( 20 juillet, 2017 )

Donner la mort, offrir la paix…

Donner la mort, offrir, ultime cadeau de vie, la disparition des souffrances à l’être vivant, à l’animal.

Hier, offrande de corbeille de quartiers de pommes Délicieuses de Juillet, parfumées et croquantes, ses préférées, brassées d’herbe et pissenlit fraîchement cueillis sur le talus, poignées de petit foin sentant bon la prairie à l’heure la plus chaude, un vieux quignon de pain, un plein bol d’aliments concentrés qu’il croquait doucement…

Aujourd’hui, la piqûre du vétérinaire….

Kiwi, gentil mouton, vient de rejoindre le monde de la paix. Depuis douze ans, il partageait notre vie. Kiwi petit

Le verger, le grand champ, la petite bergerie, depuis un an, il les arpentait seul. Le deuil de sa maman, de sa sœur, il y avait eu droit tel un humain. Se sentant solitaire après leur départ et continuant de vivre malgré tout puisque ses pattes le portaient.

Kiwi jeune

C’était un ange mouton. Il était doux et tranquille, toujours d’humeur égale, acceptant volontiers une rapide caresse sur le front de sa tête laineuse. 

Comme les précédents ovins de notre fermette, Kiwi, dans sa vieillesse de mouton, a souffert de ses pattes, se levait difficilement, passait de longues siestes accoté au tronc d’un pommier ou blotti dans sa cabane par temps de pluie.

Ils finissent tous ainsi, nos moutons, leurs frêles pattes cessant peu à peu de vouloir les porter. 

Kiwi O

Il faut alors rapidement leur offrir le soulagement. Ne plus attendre, ne pas les voir souffrir pour mourir.

Et nous, humains, qui nous offrira la dose de fin de souffrance à l’heure choisie ?

Se donner la mort ? Ultime cadeau de vie ?

 

( 6 juin, 2017 )

Babeth ne veut pas découver

La nature ayant bien fait les choses en vue de la procréation nécessaire à la survie des espèces, Babeth n’a pas été épargnée par la fièvre géline. Elle a tout récemment eu droit à la toute première hausse de température de son corps après tant de mois de généreuse et infatigable ponte.

Babeth 1 O

Notre Sussex aux plumes blanches herminées de noir ne voulant plus quitter le nid de nuit comme de jour, je lui ai gentiment expliqué que, pour maintes raisons, son attitude ne servirait à rien. Puisqu’aucun mari, amant ou paxé dans les alentours, pas de souhait de ma part d’avoir des poussins à égorger ensuite avant rôtissage, puisque gêne pour la copine Juliette dont le nid commun affichait désormais « jamais libre »  : autant de conseils pour qu’elle cesse sa couvaison. Elle, si douce d’ordinaire, n’entendait pas capituler son siège et menaça de son bec acéré ma main venue la caresser.

Babeth 2

J’employai donc les grands moyens et lui recouvris la tête du bol vide destiné à leur offrir le grain quotidien. Et la soulevai prestement jusqu’à la grande cage grillagée dans laquelle aussitôt elle se reblottit près de la bolée d’eau claire. 

« Pour découver une poule, il faut l’enfermer trois jours et trois nuits sans manger », pratique courante autrefois enseignée par mes parents et aussitôt mise en application.

Babeth 3 O

Ma visite triquotidienne à l’emprisonnée m’affligeait. Je la regardais tristement, songeant avec envie au jour de sa proche libération, me faisant violence pour ne pas la lâcher avant la date prévue. 

A sa sortie, cloussant et cloquant encore, gonflant et ébouriffant ses plumes, l’ex couveuse n’obtint pas le meilleur des accueils. Bien au contraire, croyant voir surgir l’ennemie, Juliette et Dame Veuve lui sautèrent dessus, la priant instamment de cesser ces couvetillages et de reprendre au plus vite les picoreries avec ses deux meilleures copines. L’épisode de couvaison babethéenne s’est achevé trois longues semaines plus tard quand la blanchette a elle-même choisi l’heure de quitter définitivement le nid. J’avais omis de vous signaler que, ne pouvant plus supporter d’emprisonner la poulette une troisième fois, je l’avais laissée agir.

( 24 mai, 2017 )

Retour des hirondelles

Le couple d'hirondelles. Merci à Marina Rey

Le couple d’hirondelles. Merci à Marina Rey

 

Elles arrivent enfin de leur si long voyage,

Légères hirondelles gazouillant à tue-tête.

Je guettais leur retour, elles qui, pour tout bagage,

Ont encore, sous leurs ailes, du soleil quelques miettes

Méditerranéennes.

 

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Je passerais des heures à contempler leur vol,

Bien assuré, rapide, subtil et vaporeux,

Zigzagant dans l’azur puis plongeant vers le sol,

Acrobates planant, spectacle gracieux

De ces jolies arondes.

 Nuée d'hirondelles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cherchent déjà l’endroit où construire leur nid.

Le même que l’an passé, c’est là leur  préférence.

S’il est endommagé, le voilà  rebâti.

Et s’il a disparu, autre projet se lance

Du plus rapidement.

resultat Peinture chinoise. Merci à l’artiste

Toujours très affairées, les gracieuses fendent l’air

A la recherche d’un insecte, d’un moucheron

Pour nourrir leurs petits car elles sont bonnes mères,

Déjà depuis matin jusqu’au soir en action,

Pour cinq becs à nourrir.

 

Peinture chinoise

Peinture chinoise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aime ces belles infatigables voyageuses.

Chaque nouveau printemps, je guette leur arrivée.

L’été venu, de leur portée m’enquiers, anxieuse !

Déjà l’automne vient, qui fait fuir les couvées !

Pourvu qu’elles passent l’hiver !

( 15 mai, 2017 )

Philomela , la musicienne

Grive musicienne, song trush (en anglais), Sing Drossel (en allemand)

Musicienne elle l’est certes, la grive qui chaque jour m’offre son riche répertoire de tant de chants d’oiseaux. Je reste à l’écouter, toujours émerveillée par ces airs frais et gais lancés de ce petit cerveau vers l’infini des cieux.

La chanteuse ne se laisse pas facilement approcher !

La chanteuse ne se laisse pas facilement approcher !

Merveilleuse copieuse, turdus philomelos, tel est son nom latin, au sommet du grand chêne, sur une branche du frêne ou dans le merisier, s’égosille à tue-tête, comblant l’air auroral de sons multicolores.

Est-ce dans le berceau-nid qu’elle apprend de son père toutes ces mélodies variées et puissantes, qu’elle reproduira sans jamais se lasser ?

Qu’a donc Philomela à faire avec la grive, me direz-vous ?

Cette jeune fille de la mythologie grecque à laquelle, après l’avoir violée, le méchant Térée, roi de Thrace, époux de sa sœur Progné, coupa la langue ! Et qui, transformée en rossignol, continue à pousser indéfiniment ses lamentations. 

Puisant dans cette mythologie, le pasteur allemand Christian Ludwig Brehm (1787-1864), féru d’ornithologie, l’a ainsi nommée en 1831.

grive musicienne

Source d’inspiration pour d’autres savants puisqu’il existe le rossignol Philomèle, superbe chanteur et l’hirondelle parfois surnommée Philomèle, bien au contraire privée de voix.

Notre ami fabuliste Jean de la Fontaine a, lui aussi, succombé à ce mythe et nous a offert cette fable, toujours étonnamment d’actualité.

