( 20 septembre, 2018 )

A chaque arbre son fruit…

« L’arbre est connu par ses fruits, non par ses racines », dit un proverbe. Au propre comme au figuré.

Restons-en au propre un instant.

En ce mois de septembre, cueillons, cueillons pêches, pommes et poires. Récoltons châtaignes, noisettes et noix.

Vous savez que beaucoup d’arbres portent des fruits, comestibles ou non. Mais connaissez-vous leurs noms ? En voici quelques-uns qui jonchent nos chemins et routes en ce moment.

 

Photos wikipédia

Photos wikipédia

Ainsi, que porte le hêtre ? Bingo. Vous avez dit faînes. La faîne, c’est cette minuscule amande enfermée dans sa cupule, qui en sort dès que mûre. A petite dose, elle est comestible aux humains et régale plus souvent écureuils, blaireaux, sangliers et oiseaux.

samares du frêneEt le frêne ? Son fruit est la samare, un akène (fruit sec non déhiscent, qui n’éclate pas), tels le gland ou la faîne. Un fruit lui aussi apprécié des écureuils et oiseaux, comestible pour les humains, les Anglais les consommant comme les câpres ou cornichons.

glandQuant au chêne, inutile de nommer ce gland dont les animaux qui s’en nourrissent exclusivement sont des balanophages (le cochon sauvage, le sanglier et autrefois les Egyptiens et des peuples nomades dont c’était l’aliment de base pendant la saison).

A suivre…

 

 

( 6 septembre, 2018 )

Mon cloître de verdure (revu et enrichi)

Oui, il s’agit toujours du même cloître de verdure et de la même nonne en robe légère de coton, chaussée de sandales de rosée dans le petit matin, chapeautée d’un bibi anti-soleil aux heures chaudes du jour et revêtue d’une petite laine le soleil couchant venu. 

J’ai juste amélioré le texte paru il y a un ou deux ans sur le blog, venant ce jour de l’envoyer pour parution dans une revue (d’un ami d’une amie) à très faible tirage.

Alors si le cœur vous en dit, revenez faire une balade avec moi dans cet endroit à la limite des mondes mystique et profane. 

              

                                   

         Mon cloître de verdure

 

détail du mandala (1)J’aime arpenter mon cloître de verdure, chaque jour sans faillir, telle une pieuse nonne fidèle à déesse Nature. Mes pas y sont tracés ainsi que ceux des chiens. Nous suivons d’ordinaire le sentier imprimé par nos allées et venues, au fil des jours, comme par habitude ou bien facilité car, excepté l’hiver, l’herbe y est drue et haute, la rosée généreuse, la quiétude assurée.

 

Du vaste champ il est l’imposante bordure, quadrilatère convexe aux contours réguliers, longeant d’autres prairies, bordé, à l’occident, d’une petite route. Non pas une autoroute, juste une vicinale où le trafic est rare, à part quelques tracteurs aux remorques bondées de fumier, foin ou paille.

 

En guise de colonnes, j’y ai planté des arbres et plante encore, chaque hiver, deux ou trois rejetons qui traînaient au jardin. Avec le temps, chênes, frênes et merisiers, charmilles et noisetiers, châtaigniers, marronniers,  touffes dissuasives d’ajoncs et de ronciers lui font un paravent tout bourdonnant d’insectes et d’oiseaux. Un mélèze helvète y pousse allègrement, souvenir d’escapade au pays des enfants expatriés.   Renard et blaireau en franchissent nuitamment la clôture, laissant traces d’odeurs inspectées par les chiens.mandala-2-o-300x234

 

J’aime arpenter mon cloître de verdure et, pourquoi pas, de temps en temps, quand les nuits de l’été deviennent suffocantes, y pratiquer aux matines mon action de grâces parmi les ombres de la nuit, veillée par dame Lune et la chouette effraie au travail à cette heure.

 

Mon cloître de verdure, c’est mon monde tranquille, bien à l’abri du mal, de la guerre et des sots. J’y trouve incessamment la paix, la joie et la quiétude. Mes amis chiens aussi. Brebis et poules y vaquent à leurs occupations. Dix génisses viendront y passer un été, broutant paisiblement le riche pâturage.

Sur le talus oriental, une douzaine de sapins croissent élégamment, symboles des Noëls de naguère. Car les enfants ont depuis fort longtemps déserté le cocon. Mais les confères sont là, évoquant le mystère de la Crèche et ces matins des étrennes aux paquets avidement ouverts.

 Mandala 1

Je n’oublie pas non plus qu’en cet endroit de doux délices y dorment à jamais mes petits êtres aimés, tous mes chiens disparus, vieilles brebis et chèvres, poules et oie ainsi que le grand jars mutilé d’une patte. Y dort également, sous le grand chêne du mitan, celui planté par l’oncle Jules qui mourut à la guerre, Tempo, l’adoré Labrador de ma copine Mo. Pour tous ces êtres chers, tel un Ave Maria, Requiem, Te deum ou In Paradisum, j’ai dessiné ce mandala sous un chêne abrité. Qu’ils reposent en paix, ces doux êtres chéris !

 Le mandala (cercle de 2m  de diamètre environ) du haut du champ confectionné avec des pierres de Montmartin sur mer, bien arrondies , aux formes sculptées par la mer (pourtant à trois kms du champ dans lequel je les ai trouvées). Preuve probable que la mer baignait ce champ autrefois.)

Le mandala (cercle de 2 mètres de diamètre environ) du haut du champ confectionné avec des pierres de Montmartin sur mer, bien arrondies, aux formes sculptées par la mer (pourtant à trois kilomètres du champ dans lequel je les ai trouvées). Preuve probable que la mer baignait ce champ autrefois.)

