( 23 mai, 2017 )

Homme de bois

Près de l’homme asexué je me repose.

Une drôle d’histoire, cette mutilation, que je vais vous conter ! Un être de type masculin dont le membre viril a été sectionné. Dame Nature ayant œuvré à l’aide de ses coups de baguette temporelle, par personne interposée.

Si je ne sais la cause réelle de cette anomalie, je l’imagine provoquée par un individu minus genre mus musculus ou microtus agrestis, un débauché venteux, même un nommé Indra, voire un Jupiter jaloux.

Près de lui, la quiétude enfin trouvée d’une éternité sans dégraffage de chemisier, retroussage de jupon ou froissage de draps. La sérénité de jours et nuits, frileux matins et longues soirées, énivrés de tendresse, de joie, de rires et de partage, de regards partagés sans arrière-pensée, de pureté virginale et de parfums subtils.

arbre s O

A l’abri des regards, je le contemple, toute en silence, lui de même. Seuls mésanges et merles, grives et moineaux nous offrent leur sérénade, perchés sur les multiples branches du vieux chêne. Le soleil voudrait bien, le coquin ! assister à la scène, savoir ce qu’il en est entre ces êtres-là et envoie prestement ses rayons à l’assaut de la scène. Mais les branches touffues ne laissent rien entrer de ses rais curieux.

Il n’est pas très bavard, mon compagnon de bois. Même trop réservé, certains jours, à mon goût ! Je sais bien qu’il m’écoute mais les réponses tardent et me manquent un peu. Je me console et dis que le silence est d’or. Je lis dans les pensées de ses cellules privées d’écorce et cela me suffit. Il faut bien se faire une raison. Peut-être est-ce le lot des  hommes asexués ! Tristes et peu loquaces puisque se sentant diminués.

arbre 2 O

Je le rassure constamment, l’invite à partager son cœur. Cela nous suffirait bien largement ! D’ailleurs de tête il est aussi privé  ! Voyez donc son portrait ! 

bois 3 O

Ami de bois, mon compagnon agreste, je t’ai, il y a bien des mois, du feu ou de la tronçonneuse sauvé. Repose en paix et attends ma visite quasi quotidienne ! J’arrive de ce pas, à l’autre extrémité du champ, là où tu te caches et m’attends depuis bientôt cinq ans !

 

( 17 mai, 2017 )

Visiteuses ailées

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Sagement assise près du talus dans le champ,

Je lisais. Autour de moi, les chiens en liberté

Gambadaient et flânaient, chaque museau au vent.

Tous six heureux de ce midi ensoleillé,

Au beau milieu de la généreuse nature,

Du jour l’humble voyage et la simple aventure.

Merci à Insecte.org

Merci à Insecte.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la page douze est arrivée une demoiselle,

Longues et fines pattes légères, abdomen vert.

Petite mouche s’est mise à galoper, rebelle

A mon conseil d’un autre itinéraire

Lui offrant la vie sauve, et moi la page suivante,

Evitant le massacre de l’espionne confiante.

Merci à wikipedia

Merci à wikipedia

 

 

 

 

 

N’osant interrompre la marche du moucheron,

J’ai stoppé tout net ma lecture pour contempler

Le diptère volant en pleine ascension

D’un Ev’rest de mots de Franz Olivier.

Vous aurez reconnu Giesbert, l’écrivain,

Mon auteur favori, et de l’insecte nain.

Merci à Gerbeaud.com

Merci à Gerbeaud.com

 

 

 

 

 

 

 

 

Un autre a succédé, tout de rouge vêtu,

Chassant le précédent envolé vers  les cieux.

« Pourrai-je bientôt quitter la page déjà lue

Ou suis-je condamnée par ces petits curieux

A la relire encore une centaine de fois,

A l’apprendre par cœur, eh ! pourquoi pas, ma foi ! »

Merci à insectes.net

Merci à insectes.net

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sentir en ces insectes toute la beauté du monde

Et respecter la vie même dans sa petitesse,

Goûter du temps qui passe chaque seconde.

Apprécier l’harmonieuse délicatesse

D’une sauterelle dansant sur une page écrite

Et vouloir protéger l’innocent sans limite. 

 

 

 

 

 

( 15 mai, 2017 )

Philomela , la musicienne

Grive musicienne, song trush (en anglais), Sing Drossel (en allemand)

Musicienne elle l’est certes, la grive qui chaque jour m’offre son riche répertoire de tant de chants d’oiseaux. Je reste à l’écouter, toujours émerveillée par ces airs frais et gais lancés de ce petit cerveau vers l’infini des cieux.

La chanteuse ne se laisse pas facilement approcher !

La chanteuse ne se laisse pas facilement approcher !

Merveilleuse copieuse, turdus philomelos, tel est son nom latin, au sommet du grand chêne, sur une branche du frêne ou dans le merisier, s’égosille à tue-tête, comblant l’air auroral de sons multicolores.

Est-ce dans le berceau-nid qu’elle apprend de son père toutes ces mélodies variées et puissantes, qu’elle reproduira sans jamais se lasser ?

Qu’a donc Philomela à faire avec la grive, me direz-vous ?

Cette jeune fille de la mythologie grecque à laquelle, après l’avoir violée, le méchant Térée, roi de Thrace, époux de sa sœur Progné, coupa la langue ! Et qui, transformée en rossignol, continue à pousser indéfiniment ses lamentations. 

Puisant dans cette mythologie, le pasteur allemand Christian Ludwig Brehm (1787-1864), féru d’ornithologie, l’a ainsi nommée en 1831.

grive musicienne

Source d’inspiration pour d’autres savants puisqu’il existe le rossignol Philomèle, superbe chanteur et l’hirondelle parfois surnommée Philomèle, bien au contraire privée de voix.

Notre ami fabuliste Jean de la Fontaine a, lui aussi, succombé à ce mythe et nous a offert cette fable, toujours étonnamment d’actualité.

           
« Autrefois Progné l’hirondelle
            De sa demeure s’écarta,
            Et loin des villes s’emporta (alla)
Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle.
«Ma soeur, lui dit Progné, comment vous portez-vous?
Voici tantôt mille ans que l’on ne vous a vue:
Je ne me souviens point que vous soyez venue,
Depuis le temps de Thrace, habiter parmi nous.
            Dites-moi, que pensez-vous faire?
Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire?
-Ah! reprit Philomèle, en est-il de plus doux?»
Progné lui repartit: «Eh quoi? cette musique,
            Pour ne chanter qu’aux animaux,
            Tout au plus à quelque rustique? (paysan)
Le désert est-il fait pour des talents si beaux?
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles.
            Aussi bien, en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,
            Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins appas. 
– Et c’est le souvenir d’un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas:
            En voyant les hommes, hélas!
            Il m’en souvient bien davantage.»