           
« Autrefois Progné l’hirondelle
            De sa demeure s’écarta,
            Et loin des villes s’emporta (alla)
Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle.
«Ma soeur, lui dit Progné, comment vous portez-vous?
Voici tantôt mille ans que l’on ne vous a vue:
Je ne me souviens point que vous soyez venue,
Depuis le temps de Thrace, habiter parmi nous.
            Dites-moi, que pensez-vous faire?
Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire?
-Ah! reprit Philomèle, en est-il de plus doux?»
Progné lui repartit: «Eh quoi? cette musique,
            Pour ne chanter qu’aux animaux,
            Tout au plus à quelque rustique? (paysan)
Le désert est-il fait pour des talents si beaux?
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles.
            Aussi bien, en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,
            Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins appas. 
– Et c’est le souvenir d’un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas:
            En voyant les hommes, hélas!
            Il m’en souvient bien davantage.»

 

( 3 mars, 2017 )

Le vieil âne et le porcelet

Un vieil âne bâté,      Brave, doux et tranquille,

A la ferme rentrait,       Pauvres pas malhabiles.      .

Tout le lait il charriait      De la traite du soir.

Sur le long, dur sentier,     C’était là son devoir.

Shalom, 26 ans, arrivé en 2005 dans un des refuges gérés par l'association Pro Animale

Shalom, 26 ans, arrivé en 2005 dans un des refuges gérés par l’association Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un dodu porcelet,          A travers les barreaux,

Regardait le pauvret        Aux seuls os sur la peau.

Photo Pro Animale

Photo Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecurie, porcherie          Du baudet, du pourceau

L’une près l’autre bâties, Les naseaux, les museaux,

La nuit, se racontaient       Qui son bien dur labeur

Qui sa grosse pâtée         Avant du sommeil l’heure.

Masetto, 6 ans aujourd'hui.

Masetto, 6 ans aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« -Le fermier est cruel      Qui frappe du bâton !

-La fermière me rappelle   Mon imminent plongeon

Vers l’abîme des morts      Et je sens le couteau

Qui m’occira alors            Dans un bain rouge sang.

Famosa, extirpée d'une ferme de production intensive de porcs pour engraissement.

Famosa, extirpée d’une ferme de production intensive de porcs pour engraissement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-Etres vivants nous sommes,   Sensibles et honnêtes,

Souvent bien plus que l’homme   Qui se prend pour un chef ! »

Hüsnü, 7 ans, une ânesse elle aussi sauvée d'un triste sort.

Hüsnü, 7 ans, une ânesse elle aussi sauvée d’un triste sort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi le Créateur             Du Ciel et de la Terre

A-t-il commis l’erreur,          Impardonnable impair,

De ne donner qu’à l’un          Un langage décent,

Aux autres le dessein           De faire du boucan 

Et de n’être compris            Que par leurs congénères ! 

Photo Pro Animale

Photo Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Du boucan ? Nous parlons !    Dirent les deux amis.

Apprenez sans façon,            Messieurs les endurcis

Nos langues d’animaux          Et deviendrez meilleurs !

Comprendrez nos propos,       La bonté de nos cœurs. »

 

 

 

Famosa et Flavia en compagnie de Rosalka, le petite fille. Merci à Pro Animale pour toutes ces photos et pour leur œuvre de sauvetage de nos amis privés de langage humain.

Famosa et Flavia en compagnie de Rosalka, le petite fille. Merci à Pro Animale pour toutes ces photos et pour leur œuvre de sauvetage de nos amis privés de langage humain.

 

                 

 

( 1 mars, 2017 )

If, si tu me racontais…

           If, si tu me racontais…

 

A une lieue de ma demeure, Contrières, petit bourg d’à peine 400 âmes. Plus d’école, aucun commerce, nul artisan. Une vie associative riche cependant autour de son dynamique Camille, le maire. Un cœur de commune bâti tout autour de son église débutée au XIe siècle et fortement remaniée.

Voici où je vais planter mon histoire d’if, repiqué il y a environ mille ans par nos ancêtres les Normands.

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Classé au patrimoine végétal de la Manche, notre Taxus Baccata, arbre typique des cimetières, a survécu à bien des épreuves à travers les siècles.

J’aime les arbres, je les écoute et je leur parle, me penche sur leur tronc, les serre dans mes bras, prends leurs pouls de mes mains. Ce sont êtres vivants, voire intelligents, selon de récentes études faites par des neuro biologistes.

Ce dimanche 29 août, j’ai posé mon oreille sur le tronc rugueux de l’if contriérais et l’ai écouté bavarder.if 3 O

« Je suis bien vieux maintenant et, du haut de mes douze longs mètres, souffre de mes branches. L’arthrose des végétaux, je suppose ! Pas drôle car en début de second millénaire, la tronçonneuse a dû venir à bout de mon bras droit, trop atteint. Et puis, j’ai cette énorme cicatrice au creux du ventre. La vieillesse, me dit-on !

Rassurez-vous, j’ai toute ma tête ! Je me souviens des jours heureux et tristes, des communions, des baptêmes, enterrements et mariages. On passait sans me voir. Tous m’ignoraient, occupés à pleurer, à rire, à s’embrasser !

Je vous avoue que, moi aussi, j’ai bien pleuré lorsque sortait du corbillard un tout petit cercueil suivi de parents éplorés. Quand la jeune veuve, toute de noir voilée, titubait en marchant, soutenue par ses proches. Parfois aucun cercueil, seul un cortège sanglotant, en temps de guerre, juste un hommage au disparu sur le champ de bataille. If 4 O

 

Les jours de mariage, c’était une autre affaire. Chacun souriait à l’amour, moi de même. Parfois les mariées de leurs voiles immaculés me frôlaient pour un cliché « sous le grand arbre », en compagnie de leurs époux, trop guindés dans leurs costumes tout neufs. Ce blanc de neige qui flottait dans l’air tiède vespéral me ravissait. Je me disais : « Dommage, aucune gentille et douce taxacée dans les parages avec qui faire alliance ! » Et je me consolais en attendant le prochain mariage. 

Et zut, trois enterrements de suite ! Je tenais alors discours aux chevaux attelés au corbillard, attachés court à mon tronc le temps de l’office et les mettais en garde contre mes extrémités feuillues. Croyez-vous qu’ils m’écoutaient, ces goinfres au sang chaud ?

Le commérage allant bon train à la sortie des grand-messes dominicales, il se disait que le cheval rouquin du père Auguste avait trépassé d’empoisonnement à cause d’un de mes alcaloïdes paralysants.

 Y’a même la mère Louise qui en remettait une couche sur ma toxicité et racontait la fin tragique de sa voisine empoisonnée par une belle-fille avec une décoction de mon pelage. Je n’oserais croire en la cruauté humaine à ce point !!

Une fois l’an, j’assiste, comme si j’y étais, à un concert automnal pip –rick -filk organisé par les ailés du coin venus faire la rave fiesta avec mes rouges arilles.

J’aime ces pépiements joyeux des moineaux tous cousins, des voliers d’étourneaux, le bec encore plein de l’ensilage d’à côté, trouvant dans mes baies un dessert plus original.

Mes voyages préférés, je les accomplis grâce aux fines hirondelles des cheminées. Le pays d’où les migratrices viennent n’a plus de secret pour moi, cloué dans mon fauteuil terrestre. Les péripéties de leur  traversée, les chutes des cousines, le décès d’un tonton, la venue des petites prêtes à bâtir leur premier nid : quel bonheur, leurs discours !

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La peur de ma vie, je l’ai eue il y a peu de temps, en temps d’if bien sûr ! une certaine nuit pluvieuse du mois de juin 1944. Fin d’oreilles et d’yeux télescopiques, j’ai vu et ouï l’armada des alliés  conquérir cieux et mer au lointain jusqu’aux plages. Deux mois plus tard, ils étaient au village, repoussant l’envahisseur loin devant. Faut se méfier des guerres : des camarades y ont vu choir leur tronc !