 

Mon rêve le plus fou, c’est d’y dormir un jour et pour l’éternité. Mes cendres rejoindront ce grand havre quiet jusqu’à la fin des temps. Non pressée d’y aller cependant car, même si de la paix l’assurance est gagnée, qui dit que je pourrai alors encore humer le frais parfum des fleurs du pommier ou poirier, écouter hululer le chat-huant sur l’arbre ou bien sentir la fraîche pluie sur mon visage réjoui.

Nellie Duval, La Mauvillière. Modifié le 5 septembre 2018

( 4 septembre, 2018 )

Château de sable, hutte de paille

 

Epilobe

Fragile comme les pétales de l’épilobe

 

Le bonheur est un compagnon fragile

Qu’il faut apprivoiser avec dextérité,  

Tel un château de sable modelé,

Bâti jour après jour au bord d’une île.

 

Créée avec la tendresse des doigts,

Sous l’ardente lumière estivale,

L’éphémère forteresse royale,

Née de l’union de deux cœurs en émoi,

 

Va-t-elle pouvoir préserver ses murailles

Contre les éléments perturbateurs

Prêts à tuer la cité du bonheur,

A l’engloutir entière, vaille que vaille ?

 

Avec le poète je dis : « Rêver,

C’est le bonheur, attendre, c’est la vie. »

L’attente a ses plaisirs, flamme d’une bougie,

Vacillante parfois, que je ne veux souffler.

 

Nellie, La Mauvillière, 11h du matin, le 4 septembre 2018

( 20 août, 2018 )

Attente

   

L'iris, messager des dieux, porteur de bonnes nouvelles.

L’iris, messager des dieux, porteur de bonnes nouvelles.

       

 J’attends mon bel Ami. Viendra-t-il aujourd’hui ?

Je l’attends chaque soir sur le pas de la porte

 Que je n’ose fermer.  Mais dehors, pas un bruit

Sauf le cri de la chouette que le noroît apporte,

Les pleurs du petit veau de sa mère éloigné,

Les répons angoissés de la vache à l’étable,

Lamentations d’un chien à la chaîne entravé,

Qui implore la terre, liberté introuvable.

 

J’attends mon bel Ami. Oui, il viendra demain 

Car il me l’a promis. J’entendrai sur la route

Son crissement de pas, son souffle sibyllin.

Mon cœur s’emballera. Evanouis mes doutes !

Mon sang bouillonnera. Le printemps sera là

Même au cœur de l’hiver. Et je lui dirai : « Entre !

Heureuse de te voir ! Viens sous la véranda ! »

Lui offrirai mes seins, mes lèvres, et de mon antre

 

Lui donnerai à boire un nectar raffiné.

Toute la nuit, nos corps ne feront que s’aimer

Et frémiront, heureux, sous nos folles caresses.

Il partira ensuite, car il faut se quitter,

Oui, pour se retrouver. De l’attente ivresse.

 

Nellie, La Mauvillière, lundi 20 août, 21h.

( 16 août, 2018 )

To my lovely Love

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Dessin Centerblog.net

 J’ai empli mon panier de maints superlatifs

Cueillis tôt ce matin à l’arbre de la vie,

Tout gorgés de rosée, au pouvoir nutritif

Vitaminé, intense, pour faim inassouvie.

 

Tes mains sont les plus douces aux miennes enserrées

Ou à mon corps offert quand elles frôlent le tour.

Ta bouche la plus tendre sur mes lèvres posée,

Sur mon front et mon cou, s’attardant en détour.

 

De tes mots les plus fous je me nourris sans fin.

De tes promesses aussi, même quand elles sont folles.

La plus belle aventure, je la découvre enfin

 

Près de toi, mon Amour. Mes plus soyeux instants,

Mes rêves les plus fous, ma plus gaie barcarolle,

Je les vis maintenant chaque jour, hors du temps.

 6h du matin, le 16 août 2018

( 22 juin, 2018 )

Mosaïque de pierres

Le bonheur n’est pas un gros diamant, c’est une mosaïque de pierres d’inégale valeur et d’éclat différent, parmi lesquelles se trouvent quelques cailloux et qui souvent n’ont d’éclat que par le rapprochement ou le contraste des couleurs.       
Alphonse Karr    La maison de l’ogre (1890)
Et cette mosaïque de pierres, il faudrait savoir la bâtir tous les jours.
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Aléatoire, cet enfilage de petits brins de bonheur pour constituer un élégant collier pour lequel, le soir avant de m’endormir, je me dirais : « oh ! qu’il est joli ! »
Certains jours, la collection se révèle intéressante. Merveilleuses pierres de concerts enchanteurs, partages entre amies, visites agréables… D’autres, c’est la dèche ! Rien à mettre sur le fil d’or, désespérément vide ou  bien, à peine l’aiguille enfilée, le voilà qui se rompt.
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Alors, les jours de diète, je me dis que
« des malheurs évités, le bonheur se compose ».
Encore une citation d’Alphonse Karr, ami de Victor Hugo dont je vous parlerai bientôt.
Je fais alors le tour de mon jardin, y découvre quelques maigres cailloux qui feront l’affaire, bien assemblés, me rassasie du parfum de l’œillet sur lequel je pose délicatement le nez, du goût d’une framboise ou  d’une fraise des bois.
Je me sustente d’une nouvelle de Sylvain Tesson ou de quelques pages d’un bon bouquin. Et….. je vous écris.
( 6 juin, 2018 )

Que je cire, que tu cires….Que je cirasse, que j’eusse ciré….

