, pour désigner la Suisse actuelle ! Sachez cependant que cette partie orientale de la Gaule, oui, de notre Gaule, qu’habitaient les Helvètes, représentait à peu près le territoire de la Confédération helvétique actuelle, la Suisse.

Mais c’était du temps des Orgétorix et Vercingétorix, tout ceci avant JC ! 

Mon propos n’étant pas de vous donner une leçon d’Histoire, vu mes connaissances très limitées, je vous causerai des expressions familières actuelles du langage parlé suisse valaisan, ayant la chance d’être régulièrement invitée chez mes enfants qui vivent à Grimentz, en Valais, depuis plus de vingt années.

          Vingt-six en tout

Au pays des Sept Sages (pas de président de la république, le pouvoir exécutif étant composé de sept conseillers fédéraux), il serait temps que je remise (range) tout ce vocabulaire de la langue valaisane (Le Valais VS étant l’un des 26 cantons parmi lesquels voici les plus connus, accompagnés de leurs deux lettres illustrant les plaques d’immatriculation), ceux de Genève GE, Zurich ZH, Ticino Tessin TI, Vaud VD, Fribourg FR, Grisons GR, Jura JU, Argovie AR, Thurgovie TG, Zug ZG, Berne BE, Bâle Basel BS, Neuchâtel NE). Ajoutons-y un autre fort connu des cruciverbistes : en trois lettres, un canton suisse ? Celui d’Uri UR, naturellement !

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                                     Adjeu ! 

Adjeu (bonjour), vous dis-je donc. Ne regardons en là (en arrière) et partons en çà (en avant). Je vous propose un petit tour du village de Grimentz, dont le cœur de bourg est déjà haut perché (1570m) et dont la plus haute piste des 20 hectares du domaine skiable atteint 2880m, sous l’œil impassible et fier de La Dent Blanche, le sommet alpestre proche culminant à 4357m. 

 

La Dent Blanche Merci, wikipédia

La Dent Blanche Merci, wikipédia

 

 

 

 

 

 

 

 

          Inalpe et désalpe

Ayant quitté le 3e étage du chalet que Lénaël et Sandrine occupent, je suis passée devant cet enclos pentu dans lequel paissaient quelques motrons (jeunes vaches), Bientôt elles rejoindraient leurs aînées à l’étable pour y passer, bien à l’abri, la mauvaise saison. Sachez que, dès la fonte des neiges, vers le mois de juin, les troupeaux d’ovines montent aux alpages, c’est l’inalpe et en redescendent à la désalpe, en début septembre, coutumes qui occasionnent des journées où le folklore est roi et les belles ruminantes les reines. Vache_herensChaque restaurateur, chef d’entreprise, l’électricien, le plombier possède une ou plusieurs vaches, symboles d’une certaine aisance financière et du maintien d’une coutume ancestrale. Sachez que ces vaches sont piètres laitières. Le vacher qui les garde a deux tâches bien définies, mis à part les bons soins et surveillance : noter chaque jour le résultat de la traite sur la liste de chaque propriétaire mais aussi inscrire la maîtresse du jour, s’il y a eu combat, toujours sans gravité mais combat tout de même car chacune des dames aspire, à peine éveillée, à obtenir le titre de reine. Le lait récolté au cours de l’été sera transformé en tomme et le proprio recevra, juste après la désalpe la quantité de fromages équivalant à ce qu’aura fourni la laitière, voire un seul fromage. Un vacher peut se voir confier quarante vaches appartenant à une trentaine de propriétaires différents.

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                   Raccards et galetas

 Une chiclette (chewing-gum) en bouche, me voici mâchonnant à la découverte des ruelles qui mènent à la Maison Bourgeoisiale, l’équivalent de notre mairie. Quelques vieilles bâtissent subsistent au beau milieu des pimpants chalets, nommés raccards, posés sur pilets et palets, rendus ainsi infranchissables aux rongeurs ayant eu fonction de greniers privés ou galetas, greniers d’habitations d’autrefois où l’on mettait tout son chni (les déchets). 

Un raccard Wikipédia

Un raccard

      

 

 

 

 

 

 

 

          T’as où, les vaches ?

Au fait, à toi qui me lis maintenant, dis-moi,  »t’as où les vaches ? » Une adorable expression typiquement valaisane, sœur cadette de « T’as où, les vignes ? » Ce qui signifie : « Toi, tu viens d’où ? » Il faut savoir qu’en pays valaisan, au-dessous de 800m d’altitude, l’on cultive la vigne. En dessus, il y fait trop froid. Plus de vignes mais des vaches, ce qui permet déjà de situer si l’interlocuteur vient du pays producteur de vin ou de lait.

Photo Lénaël

Photo Lénaël

               

 

 

 

 

Brâmée ou bec ?

Il y a encore beaucoup d’autres expressions ou mots valaisans. Allez faire un tour dans cette belle région alpestre, vous les y découvrirez de la bouche des Valaisans eux-mêmes. Mais ne vous montrez pas effrontés ou insolents. Vous pourriez vous entendre dire : « Nom de bleu ! Regarde voir aller çui-ci ! Il mérite une monstre brâmée (correction) ! »  Ou quoi ? Ou bien ?

Je vous quitte à regret car il est l’heure du dîner (repas du midi).

Et vous envoie un bec (baiser) valaisan.

Tchô, bonne….

 

 

 

 

 

                                                 

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