( 5 novembre, 2017 )

Vous avez dit bis, bisse ou bise ?

Le second sera le propos du jour. La bise, je vous l’offrirai bien volontiers ensuite. Quant au bis, non, je ne le répéterai pas. A moins que……

Quest-ce donc qu’un bisse ? Propre au canton du Valais suisse, « c’est un canal d’irrigation, une tranchée ouverte qui achemine l’eau des torrents jusque dans les prairies et champs secs, les vignobles et les vergers », renseignent Mr et Mme Wikipedia. 1508403854560

Il est fréquent d’en rencontrer qui serpentent le long des sentiers à flanc de montagne. Si certains sont encore utilisés de nos jours, la plupart sont conservés et entretenus en tant qu’équivalents de nos voies vertes, excellents buts de balades dominicales à divers degrés  de difficulté. Il y a intérêt à bien se renseigner avant de s’aventurer car parfois les passages longeant les bisses sont étroits, n’offrant qu’une seule main courante de secours, une éventuelle chute le long de la paroi vertigineuse risquant d’être mortelle, à moins d’avoir prévu un parachute de fortune ou des ailes ultra performantes ! D’autres ont leurs fantaisies en ponts de singe, suspensions de rondins de bois et cordages au-dessus d’un vide immense, qui se balancent au gré des pas saccadés ou non du marcheur hardi ou timoré.  Halte là aux malades du vertige !

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Allez, je vous accorde un petit bis pour une seconde explication, plus complète, extraite de la « Définition tirée des statuts de l’Association des Bisses du Valais :

« Le terme de bisse (Wasserleite, Rüs, Suone, raye, meunière) recouvre toute installation d’amenée d’eau d’irrigation avec ses équipements, exploitée sous forme communautaire, de la prise d’eau dans la rivière jusqu’à l’exutoire, à savoir les installations construites par la main de l’homme et servant au transport de l’eau, inclus la prise d’eau, les dessableurs, les installations de stockage, les canaux de transport, les répartiteurs, ainsi que les canaux de décharge servant au réacheminement de l’eau dans le réseau hydrographique. Ne sont pas compris les réseaux de distribution exploités par les privés. »

Une façon ingénieuse d’irriguer gratuitement les terrains en contrebas. Dès le XIIIe siècle, ils sont mentionnés dans les écrits. Au XIXe, il en existe plus de 200. Généralement possessions communautaires de groupes de paysans qui les entretenaient. Un garde était employé à surveiller le bisse pour la juste répartition de l’eau entre agriculteurs montagnards. 1508403939273

Le roi des bisses, c’est celui de Saxon, dans la région de Nendaz. Il atteint 28 kilomètres de longueur. 4 kilomètres pour le bien nommé Petit Bisse. D’autres noms de bisses ? Tsittoret, Sion, Ayent, La Tsandra, Vercorin,… tous sis dans le Haut, le Central et le Bas Valais….Certains sont encore en activité, arrosant généreusement les terres agricoles des paysans de la moyenne vallée.

Des vacances à la découvertes des bisses, pourquoi pas si vous allez du côté de la Suisse valaisane ! Moi, je retournerais volontiers sur ces chemins dans lesquels l’eau du torrent, captive dans ces étroits couloirs-bisses chante toujours en suivant son chemin vers l’aval.

Dernière petite chose : vous pouvez me tendre la joue maintenant car vous l’avez bien méritée, votre bise puisque vous voici parvenu(e) jusqu’au terme de cette histoire de bisse.

Et si, n’ayant pas tout compris, vous désirez remonter le courant pour une lecture bis, n’oubliez pas que vous aurez droit à une seconde bise.  

( 30 octobre, 2017 )

Lettre ouverte aux enfants expatriés

 

Vue de la fenêtre de ma chambre, en face

Vue de la fenêtre de ma chambre, en face

Quatre jours de bonheur en Suisse suivis d’une semaine de vacances des enfants suisses ici ne pouvaient que m’inciter à partager avec vous mes impressions sur ce blog abandonné à la page vide depuis plus de trois semaines au moins.  

Essai humoristique sur le départ des Petits Suisses

Dimanche 29 octobre. 3h30 du matin. La maison râle de se sentir abandonnée, et moi aussi. Les charmants enfants viennent de déserter leur terre natale pour rejoindre ce minuscule ridicule pays, 12 fois moins grand que notre chère France, dont ils sont tombés en amour. Une infidélité de plus de vingt ans déjà ! Pourquoi s’expatrier dans cette nation exempte de ces infinies superbes côtes océaniques, de cette mer « qu’on voit danser le long des golfes clairs », privée de ce climat modérément pluvieux, dépourvue de mouettes rieuses et de goélands argentés kreeayant gaiement en frôlant la vague houleuse ! Envolés vers ce bout de terre aux bosses acérées, aux pics vertigineux risquant de trouer les nuages et de déclencher mainte avalanche de cette trop pâle fleur de farine glacée, vers cette étrange contrée ayant recours à pas moins de sept présidents pour venir à bout des lois, contrats et traités à régir !

 Zut alors ! J’attends déjà ce retour au bercail (pas avant un an, dîtes-vous ?) Mais c’est la Bérézina, Waterloo et Trafalgar tous réunis !!!!

Vue de la fenêtre de ma chambre, à gauche

Vue de la fenêtre de ma chambre, à gauche

 

 Me reste l’espoir d’ouïr très bientôt, et souvent, les sonnailles et clarines des mammifères au lointain, le cri de la marmotte apeurée sur l’alpage et, et, et …le son de votre voix au téléphone, sur le natel, le Skipe ou le WhatsApp, mes enfants chéris.

Bon voyage à vous !  De tout cœur avec vous ! Mum 

( 25 septembre, 2017 )

Libre…

1503649881774Je suis libre, libre de mon voyage,

Tel l’air gouverné par le vent du Nord,

Comme la pluie projetée des nuages,

Telle la feuille dans sa chute indolore.

 

Je ne sais où je vais mais suis en route

Vers l’inconnu, vers un monde nouveau.

Vers la sérénité. Tissage achevé récemment.

Vers la sérénité. Tissage achevé récemment.

 

Ne sais qui me guide mais vis l’écoute

De cette voix résonnant en écho.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1503649881586Echo d’une mélodie de l’espérance,

Echo d’une symphonie de la tendresse,

Histoire de jours meilleurs, de renouveau,

Reflets d’un clair de lune, tout en caresse.