« Le parfum de l’âme, c’est le souvenir », écrivait George Sand (1804-1876) dans Lettres d’un voyageur (1837). Souvenir d’un être cher ou, pourquoi pas, d’une chose évocatrice d’épisodes de l’enfance qui soudain remontent à la surface. Ah ! L’enfance, cette partie de vie qui semble aujourd’hui si bénie, si heureuse alors que, pas sûr du tout, je la vivais parce qu’il le fallait bien, avec ses contraintes, son temps d’obéissance sans rechignage et ses séances de… cirage ! Avec le temps, tout se transforme !

Photo pinterest

Photo pinterest

J’aime l’odeur de la cire. Comme Proust appréciait le goût de la madeleine.

Non parce qu’il est produit naturel bio fabriqué par ces ingénieuses et infatigables ouvrières mais parce qu’il fait partie de mon enfance.

Dans une boîte ronde en fer se cachait cette source de travail auquel maman nous invitait souvent à participer : enduire de ce produit visqueux meubles, parquet de la salle à manger dans laquelle nous ne mangions jamais pour ne pas la salir, marches de l’escalier qui menait aux chambres, modérément, sans trop de cire sinon descente-polissage ultra rapide assurée sur les deux fesses !!. Ce produit volé par grand-père aux abeilles que, chaque été, il délogeait sans pitié, faisait donc partie des produits naturels bruts allant du producteur au consommateur. 

Au début du mariage, j’ai encore appliqué cette coutume de régulière corvée d’annuel passage à l’encaustique du coffre de l’horloge, de l’armoire normande et autres meubles de bois.

Aujourd’hui, c’est  ter    mi    né !!!!

Rebellion ? 

Plutôt préservation de l’huile de bras pour autres activités plus jouissives. Après tout, les meubles eux aussi apprécient-ils que je leur fiche enfin la paix !  

Or ma jeune et consciencieuse dame de ménage a parfois l’idée de sortir ce produit, hélas un peu trafiqué, amélioré, à base de cire pour lustrer l’un d’eux.

Quel bonheur, cette odeur qui s’agrippe à la demeure toute la journée ! Emotion, images d’antan à exprimer sur le blog pour ne pas les laisser filer en vain. 

Grand-père, grand-mère, maman, vous souvenez-vous de ce temps ciré, sentant bon la douceur, l’amour filial, la vie partagée et ces corvées qu’il fallait accomplir parce que c’était ainsi …. 

cire

Cire brute ou encaustique (mélange de cire et d’essence de térébenthine), j’ai touché aux deux, la première moins maniable et étalable que la seconde. Ce parfum me chatouille encore les narines pour un court voyage à travers le temps, retour à l’enfance perdue à jamais !

A bon ou mauvais cireur, salut !

 

 

 

 

( 23 mai, 2018 )

A propos d’araignée…

 

 

reproduction wikipedia

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A propos d’araignée qui fait si peur aux humains…..

« J’aime l’araignée et j’aime l’ortie

Parce qu’on les hait…. » clamait Victor Hugo

Je viens de relire, avec grande émotion, la suite du poème extrait du recueil Les Contemplations (1856)

Si cela vous tente…..

 

« J’aime l’araignée et j’aime l’ortie,    

Parce qu’on les hait ;

Et que rien n’exauce et que tout châtie    

Leur morne souhait ;

 

Parce qu’elles sont maudites, chétives,    

Noirs êtres rampants ;

Parce qu’elles sont les tristes captives    

De leur guet-apens ;

 

Parce qu’elles sont prises dans leur œuvre ;    

O sort ! fatals nœuds !

Parce que l’ortie est une couleuvre,    

L’araignée un gueux ;

 

Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,    

Parce qu’on les fuit,

Parce qu’elles sont toutes deux victimes    

De la sombre nuit.

 

Passants, faites grâce à la plante obscure,    

Au pauvre animal.

Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,    

Oh ! plaignez le mal !

 

Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;    

Tout veut un baiser.

Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie    

De les écraser,

 

Pour peu qu’on leur jette un œil moins superbe,    

Tout bas, loin du jour,

La mauvaise bête et la mauvaise herbe    

Murmurent : Amour !

 

 sans-titreIl est vrai que je répugne à tuer ces aranéides solitaires, surtout quand elles agissent dans l’ombre d’un placard peu fréquenté. Ce qui m’a inspiré ces modestes vers.

 

Tout au fond du placard une araignée

Tissait sa toile-piège dans le noir.

Le chiffon à poussière en main, j’allais

D’un geste vif et assuré, pourvoir

A mon droit de propriété, logique !

M’avisant juste à temps que l’animal

Privé de charmes visibles esthétiques

Possédait, comme moi, un cœur …normal.

J’ai épargné cette noire araignée.            

Notre locataire avait, pour l’hiver,                     

Squatté le placard aux pots de gelées

Et confitures aux parfums divers.

 

Quelques années après….

 

Bien sagement elle tisse sa toile,

Contrat renouvelé dans le placard.

Les bocaux se parent d’un léger voile 

Et quand je jette parfois un regard

Dans cet obscur antre de solitude,

Je sais que l’araignée est là, qui vit,

qui est, ainsi que moi, dans la quiétude,

Pour quelque temps encore, en paix aussi. 

 

 

 

 

 

 

 

( 14 mars, 2018 )

Un soir en mars

                 UN SOIR EN MARS

 

Scènes de la vie quotidienne, banales, diront certains, délicieuses pour moi quand je prends le temps de m’attarder au champ en assistant, spectacle toujours nouveau, à l’apparition de la nuit, douce compagne mystérieuse et confortante.

 

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Le soleil s’est couché, là-bas, entre les chênes.

Le rideau va tomber. Encore un jour qui meurt ! 

Au-delà du grand champ, pleure au bout de sa chaîne

Un pauvre chien captif, aboyant sa douleur.