Savez-vous pourquoi mes confrères et moi avons été choisis pour accomplir notre longue vie dans cet endroit peu causant ?

Nous sommes les symboles de la longévité.  Pensez ! Entre deux et trois millénaires de vie possible ! Enviée par les bipèdes à gros cerveau.

Sensés veiller sur les chers morts, nous préférons le monde des vivants, plus joyeux et remuants. Entièrement d’accord pour le grade d’arbre de la connaissance et de pilier cosmique, jonction entre le monde d’en bas et celui d’en haut. Cela nous fait une belle béquille !

Quant au galon de paratonnerre, je le trouve légèrement foudroyant !

J’absorberais les miasmes des centaines de dormeurs à long terme couchés tout près de moi ? Non, merci, je me contente d’air pur, de pluie rafraîchissante, des doux rayons offerts par les astres solaire et lunaire. 

Vous confierai-je que je ne peux supporter une mauvaise action seulement perpétrée par la gent masculine, cent fois réitérée à la sortie des longues messes ? Un malotru, après avoir traversé, d’un pas pressé, l’allée gravillonnée, visant mon épaisse taille de deux bons mètres à hauteur de ceinture, l’éclabousse d’un liquide puant tout juste sorti de sa braguette. Pouah ! Il me faudra attendre la prochaine douche pluvieuse pour effacer toute trace de cette coulée malodorante.if 6 0

J’ai été bien bavard, chère amie. Combien de temps encore vais-je rester sur pied ? Dieu seul le sait, oserai-je dire. »

Délicatement j’ai alors posé mes lèvres sur son tronc et lui ai, en secret, murmuré quelques mots : « Courage, mon bel if, ta fin n’est pas si proche. Un if ne meurt jamais à l’abri d’une église. Veille bien aussi sur les fonts baptismaux, tes conscrits (XIIe siècle) et leur dizaine de personnages gravés dans le granit. Une pure merveille, tu le savais ! »  fonts 4

If a tourné son regard branchu vers l’édifice. Je l’ai vu cligné des ramilles  en signe d’acquiescement.

    

( 3 décembre, 2016 )

Une vie prolongée, dix vies massacrées !

Dans les coulisses du téléthon, derrière le rideau des expérimentateurs et chercheurs, il y a ces familles de gentils, doux, intelligents et merveilleux petits chiens Beagles, torturés au nom de la science. Le saviez-vous ?

Mes deux anges Beagle Zozinette et BigMa que j'ai tant aimées.

Mes deux anges Beagle Zozinette et BigMa que j’ai tant aimées.

Le Téléthon, une institution bien ancrée maintenant, à buts certes nécessaires, voire très utiles pour les progrès de la Science, le soulagement des malades et, de ce fait, de leurs familles.

 Oui, donner, avoir donné pour un ancien président véreux de l’association de recherches contre le cancer qui, avec nos propres deniers patiemment amassés, se faisait construire une piscine !

Donner, sans toujours savoir le moche, bien dissimulé derrière la grille vers laquelle vont être emprisonnés les chiens futurs martyres-cobayes achetés avec nos dons, est-ce un beau geste ? Bien sûr, je suis pour le sauvetage et le soulagement des souffrances de tous les êtres atteints de maladies orphelines et rares. Mais à quel prix ?

J’ai toujours crié haut et fort qu’une vie d’humain égale une vie de chien. Pas plus, pas moins, les deux espèces issues de la même souche pleurant, riant, passant par la même gamme de sensibilité ! Je sais de quoi je parle puisque des animaux, il y en a toujours eu, qui partagent le gîte et le couvert à la maison.

Les malades ont leur famille pour les protéger, les entourer, les réconforter.

Les chiens n’ont même plus leur voix pour se plaindre puisque, dans ces laboratoires, on leur coupe les cordes vocales avant de les massacrer à petit feu à coups d’injections de produits à tester et autres substances impropres à leur pauvre corps. Et ce, sans que les infortunés petits êtres puissent aboyer, crier, pleurer, hurler, gueuler….bigmadernphoto2.jpg

J’ai honte de ces méthodes barbares et cruelles sur des êtres sensibles !

Arrêtez le carnage, je vous en supplie et que les dons du téléthon aillent à une médecine propre,  sans souffrances animales, pour la guérison des humains !

( 19 novembre, 2016 )

Vive la chasse aux ……..chasseurs !!

Ce matin, j’ai rencontré, allant et venant le long de notre petite route, un joli et jeune coq faisan, ailé de plumes d’un superbe bleu ardoise. 

Perdu, effrayé, n’osant se diriger à droite ou à gauche, devant, derrière, ne s’envolant même pas après plusieurs dizaines de mètres de course sur l’asphalte. Bref, une pauvre bête tout juste lâchée, la veille, de la volière dans laquelle elle était nourrie et logée. Une chair à canon pour demain, proie tellement facile, moins agitée qu’un pigeon d’argile mais ……pensante, elle !

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Souffrant de faim car la gamelle n’était plus là. De solitude, les amis de basse-cour parachutés plus loin. Effrayé à la vue d’un engin voiture déboulant sur lui et semblant la poursuivre .  

J’ai eu le temps de prendre deux clichés, il était toujours là et s’est enfin réfugié dans le talus. Demain, petit père, le talus sera visité par les chiens, le ciel à la portée des cartouches et la terre dénudée de son maïs aussi.

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Poulet, je te souhaite une mort rapide, ta seule issue face à la débilité de ces chasseurs insensibles au respect de la vie ! !

Et qui se disent amoureux de la nature !!

Des sportifs ?

Pardon, de quel sport s’agit-il ?

J’ai cherché parmi la longue liste des nombreux sports que chacun peut pratiquer et n’ai pas trouvé l’intitulé « tuerie » !!

De droite, de gauche, du centre ou des extrêmes, hommes et femmes politiques, un jour évoquerez-vous les sujets de la protection animale, de la corrida, de la chasse et autres barbaries dont on pourrait se passer pour vivre mieux notre vie de gens soi-disant intelligents ?

( 7 novembre, 2016 )

Des châtaignes pour Freckles

 

Freckles, quel drôle de nom pour une brebis ! A vrai dire, un mot british qui signifie « taches de rousseur ».  Des taches plus ou moins foncées sur ses quatre pattes, les oreilles et sur le corps, bien visibles lorsqu’à la fin du printemps, son manteau de laine vient de lui être ôté.

"Dis, maman, mon cageot est vide !"

« Dis, maman, mon cageot est vide ! »

 

Je vous ai déjà parlé d’elle et de ses maîtres britanniques qui nous l’ont confiée à la fin du printemps 2015, avec sa sœur Ma.

Une escapade en Suisse pour la communion de Nolan, notre petit-fils, n’avait été possible que si nous trouvions quelqu’un pour garder la vingtaine d’amis pattus, canins, laineux ou emplumés, y compris la douzaine de poissons au bassin.

J'ai beau attendre ma copine. Elle fait chambre à part !

J’ai beau attendre ma copine. Elle fait chambre à part !

 

Un séjour que nos amis animaux n’ont pas oublié car la dame était charmante, à leurs petits soins, ayant l’habitude de ce genre de service.

A notre retour, ayant trouvé l’endroit idéal pour une retraite paisible des deux dernières brebis vieillissantes de leur élevage, le couple nous a proposé de les amener ici, pour un séjour de deux mois et demi, monsieur partant en Afrique car retraité travaillant encore cependant pour des missions du Foreign Office. Quant à madame, elle s’envolait pour l’Australie, chez sa fille. Pour l’amour des animaux, j’ai illico presto dit « yes, of course ! ».