 

Qu’est-ce que la liberté sinon l’attente ?

La soif de combler cet état de vertige ?

Le souhait de serrer la main riante ?

Le désir de réussir sa voltige ? 

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( 11 septembre, 2017 )

Vogue, vogue mon voilier…

Tissage terminé ce dimanche 10 septembre. Bois flottés et toison de mes brebis, teinte avec plantes.

Tissage terminé ce dimanche 10 septembre. Bois flottés et toison de mes brebis, teinte avec plantes.

De me mener en galère,

Il n’est vraiment plus question !

A Dieu vat, vat et revat !

J’ai choisi petit voilier

Pour voguer sur les eaux calmes,

Bien à l’abri des tempêtes,

Des remous et des cyclones.

Vogue, vogue mon voilier !

Porte-moi où bon te semble,

Au pays de l’Amitié,

Sur le lac aux Nénuphars,

Près des monts de la Franchise

Ou bien de la Pureté.

Vogue, vogue, mon voilier ! 

vogue 2

 

( 10 septembre, 2017 )

Bonjour, la famille Tatie!

Sauvées in extremis de leur ultime voyage vers l’abattoir, les voici déjà paissant dans le vaste enclos du champ. Moi qui m’étais, à la mort de Kiwi, le gentil et ultime mouton mort le 20 juillet dernier, promise de ne plus reprendre d’animaux brouteurs, j’ai craqué. 

Marché de Gavray, jeudi 7 septembre. Parmi les centaines de moutons et brebis attachés court aux barres sous le foirail, il faut choisir vite et quitter cet endroit de marchandage de vies animales, débordant de bêlements inquiets, d’yeux effrayés, de gros maquignons tâtant les croupes bondissant de peur et de senteurs d’abattoir proche. 

Justement, « cette jolie maigre à tête noire, c’est bien une Roussin de la Hague? », m’adressai-je à l’homme déjà âgé, en courte blouse noire. Après son « oui » solitaire, j’insiste pour connaître la suite.

- « Elle est âgée ?

-Dix ans au moins. Pourquoi, elle vous intéresse ? »,  annonce le vendeur surpris par cette curiosité soudaine envers une vieille brebis à réformer au plus vite.

Les 4 nouvelles arrivées

Je me fais insistante, sachant que l’inexorable mal qui guette les moutons en fin de vie, ce sont les pattes ne voulant plus porter les corps laineux :

« A-t-elle mal aux pattes ?

-Non, pas du tout. Elle n’a plus guère de dents : il lui faut juste de la grande herbe et du foin », ajoute le maquignon voyant que le marché pourrait se conclure.  

Inévitable question ! 

« -Combien ? 

-50€. 

-OK. Je la prends. « 

Et de une qui va éviter le couteau Alal ou Casher. 

Ne supportant pas les animaux à l’unité, future vie de solitude et de tristesse, je persiste auprès de l’homme qui ne me paraît pas, après tout, le plus détestable du marché.

- »Et celle d’à côté, elle est à vous aussi ?

-Oui et c’est le même prix ». 

Un large trait de stabilo spécial postérieur ovin et les voilà toutes deux marquées VENDU.

Quand soudain mon regard est accroché par deux immenses yeux vert d’eau striés de marron qui me fixent avec tant d’insistance que vous en devinez déjà la suite…

Tatibelle, la charmeuse à l'œil vert d'eau.

Tatibelle, la charmeuse à l’œil vert d’eau.

 

« -Attention, celle-là, c’est pas le même prix ! Elle est belle. »

Traduction de « belle » en langage maquignon = grasse, dodue, espoir de futurs beaux gigots et côtelettes, en raccourci « bonne à tuer ». 

« -Mais pourquoi elle vous intéresse, celle-là ? Si vous en voulez une autre, prenez plutôt la petite tachetée, juste à côté. Elle vous plaît pas, celle-là ? »

-Mais la grosse a de si beaux yeux ! », rétorquai-je, un brin de malice et de provocation dans les miens. 

J’ai alors vu dans le regard de l’homme, non pas de la moquerie, mais une touche de douceur, un peu d’humanité. Il s’est alors tourné vers moi et m’a observée d’un regard bienveillant.

90 + 70 + 50 + 50 = « 250€, pas plus. OK ? »

Pas le premier en calcul mental autrefois sur les bancs de son école du val de Saire, ce monsieur, car j’ai dû attendre quelques secondes avant qu’il s’aperçoive de l’erreur volontaire de ma part, en bonne normande. 

« -Non, non, ça fait 260 !! Allons, bon, d’accord pour les 250 ! », acquiessa-t-il en sortant, une fois de plus, son stylo marqueur. 

Affaire conclue, chèque empoché, le Cotentinois renseigna qu’il menait régulièrement paître son troupeau d’une centaine de têtes sur l’île de Tatihou, louant les herbus à l’office du Littoral.

En effet, les quatre dames enlainées, habituées à voyager, sautèrent prestement dans la remorque sans se faire prier, en route vers leur nouveau havre de paix dionysien.

 

Tatihou, Tati, bonjour les quatre Taties ! 

Miam miam !

 

 

 

( 31 août, 2017 )

Un trou dans le glacier

Un trou dans le glacier, un cratère dans le cœur !

Réchauffement, glaciation ? Pauvre nature !

Animal, végétal, minéral : ça va mal.

Aucun n’est épargné, tout s’effrite, se dissout !glacier 1

Ce glacier de Moiry est situé à quelques kilomètres de chez mes enfants suisses. Lénaël, mon fils aîné, travaille, en pleine nature, non loin de là. Un endroit et des enfants magnifiques que j’ai hâte de revoir. Photo Lénaël Duval

Ce pâle fleuve de glace avait bien fière allure,

Il y a cinquante ans mais aujourd’hui se meurt,

A perdu ses rondeurs, s’amaigrit à vue d’œil.

Autre photo sgnée Lénaël Duval

Autre photo signée Lénaël Duval

 

Situé en Valais suisse, enfant de la Gougra,

Petit-fils du grand Rhône, là-haut dans la montagne,

Sorti du Grand Cornier, à 3900 mètres,

Il est en perdition et ses jours sont comptés.