 

Les brebis ont rejoint leur étable, sereines,

Broutant au râtelier le foin avec lenteur.

Les poules au perchoir, rassasiées de graines,

Sont enfin assoupies, blotties telles des sœurs.

 

J’écoute, dans la nuit, la chouette qui chuinte

Au seuil du vieux grenier puis va, sans bruit, chassant

Mulots pour son festin, par grande faim contrainte.

 

A cette heure paisible où tout va basculant

Dans l’ombre qui étend sa cape en sourde étreinte,

Parmi les étoiles tu luis au firmament.

 

Nellie, La Mauvillière, le 13 mars 2018

( 13 mars, 2018 )

Tendre éphémère spectacle

Il étaient trois jolis agneaux, tout à l’heure, sur le talus, à brouter l’herbe tendre, au ras de la départementale, peu passagère heureusement, malgré les appels inquiets de leurs mamans, dans le champ. 

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J’ai stoppé net ma voiture et saisi l’appareil photo pour ces clichés.sheep2

 

M’ont regardée sans faire cas et continué à saisir goulûment de grosses poignées de verdure, entre les primevères.

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Images idylliques d’un paradis dans lequel ces trois créatures lainées pourraient continuer de profiter, tout leur saoul, de cette vie sur terre si, si, si….

( 23 janvier, 2018 )

Un grand cerf va mourir…

UN GRAND CERF VA MOURIR

cerf wikipedia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un grand cerf va mourir tout à l’heure,

Victime choisie en sa demeure

Par les adeptes d’un vil rituel,

Chasseurs insensibles et cruels,

Trop rompus aux tueries destructives

De pauvres bêtes inoffensives,

Aux lames tranchantes des poignards,

Aux crocs des chasseurs canins Drahthaar*.

 

La forêt aux arbres centenaires

Assiste, impuissante à l’affaire,

Ne bronche point, muette d’effroi,

Ne se demande pas le pourquoi.

La mousse bientôt prendra la teinte

De son sang et gardera l’empreinte

Du beau brocard aux bois de velours.

La grande vènerie est en cours.

 

L’animal aux abois sent ses forces

Faiblir. Déjà il pressent l’amorce

De sa fin. Cruels hommes et chiens !

A la barbarie ne comprend rien.

Il soupire ! Si grande est sa peine :

Quitter sa vaste futaie de chênes,

Des biches la horde abandonner ?

Non, il ne se veut pas condamné.

 

Saisi d’un incroyable courage,

L’animal se dresse. Fou de rage,

Galope avec opiniâtreté

En direction de la liberté,

Et plonge aussitôt dans la rivière

Profonde, ce jour hospitalière,

Laissant hommes et chiens sur leur faim

De sanglant carnage, les crétins !

Nellie Duval, La Mauvillière, le 23 janvier 2018

 

*Drahthaar : race de chiens utilisés dans les chasses à courre

( 13 septembre, 2017 )

Mauves en robe rose

J’aime les mauves, roses striées de fins traits de mauve sur tapis vert. A l’approche de l’automne, les coquettes malvacées offrent leurs clairs pétales, perchés sur tiges, au-dessus de l’émeraude prairie.

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Saviez-vous que le terme « mauve » évoquant la couleur, cousine germaine du violet et du lilas, n’est apparu qu’en 1781 ? La reine Marie-Antoinette aimait cette nuance obtenue sur tissu avec teinture à base d’orseille, extraite de certains lichens, puisqu’elle commanda un ruban mauve en 1787, notent les écrits. mauves1

 

French purple, disent les Anglais, violet français. Quatre nuances lui sont attribuées : mauve vrai, mauve pourpré, mauve violacé et mauve lilacé. 

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Aujourd’hui décor naturel des champs et talus, la jolie malvacée a connu son heure de gloire. L’omnimorbia, ainsi prénommée en latin, combattante de toutes les maladies, était cultivée pour ses propriétés médicinales, appréciée de Pline et Cicéron, présente dans tous les jardins des couvents du Moyen-Age à la Renaissance.

Seraient-elles à croquer, ces mauves ?

Seraient-elles à croquer, ces mauves ?

 

Son mucilage soulageait la gorge, le gonflement des mains, les inflammations de toutes sortes et les blessures.

Une mauve aurait-elle tapé dans l'œil de Nana ?

Une mauve aurait-elle tapé dans l’œil de Nana ?

Certains disent même que la jolie plante aiderait à occire les cellules cancéreuses. 

 

 Sachez encore que les uniformes des gardiens de la paix belges sont de couleur mauve. Et ce n’est pas une blague ! 

Mauve alors ! La vie en mauve, c'est comme celle en rose ?

Mauve alors ! La vie en mauve, c’est comme celle en rose ?

 

 

 

Si, sur votre chemin, vous rencontrez des mauves, vous me direz si vous les trouvez si mauves, ces jolies fleurs roses !

Optique illusionnée !

Optique illusionnée !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Attendre patiemment qu’une graine se mette peu à peu à germer, jusqu’au jour ou s’épanouira la fleur de la solution », Yukio Mishima, écrivain japonais

 

« Tel fleurit aujourd’hui qui demain flétrira. Tel flétrit aujourd’hui qui demain fleurira. » Pierre de Ronsard

 

 

( 10 septembre, 2017 )

Bonjour, la famille Tatie!

Sauvées in extremis de leur ultime voyage vers l’abattoir, les voici déjà paissant dans le vaste enclos du champ. Moi qui m’étais, à la mort de Kiwi, le gentil et ultime mouton mort le 20 juillet dernier, promise de ne plus reprendre d’animaux brouteurs, j’ai craqué. 

