• Accueil
  • > LA LAINE DE MES OVINES, du cardage au tissage
( 24 août, 2016 )

Gaude en robe jaune

Elégante certes, la demoiselle que je côtoie plusieurs fois par jour atteint bien son mètre cinquante.

Tout de vert vêtue, la mignonnette a choisi de s’établir contre le paravent extérieur en bois, le long de l’escalier qui monte au champ, sans demander permission.

La gaude ou reseda luteola pousse là où elle le veut et réapparaît chaque année à des endroits différents.

La gaude ou reseda luteola pousse là où elle le veut et réapparaît chaque année à des endroits différents.

Et la coquine dont la taille s’est vite alourdie au fil des jours, se trouvant bien logée à cet endroit, m’a obligée à prolonger l’une des marches pour continuer notre chemin sans trop l’importuner.

La belle, dont les aïeules venues du bassin méditerranéen étaient fort connues autrefois, a perdu sa renommée et se fait désormais rare.

On la nomme gaude, parfois herbe à jaunir. Son nom latin : reseda luteola (de luteum=jaune).

Oui, vous l’aurez deviné, il s’agit d’une plante tinctoriale. Et non des moindres puisque considérée comme la meilleure des teintures jaunes naturelles grâce à son principe actif, la lutéoline.

Une autre grande qualité de la plante : toute sa partie aérienne est tinctoriale. Pas de difficultés à emplir le panier !

Petit détail historique :  également nommée « herbe des juifs » car c’est l’une des plantes utilisée, du XIIIe au XVIIIe siècle, par les juifs du Comtat Venaissin, du côté d’Avignon,  (qui était alors un domaine pontifical) pour teindre en jaune les chapeaux qu’ils étaient obligés de porter comme signe distinctif.

Il est temps de la couper, presque à regret, pour l’utiliser. Je lui laisserai quelques belles tiges qui assureront sa progéniture.

Il me reste à trancher fines les tiges et les plonger dans l’eau de pluie mise à ébullition.

Coupée en tronçons, elle a bouilli une heure dans l'eau.

Coupée en tronçons, elle a bouilli une heure dans l’eau.

Laisser cuire un quart d’heure pour obtenir le jus de cuisson dans lequel je plongerai, demain,  une fois ce bain de teinture refroidi, la laine mordancée (bouillie une heure avec un peu d’alun pour que les fibres animales puissent accepter la teinture).

Enlever la plante bouillie pour ne conserver que le jus de teinture. Certains remettent, avec la laine et le bouillon, la plante dans un bas de nylon pour encore plus de couleur.

Enlever la plante bouillie pour ne conserver que le jus de teinture. Certains remettent, avec la laine et le bouillon, la plante dans un bas de nylon pour encore plus de couleur.

Encore une heure à 90 ° et miracle de la gaude !

Ca y est. après trois opérations d'une heure chacune, en trois jours, la laine est teinet. Il faut la laisser refroidir dans son jus pour ne pas créer de chocs de température, ce qui la feutrerait.

Ca y est. après trois opérations d’une heure chacune, en trois jours, la laine est teinte. Il faut la laisser refroidir dans son jus pour ne pas créer de chocs de température, ce qui la feutrerait.

Un superbe jaune, teinte très solide à l’eau, la lumière et au temps !

Il reste à la carder puis la filer au rouet. Je m'y mets aussitôt.

Il reste à la carder puis la filer au rouet. Je m’y mets aussitôt.

Merci, mademoiselle Gaude !

 

( 30 novembre, 2015 )

Les échelles du possible

Achevé hier soir 29 novembre, ce petit tissage sans prétention, juste pour le bonheur d’occuper mes doigts, la laine de mes brebis et quelques bois flottés, a été baptisé « Les échelles du possible », à l’image des ces brindilles perdues au milieu de la toison.

échelle 1 O

Quoi, quoi, quelles échelles et quel possible ?