 

( 1 mai, 2017 )

Edenique aperçu

A peine sortis du ventre de leur maman, les bébés jumeaux, garçon et fille, se sont mis à téter, ce midi 1er mai, le tiède lait du pis tendu par la jolie vache normande.

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Tendre spectacle. Mais si un œil pleure de joie du présent, l’autre déjà larmoie de l’avenir.

Saisir ce tableau à l’instant, le graver à jamais.

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Un jour peut-être, ce sera autrement. 

Sont-ils nés dans le mauvais siècle ? Le prochain millénaire sera-t-il indemne de ventres nourris d’animaux ? J’ose l’espérer…

Ephémère image de paradis, illusion d’un monde de douceur, de tendresse, dans lequel les petits veaux pourraient grandir près de leur mère.

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Futur cauchemar provoqué par la proche séparation de ces êtres innocents, dès demain.

Mains cruelles et injustes les empoignant vers la solitude de l’étable. Le chagrin diminuant, les jumeaux orphelins trouveront des amis de semblable condition.

On s’habitue à tout !!

La maman sera, elle aussi, conditionnée pour une ou deux autres naissances l’année prochaine et les suivantes jusqu’à usure puis abattoir. Un ou plusieurs chagrins de plus avant de retourner brouter l’herbe du champ.

On s’habitue à tout ?

Dans le champ d’en face, l’Eden bientôt perdu. Sur l’écran de face, la France en déchirance ! 

Mon cœur sanglote un peu plus chaque jour. Le monde devient fou, cruel, sans cœur, oublieux de l’Histoire, renouvelant les horreurs déjà subies.

Je ne m’habituerai jamais à ça !

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Demain la vache pleurera, ses deux petits aussi. La moitié des Français hurlera sa colère contre ces cinglés du parti ennemi. Pendant que l’autre moitié applaudira à la future Shoa, à la recréation de l’esclavage, au sectarisme, au barbarisme, à la traitrise, au racisme et à la destruction de tout ce que nous avons patiemment acquis pour la paix de l’Europe.

Le monde est fou !

Comment vivre sur terre en paradis ?

( 26 avril, 2017 )

Vivre avec son coeur…

Valse n° 15 opus n° 39 Johannes Brahms, interprétée par Jeno Jando.

 

Pendant que je conte mes histoires sur le blog, dans ma tête me viennent régulièrement ces pensées : « Tu ferais mieux d’astiquer tes meubles ! Et ces vitres de la véranda, va donc les briquer ! La poussière, tu l’as faite cette semaine ? Et cette étagère toute en désordre, quand vas-tu t’y mettre ?  »

Je préfère écrire ! Tant pis !! C’est ainsi !!!

narcisses 2 OVivre avec son cœur, non point la main collée au chiffon à poussière, au balai mécanique ou électrique, à la cire à meubles ou au pschitt à vitres.

Vivre avec son cœur car les actions ainsi accomplies sont bienfaisantes, réjouissantes, enrichissantes, multicolores, parfumées et savoureuses.

Mon cœur palpite au son des touches de ce clavier, rendez-vous quotidien incontournable avec vous, avec moi-même, avec cette vie qui m’entoure, la nature, les animaux, les souvenirs, les espoirs, les enfants, les ami(e)s.glycine 5 o

Confier à la page blanche  ce qui doit être dit.

Choses insignifiantes, petits riens d’un parcours, aperçus fugitifs  : d’un minuscule ru au fond de la prairie jaillit une cascade au flanc de la montagne. Et je m’emporte et je m’étends, avide de tout vous livrer, pour la joie de nous lire, de nous écrire, de passer un petit moment en votre compagnie, autour d’une tasse encore fumante, pleine de signes de notre belle langue française, délicatement remués avec cuiller en plume, patiemment assemblés jusqu’au point terminal. bal 5

Une fois publiée, tel un pigeon voyageur porteur d’un petit message, la page est offrande non timbrée, partage libre et gratuit.

Et peut-être sourire aux lèvres du visage d’en face ! Vivre avec son coeur... dans CROQUENOTES louis-et-denise-mes-parents

( 25 avril, 2017 )

Cet exquis oranger du Mexique…

 

Nun stehen die Rosen in Blüte Johannes  Brahms

Quelle bonne idée a eue, il y aura bientôt deux cents ans,  cet Aimé Goujaud-Bonpland (1773-1858),  chirurgien rochelais et botaniste de renom, de rapporter lors d’une de ses nombreuses expéditions en Amérique du sud, quelques plants de cet oranger… sans oranges. choisya 2Et ainsi de me permettre de poser yeux et nez sur ses merveilleuses fleurs délicieusement parfumées ! Des centaines de petites étoiles immaculées éclatant sur le feuillage vert anis. Tellement généreuses qu’elles réapparaissent à l’automne, plus timides, souvent surprises par les premiers frimas. Qu’à cela ne tienne ! Au printemps suivant, les voici illuminant l’endroit. choisya 3

L’arbuste se nomme Choisya ternata, cousin germain de l’oranger mais ne produisant jamais d’oranges. Les Anglophones l’appellent d’ailleurs faux oranger (mock orange).

Choisya, en l’honneur du philosophe et botaniste suisse Jacques Denis Choisy (1799-1859).

Et ternata parce que mot latin désignant « regroupé 3 par 3″, en parlant des feuilles et des fleurs.

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Mouton, poules et chiens se réfugient souvent sous le feuillage dense de l’arbuste. Apprécieraient-il, eux aussi l’enivrant parfum du végétal ?

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( 19 avril, 2017 )

Hymne aux fleurs de mon verger

pom 1 0Pureté virginale de la fleur du poirier,

Pétales veinés d’incarnadin chez le pommier,

Au sauvage cerisier immaculées corolles,

Flocons de Reine Claude déjà dans leur envol !

Féérie des clairs printemps, beautés éternelles !

Ma Religion, ma Bible, la paisible nature

Et ses joyaux que, chaque saison, elle nous procure.