Marché de Gavray, jeudi 7 septembre. Parmi les centaines de moutons et brebis attachés court aux barres sous le foirail, il faut choisir vite et quitter cet endroit de marchandage de vies animales, débordant de bêlements inquiets, d’yeux effrayés, de gros maquignons tâtant les croupes bondissant de peur et de senteurs d’abattoir proche. 

Justement, « cette jolie maigre à tête noire, c’est bien une Roussin de la Hague? », m’adressai-je à l’homme déjà âgé, en courte blouse noire. Après son « oui » solitaire, j’insiste pour connaître la suite.

- « Elle est âgée ?

-Dix ans au moins. Pourquoi, elle vous intéresse ? »,  annonce le vendeur surpris par cette curiosité soudaine envers une vieille brebis à réformer au plus vite.

Les 4 nouvelles arrivées

Je me fais insistante, sachant que l’inexorable mal qui guette les moutons en fin de vie, ce sont les pattes ne voulant plus porter les corps laineux :

« A-t-elle mal aux pattes ?

-Non, pas du tout. Elle n’a plus guère de dents : il lui faut juste de la grande herbe et du foin », ajoute le maquignon voyant que le marché pourrait se conclure.  

Inévitable question ! 

« -Combien ? 

-50€. 

-OK. Je la prends. « 

Et de une qui va éviter le couteau Alal ou Casher. 

Ne supportant pas les animaux à l’unité, future vie de solitude et de tristesse, je persiste auprès de l’homme qui ne me paraît pas, après tout, le plus détestable du marché.

- »Et celle d’à côté, elle est à vous aussi ?

-Oui et c’est le même prix ». 

Un large trait de stabilo spécial postérieur ovin et les voilà toutes deux marquées VENDU.

Quand soudain mon regard est accroché par deux immenses yeux vert d’eau striés de marron qui me fixent avec tant d’insistance que vous en devinez déjà la suite…

Tatibelle, la charmeuse à l'œil vert d'eau.

Tatibelle, la charmeuse à l’œil vert d’eau.

 

« -Attention, celle-là, c’est pas le même prix ! Elle est belle. »

Traduction de « belle » en langage maquignon = grasse, dodue, espoir de futurs beaux gigots et côtelettes, en raccourci « bonne à tuer ». 

« -Mais pourquoi elle vous intéresse, celle-là ? Si vous en voulez une autre, prenez plutôt la petite tachetée, juste à côté. Elle vous plaît pas, celle-là ? »

-Mais la grosse a de si beaux yeux ! », rétorquai-je, un brin de malice et de provocation dans les miens. 

J’ai alors vu dans le regard de l’homme, non pas de la moquerie, mais une touche de douceur, un peu d’humanité. Il s’est alors tourné vers moi et m’a observée d’un regard bienveillant.

90 + 70 + 50 + 50 = « 250€, pas plus. OK ? »

Pas le premier en calcul mental autrefois sur les bancs de son école du val de Saire, ce monsieur, car j’ai dû attendre quelques secondes avant qu’il s’aperçoive de l’erreur volontaire de ma part, en bonne normande. 

« -Non, non, ça fait 260 !! Allons, bon, d’accord pour les 250 ! », acquiessa-t-il en sortant, une fois de plus, son stylo marqueur. 

Affaire conclue, chèque empoché, le Cotentinois renseigna qu’il menait régulièrement paître son troupeau d’une centaine de têtes sur l’île de Tatihou, louant les herbus à l’office du Littoral.

En effet, les quatre dames enlainées, habituées à voyager, sautèrent prestement dans la remorque sans se faire prier, en route vers leur nouveau havre de paix dionysien.

 

Tatihou, Tati, bonjour les quatre Taties ! 

Miam miam !

 

 

 

( 30 juillet, 2017 )

Prière pour le petit chat écrasé

Il l’était certes, écrasé, écrabouillé, vu le grand nombre de voitures se dirigeant vers le Leclerc coutançais en ce samedi de fin juillet et lui roulant dessus. De son corps plein de vie quelques heures auparavant il ne restait que cette dépouille sanguinolente réduite à l’épaisseur d’une galette de sarrasin. 

J’aurais pu, par respect pour sa frêle vie antérieure, sortir de ma voiture, prendre ce reste de carcasse et puis le déposer sur l’herbe ! Au risque de provoquer un accident, la fureur des suivants ou la colère de policiers postés non loin, au rond-point d’en haut. Mais moi non plus je n’ai rien fait ! 

Le cœur gros et les yeux embués de larmes, me suis mise à prier. Prier sans mots, avec la force de ma volonté, en laissant envahir mon âme de douces pensées pour lui, en lui offrant cette place dans mon cœur, avec mes disparus.

Chat. Détail d'une œuvre d'André Derain

Chat. Détail d’une œuvre d’André Derain

Et je l’ai vu soudain en paix, au royaume des chats, chiens, brebis, moutons, chèvres et cochons…..Dans l’arche de la Sérénité, blotti dans son sommeil, veillé par le Grand Dieu ou le Petit Jésus, sa maman ou aïeule, sa copine ou voisine… Le calme s’est fait mien. Le petit chat a trouvé le repos, là-haut sur un nuage…

« Je crois que les chats sont des esprits venus sur terre. Un chat, j’en suis convaincu, pourrait marcher sur un nuage.  »
Jules Verne 

 

 

( 20 juillet, 2017 )

Donner la mort, offrir la paix…

Donner la mort, offrir, ultime cadeau de vie, la disparition des souffrances à l’être vivant, à l’animal.

Hier, offrande de corbeille de quartiers de pommes Délicieuses de Juillet, parfumées et croquantes, ses préférées, brassées d’herbe et pissenlit fraîchement cueillis sur le talus, poignées de petit foin sentant bon la prairie à l’heure la plus chaude, un vieux quignon de pain, un plein bol d’aliments concentrés qu’il croquait doucement…

Aujourd’hui, la piqûre du vétérinaire….