La vie est ainsi faite, d’échelles à monter ou descendre chaque jour.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

D’échelles à monter pour nous grandir en sagesse, humilité, patience, compassion, enfin les qualités dont nous avons besoin pour vivre avec soi et avec les autres.

échelle 2 O

D’échelles trop vite descendues quand la colère, la jalousie, la méchanceté, le mépris nous envahissent.

échelle 3 O

Savoir saisir un barreau lors d’une de  ces descentes aux enfers et pouvoir s’y agripper, avec ou sans aide,  et remonter peu à peu les échelons pour refaire surface et revoir le ciel bleu.

 

Echelle posée contre le mur de la connaissance, toujours disponible car il nous est permis de continuer d’apprendre jusqu’à la mort.

Echelle de la beauté intérieure dont les barreaux sont lustrables jusqu’ad vitam aeternam.

échelle 4 O

Echelle de l’amitié, si fragile car faite d’un bois tendre, à ménager pour une longue vie.

Echelle de l’amour à reconstruire ou à rêver, tant d’échelons ayant rompu au fil des ans.

Toujours monter ces échelles du possible et même pas douter d’une impossible à grimper.

Toutes les échelles sont celles du possible. A nous de nous hisser à la force des bras, jambes et volonté.

Quel programme !

 

 

( 1 juillet, 2015 )

Multicolore

A l’image de la décoration multicolore de ce temple à Singapour220px-Sri_Mariamman_Temple_Singapore_3_amk, ce tissage nommé « Multicolore ».

 

Fait de mèches de la toison teinte de mes brebis.

multicolore 2

 

 

Avec garance, bois rouge, chlorophille et autres plantes.

 

Souligné de toison noire.

 

Rehaussé de bois flottés.

multicolore

 

Magie de la teinture, offrande des plantes à l’animal et à l’humain.

 Multicolore, tels les jours  qui passent et ne se ressemblent jamais.

 

Multicolores, noir, gris désespoir. Rose, rouge, verte et orange espérance.
 

 

( 30 juin, 2015 )

Ces étonnants violets du bois de campêche

Ce petit arbre tropical (haematoxylum campechianum en latin, logwood en anglais) qui pousse en Amérique Centrale et aux Antilles porte le nom du port de Campeche au Mexique, port à partir duquel partaient les troncs d’arbres pour l’exportation du bois de teinture.

violets 1

Une fois écorcé, le bois est réduit en copeaux. On fait bouillir ceux-ci une à deux heures et, le bain une fois refroidi, on plonge la laine mordancée à feu doux une autre heure.

violets 9

J’ai utilisé le bain initial de teinture plusieurs fois, obtenant des violets de plus en plus clairs.

Joie des teintures végétales, toujours surprenantes !

 

( 17 juin, 2015 )

Ma vie à travers mes tissages

6 jours d'une vie

Il y a une quinzaine d’années, j’avais lu  un article concernant  une peuplade et son rapport au tissage. Je m’aperçois que, sans avoir jamais essayé de copier sur elle ou de retrouver le texte, j’applique à mon petit travail de création sans prétention à partir de la laine un peu de leur philosophie et en suis fort heureuse, en l’ayant simplifiée et naïvisée, j’en suis consciente.

Le montage de la chaîne, ce geste de haut en bas puis de bas en haut pour passer les fils de coton ou de lin qui recevront la trame, c’est la relation au ciel et à la terre, la colonne vertébrale de toute vie.

Le passage de la trame représente le défilé des heures, des jours, courts ou longs, colorés ou bien ternes, gais ou tristes, blancs ou noirs, riches ou pauvres.

Les bois flottés me relient au monde végétal qui nous entoure et à la mer qui les a bercés, façonnés, imprégnés de son sel, notre mère d’où la terre est sortie et où elle retournera.

Les perles, ce sont les bijoux, les cadeaux offerts par la vie, qui lui donnent son parfum, sa beauté passagère.