Déité sans pareille, Parfum incomparable

De cette vie trop souvent pitoyable !

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( 11 avril, 2017 )

Symphonie safranée

 

Sehnsucht nach dem Frühlinge  ou Komm lieber Mai  Mozart

Symphonie du printemps, chaque an renouvelée,

Pissenlits Florin d'or

Pissenlits Florin d’or

Talus en fête, prairies fleuries, jolis murets,

Ficaires fausses renoncules jaune soleil

Ficaires fausses renoncules jaune soleil

Dominances d’ocre, canari, jaune poulette,

Primevères, jaune citron ou poussin

Primevères, jaune citron ou poussin

Pointillés de violettes, d’asters, de pâquerettes.

Epineux ajoncs jaune paille

Epineux ajoncs jaune paille

 

 

Tant de beautés offertes, harmonie des couleurs,

Ne froissez pas les ficaires en les baptisant boutons d'or !

Ne froissez pas les ficaires en les baptisant boutons d’or !

 

 

Subtile délicatesse, mélodie du bonheur.

Jonquilles, langueur d'amour.

Jonquilles, langueur d’amour.

Mon cœur se réjouit du concert que donnent les fleurs,

Primevères tendresse, affection pure

Primevères tendresse, affection pure

 

 

 Bel hymne du silence, de la fête en couleurs. 

( 9 avril, 2017 )

Mon cher Narcisse

J’ai bien pensé à toi ce matin en contemplant les jolies fleurs auxquelles tu as donné ton nom.

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Sur le talus du haut du champ, les mignonnes Amaryllidaceae que j’interrogeais sur l’origine de leur patronyme m’ont conté ton drame.

Pauvre Narcisse, pourquoi, dès ta naissance, a-t-on posé une contrainte à ta vie ! Pourquoi ce stupide Tirésias a-t-il décidé que ton existence serait longue à une condition : « Il atteindra un grand âge s’il ne se connaît pas ! »

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Il est vrai que tu n’aurais peut-être pas dû repousser la jolie Echo ! Tu sais, elle était vraiment amoureuse de toi !

Pauvre Narcisse, le ciel s’est vengé ! Et quelle vengeance !

Te souviens-tu du jour où, profitant d’un superbe soleil printanier, dans ce bois à quelques verstes de ton domicile, charmé par le chant de la source, tu t’es penché au-dessus de l’onde et as vu ton reflet dans l’eau limpide ? Si j’eusse été la beauté personnifiée, moi aussi je serais tombée amoureuse de mon image. Où est le mal ?

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« Il faut s’aimer soi-même avant d’aimer les autres« , hurlent aujourd’hui tous les psychologues. Cette lame effilée à ton ceinturon, pourquoi l’as-tu retournée contre toi ? Un suicide pour rien, mon pauvre beau Narcisse.  

Sache cependant que, là où ton sang a coulé, dès le lendemain la nature a engendré une jolie fleur d’un blanc immaculé, au cœur d’or. En ton souvenir, les hommes l’ont appelée narcisse.

Sais-tu aussi que ce narcisse possède un merveilleux parfum que, contrairement à sa légende, il ne garde pas pour lui, en égoïste mais partage avec moi chaque printemps.

Ainsi tu continues de vivre à travers cette élégante fleur, mon cher Narcisse. Merci, bel ami.

( 8 avril, 2017 )

Vertiges de la canopée

Hisser les yeux, là-haut, vers les extrémités.

Arbre A

Arbre A

Grimper dans l’infinitude de la canopée.

Arbre B

Arbre B

 Atteindre, en un instant, de l’arbre l’émergence,

Arbre C

Arbre C

Accéder aussitôt à cette part de jouvence

Du ciel de lit terrestre, du firmament pastel

Arbre D

Arbre D

 

 

Et séjourner, béat, loin du monde actuel.

Agréable et doux vertige de la canopée.

 

Vous avez l’esprit joueur, aujourd’hui ? Alors exercez-vous donc à identifier ces canopées d’arbres du champ, vus d’en bas. Où sont le chêne, le châtaignier, le mélèze, le merisier et le frêne ? Dans quel ordre rangez-vous les lettres : ABCDE ? Ou CBAED ou encore ?

J’attends votre réponse.

Eh bien, allons, c’est donc….

Et si vous ne jouez pas, tant pis ! Vous aurez profité de l’ombrage de ces quelques beaux arbres dont les feuilles s’épanouissent en ce temps printanier.

Arbre E

Arbre E

( 4 avril, 2017 )

Des mondes ……si différents !

 

Vivre des mondes si différents

En une vie.

Embarrassant contenu d’un bilan

De jongleries.

 bal 1

Le tout premier dans le confort du sein

De ma maman,

Bulle tiédeur, attente du chérubin,

Benoîtement.

mariage 3

 

 

Sortie douleur plus cris et traumatismes.

Si j’avais su !

Papa, maman, j’ai tenté l’optimisme.

Pas trop déçus ?

Ma petite personne nue, chez le photographe de Bréhal

 

J’étais l’aînée de sœurette et frérot,

Aimée, choyée.

A leur venue il a fallu, moins beau !

Tout partager.

Nous trois

 

 

 

 

 

 

 

 

Le temps des chemins creux à parcourir

Jusqu’à l’école

Et puis de nuit bien souvent revenir.

Pauvres guibolles.

petite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aux méchants problèmes de robinets,

Zéro sur dix !

Succédaient les calculs des intérêts

Maximum six !

Numérisation_20170403 (2Avec grand mère Louise

 

 

 

 

 

 

 

 

Huit années de pension, monde entre filles,

Vive le dimanche !

Temps des dortoirs, bien loin de la famille.

Tenues pervenche !

Sévigné

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis l’université, études d’anglais,

Yes, yes, my dear !

De norvégien, danois et islandais,

Ya, det er grei !

Université

 

 

 

 

 

 

Premiers émois, premiers chagrins d’amour,

Voile déchiré !

Vient le prince charmant. C’est pour toujours !

Serment juré !

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Joie des maternités : deux beaux enfants,

Charmants garçons.

Journées chargées en classe et logement.

Le plein d’action.

enfants

 

 

Serment bafoué, « amour toujours » foutu !

Autre chemin !

Faut oublier le monde disparu !

Vive demain.

 

Portes grand évasées sur l’Amitié

Se sont ouvertes.

Un monde harmonisant et bienveillant.