Photo Lénaël Duval

Photo Lénaël Duval

Souhaite aller bientôt, avant qu’il soit fondu,

Le consoler un peu, lui confier mon chagrin.

Je lui ferai cadeau de mes larmes amères,

Il purifiera mon cœur plein de tristesse.

Nous nous consolerons, minéral et humain.

Et pourquoi pas ? Suffit de nous tendre la main.  

( 30 août, 2017 )

Amertume

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Confier son chagrin à l’ami

Pour ne pas déjà succomber,

Espérer trouver la raison

De continuer un brin de vie,

Quitter le sentier d’amertume,

Trouver le chemin du pardon

Pour voguer sur l’onde clémente,

Sortir enfin de la brume

Et rejoindre la voie aimante.

Tissage achevé hier soir, 23h, fait de bois flottés que j’ai assemblés à l’aide de chevilles de bois et de ficelles de coton, puis, sur la chaîne,  laine de mes brebis. Je l’ai nommé Amertume.

Tissage achevé, hier soir, sur cadre, fait de bois flottés ramassés, l’été dernier, au Hameau Labour à Lingreville, que j’ai assemblés à l’aide de chevilles de bois et de ficelles de coton, puis, sur la chaîne, laine de mes brebis, teinte avec garance et chlorophylle. Je l’ai nommé Amertume.

 

 

 

 

 

 

 

 

( 28 août, 2017 )

Demain, l’aube jolie blanchira la campagne…

Les Anglais le nomment breakup. Pour les Allemands, c’est das Ausenanderbrechen. Les Italiens parlent de rottura et les Espagnols ruptura. Très douloureux, ce phénomène, malheureusement assez répandu à notre époque, dans cette civilisation, vous brise en deux et vous colle la boule au ventre, les boyaux en déconfiture et les cernes aux yeux.

Prévisible mais retenue en l’air le plus longtemps possible, la lame de l’épée atteint le cœur du plus vunérable des deux. C’est cela, un duel ! Il faut bien un vaincu. Le vainqueur retirant l’arme blanche de l’organe vital avec satisfaction, confusion ou regret, à son choix. Une fois le perdant tout baignant dans son sang, deux possibilités lui sont encore offertes. Ou bien il se laisse couler le liquide vermeil jusqu’à épuisement soit, la main serrant dur son pauvre cœur blessé, le malheureux se relève et appelle au secours. Deux autres potentialités se présentent alors. Soit le filet de paroles devenu inaudible, le voilà envoyé ad vitam aeternam dans la gueule des Enfers, soit sa voix fut audible, ses anges et amis accourant prestement. A vous faire confidence, j’opterais sûrement pour la seconde chance.

Car demain, l’aube jolie blanchira la campagne, le chagrin cessera et la vie reprendra, plus belle, plus honnête et plus pure peut-être…    

( 27 août, 2017 )

Entre Diable et Bon Dieu, de l’abîme au zéphyr

Il est des périodes, dans la vie, où tout soudain se précipite. Et dans ces durs moments, ils sont deux à s’asseoir à la table, l’un voulant de toi jusqu’aux ongles, l’autre restant modeste, attendant le propice moment de se frayer un sentier en ton âme. Le premier t’enchaînant à la roue grimaçante et le deuxième larron tentant de te hisser vers le bleu de l’azur. escaliersouslaneige.jpg

Diable voudrait emporter la bataille, agitant violemment le cœur de sa victime, la forçant, ricanant, à médire, à maudire, haïr, malfaire, voire, le traitre ! la poussant jusqu’au seuil de ses brûlants enfers. tn2hirondelles.jpg

Que d’efforts pour le Bienveillant qui sagement attend la bonne occasion pour te réconforter, tendre sa conciliante et amicale main, guettant fidèlement le moment opportun de pouvoir te convaincre que tout n’est pas perdu. Inégal combat, pour qui ne veille pas. Et quelle longue veillée, pour ne pas succomber, pour croire encore et toujours à la force de vie qui te sauvera de l’abîme. Croire au ciel bleu, au doux zéphyr… Inégales alternances de désolation laissant place à l’espoir, de timides sourires succédant aux rivières de larmes. « Le Diable, c’est l’ami qui ne reste jamais jusqu’au bout », a dit Georges Bernanos. Ami trompeur, aux paroles mensongères, à l’attitude vile, au regard de travers, à la corne tueuse. A fuir à toute allure puis, une fois le mouchoir asséché, inviter le Bon Dieu, ses p’tits anges et ses saints, s’emplir le cœur d’une douce espérance et continuer de vivre en rayant de sa liste de gens à fréquenter ce maudit bigre, démoniaque malin, foutre faux dieu et stupide importun.pommiers déracinéspng

 

De l’abîme au zéphyr, franchir le gigantesque pas pour enfin vivre encore !

( 20 août, 2017 )

Cinq plumes de goéland

Tant que me plaira la caresse

D’une banale plume de goéland,

Je vivrai.

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Caresses, sur la joue, du vent, du soleil, de pluie et neige, d’une feuille morte, d’une plume de goéland trouvée, un soir de désespoir, sur le sable marin, faudrait savoir se contenter de peu !

D’accord avec John Steinbeck : « Des fois, j’caresse même des souris, mais c’est quand j’peux rien trouver d’mieux.’

 

Tant que mes yeux apprécieront

Le sourire des petits-enfants,

Je vivrai.

 

 

Tant que j’ouïrai battre le cœur

De mes gentils chiens bien-aimés,

Je vivrai.

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Tant que le parfum du muguet

Saura encore réjouir mon nez,

Je vivrai.

 

 

Tant que la pulpe d’une mangue

Mettra mes papilles en éveil,

Je vivrai.

 

 

Un jour proche ou lointain, qui sait !

Adieu goéland, chiens, muguet…

Les cinq sens abusés,

Je partirai.

La Mauvillière, dimanche 20 août 2017

( 16 août, 2017 )

Calme retrouvé après fête au village

Je crois n’avoir jamais tant apprécié le calme que ce matin, à l’aube. Premiers pas dans le champ, dans la fraîche rosée, m’ont recentrée dans l’univers serein, celui de ma nature aimée, bien loin de notre monde de futilités, divertissements en tous genres, étourdissements alcooliques, viandards et pécuniaires !

Elle râle toujours, me direz-vous ! En êtes-vous si sûrs ?