 

Et le 6 mai 2014, les deux charmantes et douces lainées sont arrivées. Descente de la vachère un peu difficile car toutes deux souffrant d’un début d’arthrose.

Choyées, elles ont continué leur paisible vie d’ovines dans l’enclos et le vaste champ de 2 hectares et demi ainsi que dans la bergerie, en compagnie de Kiwi Boy et de Fifi Rebita, sa sœur.

Et comme leurs maîtres n’ont jamais daigné reparaître, nous avons volontiers gardé les deux ovines qui ne nous ont guère causé de soucis.

Sauf quand il faut rejoindre l’autre monde….

 C’est Fifi qui, en octobre 2014, a cessé de vivre. Il nous restait Kiwi + les deux Anglaises.  Et l’hécatombe a continué avec, le 25 février de cette année 2016, la disparition de Ma la douce British.

"L'ennui, c'est pour plier ces maudites pattes  qui ne m'obéissent plus !"

« L’ennui, c’est pour plier ces maudites pattes qui ne m’obéissent plus ! »

Depuis trois mois, je nourris la gentille Freckles trois à quatre fois par jour. La nature étant généreuse, je lui offre herbe tendre coupée au ciseau, tranches de pain frais ou rassis dont elle se régale. L’automne venu, Freckles a sa bolée de châtaignes, son saladier de pommes tranchées.

Ses préférées ? Les nashi nashi, ces pommes poires de peu de goût mais tellement juteuses dont elle se gave depuis la mi août, tellement le pommier est généreux.

 

"Je vais me régaler un peu et oublier momentanément mes douleurs !"

« Je vais me régaler un peu et oublier momentanément mes douleurs ! »

 

Le foin ? Non, elle a mieux donc pas question d’y goûter. Les granulés de céréales ? Elle adore, les croquant prestement et en redemandant.

"Le menu ne varie guère mais j'apprécie !"

« Le menu ne varie guère mais j’apprécie ! »

Sa demeure quasi permanente ? Non point la bergerie mais une place bien à l’abri entre la serre et le mur du poulailler, à l’air libre, juste couverte d’une bâche lui évitant les rayons du soleil et la pluie. Si nous la déplaçons vers l’étable pour une nuit quand le temps est à l’eau, elle retourne vers son endroit choisi. Je sais qu’elle guette ma venue et m’avertit par un bêlement sourd. Je sais aussi que sa fin est proche. Le jour où ses pattes ne la porteront plus du tout, il faudra agir.

Un déchirement ! Car ôter la vie à ma douce Freckles au regard tendre et aimant de gentil animal va être un drame. 

Un drame à chaque fois que nous devons alléger les souffrances de nos amis animaux. Leur regard innocent, leur confiance inconditionnelle en nous…, il faut savoir les quitter, ultime preuve d’amour et de respect de notre part face à leur souffrance…

Il faut aussi aimer les animaux pour comprendre cela !

Homère aurait dit : « Le sommeil et la mort sont deux frères jumeaux ».

Car au-delà des ajoncs, de l'ombre et de la mort, il y a peut-être la lumière naissante d'un soleil infini, tels ces rayons, ce matin, passant outre les piquants acérés, sur le talus.

Car au-delà des ajoncs, de l’ombre et de la mort, il y a peut-être la lumière naissante d’un soleil infini, tels ces rayons, ce matin, passant outre les piquants acérés, sur le talus.

Puisse-t-elle bientôt reposer en paix, sans souci de ses quatre pauvres pattes usées, au royaume des vertes prairies, des vergers de pommiers nashi-nashi, des talus de châtaigniers toujours en fruits et des généreux distributeurs automatiques de granulés pour brebis, avec tous les ovins qu’elle a côtoyés et nous, les humains qu’elle a aimés, à sa manière de gentille petite brebis.

Aujourd’hui 8 novembre, j’ai pris la grave et terrible décision de laisser partir Freckles pour un monde meilleur.

Coup de fil au vétérinaire, la voix tremblante. Dernier copieux repas pour ma douce, beaucoup de caresses sur sa tiède tête. Elle ne s’est pas levée de toute la nuit, ses pattes refusant de la porter. Attente interminable de l’homme à la piqûre de soulagement. Enfin, il arrive et la laisse gentiment manger son dernier bol de granulés. Je lui tiens doucement sa tête penchée, il faut trouver la veine. Encore quelques mots et caresses les plus aimants, bienveillants et affectueux possible, les yeux embués de larmes. C’est la fin, la tête s’alourdit au creux de mes mains, les yeux ne cillent plus. Ultime réconfort : Freckles n’a pas souffert pour mourir.

Adieu, ma bien douce et jolie vieille brebis !

Je sais que tu as rejoint ton paradis, tout près de Ma, ta sœur, de tous tes petits dont on te séparait au printemps de chaque année, pour la bouffe de ceux qui aiment la chair animale. Repose en paix dans le champ encore verdoyant et attends-moi ! Un jour, je te retrouverai.

 

«Il y a toujours pour moi cet aspect bouleversant de l’animal qui ne possède rien, sauf sa vie, que si souvent nous lui prenons. Il y a cette immense liberté de l’animal, vivant sans plus, sa réalité d’être… C’est pourquoi la souffrance des animaux me touche à ce point.»

Marguerite Yourcenar in « Les Yeux ouverts » 1980  Editions Le Centurion

 

 

  

 

( 12 août, 2016 )

Juliette et Babeth

Elles sont arrivées le 13 juillet, non cocardées pour la fête nationale du lendemain bien que venant de briser les grillages de leur enclos-prison d’élevage pour une longue vie de liberté et d’insouciance à la Mauvillère.

Deux jeunes élégantes ont donc rejoint notre seule et unique poule, veuve de sa sœur depuis quelques semaines.

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Babeth, la Sussex, au plumage bien fourni blanc herminé noir dont les lointains ancêtres non gaulois vivaient en Angleterre, dans le comté du même nom, au sud de Londres. Un pays encore dirigé par une certaine Elizabeth ou Elibabeth.

 

Quant à Juliette, la jolie bipattue gris ardoise, elle a bien failli ne jamais porter de prénom.cocot 5

Une fois choisie parmi les dizaines de poulettes et capturée dans un filet genre épuisette, à la ferme cueillette de fraises et élevage de gallinacées sise au Mesnil-Rogues, la poulette a été indélicatement saisie par les ailes. La demoiselle grise légèrement incommodée par cette posture peu confortable, au sortir du poulailler grillagé s’est débattue et a pris la poudre d’escampette. La maladroite qui avait pourtant repéré les allées et venues nerveuses de l’énorme cerbère à l’extérieur de l’enclos aurait dû s’envoler !!! Oubliant que le maître avait récemment sectionné quelques extrémités de plumes à son aile droite pour que la gallinacée reste pattes à terre.

Aussitôt libre aussitôt poursuivie par le gros chienchien de la maison, un nommé Jules, qui l’a vite eue à la course et saisie entre ses crocs ! 

Voilà notre propriétaire de poules courant après son chien, le quatrepattu champion de marathon galopant, loin devant, à peine alourdi par sa proie emplumée. Un grand champ à traverser au pas de course et nous en compagnie des quatre petits-enfants, assistant, impuissants à la terrible scène, anticipant déjà sur la fin proche de notre future hôte.

Eh bien non, cinq minutes plus tard, homme, chien et poule sont revenus, la cocotte, tel un bâton de relais au 4x400m à pied, ayant changé de camp, indemne, la crête soudain devenue jaune de peur.