Douceur offerte.

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Et puis toujours, chanter, chanter encore,

Chanter en chœur,

Chanter la vie, chanter la joie, la mort,

Avec le cœur !

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 Avant le dernier monde de la Paix,

Inaltérable !

Il me fallait tant de mondes arpenter,

Si dissemblables.

 

 

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( 27 mars, 2017 )

Plaisir d’amitié

Evanouies les distances dans l’espace et le temps,

L’amitié n’a que faire de frontière ou horaire.

Lente est sa gestation, hésitant son élan,

Long chemin d’une timide approche épistolaire.

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L’amitié, c’est d’abord, le matin, au réveil,

Première noble pensée, un auroral bonjour,

A mes journées pluvieuses le doux rai de soleil,

De cette vie banale le merveilleux ajour.

 

Pensée des Alpes

Pensée des Alpes

 

Echange de discours, silence de l’attente,

Bonheur du grand partage de moments éternels,

Amitié, délicates attentions bienveillantes,

Complicité de nobles échanges fraternels.

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L’amitié, c’est, après la journée de labeur,

S’endormir calmement en murmurant « bonne nuit »

Aux êtres de la terre que je porte en mon cœur,

A elles, à eux, bipèdes et quatre pattes, à lui.

 

Omphalodes à l'oeil étoilé

Omphalodes à l’oeil étoilé

 

« Qu’un ami véritable est une douce chose »,

La Fontaine l’a dit, et le redire j’ose.

 

 

 

 

 

 

( 10 mars, 2017 )

Ras le bol !

« Y’en a marre de ce foutu temps pluvieux, brumeux, venteux, brouillasseux, bruineux, cafardeux, spleenétique et mélancolique », sanglotaient en chœur les jonquilles ce matin.

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« Quand allons-nous trouver la force de redresser la tête ? Le temps passe, les jours défilent et, pauvres de nous, sans soleil, nous nous affadissons à vue de lorgnette ! C’est insupportable ! 

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Nous devons nous syndiquer et porter nos doléances à Erèbe le grec, dieu de la brume, du brouillard et des ténèbres pour qu’il nous balaie toutes ces particules indisposantes. Et à Râ l’Egyptien, en espérant qu’il secouera ce mou d’astre solaire se laissant cacher la face par toute une bande de vauriens cumulonimbus et nimbostratus !

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Du haut de sa ramure, le grand chêne du champ, droit et stoïque, bien plus que centenaire, leur a lancé un regard dénudé et crié qu’il en avait vu bien d’autres, que bientôt le soleil reviendrait et qu’à pleurer ainsi, les demoiselles se rideraient.

Moralité : ne jamais se décourager car après la pluie, le beau temps. Et je nous le souhaite pour très bientôt.

( 8 mars, 2017 )

La Normandie-Hastings via Contrières

 

J’ai déjà évoqué Contrières, la petite commune voisine de la mienne, à 5 kilomètres à vol d’étourneau.

Souvenez-vous : l’if millénaire au pied de l’église. A l’intérieur de l’édifice religieux, trônent des fonts baptismaux d’un autre âge, invitation au voyage dans le temps.

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Hastings, vous vous rappelez votre cours d’Histoire ? Non ? Pas vraiment ? 

Et notre Guillaume de Normandie, au vilain surnom de Bâtard car son père, le duc Robert aimait courir le jupon. Et a soulevé celui d’Arlette, la fille du tanneur de peaux qu’il a repérée, du haut de son château, lavant ses hardes au lavoir falaisien. Le duc très épris nommera sa frilla (épouse en danois) Herleva (Arlette en même langue) concubine officielle, à la mode scandinave. 

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Un fils naîtra de cette union, un fils unique d’Arlette, parmi tant d’autres issus de différentes liaisons. Le petit Guillaume est son préféré, qui devient duc de Normandie à la mort du duc paternel volage, en 1037, parti expier ses fautes en pèlerinage à Jérusalem, rencontrant la mort à Nicée, Asie Mineure, sur le chemin du retour.

Cadeau empoisonné pour ce garçonnet d’à peine huit ans en 1034. Une trentaine d’années plus tard, un oncle, Edouard Le Confesseur, roi d’Angleterre qui meurt sans héritier, un seigneur anglais Harold qui veut aussi la couronne !

Le petit bout d’homme (1027-1087) maintenant âgé de 38 ans, a l’étoffe d’un guerrier et s’embarque avec 15 000 hommes, 3000 chevaux et, dit-on, 1000 bateaux, à la conquête de la Blanche Albion. Le 14 octobre 1066, après une dernière messe dite par l’évêque de Coutances, il est six heures du matin, le combat s’engage. Vous connaissez la suite. Notre Guillaume II de Normandie devient Guillaume Ier d’Angleterre.

Photo Bayeux museum

Photo Bayeux museum

OK ! Vous me remerciez pour ce rafraîchissement de vos souvenirs scolaires quant à cet événement, tout en pensant : elle a perdu le fil de son sujet ?

Que nenni !Fonts 1

 Revenons à nos fonts baptismaux et à leur cuve en pierre cylindrique, d’un seul morceau, de 3 mètres de circonférence dans sa partie supérieure. Et à cette partie naïvement et grossièrement, ajouteront certains, sculptée de 14 personnages alignés en procession dont quatre à cheval. fonts 2

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Que font donc ces personnages figés à tout jamais dans le granit, depuis la fin du XIe ou le XIIe siècle, sans commentaire de leur part ou de celle du sculpteur ?

 

Peut-être se rendent-ils, c’est la supposition avancée, à la « Messe aux Epées » célébrée par Geoffroy de Montbray, évêque de Coutances et ami proche de notre Guillaume de Normandie. Juste avant la bataille, il fallait prier Dieu pour une victoire. Dieu a choisi son camp ! Le camp de Guillaume ! Et tant pis pour les ennemis ! Etripons-les tous !

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On a aussi dit que Raoul de Quesnay, sieur de Monceaux sur la commune de Contrières, était de l’expédition maritime de notre ami Guillaume. Lui-même ou l’un de ses descendants aurait-il commandé cette sculpture, quelque temps plus tard, en action de grâce et de remerciement, pour orner les fonds baptismaux ? fonts 7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14 personnages dont quatre cavaliers, l’un ayant baissé sa lance, trois enfants de chœur : le premier avec un cierge à la main et le second portant une croix, deux prêtres tous deux revêtus d’une étole, cette longue bande de tissu, ornement liturgique en forme de longue écharpe placée sur leur aube. fonts3Puis un évêque muni de sa crosse, un autre prêtre avec étole. Enfin trois personnages brandissant une hache, sont-ce des chevaliers ?