Kiwi, gentil mouton, vient de rejoindre le monde de la paix. Depuis douze ans, il partageait notre vie. Kiwi petit

Le verger, le grand champ, la petite bergerie, depuis un an, il les arpentait seul. Le deuil de sa maman, de sa sœur, il y avait eu droit tel un humain. Se sentant solitaire après leur départ et continuant de vivre malgré tout puisque ses pattes le portaient.

Kiwi jeune

C’était un ange mouton. Il était doux et tranquille, toujours d’humeur égale, acceptant volontiers une rapide caresse sur le front de sa tête laineuse. 

Comme les précédents ovins de notre fermette, Kiwi, dans sa vieillesse de mouton, a souffert de ses pattes, se levait difficilement, passait de longues siestes accoté au tronc d’un pommier ou blotti dans sa cabane par temps de pluie.

Ils finissent tous ainsi, nos moutons, leurs frêles pattes cessant peu à peu de vouloir les porter. 

Kiwi O

Il faut alors rapidement leur offrir le soulagement. Ne plus attendre, ne pas les voir souffrir pour mourir.

Et nous, humains, qui nous offrira la dose de fin de souffrance à l’heure choisie ?

Se donner la mort ? Ultime cadeau de vie ?

 

( 6 juin, 2017 )

Babeth ne veut pas découver

La nature ayant bien fait les choses en vue de la procréation nécessaire à la survie des espèces, Babeth n’a pas été épargnée par la fièvre géline. Elle a tout récemment eu droit à la toute première hausse de température de son corps après tant de mois de généreuse et infatigable ponte.

Babeth 1 O

Notre Sussex aux plumes blanches herminées de noir ne voulant plus quitter le nid de nuit comme de jour, je lui ai gentiment expliqué que, pour maintes raisons, son attitude ne servirait à rien. Puisqu’aucun mari, amant ou paxé dans les alentours, pas de souhait de ma part d’avoir des poussins à égorger ensuite avant rôtissage, puisque gêne pour la copine Juliette dont le nid commun affichait désormais « jamais libre »  : autant de conseils pour qu’elle cesse sa couvaison. Elle, si douce d’ordinaire, n’entendait pas capituler son siège et menaça de son bec acéré ma main venue la caresser.

Babeth 2

J’employai donc les grands moyens et lui recouvris la tête du bol vide destiné à leur offrir le grain quotidien. Et la soulevai prestement jusqu’à la grande cage grillagée dans laquelle aussitôt elle se reblottit près de la bolée d’eau claire. 

« Pour découver une poule, il faut l’enfermer trois jours et trois nuits sans manger », pratique courante autrefois enseignée par mes parents et aussitôt mise en application.

Babeth 3 O

Ma visite triquotidienne à l’emprisonnée m’affligeait. Je la regardais tristement, songeant avec envie au jour de sa proche libération, me faisant violence pour ne pas la lâcher avant la date prévue. 

A sa sortie, cloussant et cloquant encore, gonflant et ébouriffant ses plumes, l’ex couveuse n’obtint pas le meilleur des accueils. Bien au contraire, croyant voir surgir l’ennemie, Juliette et Dame Veuve lui sautèrent dessus, la priant instamment de cesser ces couvetillages et de reprendre au plus vite les picoreries avec ses deux meilleures copines. L’épisode de couvaison babethéenne s’est achevé trois longues semaines plus tard quand la blanchette a elle-même choisi l’heure de quitter définitivement le nid. J’avais omis de vous signaler que, ne pouvant plus supporter d’emprisonner la poulette une troisième fois, je l’avais laissée agir.

( 24 mai, 2017 )

Retour des hirondelles

Le couple d'hirondelles. Merci à Marina Rey

Le couple d’hirondelles. Merci à Marina Rey

 

Elles arrivent enfin de leur si long voyage,

Légères hirondelles gazouillant à tue-tête.

Je guettais leur retour, elles qui, pour tout bagage,

Ont encore, sous leurs ailes, du soleil quelques miettes

Méditerranéennes.

 

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Je passerais des heures à contempler leur vol,

Bien assuré, rapide, subtil et vaporeux,

Zigzagant dans l’azur puis plongeant vers le sol,

Acrobates planant, spectacle gracieux

De ces jolies arondes.

 Nuée d'hirondelles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cherchent déjà l’endroit où construire leur nid.

Le même que l’an passé, c’est là leur  préférence.

S’il est endommagé, le voilà  rebâti.

Et s’il a disparu, autre projet se lance

Du plus rapidement.

resultat Peinture chinoise. Merci à l’artiste

Toujours très affairées, les gracieuses fendent l’air

A la recherche d’un insecte, d’un moucheron

Pour nourrir leurs petits car elles sont bonnes mères,

Déjà depuis matin jusqu’au soir en action,

Pour cinq becs à nourrir.

 

Peinture chinoise

Peinture chinoise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aime ces belles infatigables voyageuses.

Chaque nouveau printemps, je guette leur arrivée.

L’été venu, de leur portée m’enquiers, anxieuse !

Déjà l’automne vient, qui fait fuir les couvées !

Pourvu qu’elles passent l’hiver !

( 15 mai, 2017 )

Philomela , la musicienne

 

Musicienne elle l’est certes, la grive qui chaque jour m’offre son riche répertoire de tant de chants d’oiseaux. Je reste à l’écouter, toujours émerveillée par ces airs frais et gais lancés de ce petit cerveau vers l’infini des cieux.

La chanteuse ne se laisse pas facilement approcher !