« On va l’appeler Juliette« , ont alors proposé Timo, Nolan, Laly et Baptiste, les vacanciers, soulagés, décidés à rompre l’atmosphère morose, en souvenir de cette course poursuite à l’heureux dénouement.

Emballées dans un carton, Juliette et Babeth ont gagné leur nouveau logis, avec quarantaine d’une demi-journée et d’une nuit au poulailler, pour s’imprégner du lieu.

Les demoiselles n’ont hélas, un mois plus tard, pas encore bénéficié de l’amitié de Madame Veuve  qui, chaque fois qu’elle le peut, en profite pour faire sa loi de ségrégation : les jeunes d’un côté et à moi, la doyenne, le commandement.  Ce que nos petites nouvelles n’apprécient guère, ayant déjà laissé quelques plumes dans la bagarre.

 

Avec Kiwi et Freckles, mouton et brebis, le temps est au beau fixe, les deux ovins acceptant volontiers, chaque matin, de partager leur petit-déjeuner de granulés avec les nouvelles copines à plumes.

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Pendant que la douairière solitaire boude, nos jolies, trouvant le nid fort à leur aise, y déposent gentiment, chaque jour, leur coco. Babeth nous gâtant même, pour ses premières pontes, d’œufs à double jaune.

 

Et tant pis pour la râleuse, foi de Juliette et Babeth ! 

Si les photos apparaissent floues, cliquer dessus pour les obtenir bien nettes.

( 27 juin, 2016 )

Agonie

J’ai deux poules dont l’une est à l’agonie. 

Je dis bien « agonie », du grec agonia qui signifie combat, lutte, dernière lutte de la vie contre la mort.

Non, vous ne saviez pas que ce terme n’est pas exclusivement réservé au genre humain ? 

Depuis des mois, elle se traînait, semblant nonchalante, posant doucement et lentement une  patte après l’autre, hésitant à tourner la tête sur mon passage, ne se jetant plus avec avidité pour picorer le blé sur l’herbe, ne courant plus après insectes et vers de terre, comme continuait de le faire son unique compagne de basse-cour.poulette 1

La mine grise, la crête peu colorée, l’œil terne, le plumage moins éclatant, la gallinacée avait quelque chose de travers.

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J’ai longtemps pensé qu’elle se remettrait, avec les beaux jours, de cette dépression physique et ne suis pas allée consulter un médecin pour poules.

Hélas, son état a empiré au fil des jours, aggravant ma tristesse à chaque rencontre tri ou quadri quotidienne.

Elle venait de chez maman, cette cocotte.  Car maman, éleveuse d’une quarantaine de poules pour sa consommation personnelle et celle de ses enfants (sauf moi puisque végétarienne), tenait à m’en offrir une ou deux, les plus jolies ou les plus gentilles.  

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Les plus habiles à sauter la clôture pour chaparder les légumes dans son jardin, elles m’étaient destinées. Les cocottes commençaient alors une longue vie de balades et de farniente, à l’abri de couteau tranchant, ayant juste pour tâche de nous assurer un œuf de temps en temps, quand elles le souhaitaient.

Maman nous a quittés en 2013. Or elle ne s’occupait plus de volailles depuis un an au moins. Si je compte bien, les toutes dernières poules qu’elle m’a offertes seraient âgées de 4 ans. Elle me les donnait, sachant que j’aurais toujours, au moins, de beaux œufs frais à gober puisqu’à son grand désespoir je ne me sustentais plus de chair d’animaux de la ferme et d’ailleurs. 

Petite maman est morte, la poule va mourir. Nous allons bientôt suivre ce sinistre cortège de morts qui disparaissent dans le néant de la terre ou du feu et dont, peut-être il faudrait bien le croire, l’étoile brille quelque part au firmament de l’Eternité.

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Je sais qu’elle souffre, ne mangeant plus, ne se perchant même plus sur la branche à cet usage dans le poulailler, près de sa sœur poule qui, elle, semble très affectée en restant à ses côtés pour la veiller, ne caquetant même plus.

 

Et je me dis que la souffrance, animale ou humaine est la même.

Que pense-t-elle dans sa petite cervelle d’oiseau ?

Que penserons-nous tous lorsque l’heure de l’agonie aura sonné ?

Le dégoût d’avoir vécu pour en arriver là !

Le non-sens de la vie qui conduit  à la déchéance avant le dernier soupir !

La privation prochaine des êtres aimés et de Dame nature !

Le drame de la souffrance en attendant le dernier souffle !

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Puisse cette petite poule ne plus souffrir bien vite pour rejoindre cette immense Paix dans laquelle nous aimerions tous entrer, le plus tard possible, dans la douceur et sans douleur ! 

Ce matin du 28 juin, la pauvre poulette n’a pas eu la force de sortir du poulailler et, ce midi, son corps gisait, sans vie, à l’entrée de sa demeure.

Je suis soulagée qu’elle soit enfin morte. soulagée qu’elle n’ait plus à souffrir davantage…pour mourir.

« Vivre, se nourrir, … accomplir la tâche pour laquelle on est né et mourir : ça n’a aucun sens, c’est vrai, mais c’est comme ça que les choses sont. »
L’élégance du hérisson    Muriel Barbery

 

 

( 7 mai, 2016 )

Gabrielle Chapitre 10

                                  

               Chapitre 10

     

           Malheurs en cascade

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L’alcool étant devenu la raison de vivre de Marie-Louise, ce qui devait arriver arriva en 1936.

Elle était tout juste âgée de 35 ans.

Après deux jours d’hospitalisation à Coutances, la pauvre femme décédait et était inhumée au cimetière de cette même ville.

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1936 : vous vous souvenez ? L’année où Gabrielle donnait naissance à ses jumelles :

« La vie et la mort sont soumises à la destinée. »
Citation de Georges Clemenceau; Le voile du bonheur (1901).

 

 

 

François restait seul avec ses trois enfants, respectivement âgés de 11, 10 et 9 ans.

Deux années plus tard, le petit dernier, René, décédait le jour de sa douzième année.

« François me racontait qu’il le veillait toute la nuit, occupé au travail de la carrière le jour », soulignait tristement Gabrielle.

( 23 avril, 2016 )

Etre vivant ou steak saignant ?

Au loin, dans l’herbe rase du champ voisin, j’aperçois une tache blanche. Future cataracte ou yeux mal éveillés, je distingue à peine de qui il s’agit. Sac plastique à engrais ? Eclat d’astéroïde ? Gros chat blotti, chassant ?

Je m’approche de la clôture et découvre un petit veau quasi tout blanc dormant paisiblement, juste né de cette nuit. A quelques pas de là, sa maman broute en le bien surveillant.

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Mystère de la naissance, joies de la maternité pour nous les mammifères animaux et humains !

Une belle journée s’offre à cette vache et son bébé, partagée entre longues siestes et tétées au pis gonflé de bon lait tiède.

A moins que …, à moins que …

Ce soir, suis retournée au champ pour la balade avec mes amis chiens.

Le petit reposait sur une couche du foin tombé du râtelier. Maman et ses copines grignotaient l’herbe séche.

Le merle noir lançait sa mélodie, du sommet du grand chêne avant d’aller dormir. Tout était calme pur, douceur, amour, tendresse et noble paix pour cette nuit encore.

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Ce matin, le petit était occupé à téter. La grande vache blanche attendait patiemment qu’il ait bu sa ration. Lui enfin repu, la maman reprendrait son broutage interrompu.

Vision d’un paradis sur terre, sans prédateurs, oserais-je dire sans la plupart des humains !