Sachez que, depuis déjà bientôt un millénaire, ils attendent votre éventuelle visite. Un petit détour du côté de Contrières, son église et ses fonts baptismaux, pourquoi pas  ? Pensez à saluer l’if, lui aussi millénaire, au passage ! Vous ne pouvez le manquer ! A bientôt !

connue.

( 1 mars, 2017 )

If, si tu me racontais…

           If, si tu me racontais…

 

A une lieue de ma demeure, Contrières, petit bourg d’à peine 400 âmes. Plus d’école, aucun commerce, nul artisan. Une vie associative riche cependant autour de son dynamique Camille, le maire. Un cœur de commune bâti tout autour de son église débutée au XIe siècle et fortement remaniée.

Voici où je vais planter mon histoire d’if, repiqué il y a environ mille ans par nos ancêtres les Normands.

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Classé au patrimoine végétal de la Manche, notre Taxus Baccata, arbre typique des cimetières, a survécu à bien des épreuves à travers les siècles.

J’aime les arbres, je les écoute et je leur parle, me penche sur leur tronc, les serre dans mes bras, prends leurs pouls de mes mains. Ce sont êtres vivants, voire intelligents, selon de récentes études faites par des neuro biologistes.

Ce dimanche 29 août, j’ai posé mon oreille sur le tronc rugueux de l’if contriérais et l’ai écouté bavarder.if 3 O

« Je suis bien vieux maintenant et, du haut de mes douze longs mètres, souffre de mes branches. L’arthrose des végétaux, je suppose ! Pas drôle car en début de second millénaire, la tronçonneuse a dû venir à bout de mon bras droit, trop atteint. Et puis, j’ai cette énorme cicatrice au creux du ventre. La vieillesse, me dit-on !

Rassurez-vous, j’ai toute ma tête ! Je me souviens des jours heureux et tristes, des communions, des baptêmes, enterrements et mariages. On passait sans me voir. Tous m’ignoraient, occupés à pleurer, à rire, à s’embrasser !

Je vous avoue que, moi aussi, j’ai bien pleuré lorsque sortait du corbillard un tout petit cercueil suivi de parents éplorés. Quand la jeune veuve, toute de noir voilée, titubait en marchant, soutenue par ses proches. Parfois aucun cercueil, seul un cortège sanglotant, en temps de guerre, juste un hommage au disparu sur le champ de bataille. If 4 O

 

Les jours de mariage, c’était une autre affaire. Chacun souriait à l’amour, moi de même. Parfois les mariées de leurs voiles immaculés me frôlaient pour un cliché « sous le grand arbre », en compagnie de leurs époux, trop guindés dans leurs costumes tout neufs. Ce blanc de neige qui flottait dans l’air tiède vespéral me ravissait. Je me disais : « Dommage, aucune gentille et douce taxacée dans les parages avec qui faire alliance ! » Et je me consolais en attendant le prochain mariage. 

Et zut, trois enterrements de suite ! Je tenais alors discours aux chevaux attelés au corbillard, attachés court à mon tronc le temps de l’office et les mettais en garde contre mes extrémités feuillues. Croyez-vous qu’ils m’écoutaient, ces goinfres au sang chaud ?

Le commérage allant bon train à la sortie des grand-messes dominicales, il se disait que le cheval rouquin du père Auguste avait trépassé d’empoisonnement à cause d’un de mes alcaloïdes paralysants.

 Y’a même la mère Louise qui en remettait une couche sur ma toxicité et racontait la fin tragique de sa voisine empoisonnée par une belle-fille avec une décoction de mon pelage. Je n’oserais croire en la cruauté humaine à ce point !!

Une fois l’an, j’assiste, comme si j’y étais, à un concert automnal pip –rick -filk organisé par les ailés du coin venus faire la rave fiesta avec mes rouges arilles.

J’aime ces pépiements joyeux des moineaux tous cousins, des voliers d’étourneaux, le bec encore plein de l’ensilage d’à côté, trouvant dans mes baies un dessert plus original.

Mes voyages préférés, je les accomplis grâce aux fines hirondelles des cheminées. Le pays d’où les migratrices viennent n’a plus de secret pour moi, cloué dans mon fauteuil terrestre. Les péripéties de leur  traversée, les chutes des cousines, le décès d’un tonton, la venue des petites prêtes à bâtir leur premier nid : quel bonheur, leurs discours !

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La peur de ma vie, je l’ai eue il y a peu de temps, en temps d’if bien sûr ! une certaine nuit pluvieuse du mois de juin 1944. Fin d’oreilles et d’yeux télescopiques, j’ai vu et ouï l’armada des alliés  conquérir cieux et mer au lointain jusqu’aux plages. Deux mois plus tard, ils étaient au village, repoussant l’envahisseur loin devant. Faut se méfier des guerres : des camarades y ont vu choir leur tronc !

Savez-vous pourquoi mes confrères et moi avons été choisis pour accomplir notre longue vie dans cet endroit peu causant ?

Nous sommes les symboles de la longévité.  Pensez ! Entre deux et trois millénaires de vie possible ! Enviée par les bipèdes à gros cerveau.

Sensés veiller sur les chers morts, nous préférons le monde des vivants, plus joyeux et remuants. Entièrement d’accord pour le grade d’arbre de la connaissance et de pilier cosmique, jonction entre le monde d’en bas et celui d’en haut. Cela nous fait une belle béquille !

Quant au galon de paratonnerre, je le trouve légèrement foudroyant !

J’absorberais les miasmes des centaines de dormeurs à long terme couchés tout près de moi ? Non, merci, je me contente d’air pur, de pluie rafraîchissante, des doux rayons offerts par les astres solaire et lunaire. 