La chanteuse ne se laisse pas facilement approcher !

Merveilleuse copieuse, turdus philomelos, tel est son nom latin, au sommet du grand chêne, sur une branche du frêne ou dans le merisier, s’égosille à tue-tête, comblant l’air auroral de sons multicolores.

Est-ce dans le berceau-nid qu’elle apprend de son père toutes ces mélodies variées et puissantes, qu’elle reproduira sans jamais se lasser ?

Qu’a donc Philomela à faire avec la grive, me direz-vous ?

Cette jeune fille de la mythologie grecque à laquelle, après l’avoir violée, le méchant Térée, roi de Thrace, époux de sa sœur Progné, coupa la langue ! Et qui, transformée en rossignol, continue à pousser indéfiniment ses lamentations. 

Puisant dans cette mythologie, le pasteur allemand Christian Ludwig Brehm (1787-1864), féru d’ornithologie, l’a ainsi nommée en 1831.

grive musicienne

Source d’inspiration pour d’autres savants puisqu’il existe le rossignol Philomèle, superbe chanteur et l’hirondelle parfois surnommée Philomèle, bien au contraire privée de voix.

Notre ami fabuliste Jean de la Fontaine a, lui aussi, succombé à ce mythe et nous a offert cette fable, toujours étonnamment d’actualité.

           
« Autrefois Progné l’hirondelle
            De sa demeure s’écarta,
            Et loin des villes s’emporta (alla)
Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle.
«Ma soeur, lui dit Progné, comment vous portez-vous?
Voici tantôt mille ans que l’on ne vous a vue:
Je ne me souviens point que vous soyez venue,
Depuis le temps de Thrace, habiter parmi nous.
            Dites-moi, que pensez-vous faire?
Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire?
-Ah! reprit Philomèle, en est-il de plus doux?»
Progné lui repartit: «Eh quoi? cette musique,
            Pour ne chanter qu’aux animaux,
            Tout au plus à quelque rustique? (paysan)
Le désert est-il fait pour des talents si beaux?
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles.
            Aussi bien, en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,
            Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins appas. 
– Et c’est le souvenir d’un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas:
            En voyant les hommes, hélas!
            Il m’en souvient bien davantage.»

 

( 3 mars, 2017 )

Le vieil âne et le porcelet

Un vieil âne bâté,      Brave, doux et tranquille,

A la ferme rentrait,       Pauvres pas malhabiles.      .

Tout le lait il charriait      De la traite du soir.

Sur le long, dur sentier,     C’était là son devoir.

Shalom, 26 ans, arrivé en 2005 dans un des refuges gérés par l'association Pro Animale

Shalom, 26 ans, arrivé en 2005 dans un des refuges gérés par l’association Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un dodu porcelet,          A travers les barreaux,

Regardait le pauvret        Aux seuls os sur la peau.

Photo Pro Animale

Photo Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecurie, porcherie          Du baudet, du pourceau

L’une près l’autre bâties, Les naseaux, les museaux,

La nuit, se racontaient       Qui son bien dur labeur

Qui sa grosse pâtée         Avant du sommeil l’heure.

Masetto, 6 ans aujourd'hui.

Masetto, 6 ans aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« -Le fermier est cruel      Qui frappe du bâton !

-La fermière me rappelle   Mon imminent plongeon

Vers l’abîme des morts      Et je sens le couteau

Qui m’occira alors            Dans un bain rouge sang.

Famosa, extirpée d'une ferme de production intensive de porcs pour engraissement.

Famosa, extirpée d’une ferme de production intensive de porcs pour engraissement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-Etres vivants nous sommes,   Sensibles et honnêtes,

Souvent bien plus que l’homme   Qui se prend pour un chef ! »

Hüsnü, 7 ans, une ânesse elle aussi sauvée d'un triste sort.

Hüsnü, 7 ans, une ânesse elle aussi sauvée d’un triste sort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi le Créateur             Du Ciel et de la Terre

A-t-il commis l’erreur,          Impardonnable impair,

De ne donner qu’à l’un          Un langage décent,

Aux autres le dessein           De faire du boucan 

Et de n’être compris            Que par leurs congénères ! 

Photo Pro Animale

Photo Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Du boucan ? Nous parlons !    Dirent les deux amis.

Apprenez sans façon,            Messieurs les endurcis

Nos langues d’animaux          Et deviendrez meilleurs !

Comprendrez nos propos,       La bonté de nos cœurs. »

 

 

 

Famosa et Flavia en compagnie de Rosalka, le petite fille. Merci à Pro Animale pour toutes ces photos et pour leur œuvre de sauvetage de nos amis privés de langage humain.

Famosa et Flavia en compagnie de Rosalka, le petite fille. Merci à Pro Animale pour toutes ces photos et pour leur œuvre de sauvetage de nos amis privés de langage humain.

 

                 

 

( 1 mars, 2017 )

If, si tu me racontais…

           If, si tu me racontais…

 

A une lieue de ma demeure, Contrières, petit bourg d’à peine 400 âmes. Plus d’école, aucun commerce, nul artisan. Une vie associative riche cependant autour de son dynamique Camille, le maire. Un cœur de commune bâti tout autour de son église débutée au XIe siècle et fortement remaniée.

Voici où je vais planter mon histoire d’if, repiqué il y a environ mille ans par nos ancêtres les Normands.

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Classé au patrimoine végétal de la Manche, notre Taxus Baccata, arbre typique des cimetières, a survécu à bien des épreuves à travers les siècles.

J’aime les arbres, je les écoute et je leur parle, me penche sur leur tronc, les serre dans mes bras, prends leurs pouls de mes mains. Ce sont êtres vivants, voire intelligents, selon de récentes études faites par des neuro biologistes.