Quant aux coquillages vides et aux petits galets, ils représentent le monde minéral.

Ainsi font partie du tissage tous les aspects de la vie : du végétal à l’animal et au minéral.

 

Car nous faisons partie du tout.Six jours d'une vie et le septième...

 

 

 
Six jours d’une vie , bien remplis aux coloris des heures qui passent….et le septième, sur le cadre du haut, pour le repos.
   

 

 

Et la boucle est bouclée.

Reste à moi de m’y sentir à l’aise, d’être à l’écoute des signes, de pratiquer le respect de tout, de prendre le temps et de le gérer juste, agréable.

Sans blesser, sans salir, sans juger.

En toute humilité, avec simplicité et dans la paix.

( 17 mai, 2015 )

Duo aux trois mangues

duo aux mangues

Parmi tous les fruits généreusement offerts par la nature et ….le magasin Biosaveurs, il en est un dont j’aime me régaler. D’assez petite taille en comparaison de ses grandes cousines, de la forme d’un ovale très allongé, toute verte même à l’état mûr, sa chair est d’une belle couleur orangée et d’un parfum exquis.

duo aux mang O

Un goût incomparable, d’une délicatesse et d’un onctueux sublimes. Venue d’un pays subtropical, elle est classée parmi les fruits exotiques. C’est la mangue, la mangue sauvage. Et puisque, parmi les différents verts obtenus à la teinture de la laine en utilisant la chlorophylle de la luzerne, il y avait presque ce vert mangue, le tissage a aussitôt trouvé son nom.

duo m

( 8 mai, 2015 )

Laine et bois flottés

duo fleurs de pommier

Duo fleurs de pommier

Toujours l’alliance de la toison teinte aux fleurs des champs, racines de garance et écorces de bois avec le support des branchages flottés. Lignes des jours vécus et à vivre  associées aux couleurs de chaque minute ou heure qui passe.

Tantôt tristes ou angoissées, tantôt souriantes et gaies.

Végétal et animal

Végétal et animal

Ainsi va la vie, en dents de scie, parsemée de petits bonheurs vite interrompus par l’ombre d’une parole blessante, d’un geste d’agacement, d’une attitude sans tendresse, d’une image furtive télévisuelle de violence, d’un camion croisé sur la route, bondé d’animaux partant vers l’abattoir, du cri de détresse, au lointain, d’un chien enfermé au chenil, d’un mensonge, d’une blessure morale…

végétal et animal 2

( 14 avril, 2015 )

Tisser la vie…

Le travail de la laine est long.  Après qu’elle a été tondue, ôtée du dos des brebis, la toison est lavée en cinq jours consécutifs, à  cinq eaux de pluie, en laissant tremper. Après le séchage, vient le cardage (démêlage de la toison) en plusieurs soirées. Puis je passe à la teinture végétale en trois bains (trois jours) avec mordançage. Le filage au rouet s’effectue patiemment mètre par mètre. Enfin c’est le moment du tissage, duite après duite. une fois la chaîne montée. 

 

Laver la vie en supprimant le superflu,

Laver la laine pour faire partir l’excès du suint.

Laver les liens avec douceur mais fermeté.

tissage 1 o

 

Tondre la vie pour couper court à tous les drames,

Tondre la laine chaque printemps, pour la beauté,

Tondre les liens pour ne garder que la clarté.

tissage 2 O

 

 

 

Carder la vie au long des heures, pour démêler,

Carder la laine pour enlever les nœuds maudits.

Carder les liens. Seul restera le vrai ami.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

 

 

 

Teindre la vie au cours des mois, avec *Claudie.

Teindre la laine aux couleurs des près et des bois.

Teindre les liens pour qu’ils resplendissent avec joie.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

 

Filer la vie, au fil des ans, jusqu’à la mort.

Filer la laine, tant que je peux, avec passion.

Filer les liens et tout quitter pour l’évasion.

 

 

Tisser la vie au fil d’une vie, jusqu’à toujours !