Vous confierai-je que je ne peux supporter une mauvaise action seulement perpétrée par la gent masculine, cent fois réitérée à la sortie des longues messes ? Un malotru, après avoir traversé, d’un pas pressé, l’allée gravillonnée, visant mon épaisse taille de deux bons mètres à hauteur de ceinture, l’éclabousse d’un liquide puant tout juste sorti de sa braguette. Pouah ! Il me faudra attendre la prochaine douche pluvieuse pour effacer toute trace de cette coulée malodorante.if 6 0

J’ai été bien bavard, chère amie. Combien de temps encore vais-je rester sur pied ? Dieu seul le sait, oserai-je dire. »

Délicatement j’ai alors posé mes lèvres sur son tronc et lui ai, en secret, murmuré quelques mots : « Courage, mon bel if, ta fin n’est pas si proche. Un if ne meurt jamais à l’abri d’une église. Veille bien aussi sur les fonts baptismaux, tes conscrits (XIIe siècle) et leur dizaine de personnages gravés dans le granit. Une pure merveille, tu le savais ! »  fonts 4

If a tourné son regard branchu vers l’édifice. Je l’ai vu cligné des ramilles  en signe d’acquiescement.

    

( 27 février, 2017 )

De l’immersion à l’aspersion, du baptistère aux fonts baptismaux

Question de mode, de dogme, de religion, d’époque, de disponibilité de taille de serviette, de proximité de piscine ou de cuvette ?

En tout cas, pour pratiquer le baptême par immersion ou aspersion, il faut de l’eau aux multiples vertus : nettoyante, purificatrice, fécondante, guérisseuse, miraculeuse, étancheuse de soif, germinale, lustrale, médicinale, en bref ce que l’élément liquide est en vérité : une source de toute vie.

Non, aucun cours de théologie. Que l’on soit croyant ou non, baptisé ou non, baptistères et fonts baptismaux font partie du patrimoine culturel à préserver, n’est-ce pas ? Au même titre que châteaux, manoirs, églises et chapelles. A conserver absolument puisque l’on ne sait plus en bâtir aujourd’hui, HLM, tours et autres cages pour humains étant à la mode.

« Où veut-elle donc en venir ? » me direz-vous !

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Tout simplement à cette balade récente jusqu’à Portbail ou bien Port-Bail, bourgade de 1 600 âmes, sur la côte ouest du Cotentin, près de Carteret, à 3/4h d’ici que, depuis longtemps, je voulais découvrir. Car elle possède un riche passé et de beaux vestiges. De l’ancienne ville gallo-romaine, l’on pouvait encore se rendre à pied, à marée basse, jusqu’à Jersey au milieu du Moyen-Age, nous apprend Wikimanche.

Tiens, pourquoi, en longeant la rue principale, l’œil tombe sur deux églises à peu de distance ? En 1809, la commune voisine de Port-Bail la maritime, c’était Gouey, la terrienne. Si proches l’une de l’autre que le dicton disait « Entre Port-Bail et Gouey, il ne croît ni herbe, ni bled ». Bled dans le sens de céréales probablement. De Gouey, gobée par Portbail en 1818, il subsiste l’église Saint-Martin.

L'église Notre-Dame, près de la mer, par temps de léger brouillard.

L’église Notre-Dame, près de la mer, par temps de léger brouillard.

 

Quant à l’église de la gobeuse, sise au ras de la mer, sous le vocable de Notre Dame, elle est peu utilisée.portbail 4 Elle a pourtant fière allure. De style roman, tout l’ensemble est couvert en pierre de la région, comme autrefois. Portes closes.

Située tout près du pont aux treize arches, pas une de plus, un pont daté 1873, à ne franchir que par non superstitieux. Vous ne l’êtes pas ? Moi non plus d’ailleurs ! 

Le pont aux treize arches

Le pont aux treize arches, embrouillardisé cet après-midi là.

Etonnant ouvrage qui relie le havre sud au havre nord, vision spectaculaire quand, à marée haute, son tablier se trouve au ras de l’eau, étrange impression que les piétons marchent sur l’onde. portbail 5

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Le but de ma visite, non, ce n’était pas ces deux édifices religieux. Je voulais découvrir le baptistère.

Le baptistère paléochrétien à piscine utilisé aux VIe-VIIe siècles par les Port-Baillais et les Goueyiens ou yais, dont les vestiges ont été mis à jour en 1956, lors de travaux pour la construction de l’école primaire.

Le baptistère

Le baptistère

Impressionnantes, ces fondations de l’édifice baptismal, joliment enceintes d’un mur de pierre construit en 1977 rehaussé d’une superbe charpente, le tout réalisé par les Beaux-Arts pour la protection des restes du monument.portbail 7

Le seul baptistère de forme hexagonale daté des environs du Ve siècle, subsistant au Nord de la Loire. Construit lors des débuts de la christianisation du Cotentin. Les dimensions du bâtiment ? Fondations  larges de 9 mètres. Piscine profonde de 60 centimètres pour une largeur d’un mètre et demi.Portbail 8

Au fil du temps, le baptême par immersion, réservé aux adultes, n’a plus été pratiqué, laissant place à celui par aspersion, au-dessus des fonds baptismaux. Je vous présenterai ceux de Contrières, du XIIe siècle, la prochaine fois. Si jamais vous passez par Portbail, arrêtez-vous y. Vous y passerez aussi une heure fort enrichissante.

Si vous voulez compléter votre documentation sur le baptistère, ces quelques notes affichées à l’entrée du site.

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( 20 février, 2017 )

Amo, amas, amat rosam… .

« Nous sommes parti du fait qu’une grammaire est faite pour être étudiée et pour être consultée.  »

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En ces termes commence la préface d’Henri Petitmangin (1872-1937), reçu 3e à l’agrégation de lettres et littérature classique, devenu professeur de latin, abbé de son état, prêtre catholique du diocèse de Verdun puis professeur au collège Stanislas de Paris.  Devenu célèbre car auteur à succès de manuels de latin pour les collèges et lycées.

Justement sa grammaire latine complète dont j’évoquais la préface, je l’ai encore dans ma bibliothèque et à l’instant sous les yeux, me faisant souvenance, telle la petite madeleine de Proust, d’un passé déjà lointain, malgré tout encore parfumé, coloré et acidulé. Un demi-siècle déjà…

Mon aventure latine a vu le jour en septembre 1960, à l’institution Sévigné dirigée et gérée par des religieuses et quelques laïcs.

Merci à l'auteur de la photo.
Merci à l’auteur de la photo.

Tellement fière, du haut de mes onze ans, d’apprendre deux nouvelles langues d’un coup. L’une bien vivante puisque reliée à mon enfance et un épisode de la Seconde Guerre Mondiale vécu par mes parents, l’anglais. L’autre morte, le latin. Et qui reprenait vie à chaque office religieux auquel j’assistais, entourée de parents et grand-mères pieux, très pratiquants.