Depuis deux jours, vivre au rythme d’une fête, même de village, brusquement plonger dans le monde abyssal des beuveries, bouffailles, chambard, tapages et brouhaha, quel difficile saut !

Chacun des cinq sens subit sa dose d’agressions.

Courageuses crêpières à pied d'œuvre, une main à la poêle et l'autre sur la louche !

Courageuses crêpières à pied d’œuvre, une main à la poêle et l’autre sur la louche !

1-Pauvre nez assailli d’insistantes et entêtantes odeurs de ces milliers de moules pleurant dans le bouillon, de ces dizaines de gorets recroquevillés en saucisses et de tout ce graillon friteux de tubercules regrettant fort leur terreuse robe des champs. Vêtements, eux aussi, empreints d’une bonne dose de ces effluves, à jeter aussitôt en machine pour nécessaire purification !

2-Yeux accablés passant du lugubre défilé des gigots, inévitable sort de doux agneaux de lait ayant quitté leur maman à regret pour se faire griller les mollets ! Yeux attristés par les ivrognes ingurgitant des barriques de bière, au bar là-bas ! S’humidifiant soudain à la vue du canard dans le carton tout près, futur lot de moqueries et de gain à cette stupide roue de la fortune ! « Coin, coin, laissez-moi regagner mon arpent de verdure et ma basse-cour ! » Lot, avec quelques poules et lapins, soumis aux mêmes conditions, d’un jeu qui ne devrait plus être ! Stupide jeu avec enjeu d’êtres vivants proposés, contre une pièce de monnaie, par ceux qui n’ont rien compris du respect d’autrui.

Merci à Mo pour la prise de photo des dames encowboyées.

Merci à Mo pour la prise de photo des dames encowboyées.

3-Que dire des oreilles soumises à dure épreuve avec ces musiques rendues folles à cause d’un bouton qu’on ne sait plus freiner ? « Il faut que ça braille ! C’est ça qui plaît aux jeunes ! Plus c’est fort, mieux c’est ! » Et tant pis pour les fragiles cornets auditifs préférant savourer une valse de Chopin ou un air d’opéra à niveau de stimulus normal !

Chaque année, je me dis : « ce sera la dernière ! » de la fabrication, vente et distribution d’une cinq centaine(s) de pochettes à lots de pacotille.

4-Eh bien, le quatrième de mes sens lui aussi atteint, j’avoue ne plus avoir le goût de ces amusements, de ces gargantuesques plateaux de nourriture, rêvant d’une tomate coiffée d’un chapeau d’huile d’olive, de trois feuilles d’une salade verte croquante et de deux grosses figues fraîchement cueillies sur l’arbuste.

5-Quant au toucher, mis à part les cheveux de Baptiste et la main de Laly, le reste s’est évaporé et a filé entre mes doigts. Non je n’ai pas touché le fond, ni le gros lot ni le pactole. Je voulais seulement vous en toucher un mot !  

 

Plus tu chutes, plus tu fais rire la tribu des urubu, zébus ayant-bu, cartabu, oreillus et individus !

Plus tu chutes, plus tu fais rire la tribu des urubu, zébus ayant-bu, cartabu, oreillus et individus !

 

Du vent, cette fête est du vent, de la poudre de perlin pimpin car l’on n’y apprend rien, l’on n’y voit rien de beau à part le sourire de quelques amis et famille, le regard pétillant des enfants qui gambadent, des pas de danse country, le travail des chanteurs s’égosillant devant des gens indifférents, l’effort incessant des crêpières pour rassasier toutes les bouches, le bagou de Bénédicte commentant les jeux glissades sur bâche savonnée. Et encore ces fidèles amis et enfants revenant interrompre le tourbillon pour quelques bavardages ! 

« Au milieu des arbres, de l’eau, des nuages et des animaux qui m’entouraient…, j’ai pu retrouver l’essence même de mon être, sans être perturbée…. » Jane Goodall, primatologue. 

Rassurez-vous, je m’en suis sortie presque indemne et, après onze mois, vingt-neuf jours, dix heures, sept minutes et trois secondes, je pense que, pour la plus de vingtième fois, je serai à la fête du village et vous y donne rendez-vous, pas avant le 15 août 2018 ! je serai encore à la fête du village et vous y donne rendez-vous, pas avant le 15 août 2018 ! Non, car je n’ai pas encore la vocation de dame cloîtrée, de nonne bénédictine ou d’ermite sur le mont Athos, ne refusant pas complètement de vivre dans ce monde bien agité, essayant, malgré tout, premier combat, de dire à ceux qui veulent bien m’écouter, que le respect des animaux, c’est primordial… David contre Goliath, vous connaissez ? 

( 13 août, 2017 )

Dans le grenier de mon enfance…

Un étroit escalier tout droit menait à l’antre de la découverte, grenier de mon enfance. Déjà la pente ardue, aux marches moins aisées car plus courtes que la longueur du pied, surprenait. Gare aux toiles longuement ouvragées par les araignées entre deux de nos peu fréquents passages vers l’Everest de la demeure. Quant à la bouffée d’air étouffant ou glacial, selon la saison dans la pièce non isolée, elle eût dissuadé plus d’un curieux. Ne pas faire chuter les bidules accrochés le long du mur de la montée pour ne pas choir soi-même était l’autre souci.

Pots à crème, à lard, désormais inutiles ont atterri chez moi, pour la déco et le souvenir des gestes de nos aïeux.

Pots à crème, à lard, désormais inutiles ont atterri chez moi, pour la déco et le souvenir des gestes de nos aïeux. Et ce vieux rouet, remis au goût du jour, précieux objet de mes débuts de fileuse.