Tisser la laine de fil de chaîne en fil de trame !

Tisser des liens ou d’amitié ou bien d’amour !

métier O

 

*Claudie : il s’agit de Claudie Hunzinger, écrivain que j’aime beaucoup et qui a écrit «  De toutes les couleurs  », livre consacré, avec son mari Francis, à leurs expériences de teintures végétales du temps où, dans leurs jeunes années de couple, ils travaillaient la laine de leur troupeau de brebis.

 

( 27 mars, 2015 )

Pur arbre blanc

Arbre blanc flotté

 

Cette fragile branchette trouvée près de la laisse de mer, au havre de Bricqueville, m’a ravie par sa finesse, sa silhouette et sa blancheur. Les marées successives ont eu raison de l’arbre auquel elle appartenait, peu à peu déraciné et tombé sur le sable.

 

 

 

Pur arbre blanc flotté au gré des vagues,

Silhouette claire sur nature colorée :

Le bonheur d’assembler les toisons teintes

Aux maintes inimitables nuances.

Le tissage  achevé, le temps comblé

De ce jour qui s’achève, à jamais tu.

Le sentiment toujours renouvelé

De me prouver que j’existe malgré tout.

La sensation de remplir ce grand vide

De la vie qui va, à pas assurés,

Vers l’océan infini de la mort.

Mais avant de partir, il reste encore

D’autres jours à tisser, à colorer

De bleu, de jaune et de marron,

Des jours à partager et à aimer.

arbreblanc flotté 2

Tissage terminé jeudi 26 mars, avec chaîne en coton, tout en bois flottés et laine en toison, teinte avec les plantes ( garance, pelures d’oignon, bois rouge, chlorophylle de luzerne, gaude, fleurs de soucis et d’hibiscus…)

 

 

 

 

 

( 14 mars, 2015 )

De l’aube au crépuscule…

Ouvrir les yeux et s’émerveiller de la douce lumière de ce jour nouveau, de la présence des amis chiens qui s’étirent allègrement avant de poser pattes sur le parquet, de toutes les surprises à venir à partir de cette aube jusqu’à son crépuscule. Elever sa conscience à ce point d’émerveillement, tenir bon le plus longtemps possible pour ne plus tomber dans la tristesse, la morosité, la peur, l’angoisse, le macabre…

« En élevant ta conscience, tu t’immunises contre le trouble dans le monde » et en toi ! ai-je lu quelque part.

Tenir bon, se cramponner, se rappeler à l’ordre pour que cette journée reste belle et facile à vivre.

Et, « Du crépuscule à l’aube », nom donné à mon tissage terminé hier soir, sombrer dans un sommeil paisible et transparent, doux et reposant, peaceful, quiet and refreshing.

Du crépuscule à l'aube ( fait de laine aux teintures végétales et bois flottés).

Du crépuscule à l’aube
(tissage fait de laine aux teintures végétales et bois flottés)

( 13 mars, 2015 )

Sous-bois

sousbois3Dans la même veine que le tissage « Chlorophylle », voici « Sous Bois ».

Alternance de bois flottés, de laine en toison teinte avec la chlorophylle et les fleurs d’hibiscus.

 

 

 

 

A lire, pour le plaisir, ce poème simple et émouvant.

 

  Le bouquet des trois feuilles d’or. 

Henri de Régnier (1864-1936)

Je n’ai rien

Que trois feuilles d’or et qu’un bâton

De hêtre; je n’ai rien

Qu’un peu de terre à mes talons,

Que l’odeur du soir en mes cheveux,

Que le reflet de la mer en mes yeux;

Car j’ai marché par les chemins

De la forêt et de la grève

Et j’ai coupé la branche au hêtre,

Et cueilli en passant à l’automne qui dort

                                                  Le bouquet des trois feuilles d’or.