Trois hommes sont passés sur le chemin. Se sont dirigés vers le champ pour s’emparer de la maman et du bébé, les rapprochant de la stabulation, future prison du petit et usine à lait pour la mère.

J’ai encore eu la joie de les voir ensemble jusqu’à la traite du soir vers 18h. Si éphémère joie, déjà salie par le sort à venir. La vie en dents de scie, toujours et encore : l’on rit et puis l’on pleure….

Ensuite l’air s’est empli d’insistants meuglements, de hurlements lugubres, d’appels se répondant, de cris s’éternisant, de plaintes incessantes.

Ils ont passé la nuit à chercher sans comprendre, se chercher sans se voir, à pleurer leur malheur, à gémir de douleur…

Dans l’indifférence générale…, les hommes s’endormant du sommeil du juste, du tellement cruel, pour la bonne cause, le fric et le gros steak à dévorer…

Et dans ce steak saignant, vivait un petit veau trop tôt séparé de sa mère et qui l’a tant pleurée ….

Et dans ces grasses tripes, vous mangerez la mère qui a tant pleuré ses petits !

Dessins pris sur site de coloriage.

 

( 3 avril, 2016 )

Voleur enfin capturé

Surpris en flagrant délit de consommation illicite d’avocat, un individu de sexe non déterminé, de couleur plutôt sombre et de langue inconnue a été placé en garde à vue ce matin.

Interpellé sur le pourquoi de son agression goulue envers cette grosse baie verte à unique pépin originaire du Mexique, le profiteur est resté muet bien que semblant très agité dans son box grillagé. souris 1

Une récidive qui risque de lui coûter cher puisqu’ayant aussi abusé, il y a une semaine,  d’un généreux morceau de ce tubercule, lui aussi d’origine sud américaine vulgairement appelé patate.

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L’avocat commis d’office s’est alors rendu sur le lieu de détention du pillard pour lui poser quelques questions.

souris 3Auxquelles questions le gourmand malandrin a enfin daigné répondre, les dents cependant fort serrées.

« -Pourquoi vous attaquer à ces aliments interdits ?

-Vous êtes drôle, vous ! Je n’avais pas accès aux autres mets dont je rêve !

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-Comment vous êtes-vous fait prendre ?

-J’ai un gros penchant pour le fromage, ce qui m’a directement jeté dans la gueule du loup puisque portion de comté fort odorant à ma portée dans cette cage grand ‘ouverte !

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-Que pensez-vous de ces pratiques de capture ?

-Je vais porter plainte auprès du tribunal des arnaques et demander le retrait de ces pratiques humiliantes pour notre caste, bien que moins bestiales que leurs ancêtres, ces tapettes antiques vous saisissant par le cou jusqu’à ce que mort s’en suive. N’empêche que, si je n’avais pas tant aimé pâtes pressées, molles, fraîches et persillées, je courrais encore ! 

-A quel verdict vous attendez-vous, la mort ou la prison à vie ?

-Un ami de ma race m’a, ce midi, textoté que la présidente du tribunal préfère punir d’exil plutôt que de prison ou de mort. Refaire sa vie ailleurs, ça me tente ! »

Il avait raison, ce coquin ! 

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Moi, présidente, j’ai délicatement soulevé la geôle placée une ou deux fois l’an dans le cagibis-débarras lorsqu’éphémère apparition de petit rongeur, murmuré quelques mots tendres au gourmand pour calmer sa frayeur, emmené le convoi vers le tas de bois du grand champ et, sous l’œil reniflard des chiens, libéré le petit, bien vite parti dessous les branches.

Tous deux avons alors humé le prix de la liberté !!!!! 

 

 

 

 

( 26 mars, 2016 )

Inquiétant passage

"Moi, je sens, je sens ...une musaraigne !"

« Ca ne me dit rien de bon, cette odeur de fauve ! »

 

Ce matin, Nana est curieuse, voire inquiète.

 

« Il est encore passé par là, franchissant le talus pendant que je dormais. C’est trop fort, cet intrus qui profite de la nuit pour souiller notre terrain de jeux ! « 

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Au fait, vous ne connaissez peut-être pas Nana Long Nez. Je vous la présente en images. C’est la fille black et celui qui est à ses côtés, le petit gris, il s’agit de son copain cocroquetteux Scottish.

« Quel est ce malotrus, fauteur de troubles qui, encore venu nuitamment, -ah, le lâche, pendant que nous n’y sommes pas ! – a souillé notre terrain de jeux ? Pas de signature, bien sûr ! 

S’agirait-il d’un mustélidé Melles melles, trappu et court sur pattes, qui se fait appeler blaireau ?

Ou bien d’un canidé Lupus lupus, notre cousin germain, celui qui a mal tourné puisque porté sur le commerce illicite des poules, hebdomadairement chassé par une horde de fusils mal réglés ? Si maman se dit protectrice de toute gent animale et destructrice de tout ce qui porte arme pétaradante ou tranchante, nos opinions divergent quant à la pénétration ni vue ni connue sur notre sacro saint sol privé !

En tout cas, ça c’est sûr ! Une passion en commun, le terrassage creusage hersage labourage fouinage de terre végétale ! Et dire que des hectares de champs alentour ne lui suffisent pas !

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De ma mémoire de chienne intelligente, je ne me souviens pas avoir jamais signé un quelconque parchemin de droit de passage sur ce lopin Duval de la Mauvillère !! Oserai-je vous dire qu’en plus, cet imposteur sans foi ni loi dépose près de ses fouilles ce qui, dans notre capitale lutécienne, est taxé de 68 € quand déposé hors dépôt légal ! Chacun chie chez choi, enfin !

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Moi, syndicaliste déléguée de Force Ouvrière Canis Lupus familiaris, je vais de suite en référer à notre maman, présidente chevelue responsable de nos balades, pâtées et caresses. Elle saura y faire bien que sans grand nez pour constater par humage les dégâts causés ! 

A vous tous, bon vent et chacun chez choi ! Parole de Nana ! 

 

 

( 4 mars, 2016 )

L’anima de l’animal

Tempo

Tempo +

Anima, en latin, cela signifie le souffle et l’âme. Au catéchisme, j’ai appris (quand on est enfant, on gobe tout !) que seuls les humains ont une âme !!!

Eh bien alors qu’est-ce que l’âme ?

BigMa +

BigMa +

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Nana et Scottish

Grand débat philosophique que je n’entamerai pas.

 

Notons que, assez récemment, au cours d’une allocution officielle, le pape François a affirmé que « les animaux ont une place au paradis. »

« Le paradis est ouvert à toutes les créatures de Dieu. »

Une évolution dans les mentalités, une prise de conscience que toute vie mérite respect ?

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Deux de nos poules +

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Champrepus+

Alors pourquoi les persécute-t-on, les sacrifie-t-on pour les manger ?

 

Côtoyant tous les jours mes poules, brebis et chiens et continuant de découvrir leurs sensations, leurs inquiétudes et déceptions, attentes, jalousies, peurs et rires, joies et plaisirs, je me dis que ces sentiments qu’ils expriment sont ceux des humains. Eh bien oui, je le savais bien sûr déjà, qu’ils sont intelligents. Et vous aussi, n’est-ce pas ?

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Doudoune et Riri

Oh, pardon, vous n’avez pas d’animaux, vous êtes contre ces perturbateurs de votre petite vie, ces « quilaissentdupoilpartout », ces « cestsaleetçadonnedesmaladies », ces « çanestquunebête » !!