Ce dimanche 29 août, j’ai posé mon oreille sur le tronc rugueux de l’if contriérais et l’ai écouté bavarder.if 3 O

« Je suis bien vieux maintenant et, du haut de mes douze longs mètres, souffre de mes branches. L’arthrose des végétaux, je suppose ! Pas drôle car en début de second millénaire, la tronçonneuse a dû venir à bout de mon bras droit, trop atteint. Et puis, j’ai cette énorme cicatrice au creux du ventre. La vieillesse, me dit-on !

Rassurez-vous, j’ai toute ma tête ! Je me souviens des jours heureux et tristes, des communions, des baptêmes, enterrements et mariages. On passait sans me voir. Tous m’ignoraient, occupés à pleurer, à rire, à s’embrasser !

Je vous avoue que, moi aussi, j’ai bien pleuré lorsque sortait du corbillard un tout petit cercueil suivi de parents éplorés. Quand la jeune veuve, toute de noir voilée, titubait en marchant, soutenue par ses proches. Parfois aucun cercueil, seul un cortège sanglotant, en temps de guerre, juste un hommage au disparu sur le champ de bataille. If 4 O

 

Les jours de mariage, c’était une autre affaire. Chacun souriait à l’amour, moi de même. Parfois les mariées de leurs voiles immaculés me frôlaient pour un cliché « sous le grand arbre », en compagnie de leurs époux, trop guindés dans leurs costumes tout neufs. Ce blanc de neige qui flottait dans l’air tiède vespéral me ravissait. Je me disais : « Dommage, aucune gentille et douce taxacée dans les parages avec qui faire alliance ! » Et je me consolais en attendant le prochain mariage. 

Et zut, trois enterrements de suite ! Je tenais alors discours aux chevaux attelés au corbillard, attachés court à mon tronc le temps de l’office et les mettais en garde contre mes extrémités feuillues. Croyez-vous qu’ils m’écoutaient, ces goinfres au sang chaud ?

Le commérage allant bon train à la sortie des grand-messes dominicales, il se disait que le cheval rouquin du père Auguste avait trépassé d’empoisonnement à cause d’un de mes alcaloïdes paralysants.

 Y’a même la mère Louise qui en remettait une couche sur ma toxicité et racontait la fin tragique de sa voisine empoisonnée par une belle-fille avec une décoction de mon pelage. Je n’oserais croire en la cruauté humaine à ce point !!

Une fois l’an, j’assiste, comme si j’y étais, à un concert automnal pip –rick -filk organisé par les ailés du coin venus faire la rave fiesta avec mes rouges arilles.

J’aime ces pépiements joyeux des moineaux tous cousins, des voliers d’étourneaux, le bec encore plein de l’ensilage d’à côté, trouvant dans mes baies un dessert plus original.

Mes voyages préférés, je les accomplis grâce aux fines hirondelles des cheminées. Le pays d’où les migratrices viennent n’a plus de secret pour moi, cloué dans mon fauteuil terrestre. Les péripéties de leur  traversée, les chutes des cousines, le décès d’un tonton, la venue des petites prêtes à bâtir leur premier nid : quel bonheur, leurs discours !

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La peur de ma vie, je l’ai eue il y a peu de temps, en temps d’if bien sûr ! une certaine nuit pluvieuse du mois de juin 1944. Fin d’oreilles et d’yeux télescopiques, j’ai vu et ouï l’armada des alliés  conquérir cieux et mer au lointain jusqu’aux plages. Deux mois plus tard, ils étaient au village, repoussant l’envahisseur loin devant. Faut se méfier des guerres : des camarades y ont vu choir leur tronc !

Savez-vous pourquoi mes confrères et moi avons été choisis pour accomplir notre longue vie dans cet endroit peu causant ?

Nous sommes les symboles de la longévité.  Pensez ! Entre deux et trois millénaires de vie possible ! Enviée par les bipèdes à gros cerveau.

Sensés veiller sur les chers morts, nous préférons le monde des vivants, plus joyeux et remuants. Entièrement d’accord pour le grade d’arbre de la connaissance et de pilier cosmique, jonction entre le monde d’en bas et celui d’en haut. Cela nous fait une belle béquille !

Quant au galon de paratonnerre, je le trouve légèrement foudroyant !

J’absorberais les miasmes des centaines de dormeurs à long terme couchés tout près de moi ? Non, merci, je me contente d’air pur, de pluie rafraîchissante, des doux rayons offerts par les astres solaire et lunaire. 

Vous confierai-je que je ne peux supporter une mauvaise action seulement perpétrée par la gent masculine, cent fois réitérée à la sortie des longues messes ? Un malotru, après avoir traversé, d’un pas pressé, l’allée gravillonnée, visant mon épaisse taille de deux bons mètres à hauteur de ceinture, l’éclabousse d’un liquide puant tout juste sorti de sa braguette. Pouah ! Il me faudra attendre la prochaine douche pluvieuse pour effacer toute trace de cette coulée malodorante.if 6 0

J’ai été bien bavard, chère amie. Combien de temps encore vais-je rester sur pied ? Dieu seul le sait, oserai-je dire. »

Délicatement j’ai alors posé mes lèvres sur son tronc et lui ai, en secret, murmuré quelques mots : « Courage, mon bel if, ta fin n’est pas si proche. Un if ne meurt jamais à l’abri d’une église. Veille bien aussi sur les fonts baptismaux, tes conscrits (XIIe siècle) et leur dizaine de personnages gravés dans le granit. Une pure merveille, tu le savais ! »  fonts 4

If a tourné son regard branchu vers l’édifice. Je l’ai vu cligné des ramilles  en signe d’acquiescement.

    

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