 

sousbois

sb

( 8 mars, 2015 )

Un air de chlorophylle

Chlorophylle

 

 

 

J’ai ainsi baptisé le petit dernier né de la laine de mes douces brebis et de la teinture issue de la luzerne et des fleurs d’hibiscus. Sans aucune prétention je l’ai nommé sauf celle du merci de quelques heures de bonheur à l’ouvrage.


 

 

 

 

Une fois le tissage fini, les fils de chaîne noués, j’éprouve la joie d’exister, de me prouver à moi-même que je suis et que je peux continuer à être ainsi, à créer, sans réfléchir dans quel but. On verra bien, le temps voulu.

Chlorophylle.2png Chlorophylle.3png

 

 

Laine, bois flottés, la main se délecte de les unir pour le plaisir des yeux, du temps qui passe bien dans ces moments-là.

 

 

 

 

 

 

J’aime particulièrement cette phrase de Marc Chagall
 » Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons, durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir. « 

chlor

( 2 mars, 2015 )

De chlorophylle et d’hibiscus

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Harmonie de couleurs vertes de toison teinte avec les pigments naturels de la chlorophylle issus de la luzerne et de tons rouge foncé provenant des fleurs d’hibiscus.
Comme je ne sais ni extraire la chlorophylle des plantes ni où trouver des fleurs d’hibiscus en plein mois de février, j’obtiens ces deux produits chez Alysse Créations qui me les envoie deux ou trois jours après commande.

Chlorophylle, mot composé en 1816 à partir du grec ancien χλωρός / khlôrós (« vert ») et φύλλον / phúllon (« feuille ») est le principal pigment assimilateur des végétaux photosynthétiques.

Hibiscus : La fleur de l’hibiscus sabdariffa (Afrique de l’ouest) donne non seulement une boisson connue, le Karkadé ou bissap, mais teint également en rouge foncé.

290px-Flor_de_Jamaica

C’est toujours un grand plaisir d’ouvrir le couvercle du faitout et de découvrir la nuance obtenue après chaque nouveau bain de teinture. Sept ou huit fois j’ai pu obtenir autant de dégradés de vert. Un régal de magie des teintures végétales.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

( 25 février, 2015 )

Pourquoi tous ces tissages ?

Garance, terre et mer Garance, terre et mer

Hier soir, tard, j’ai fini ce tissage. Il va rejoindre les autres dans la caisse et, ce soir, une autre chaîne sera montée pour une autre aventure.

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Pourquoi tous ces tissages ? Pourquoi cette frénésie à vouloir toujours créer à partir de presque rien ?

Pour le bonheur de créer, d’emplir mes mains de laine et de sentir la douceur de la matière, pour combler mes yeux d’harmonieux coloris, pour occuper le temps qui passe, pour une victoire sur moi pour lutter contre ce sentiment d’infériorité qui me grignote, pour essayer de franchir la porte pourtant grand ouverte de la positivité et du paradis ( état de sérénité et de non souffrance morale) ?
« Le paradis n’est pas un lieu. C’est un état d’âme », disait l’essayiste Georges Barbarin.

Et, plus profondément pour cette raison que je viens de trouver sur le blog de Yurtao.

« Je crée désespérément de beaux objets pour obtenir la confirmation de mon existence, des objets que je suis incapable de vendre, parce que, ce que je réclame, c’est de l’amour, la gratuité de l’amour, pas de l’argent. Parce que je ne veux pas être aimée pour ce que je fais mais pour ce que je suis. Mais je ne sais pas qui je suis. »

Signé Sylvie Barbe. Merci, Sylvie.

Garance, terre et mer

Garance, terre et mer

( 14 février, 2015 )

Créer à partir de rien

Ma définition de l’Art ?