 

Une fois en haut, sous la toiture apparente, la magie opérait.  Des milliers de choses, trucs et machins, amassés depuis des décennies, voire un siècle, le meublaient en un immense fouillis, incessamment alimenté, leur progression d’invasion évoluant au fur et à mesure qu’un achat, cadeau ou vieillerie n’était pas digne de séjourner dans l’un des deux étages inférieurs. « Va le mettre au grenier ! « , c’était le mot de passation du monde des vivants à celui des trépassants pour un séjour plus ou moins long au purgatoire, voire définitif au royaume des Enfers. Car dans ce fatras d’objets insolites, lorsque le passage d’un pied n’était plus guère aisé, il fallait « faire du rangement« . Entasser ou jeter, empiler ou brûler, that was the question ! Halte là à papa quand l’envie de ranger lui prenait, maman s’inquiétait. Vous savez bien qu’une chose n’a de valeur que par le sentiment qu’on y ajoute ! Ce vieux chiffon par terre, mais c’était bien ma robe préférée, faite d’un joli taffetas, par notre couturière Angèle ! Et cette informe et poussiéreuse loque, tu ne vas quand même pas brûler l’ourson de mon enfance ? Le reste de carpette là-bas ? La descente de lit offerte en cadeau de mariage par la tante Augustine ! « Mais ces papiers et vieilles cartes jaunis, entassés depuis des lustres, tu ne les conserveras pas ad vitam aeternam ? », lançait papa, en manque de marchandises à expédier aux flammes de son brûlot programmé.  »Qui veux-tu que ça intéresse ? »

 

Les bougeoirs en cuivre, veilleurs des soirées il y a bien longtemps.

Les bougeoirs en cuivre, veilleurs des soirées d’antan, un peu boudés par manque d’astiquage, utilisés encore en cas de panne sèche.

 

Mille mercis, petite maman, d’avoir défendu ces trésors, âmes de nos ancêtres, qui eussent, sans toi, fini en cendres !

Une fois parvenue dans mon antre, assise sur le plancher nu, près d’une énorme pile de revues depuis des lustres passées de mode, baptisées les « Mon ouvrage » ou « Petit Echo de la Mode », je feuilletais chacune  pour y dénicher recette de beauté, de cuisine, modèle de tricot, rêve de voyage, récit de vie d’un écrivain… Je me penchais aussi avec délice sur ces livres et cahiers d’écoliers d’un temps pas si lointain. ZiziLes miens, ceux de maman, de papa et de quelques aïeux, toujours admirative de leur écriture savante, à la plume déliée trempée dans l’encre violette, à l’opposé de mes tracés de patte de mouche, regardant un instant mes index et majeur droits, sentant encore l’odeur du liquide échappé de mon vilain porte-plume. Doigts tachés, vite essuyés au buvard rose mais encore maculés pour toute la journée …

 

Près de la jolie lampe à pétrole, trônaient, empoussiérés, des globes de mariée dont celui-ci, de maman, à l'intérieur duquel, la fraîche épousée déposait, au soir des noces, s

Près de la jolie lampe à pétrole, trônaient, empoussiérés, des globes de mariée dont celui-ci, de maman, à l’intérieur duquel, la fraîche épousée déposait, au soir des noces, son bouquet ou quelques accessoires de sa coiffure. Ma petite mère y avait enfermé les fleurs de lys en tissu ornant     sa jolie chevelure bouclée.

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Et ces cartes postales échangées en temps de Première Guerre Mondiale, plus de trois centaines en tout que je conserve pieusement et que j’ai toutes lues, récits bouleversants de quotidiens aux champs répondant aux pages gribouillées au fond de la tranchée. J’ai suivi l’évolution des combats, jour après jour, du paisible départ de Querqueville, près de Cherbourg, centre d’apprentissage des gestes militaires, de l’embarquement à Marseille un certain 12 octobre 1915, à 10h, sur le Timgad, jusqu’au fin fond de l’expédition de Salonique, là-bas sur le front d’Orient, quelque part entre Grèce, Serbie et Turquie…. Jusqu’à ce fatal 20 novembre 1916, où Auguste Leverrand, tué par les Bulgares, n’a plus laissé de traces écrites. Je me souviens avoir tant pleuré en lisant le courrier provenant de France, de Louise, mon arrière-grand-mère, sa petite sœur, tellement inquiète et qui continuait de lui écrire. Plus de nouvelles, désespoir de revoir un jour le frère aimé. C’était cela, les visites au grenier. Interminables car je partais, comme ici sur ce blog, pour de réelles aventures que je quittais toujours à regret.

 Là aussi s’est longtemps caché mon Titi, amour de mon enfance avec son compère ourson Toto, plus amoché et qui a disparu. Après un demi-siècle de geôle, Titi trône désormais dans ma chambre, encore parfumé des caresses, baisers et embrassades de ma prime jeunesse.Et tant de milliers d’autres objets, écrits, livres, accessoires sauvés ou disparus sauf en mémoire, qu’il me faudrait au moins une semaine à dresser l’inventaire du grenier de mon enfance…

Mon Titi, l'Amour fidèle de mon enfance !

Mon Titi, l’Amour fidèle de mon enfance !

 

( 26 juillet, 2017 )

Oublions les oubliés des oubliettes du Mont

Timo et Nolan, mes petits-enfants du pays valaisan, venus en vacances une semaine à la Mauvillière, ont été déçus d’apprendre que le château de Cerisy-la-Salle ne possédait pas d’oubliettes. « Ok ! » leur ai-je répondu. « Vous voulez en voir, des oubliettes ? « 

Timo et Nolan

Timo et Nolan

 

Et nous voilà, ce jeudi 21 juillet, partis vers le Mont Saint Michel, à la découverte de ces macabres cachots souterrains dans lesquels étaient jetés des prisonniers pour y être oubliés, pour toujours.

J’imagine que, depuis que l’homme existe, de tels lieux d’enfermement ont été créés. Si le mot « oubliette » n’apparaît que vers le XIVe siècle, il était toujours possible de faire oublier son voisin détesté, sa belle-mère acariâtre ou un rival amoureux dans la fosse de la cave, du cellier ou bien carrément des latrines. Puisqu’il était aussi courant de jeter l’ennemi dans le puits rempli d’eau, pourquoi pas à sec ailleurs ?

J’apprends que l’on dénombre aujourd’hui très peu d’oubliettes en France dont une en forteresse de la Bastille, une autre au château de Pierrefonds. Et celles du Mont-Saint-Michel ?

« Non« , affirme Etienne Dupont dans son livre Les prisons au mont Saint-Michel, « Les oubliettes et les « in pace » (expression latine signifiant une prison où l’on enfermait, dans les monastères, pour leur vie entière, ceux qui avaient commis une faute), n’ont jamais existé que dans l’imagination de romanciers macabres ou de pseudo historiens désireux de salir les ordres religieux du Moyen-Age et … la gloire d’une des plus florissantes abbayes du monde… »

Il y avait certes quelques puisards, égouts et cachettes où les trésors de l’abbaye et des cathédrales voisines étaient dissimulés en cas de conflits.