« Ite, missa est ». Oui, bien sûr. « Ite », tiens, l’impératif du verbe ire, si difficile à conjuguer tels ses frères irréguliers. Et ce « tantum ergo sacamentum veneremur cernui », ce célèbre extrait d’un hymne nommé Pange Lingua composé par Thomas d’Aquin, chanté en fin de messe, j’y analysais le nominatif, j’y cherchais le verbe. Un complément au datif ou à l’ablatif ? Ah, j’oubliais !  Si vous n’avez pas fait de latin, sachez que les noms et adjectifs changent de terminaison selon leur emploi dans une phrase. Six cas se présentent selon qu’il s’agit du sujet, du cod, du complément circonstanciel.. Oh pardon, je vous rase avec les déclinaisons. Rassurez-vous ! je ne vais pas vous les réciter. Jacques Brel s’en est amusé dans le refrain de sa célèbre chanson, refrain que je vous livre sans l’air, car vous le connaissez.

Rosa, rosa, rosam,

Rosae, rosae, rosa,

Rosae, rosae, rosas,

Rosarum, rosis, rosis.

Et pourtant je vous garantis que je les sais encore par cœur, ces déclinaisons tant et tant de fois ânonnées pendant les heures de permanence et récitées à Mademoiselle Le Borgne, mon unique professeur de latin pendant ces huit années. La trentenaire, voire quarantenaire, toujours sobrement vêtue, aux longs cheveux pudiquement rassemblés en un chignon tressé a eu l’art de me captiver, versions et thèmes latins m’étant devenus des exercices fort agréables à pratiquer. Encore davantage les versions, textes latins des grands écrivains Virgile, Cicéron, Lucrèce qu’il fallait décrypter. Et gare aux contresens pénalisateurs de plusieurs points sur un total de 20 lors du devoir ! Instants émouvants de ce retour en arrière sur les bancs des classes de latin, furtives images de professeurs réapparaissant soudain sur l’estrade, en plein cours, feuilletages des vieux manuels jaunis, fripés, écornés, au parfum d’antan. 

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Issu du manuel de 5e, « Imperare cupiditatibus clarum est, non servire ». En gros, « il est clair de maîtriser ses désirs pour ne pas en devenir esclaves ». En ai-je bien saisi le sens du haut de mes douze ans. 

Sachez que, si vous traduisez correctement en latin  : «  Il est honteux de mentir », vous aurez gagné ma reconnaissance et au moins vérifié avoir acquis votre niveau cinquième de l’enseignement général. 

Amici, non diem perdidi vobis scribere ?

Vale.

Bonum vesperum.

( 13 février, 2017 )

Vous avez dit « tontine » ?

Vous avez dit Tontine ? Tantine ?

Ni Tantine Geneviève ou Madeleine, mais oui, les sœurs de mère et père ni une tante à la mode de Bretagne. Il ne s’agit pas non plus d’un homosexuel masculin, encore moins d’un individu lâche et mouchard !

Non, non et non. J’ai bien dit tontine avec un « on ». Si je comprends bien, au jeu des mille euros, vous eussiez échoué quant à la définition de ce mot ?

Même si, un écouteur caché dans le cornet auditif, l’on vous avait soufflé « La Tontine est une association collective d’épargne viagère. Elle réunit des épargnants qui décident d’investir des fonds en commun avec un horizon de placement déterminé, entre 10 et 25 ans », merci wikipedia, vous eussiez vu vos gains fondre.

Car j’aurais dû ajouter « en osier »  ! Tontine en osier ! Toujours rien ? Vous donnez votre langue au chat ? Soit.

J’ai eu le plaisir d’assister à la confection de l’une d’elles lors d’un atelier osier proposé par quelques amoureux de ce végétal si « tordant » et prêt à tout lorsque frais.  

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Prenez un seau. Emplissez-le de sable humide. Piquez-y plusieurs brins d’osier qui formeront l’armature (la chaîne en tissage) et tressez le bas sur une dizaine de centimètres. A mi hauteur recommencez un tressage en serrant un peu les brins de la chaîne puis un dernier tressage à une vingtaine de centimètres du sommet, en resserrant encore davantage. Oter l’ensemble de dans le seau et la tontine est terminée.

Aurai-je oublié de vous dire quel usage on fait de ce joli appareil d’osier ? 

Photo Auvergne vacances

Photo Auvergne vacances

 

Eh bien, au XVIIIe siècle, lorsque les grands voyageurs voulaient rapporter, venant de lointaines contrées, des végétaux rares, y compris arbres exotiques et arbustes, le voyage par bateau étant très long et souvent houleux, voire tempétueux, l’on glissait ces plantes dans les tontines. Bien protégées à l’intérieur de ce panier géant en matériau souple, elles arrivaient à destination en bonne posture, même si renversées de nombreuses fois après roulage et virage de bord dans la cale.

Aujourd’hui, pas besoin d’entreprendre un voyage au long cours pour utiliser nos tontines qui font de jolis supports aux plantes grimpantes du jardin ou d’élégants décors abritant un arbuste sur la terrasse.

Photo Pinterest

Photo Pinterest

Je m’en vais d’ailleurs de ce pas en confectionner une avec les quelques brins d’osier fraîchement coupés au champ.

Et vive les tontines ! 

 

( 24 janvier, 2017 )

Monseigneur a les pieds gelés…

Croyant ou non croyant, pratiquant ou non, ecclésiastique ou pas, pape, archevêque, évêque, personne n’est à l’abri du gel des pieds. Pour preuve…

Dimanche dernier 22 janvier, Mgr l’évêque était reçu dans l’une des onze communes de notre paroisse. Cordial accueil, bel office religieux, nombreuse assistance, portail aux deux grandes portes battantes exceptionnellement ouvertes pour la sortie du prélat, crosse en main et mitre couvre-chef non fourrée sur le sommet du crâne, coutume oblige, vite refermées par crainte des courants d’air, chaleureuses rencontres, ensuite, dans l’édifice, chauffé par des rampes rougeoyantes haut placées.

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Et puis direction la salle des fêtes, à quelques centaines de mètres parcourus sous un généreux soleil hivernal réchauffant même les plus frileux, dans laquelle était prévu un repas de réflexions partagé avec une douzaine d’agriculteurs. Une fois la porte du bâtiment communal franchie, une étrange sensation de froidure a saisi les invités. Si, dehors, il faisait 2°, dedans, probablement 4 ou 6° !!