L’Art, c’est créer, à partir de rien, une harmonie de formes et de couleurs, en jouant avec elles. Tout un dédale de lignes, de courbes à faire vibrer en fonction de mon humeur, de mes possibilités. Harmonies d’un art simple, humble, naturel, sources de plaisir de la création, de la recherche et surprises de la découverte.

arbre 2002

Regarder la Nature sans la copier. Vivre les sensations, écouter, sentir.

carte voeux laine 2011

Réflexion du jour

« Avoir confiance en soi, c’est être capable de faire face à de nouveaux défis, être capable de s’adapter, d’aller au-dedans de l’autre, d’avoir des pensées positives et d’agir sans que l’anxiété soit trop grande. »
Rosette Poletti, psychothérapeute

arbre 2

( 13 septembre, 2013 )

Tisser la vie, tisser la solitude, tisser la laine…

 

25 mars 2013

tissage 4 non sortitissage sac 2

« Quand je suis seule, je ne me sens jamais seule, et je ne pourrais pas dire que je la trouve grande, cette solitude. Ou bien âpre, ou insupportable. Au contraire, c’est de pire en pire la manière dont je l’aime, et je ne peux plus me passer d’elle. »  Claudie Hunzinger in Les enfants de Grimm p 14

 

Tisser, tisser la laine, tisser les fibres, tisser la vie, tisser ma solitude…

 

Avec la trame des jours, chaque jour différent, riche ou pauvre de sa propre texture, de sa propre couleur.

 

Avec la chaîne du matin jusqu’au soir, de la terre jusqu’au ciel, du cafard noir jusqu’à l’exaltation, du brouillard dense jusqu’à l’aube claire.

 

« Le soir venu, chacun de nous deux se retire chez lui. »     Claudie Hunzinger in Les enfants de Grimm

 

( 14 octobre, 2009 )

Histoire de la famille Rebita (récit)

J’abhorre les foires aux animaux de ferme, portail béant vers l’abattoir.

Je hais les maquignons, les « haricotiers », les vendeurs, les acheteurs non respectueux des animaux. Et ils sont nombreux….

Et pourtant, ce matin-là, j’en fus une, d’acheteuse. Ceci afin de trouver une compagne à notre brebis restée seule après la mort de Praline qui avait atteint l’âge plus qu’honorable de 13 ans, faisant d’elle une centenaire.

Dès l’aube de ce jour du 10 août 2005, à la foire Saint Laurent de la commune voisine nous partîmes, en quête de celle qui serait l’heureuse élue, future promise à une longue et paisible vie de broutage agn5.jpg

et de repos, à peine perturbée une fois l’an par la nécessaire tonte de la trop chaude et épaisse toison. Egalement perturbée, plusieurs fois l’an, par le parage, indispensable taille des ongles. Car ces animaux, même très familiers, rechignent à se faire capturer pour subir, pourtant sans la moindre souffrance, de tels soins. Une bonne vitesse de pointe est alors requise de la part du poursuivant, ponctuée d’une forte empoignade d’une parcelle de surface lainée, ce qui stoppe net la course du poursuivi, avant le passage du licol.

Un petit tour, puis deux, puis trois parmi tous les ovins bêlants et agités et nous voilà donc en quête du prix d’une brebis repérée, sympathique au premier abord, à la tête fort large et au regard doux.

Le vendeur décidé à vendre : 

« -Celle-là, c’est pour l’abattoir. Avec un trayon en moins à cause d’une mammite l’an passé, elle n’est plus bonne à rien. »

Moi, naïve : 

« -Est-elle gentille et douce ? Quel âge a-t-elle ? Combien la vendez-vous ?  »

Le vendeur :

« -Oui, pour sûr, elle est douce. 50 € j’en demande. »

Mon mari, tentant un marchandage :

« -Et pour 45, on peut l’avoir ? »

Le marchand, sans hésiter :   »-Marché conclu ! »

« Ouf, pensons-nous, une vie sauvée, sauvons-nous avec notre nouvelle pensionnaire. »

Chèque rempli, animal libéré et pris en main, nous nous éloignons quand soudain derrière nous une jeune agnelle galope, bêlant à chaudes larmes. Suivie de notre vendeur tout affolé, qui se précipite sur la jeunette, manu militari la ramène et l’attache haut et court à la barre du foirail. Je retourne alors près de l’homme qui m’explique que cette bête est la fille de notre nouvelle achetée.