Petites hirondelles de l'été dernier +

Petites hirondelles de l’été dernier +

 

Dans ce cas, passez votre chemin. Je ne pourrai jamais vous convaincre avec si peu d’arguments car il faut les voir vivre, les écouter et les regarder pour comprendre ces amis mis sur notre chemin, ces rencontres merveilleuses qui peuplent nos existences, ces horribles déchirures qui nous brisent le cœur lorsque leur heure est arrivée de nous quitter.

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Freckles

Pourquoi continuent-ils de hanter notre vie sinon parce que nous les aimions si fort, comme nos parents, nos amis et tous les autres êtres qui nous sont chers.

 

Peut-être encore davantage puisqu’ils ne nous apportaient que du bonheur, jamais de discussions serrées, de coups de gueule, de conflits. Toujours souriants et égaux à eux-mêmes, du matin au soir et lovés dans leur coin, toujours rassurants du soir au matin.

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Crevette

« L’homme a peu de chances de cesser d’être un tortionnaire pour l’homme, tant qu’il continuera à apprendre sur l’animal son métier de bourreau. »  Marguerite Yourcenar (1903-1987)

Zozinette +

Zozinette +

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Pimpin +

« Tant qu’il n’étendra pas le cercle de sa compassion à tous les êtres vivants, l’homme ne trouvera pas de paix. » Dr Albert Schweitzer (1875-1965)

( 26 février, 2016 )

Reprise du texte et suite Les deux plus deux laineux du champ

Ma au paradis des animaux

 

Ma OHier midi jeudi 25 février 2016, Ma s’est endormie pour toujours.

La douce vieille brebis est partie avec calme, sa belle tête lainée entre les mains de mon mari. Le liquide injecté par le vétérinaire a très vite trouvé son chemin vers le cœur, soulageant ainsi notre amie.

Depuis deux mois, puisqu’elle ne sortait plus de la bergerie, je la nourrissais d’herbe fraîchement coupée, de croquantes carottes, de feuilles d’endives et de chou ainsi que de foin à gogo. Et de nombreuses paroles et caresses.  Elle m’accueillait avec un seul bêlement, de joie peut-être ou de hâte d’avaler quelque chose. Dans la caisse en carton, elle plongeait alors vivement son nez, mâchant avec avidité ce qu’elle ne pouvait plus chercher elle-même.

Vous souvenez-vous de l’histoire de ces brebis, écrite il y a à peine un an ? La revoici. Juste pour le bonheur de les évoquer encore une fois puisqu’il en manque deux désormais.

 

Ils étaient quatre, vieilles dames et vieux jeune homme, quadripattus et laineux, à brouter l’herbe printanière du champ, en 2015. Deux mi cotentins mi sans race et deux issues de race Jacob car présentant quelques faibles taches.

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Ma, la plus âgée, douce et calme vient de mourir.

 

 

 

 

Freckles

Freckles, tête plus claire, souvent dans cette position car rhumatisante, très douce aussi.

 

 

 

 

Il n’était pas prévu, pour ces deux dernières ladies, un séjour prolongé chez nous.

Appartenant à Lynda et Cleeve, un couple d’Anglais installés dans un village à une trentaine de kilomètres d’ici, les brebis étaient venues passer des vacances pendant que leurs maître et maîtresse partaient, pour quelques mois, lui en Afrique, elle en Australie chez sa fille.

brebis

Lynda était venue s’occuper de mes amis canins lors de notre séjour à Grimentz (Suisse) chez les enfants au moment de la communion de Nolan, en juin 2014. Un job-service qu’elle accordait volontiers pour passer le temps pendant que son mari, occupé au service du ministère britannique des Affaires Etrangères (Foreign Office), travaillait à l’étranger. J’ai passé un après-midi merveilleux avec Lynda, dame charmante, cultivée, généreuse et passionnante. Très proche des chiens, à leur écoute, les promenant souvent et passant des après-midi au champ avec eux, elle lisant et les chiens batifolant sur l’herbe. Son mari, rentré de voyage entre temps, était venu passer une soirée avec elle à la Mauvillère.

 

imagesQuelque temps après notre retour, demande a été faite par eux de nous confier les ovines âgées pendant leur absence de deux mois à deux mois et demi. Nous avons acquiescé avec plaisir.

Depuis bientôt deux ans, aucune nouvelle du couple britannique.

Quant aux British ewes (brebis), elles se portaient à merveille, grignotant foin  et herbe à volonté entre de longues siestes, faisaient excellent ménage avec Kiwi et Fifi Rebita (voir article intitulé Histoire de la famille Rebita publié en octobre 2009) et ne semblant même pas s’ennuyer de leurs anciennes connaissances britanniques.

Reprise du texte et suite         Les deux plus deux laineux du champ dans CHERS ETRES PATTUS kiwi-o

Kiwi, le seul garçon de la famille, stérilisé, doux comme un agneau !

Fifi Rebita, vive et peureuse depuis toujours, est dévcédée il y a six mois.

 Fifi Rebita, vive et peureuse depuis toujours, est décédée il y a six mois.

Des vacances prolongées jusqu’à quand ?

Peu importe. Elles se plaisaient ici, nous plaisaient et tout était bien comme cela.

Et puis Ma et sa fille Freckles m’ont offert leur manteau de laine au printemps dernier, que peu à peu j’utilise dans mes tissages. Dans quelques mois, leurs généreuses toisons auraient été à nouveau coupées et travaillées. C’était encore du bonheur à venir !

Il en a été décidé autrement pour deux de nos chères brebis.

Il y a six mois j’écrivais que le plus dur serait de leur donner la piqûre finale quand leurs pattes ne pourraient plus les supporter. Elles finissent toutes ainsi chez nous, après de longues années de bonheur.

 

 Si Fifi Rebita, la sœur de Kiwi, a succombé, il y a six mois, à un ulcère à la mamelle, Ma et sa fille étaient rhumatisantes. Je me souviens, à leur arrivée, leur difficile descente de la vachère et le commentaire de leur maître ponctuant cette descente :  »Vous savez, elles sont vieilles et ont des petits problèmes aux pattes. elles sont déjà au moins huit à dix ans ! ».

J’apprenais aussi que ces deux ovines avaient mis au monde et nourri bon nombre d’agneaux qui, à leur tour, nourrissaient le couple non végétarien. Tous deux choisissaient cependant, dans un élan de générosité envers les deux dernières brebis de leur élevage, de leur offrir une prolongation de vie. 

 

Bonne nuit, malgré tout, sachant que personne, ni humain ni ovin, n’est éternel !. Dormez ou veillez, selon que vous compterez les moutons ou les soustrairez car, comme l’ont dit les Marx Brothers :

Tout le monde sait qu’en cas d’insomnie il suffit d’additionner mouton après mouton pour s’endormir. Mais combien de personnes savent que, pour rester éveillé, il suffit de soustraire les moutons ?

 

( 15 février, 2016 )

Parole d’étourneau chanteur

Il pleut ce matin, comme hier, comme demain. Je préfère le soleil bien que, mes plumes hyper lissées, je ne craigne rien et opte pour sortir de mon perchoir branchu. Ma bande de copains, à peine yeux et bec éveillés, s’en va se ruer sur le silo tout proche. Moi, je préfère m’étirer zenement, flâner et entamer mes vocalises. Car, je l’avoue, j’adore chanter. C’est ma passion. J’ai de qui tenir puisque papa était tenor contre ut et maman soprano coloratura.

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Mon répertoire ? Toute une liste de chants variés que certains envieux qualifient de pot-pourri ou encore d’imitations. D’ailleurs nous ne sommes pas les seuls oiseaux, dans la région, à posséder notre répertoire d’arrangements mélodieux. La grive musicienne, ma voisine, la rousserolle verderolle qui n’arrivera qu’en mai et l’hypolaïs peuvent, elles aussi, témoigner. 