  »Le chauffage n’a pas voulu démarrer », nous renseignait-on alentour.

La mine de Mgr s’est soudain assombrie.

Son visage passant du sourire aux grimaces, l’élu du diocèse avoua qu’il ne tenait pas à déjeuner dans cet air glacial, renseignant avoir déjà les pieds gelés et regrettant de n’avoir pas chaussé des soques de laine, nous aussi d’ailleurs ! 

Tous à la même enseigne ! 

Monsieur le maire vaquait à son urgente fonction de redémarrer le chauffage, sans succès.

L’abbé responsable de la paroisse arrivant à son tour dans la salle de congélation, ayant déjà ôté sa veste, Mgr l’interpela ainsi : « Mon cher Henri, vous devriez vous rhabiller, on gèle ici. » Et chacun de se sentir davantage gêné. Que faire alors, ? Mettre les tables dans la cour au soleil ? Assurément il y eût fait meilleur ! Personne ne retenant cette solution proposée par l’un, Mgr suggéra qu’on eût pu s’exercer à quelques pas de danse bretonne, détendant légèrement l’ambiance mais ne réchauffant pas suffisamment l’atmosphère. Et puis la danse, qu’elle soit bretonne ou normande, sans musique ….

L’on alla quérir deux mini sources de chaleur au gaz, impuissantes à rééquilibrer les températures corporelles.

L’on promit d’installer l’évêque près de l’une d’elles pour la durée de la mastication des mets, bien chauds, je l’espérais.

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La suite, je n’y ai pas eu droit car seulement journalistee n attente d’une photo agriculteurs-évêque pour l’événement.  Quel évènement ? Non point celui des pieds gelés ! Oui, la venue de l’évêque.

Ne voyez nulle offense en ce texte, monseigneur ! Juste un clin d’œil humoristique sur une situation inattendue, tellement inhabituelle lors de vos visites, j’imagine, puisque chacun s’appliquant à vous montrer le meilleur de tout, y compris le mode de chauffage en hiver !

Il nous restait à apprécier davantage la douce tiédeur de notre logis, une fois revenus au bercail. 

( 10 janvier, 2017 )

Histoire simplifiée des Malgré Nous, habitants de provinces perdues

Georges Logel

 

 

 

 

 

 

 

 

Si vous n’aimez pas l’Histoire, passez votre chemin. Si, curieux, vous voulez  connaître quelques épisodes souvent ignorés et toujours tus dans les livres d’Histoire de France, jetez un œil.

Et si demain, une vilaine « black war », mettait notre chère Normandie en Grande-Bretagne…….. Non, seule la fiction pourrait l’imaginer !

Cliquer sur le texte en bleu pour avoir accès à sa lecture.

 

Le drame a commencé au traité de Francfort, en 1871. Une histoire de guerre entre la France et la Prusse (Allemagne), cette dernière sortant vainqueur, Napoléon  III qui avait piqué en 1859, à l’Italie, Nice et la Savoie, est vaincu et doit céder l’Alsace et la Lorraine.

Empereur déchu, accès à la République.

On rumine, on râle et veut reprendre les chères provinces.

Eternel tourbillon de guerre.

La revanche, ce sera, quarante années plus tard, 1914-18. Et la reprise des Alsace et Lorraine (contenant les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle) si chères. A quel prix ?????

L’esprit revanchard germanique n’est pas mort et, rebelote ! Une vingtaine d’années plus tard, un an après le début de la Seconde Guerre Mondiale, le Führer annexe les deux provinces, pour cinq longues années.

Ce chant, écrit en 1885, conte l’histoire de ces populations (plus d’un million d’habitants) ballottées au fil des victoires et défaites, obligées de parler la langue de l’occupant, souvent privées de liberté.

Le violon brisé

 


1-Sur la route poudreuse et blanche
Où nos drapeaux ne passent plus
Un vieillard va, chaque dimanche,
Rêver seul aux pays perdus.
Parfois de sa lèvre pâlie
Monte une plainte vers les cieux
C’est le regret des jours joyeux
Et c’est l’histoire de sa vie

Refrain
Ils ont brisé mon violon
Parce que j’ai l’âme française
Et que, sans peur, aux échos du vallon
J’ai fait chanter la Marseillaise !

2-J’ai voulu savoir cette histoire
Il me l’a contée en pleurant ;
Gardez-la en votre mémoire
C’est celle d’un cœur simple et grand :
Un soir, me dit-il, sous les chênes
Je faisais danser les enfants
Quand les ennemis triomphants
Jetèrent l’effroi dans nos plaines !

3-Tous s’enfuyaient devant leurs armes
Rouges, hélas ! de sang français ;
Fou de douleur, cachant mes larmes
Tout seul vers eux je m’avançais
-  Qui donc es-tu, toi qui nous braves ?
Firent-ils en me renversant ;
-  Je suis, dis-je, en me redressant
L’ennemi des peuples esclaves.

4– Tu railles bonhomme ? Eh bien joue
Les hymnes chers à notre roi !
Alors leur main souilla ma joue
Mais la France vivait en moi !
Je jouai de Rouget de Lisle
L’ardent et sublime chanson ;
Ils brisèrent mon violon
En voyant leur rage inutile.

Eh bien, ceux que nous avons appelés « Malgré Nous », ce sont ces jeunes garçons et filles qui, subitement déclarés allemands en 1940, alors que, la veille, leur patrie était la France, sont obligés, à partir du printemps 1942, de combattre leur propre peuple, et sous l’uniforme allemand. 100 000 Alsaciens et 30 000 Mosellans (1% du contingent des forces allemandes) vont ainsi, contre leur gré, bien malgré eux, se retrouver sur le Front de l’Est ou dans les combats en Normandie. Les plus jeunes avaient 17 ans. Les plus courageux ont déserté dès qu’ils l’ont pu au risque de se faire tuer ou de voir leurs familles exterminées. Certains ont réussi. 30% furent tués ou portés disparus.

Voici l’histoire de deux d’entre eux, telle que je l’ai publiée dans la presse, grâce aux précieux documents fournis par Jean Bézard, un historien qui passe sa vie à rechercher traces de ces Malgré-Nous et de leurs sauveurs normands.

Incorporé de force

 

 

 

 

 

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