Pas de prisonniers anglais longtemps entassés pendant la Guerre de Cent Ans, pas d’hérétique en temps des Guerres de Religion. Juste quelques femmes possédées par le démon, telle cette Guillemine de Cancale, venue faire un séjour forcé au Mont, exorcisée en 1566 devant l’autel de saint Michel.

Deux charmants garçons bien vivants ... et les oubliés...oubliés !

 

En tant que prison, oui, entre 1792 et 1799 pour 300 prêtres réfractaires.

Puis entre 1800 et 1863, notre joyau manchois fut utilisé, défiguré pour réadaptation en maison de force par Napoléon, pour les condamnés aux travaux forcés. 15 000 détenus des deux sexes, 800 à 1000 par an.

Si Victor Hugo ne tarit pas de superlatifs élogieux pour la beauté du site, il affirme cependant qu’à l’auberge on y sert du poisson pourri. « Et puis, comme on est sur la lisière de la Bretagne et de la Normandie, la malpropreté y est horrible, composée qu’elle est de la crasse normande et de la saleté bretonne qui se superposent à ce précieux point d’intersection. Croisement des races ou des crasses, comme tu voudras ! », écrit-il à Adèle, son épouse en 1836. Evoquant le lieu comme « un sinistre amas de cachots » et notant « à travers une fenêtre grillée, la pâle figure d’un prisonnier« .

Résumant ainsi ces deux aspects du Mont au XIXe siècle : « Jamais je n’ai senti plus vivement qu’ici les cruelles antithèses que l’homme fait quelquefois avec la nature. »

Un peu plus loin, le grand écrivain n’est guère plus tendre : «... À l’intérieur le Mont Saint Michel est misérable. C’est un village immonde où l’on ne rencontre que des paysans sournois, des soldats ennuyés et un aumônier tel quel. Dans le château tout est bruit de métiers, des ombres qui gardent des ombres qui travaillent (pour gagner vingt cinq sous par semaine), des spectres en guenilles qui se meurent dans des pénombres blafardes. »

Napoléon III ayant supprimé les geôles en 1863, le lieu fut classé au titre des Monuments Historiques en 1874. Et la restauration de l’une des merveilles du monde commença.

Mais revenons à nos oubliés des oubliettes, en d’autres lieux !

Qui pourra témoigner de la vie de ces prisonniers, puisqu’oubliés volontairement au fond de leur cachot ?

L’on sait qu’une véritable oubliette grand confort possédait une banquette de pierre, zone contre l’humidité stagnante, et des latrines. Par une trappe dans la voûte, il arrivait que de la nourriture soit descendue aux prisonniers à l’aide d’une corde. Léger espoir, après la dégringolade, de resurgir au grand jour.

Rien ne vaut une gaufre bien nutellatisée pour oublier les oubliés des oubliettes !

Rien ne vaut une gaufre bien nutellatisée pour oublier les oubliés des oubliettes !

Certains murs témoignent encore de l’occupation principale de ces condamnés : graver, à l’aide d’une pierre affûtée, leurs ultimes messages.

Je garde pourtant en mémoire l’image de ces fausses oubliettes inventées pour attirer le client gobeur de légendes. Parmi les rares voyages de mon enfance, il y a eu les épopées jusqu’au Mont Saint Michel (70 kilomètres : une sacrée trotte pour le papa chauffeur, une incroyable aventure pour nous, enfants de 7, 8 ou 10 ans, habitués à l’univers de la ferme que nous ne quittions que pour aller aux offices religieux, à l’école, dîner dans la proche famille ou acheter les affaires de rentrée des classes aux foires de Lessay ou Gavray !) et ces visites aux deux musées qui me terrorisaient : les personnages de cire aux visages épouvantés, se noyant dans les sables mouvants et les prisonniers squelettiques s’étiolant au fond des oubliettes, au milieu des rats. Images d’horreur qui nous hantaient, la chair de poule au corps entier, l’envie de fuir avant la fin de la visite et dont je garde à ce jour le souvenir intact.

Or je n’ai pas retrouvé ces musées, transformés, pour plus de cohérence peut-être, de vérité historique, de modernisme, évoquant maintenant la marine au fil des âges ou le désensablement progressif du mont. Oublions donc les oubliettes du mont et voyons du côté de ce mot, toujours d’actualité aujourd’hui.

Souvenirs tombés aux oubliettes, projets électoraux de même, ministres déchus, comédiens et chanteurs disparus dans les …

Oubliettes à jolies filles, au fond de la cour…   

« −Gardez-moi ? fit-elle. −Te garder, par exemple ! s’écria-t-il en marchant de long en large pour mieux cacher son embarras. Te garder ? Tu ne doutes de rien. Où te garder ? Crois-tu que je dispose ici d’une oubliette à jolies filles ? On ne voit ça que dans les romans, finaude ! (Bernanos,Sous le Soleil de Satan,1926, p.77).

« Y’a des allumettes au fond de tes yeux,
Des pianos à queue dans la boîte aux lettres,
Des pots de yaourt dans la vinaigrette
Et des oubliettes au fond de la cour… » (tête en l’air – Jacques Higelin)

Si ce texte vous a paru inintéressant, insipide, incolore et sans intérêt, n’hésitez surtout pas à le jeter aux oubliettes et à y envoyer sa rédactrice avec ! Méfiez-vous, elle a le bras long, les doigts agiles et pourrait réapparaître sous peu avec d’autres histoires issues de son clavier !

 

Une fois retournés au pays hélvète, nos petits Suisses auront peut-être le loisir de faire un tour du côté de Chillon, dans le canton de Vaud, au bord du lac Léman et de son château chanté par Byron et célébré par Jean-Jacques Rousseau, dans lequel, paraît-il, il y a des oubliettes de 90 pieds (28 m) de profondeur. Oubliettes qui font une partie de sa renommée.

Chillon

 

 

 

 

 

( 7 juillet, 2017 )

Votre voisin se nomme-t-il Fromond ?

 

FranceNormandieSaintFromondEgliseDe proche ou lointain voisin prénommé Fromond, moi je ne connais pas. Et pourtant des Fromond, il y en a eu puisque, à une cinquantaine de kilomètres d’ici, un évêque de Coutances ainsi baptisé a fondé une communauté vers 650 sur le terrain de laquelle il a été inhumé. Des miracles ayant eu lieu à cet endroit précis devenant centre de pèlerinage, à un monastère bâti mais rapidement détruit par les envahisseurs normands ont succédé un prieuré de Bénédictins puis une église au XIIè siècle, re re et remaniée au fil des siècles, appelée abbatiale.