Cela m’agace d’entendre de telles paroles ! Pas du tout d’accord ! Allez voir dans les chorales du Coutançais !

 

Si nous volons en bandes, sans chanter, d'autres chantent en bandes sans voler.

Si nous volons en bandes, sans chanter, ce que nous faisons perchés, d’autres chantent en bandes mais ne sauront jamais voler.

 

On copie, à tour de voix, Wolfgang Amadeus Mozart, Karl Jenkins et John Rutter. On pique largement dans le répertoire des gospels, on recopie, en laissant de côté la moitié du texte, les chansons des Beatles, on s’approprie les hymnes russe, anglais, américain et sud africain !

Large bec ouvert, imitations douteuses !

Large bec ouvert, imitations douteuses !

Les ségrégationnistes nous ayant classés dans la catégorie « oiseau », l’une des espèces soit-disant inférieures à l’homo sapiens, nous en payons fort cher le prix !

Heureusement pas tous racistes, ces hommes, j’en suis sûr, preuve à l’appui !

Je la vois bien, tous les matins dans le grand champ, stopper sa balade marchée avec ses chiens pour offrir son cornet auditif à mon chant. Elle sourit alors, heureuse de mes trilles variées car j’y mets tant de cœur qu’elles ne sont jamais les mêmes. Si je m’interromps parfois, c’est pour humer la fraîcheur de l’air et reprendre mon souffle. Je regrette souvent ce bruit proche de canon perturbant mes mélodies. Ou encore ces coups de feu atteignant mes copains trop gourmands.

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Plus tard, j’irai me sustenter du côté des symphorines qu’elle a plantées, en pleine maturité en cette fin de mois. Je n’apprécie guère le maïs ou l’herbe fermentés. Ca pue !  Et puis on y risque sa vie, les propriétaires se les accaparant pour leur bétail et ne nous autorisant à presqu’aucune miette ! 3%, disent certains. Il leur en reste donc quand même 97% !

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Quand, vous humains, verrez passer, au-dessus de vos têtes, un vol de dix mille étourneaux, lorgnez bien le dernier de la troupe, ce sera moi ou un ami rêveur, gourmet et non voleur. Chez les êtres humains, c’est pareil. Vous savez bien que, à côté des méchants et des sots, il y a les doux, les tendres, les humbles et les sages !

Parole d’étourneau chanteur !

 

( 8 février, 2016 )

La vie aux mille et un méandres

Qui oserait prétendre que « la vie est un long fleuve tranquille » ?

Chaque jour que nous vivons, différent pour chacun des êtres qui peuplent notre terre, pourrait-il se passer sans aucune embûche, si légère soit-elle ?

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Si 25 000 jours équivalent à mes 67 années de présence sur la planète, combien d’entre eux ont coulé, telle l’eau du long fleuve tranquille, exempts d’instants de tristesse, de peur et de petits ou grands malheurs ?

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Tel le ruisseau qui serpente le long du talus, dont l’eau tantôt bute contre une pierre, tantôt dévie au gré des méandres du terrain, ma vie s’écoule en dents de scie, à hue et à dia, chantante ou pleurante, parfumée ou inodore, au fil des jours.

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Tels les mille et un rameaux tortueux du noisetier « contorta », sis à un mètre du pas de la porte d’entrée de notre demeure de la Mauvillère, si superbe à la saison des feuillus dénudés.

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Tels les mille et un cailloux que j’ai patiemment et amoureusement choisis, transportés et assemblés sur la cour, ancienne pelouse de notre maison.

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Tels les mille et un êtres qui nous ont précédés, ancêtres proches ou lointains, dormant maintenant d’un éternel repos.

papa et maman

Cher papa (1923-2005), chère maman (1923-2013), vous m’avez enseigné le respect du souvenir des ancêtres qui nous ont donné la vie. Un instant revenus parmi nous par le biais de l’écriture.

Evoquer, de temps en temps,  leur vie et la nôtre, apporter quelques repères écrits, souvenirs glanés au fil des rencontres et des conversations, pour qu’un jour, si l’un de nos enfants, petits-enfants ou arrière petits-enfants était curieux de remonter le temps, notre temps familial, il lui reste quelques modestes écrits.

( 30 janvier, 2016 )

Chiens de pique et dame de coeur (histoire vraie)

Récit-poème de ma rencontre avec une fille exceptionnelle de perfection dans son travail et de gentillesse à mon égard et à celui des chiens, avec laquelle j’ai travaillé en tant que bénévole, quatre mois, moi seulement deux matinées par semaine pour la promenade d’une douzaine de chiens, chacun à son tour car ne supportant guère la compagnie de leurs semblables, elle chaque matin, salariée, dans un refuge manchois hébergeant des chiens. Pendant qu’elle nettoyait le box et donnait la nourriture, je baladais le chien dans un champ proche. Elle en lâchait un autre dans la cour fermée. Le tout pendant plus d’un quart d’heure. Quel bonheur chaque animal avait à sortir enfin de sa cage et se dégourdir les pattes ! Pour savoir si le chien de la cour était retourné dans son box et si je pouvais entrer et le remettre dans son enclos grillagé, nous communiquions par talkie walkie. Et ça fonctionnait super ! Je regrette, elle aussi je crois, notre complicité et celle que nous avions avec tous ces amis chiens ! J’ose espérer qu’ils ont trouvé une famille ou que quelques gens respectables veillent bien sur eux.

 

 

A la même heure chaque matin,

Elle arrivait pour travailler.

De son Austin elle sortait,

Enfilant bottes et gilet

Pour s’occuper des amis chiens.

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Chiens de pique, piqués à vif

Dans leur triste vie d’abandon,

Devenus pauvres vagabonds,

De notre société piètre vision,

Par l’homme rendus agressifs.

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Dame de cœur, elle le prouvait,

Balai en main, pelle non loin,

Nettoyant leur cage avec soin,

Du lieu n’omettant aucun coin.

De leur confort elle s’assurait.

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Dame de cœur, elle leur donnait

La liberté pour un quart d’heure,

Eux gambadant avec ardeur,

Oubliant, un temps, leur malheur,

Puis revenant pour la pâtée.

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Quinze à vingt boxes à visiter !

Quinze à vingt têtes à caresser !

Quinze à vingt vies à soulager !

Quinze à vingt gamelles à combler !

Quinze à vingt verrous à fermer !

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Dame de cœur, tu l’as été,

Jusqu’au bout tu as accompli

Ta tâche auprès de nos amis

Les chiens par l’homme tant meurtris,

Si lâchement abandonnés.

 

Toutes les photos ont été choisies sur internet. Aucune ne provient de l'endroit où nous travaillions.

Toutes les photos ont été choisies sur internet. Aucune ne provient de l’endroit où nous travaillions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Là-bas, un jour t’ai rencontrée,

Bonheur de partage du labeur,

Moi pour la promenade douceur

De chaque chien un bon quart d’heure,

Dans la prairie toute de rosée.

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Talkie Walkie en main pour dire :

« La cour est libre, tu peux rentrer ! »

Le pas plus lent, le chien entrait,

Sur son écuelle se penchait,

Allait ensuite s’endormir.

 

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Rêvant à l’improbable  jour

Où une vie de liberté

Lui serait enfin accordée.

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Toutes deux nous avons quitté

Avec chagrin, avec regret

Cet étrange endroit où battaient

Beaucoup de cœurs à soulager.

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Le mien te dit : « merci, Karine ».

 

 

 

 

 

 

 

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