Moi, toujours naïve : 

- »La pauvre, on ne va pas la séparer de sa maman ! »

kiwi2.jpg

« T’as un beau petit, tu sais ! »

Le marchand, ravi à l’idée de faire d’une pierre deux coups :

- »Vous la prenez aussi ? Dans deux mois, elle sera bonne à tuer. Ce sera d’la bonne viande ! Allez, 50 € aussi.Et c’est pas cher ! »

Végétarienne depuis trente années, par respect pour la vie animale, pensez si l’argument du marchand a pesé dans ma décision d’ôter sur le champ cette petite créature à cet individu mangeur d’agneaux !

Il me fallut, sans grande difficulté, convaincre l’époux qui, enfin, donna le feu vert pour la bonne action.  »45 + 50= ce n’était pas prévu mais bon…, si tu le veux vraiment, c’est d’accord. »

Pas question, de la part du vendeur, de baisser les tarifs pour celle-ci. Peu importait ! Nous étions contents.

Nous quittâmes le champ de foire avec deux ovines trottinant joyeusement l’une près de l’autre, s’appelant mutuellement avec de doux bêlements. Précédées de nous deux, trottinant dans nos têtes, heureux d’avoir accompli deux sauvetages et même bientôt trois car, en quittant le vendeur, nous l’entendîmes nous crier : »Peut-être bien que bientôt vous en aurez un troisième ? La vieille est sûrement pleine ! »

agn6.jpg

Maman, soeurette et frérot Rebita.

Quatre mois et demi plus tard, naissait Kiwi Rebita (du patois ovin brebis, rebis, rebita), le fils de maman Rebita et frère de soeurette Rebita, de père inconnu cependant, ce qui ne le gêna guère.

agn8.jpg

Kiwi Rebita , doux comme … un agneau.

Inséparables ils sont désormais au champ, l’un bêlant à tue-tête lorsque l’autre s’éloigne de quelques dizaines de mètres. 

agn4.jpg

Ovins et canins en bons termes.

Heureux ils sont aujourd’hui, tantôt broutant l’herbe tendre du pré, tantôt sommeillant à l’ombre des pommiers ou dans la petite bergerie par temps de pluie, croquant, au râtelier, le foin odorant de l’été passé.    

agn2.jpg

 

 Histoire de la famille Rebita (récit) dans CHERS ETRES PATTUS syssy3-150x127  

 

La douce maman Rebita s’en est allée le 7 janvier 2013. Ses pauvres jambes bien fatiguées ne pouvant plus la porter, elle s’est endormie avec une piqûre, tranquillement, dans son étable, tout près de Kiwi et de Fifi, ses deux enfants.

 

Elle était environ âgée de 7 ans. Elle qui aurait dû connaître le chemin de l’abattoir en mai 2009 parce que ne possédant qu’un seul quartier de mamelle et ne pouvant plus nourrir sa future progéniture, elle a donc vécu heureuse 4 années supplémentaires, nous rendant nous aussi heureux de lui offrir cette chance d’une vie de famille passée à brouter l’herbe des champs, en toute liberté et…en famille !

 

 

 

 

 

 

( 31 août, 2009 )

A Praline, la douce brebis… (Poème)

tissagesac1.jpg

De ta toison, ma douce, il me reste les tissages colorés aux plantes proches de ton habitat !

Tu trottines,  Douce Praline,   A petits pas    Tu vas,

Vieille brebis     Toute raidie       Par le temps.

Mince toison       Par les saisons usée.

Maigre squelette     De pauvre bête,     Rongé.

Ta vie,    Brebis,    La sienne,   La mienne

Se valent,   Egales,    Solitaires    Sur la terre.

 

|