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Abbatiale dans laquelle, mercredi soir 5 juillet, nous avons passé une fort agréable soirée et donné un concert avec Appel Gospel.

Et voilà qu’autour de l’endroit s’est développé un village nommé Saint Fromond, aujourd’hui d’à peine 800 âmes.

ange fromond

Fromond, un prénom d’origine germanique, lit-on, Frodmund (frod avisé et mund protection).

Le nom de cet ange triste, planté là juste devant l’abbatiale, à l’aile à demi brisée et qui n’a pu rejoindre le cortège de ses copains des cieux ? Tenez, pourquoi pas Fromond ! Indifférent aux passants, privé de sourire, le pauvre ange attend, figé dans la pierre, la venue d’une Angèle, Angelote ou Angélique qui saura lui redonner espoir.

Mi seule ! Tiens, tiens ! Où donc se cachait Mo ce soir-là ?

Mi, seule. Tiens, tiens ! Où donc se cachait Mo ce soir-là ?

Une curieuse église qui domine la plaine de la Vire, presque de forme carrée, dans laquelle les fidèles sont placés devant, derrière et sur les côtés de l’autel.

 

Merci à l’auteur de la photo.

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Non loin d’ici, mais nous n’avons pas eu le temps de nous y rendre, existent les ruines d’un vieux château fort, nommé de la Rivière, squattées, depuis une vingtaine d’années, par des couples de cigognes succédant à…des naturistes non emplumés, eux aussi bipèdes, genre homo poilux, n’ayant pas l’avantage de voler.

 

( 4 juillet, 2017 )

Bien cher Calliandra

Ma copine Mo m’ayant récemment demandé, photo à l’appui, si je connaissais cette beauté mâle, en cherchant bien je crois savoir de qui il s’agit.

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Qui t’a, un jour, capturé, embarqué tel un esclave, en route vers le vieux continent? 

Laissant là-bas ta famille Fabacée sans nouvelles de toi?

Regrettes-tu parfois ton Amérique du sud, ta Guyane, le Surinam voisin, pays de tes copains, copines, cousins, cousines, oncles, tantes, frères et soeurs ?

Car dans votre famille, reconnais que vous êtes nombreux. Chacun bien différent et, pour s’y retrouver, les négriers vous ont affublés de surnoms variés : tergemina, bella, biflora, californica, chilensis, laxa, humilis, parviflora, conferta et j’en passe.

Cher Calliandra, je comprends bien pourquoi tu portes ainsi ce nom aux origines grecques : kallos beauté et andros mâle.

Qui ne pourrait être séduit par ces atours que tu portes plumeux, de la couleur du sang clairet et qui te vont si bien ?

Calliandra

Les gens de peu d’imagination te traitent de « pompon de marin ». OK ! Mais tu mérites mieux !

D’autres parlent de tes houppettes ! Va pour houppettes ! Houpetta la Bella ! Houppetta la Bellissima ! Je ne sais plus pourquoi tu me donnes soudain l’envie de te chanter !

Ton manteau bipenné et alterne, d’un vert bien soutenu, t’habille tel un gant, à longueur des quatre saisons. Tu te plais maintenant dans notre région mais détestes le froid. Plusieurs de tes amis y ont laissé la vie, enterrés à jamais loin de leur doux pays.

Tu séduis chaque jour et séduiras encore, tant que tu brilleras de tes irrésistibles plumets rouges, bel ami !

Sacha Guitry  Quadrille

 Qui ne serait séduit ? Irrésistible, Calliandra, tu l’es et le seras tant que tu vivras ! 

 

 

 

 

 

( 23 juin, 2017 )

Maman, si tu savais…

Maman, si tu savais le chagrin que me cause

La vue de ta demeure autrefois habitée,

Aujourd’hui dénudée, solitaire, oubliée,

Et ton coquet jardin aux bordures de roses,

Garni de beaux légumes pour toute la famille,

Au coin ombré de pieds de menthes et camomilles.

 

Merci à Jardinage.lemonde

 

Intarissables larmes d’un temps évanoui,

Perdu à tout jamais, le temps de mon enfance !

De toi, maman, me manque la présence,

Déesse du refuge, maîtresse du logis.

Me manquent ton sourire et ta proposition :

« Allons donc au jardin voir ce qui a poussé ! »,

Panier en main, prête à l’emplir avec bonté.

 

Nos chambrettes coquettes, large escalier de bois

Aux rampes dévalantes, les armoires aux draps blancs

Pieusement conservés, défraîchis par les ans,

Racontant les grands-mères : « Dis-moi encore une fois…. »

Et maman rappelait que cette broderie

Au fin fil de coton, c’était celle de Marie.

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Et cette salle à manger préservée des repas

Pour ne pas la salir, à cirer chaque année

Avec sa table ronde et puis le grand buffet.

Ce magique pose-plats, jouant air délicat.

Ces vieux miroirs piqués vers lesquels nous tendions

Nos frimousses d’enfants pour interrogation.

 

Les vilains souvenirs s’estompent avec le temps.

Ne restent que ces vagues de chagrin et regrets

D’une montée de dix marches, d’une cour à traverser,

D’un trottoir à franchir et d’accéder, maman,

A toi, enfin. « Bonjour, ma Lily, tu vas bien ? »

J’irais mieux si, maman, tu revenais demain.

 

Juste pour un instant à gratter tes allées, 

A cueillir les tomates, défouir les pommes de terre,

Ecosser les p’tits pois de tes doigts de fermière, 

A mijoter la soupe ou préparer le thé.

Juste quelques minutes pour savoir si, là-bas,

Dans ton beau paradis, tu as rejoint papa.

 

narcisses 2 O  

 

Je te porte en mon cœur, ma chère petite maman,

Mais n’ai pu y loger notre vaste demeure

Qui, depuis ton grand départ vers l’ailleurs, se meurt.

Les années défilant, encore quelques paires d’ans,

Eclatée et perdue, telles ces perles de rosée,

Je pleurerai le temps de la pleine maisonnée.

 

 

( 19 juin, 2017 )

Amour de chêne et chèvrefeuille

Chev5En deux siècles de vie, j’en ai vu des intrus.

Maintes familles de lierres grimpant à toute allure,

De tapotants piverts chatouillant mon écorce et ces forts vents contraires brisant mes faibles branches.

J’ai consolé mésanges aux nids par le coucou volés.

J’ai jadis abrité un fringant écureuil jamais à court de noises.

Il m’a même fallu greloter des hivers et griller en juillet.

De l’amour n’ai connu que dame chêne là-bas, hautaine et capricieuse, qui m’a vite oublié dans les bras d’un tilleul.

Je pensais bien finir mes jours sans palpitations, tendresse ni affection.

« Il faut croire en la vie ! », répétait mon voisin le vieux frêne aujourd’hui décédé.

Il avait bien raison, le feuillu maladif ! J’ai trouvé le bonheur.

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A dix mètres à la ronde, j’embaume le jasmin. Que dis-je ? Le chèvrefeuille.

Ses longues lianes folles entourent mon tronc rugueux et ses cent mains fleuries, gorgées de suc miellé, me font tourner la tête. chev2

 

Je crois être tombé en amour de la belle végétale. Nous restons enlacés à frémir dans le vent.

Je lui chuchote ma joie d’avoir trouvé compagne.

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A mon âge, pensez !

Je suis le plus heureux des chênes.

Un chêne, un chèvrefeuille heureux ensemble ? Et pourquoi pas ?

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Ensemble et pour la vie !

Revenez dans deux siècles, si le cœur vous en dit, et vous constaterez, j’en suis persuadé, notre amour éternel ! 

 

Plusieurs fois par jour, mes balades me conduisent vers ce grand chêne dans le haut du champ, au pied duquel j’ai dessiné un mandala de fleurs de pierre montmartinaises. J’aime à me reposer dans le transat, profitant de son bienveillant ombrage. Bonheur du subtil parfum de ce généreux chèvrefeuille semblant si heureux à entourer le vieux chêne de ses lianes, fleuries en ce moment.

( 14 juin, 2017 )

Une oreille d’abbé bonne à croquer

ombilic 2 OEn cadeau d’attente pour de nouveaux rendez-vous d’écriture-lecture, cette jolie fleur d’ombilic veillant sur les tombeaux des morts au cimetière de Montpinchon.

Que peut raconter un  nombril de Vénus à ces centaines d’endormis à jamais, sous cette fine pluie diurne ou bien la nuit, au clair de lune ?

La petite succulente, vivace et saxicole, vit ici en solitaire et semble bien s’y plaire puisqu’offrant à la vue des quelques visiteurs en recueillement sa longue hampe de petites inflorescences vert pâle en forme de clochettes. La voient-ils seulement, tout absorbés par leur chagrin ? 

ombilic 1 O

Moi, je l’ai remerciée pour sa présence divertissante en attente de sortie de messe de profession de foi pour laquelle je devais faire un reportage ce dimanche midi 11 juin. De ce tour de cimetière pour passer le temps, je n’ai retenu aucun nom gravé dans la pierre, aucun ornement tombal particulier. Juste cette modeste fleur perchée au sommet d’un des deux pieux de pierre servant à je ne sais plus quoi.

Connaissez-vous les surnoms de la demoiselle en habits végétaux ?

On l’appelle ombilic, nombril de Vénus mais aussi carinet, cotylédon, coucoumelle, cymbalion, escudet, gobelet, oreille d’abbé.

Tiens, tiens ! Oreille d’abbé ! Nombril de Vénus ! Du sacré au dénudé, n’y aurait-il qu’un centimètre ?

Des confidences enregistrées par une soutane + un mur avec oreilles + la cicatrice fibreuse provoquée par la chute du cordon ombilical de la déesse de la Beauté et de l’Amour = nous sommes en pleine anatomico-ecclésiastico-végéto-nécropolo fiction !

J’observerai de plus près désormais les pavillons auditifs des prélats de la région, ne m’aventurant pas cependant à oser croquer dedans.

Préférant me contenter de quelques tendres feuilles de cette plante, comestibles lorsqu’à l’état de jeunes pousses. A dégustateur de plantes insolites salut !

( 7 juin, 2017 )

L’homme aux six prénoms

1-Connaissez-vous le si bien prénommé René Karl Wilhelm Johann Joseph Maria ?

Non, ne trichez pas en vous vite rapprochant de vos wikipedia ! Essayez un peu. 

2-Né à Prague, Hongrie en 1875, décédé en Suisse à Montreux en 1926. Il a vécu ses cinq dernières années dans le Valais suisse.

3-Marié à Clara Westhoff (1878-1954) de 1901 à 1926, sculptrice allemande.

4-Poète autrichien.

5- Sa photo d’identitéRainer Maria Rilke

5-Nom de famille : Rilke.

Aurez-vous deviné celui plus connu sous le nom de Rainer Maria Rilke, dont je découvre en ce moment la vie et l’œuvre. Un enchantement.

En cadeau, ce poème de lui, qu’il écrivit en 1924, en français, et qui embaume la rose, extrait d’un recueil de vingt-quatre poèmes consacrés à ces fleurs.

    

Merci à Jardinage.lemonde

Merci à Jardinage.lemonde

     Été : être pour quelques jours

 

 

 

 

 

Été : être pour quelques jours
le contemporain des roses ;
respirer ce qui flotte autour 
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette soeur
en d’autres roses absente.

 

( 5 juin, 2017 )

Douce soirée abbatiale

Deux filles sur les marches de l’église Sainte-Croix

Attendent à Saint-Lô la troisième mousquetaire

Pour une autre aventure vers une orée de bois,

A l’abbaye de Cerisy, un grand concert.

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En prélude, un tout jeune et gracieux poulain

Trottant tout près de sa maman vers l’écurie.

Puis cette famille colvert et son petit bambin

En traversée du charmant lac aux moines, sereins.

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Sculptures d’un autre monde sillonnent le sentier,

Qui nous rappellent qu’entre artiste et commun mortel

La compréhension peut s’avérer d’acier.

Ce que rossignol chante n’est qu’au merle rimmel.

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Enfin ces violons charmeurs et envoûtants,

Et cette verte sirène, de son papa fierté.

Sibelius honoré, un superbe moment.

Une soirée amie, comme je les aime tant !

sans-titre

 

 

 

 

 

 

 

 

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