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( 3 mars, 2017 )

Le vieil âne et le porcelet

Un vieil âne bâté,      Brave, doux et tranquille,

A la ferme rentrait,       Pauvres pas malhabiles.      .

Tout le lait il charriait      De la traite du soir.

Sur le long, dur sentier,     C’était là son devoir.

Shalom, 26 ans, arrivé en 2005 dans un des refuges gérés par l'association Pro Animale

Shalom, 26 ans, arrivé en 2005 dans un des refuges gérés par l’association Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un dodu porcelet,          A travers les barreaux,

Regardait le pauvret        Aux seuls os sur la peau.

Photo Pro Animale

Photo Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecurie, porcherie          Du baudet, du pourceau

L’une près l’autre bâties, Les naseaux, les museaux,

La nuit, se racontaient       Qui son bien dur labeur

Qui sa grosse pâtée         Avant du sommeil l’heure.

Masetto, 6 ans aujourd'hui.

Masetto, 6 ans aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« -Le fermier est cruel      Qui frappe du bâton !

-La fermière me rappelle   Mon imminent plongeon

Vers l’abîme des morts      Et je sens le couteau

Qui m’occira alors            Dans un bain rouge sang.

Famosa, extirpée d'une ferme de production intensive de porcs pour engraissement.

Famosa, extirpée d’une ferme de production intensive de porcs pour engraissement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-Etres vivants nous sommes,   Sensibles et honnêtes,

Souvent bien plus que l’homme   Qui se prend pour un chef ! »

Hüsnü, 7 ans, une ânesse elle aussi sauvée d'un triste sort.

Hüsnü, 7 ans, une ânesse elle aussi sauvée d’un triste sort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi le Créateur             Du Ciel et de la Terre

A-t-il commis l’erreur,          Impardonnable impair,

De ne donner qu’à l’un          Un langage décent,

Aux autres le dessein           De faire du boucan 

Et de n’être compris            Que par leurs congénères ! 

Photo Pro Animale

Photo Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Du boucan ? Nous parlons !    Dirent les deux amis.

Apprenez sans façon,            Messieurs les endurcis

Nos langues d’animaux          Et deviendrez meilleurs !

Comprendrez nos propos,       La bonté de nos cœurs. »

 

 

 

Famosa et Flavia en compagnie de Rosalka, le petite fille. Merci à Pro Animale pour toutes ces photos et pour leur œuvre de sauvetage de nos amis privés de langage humain.

Famosa et Flavia en compagnie de Rosalka, le petite fille. Merci à Pro Animale pour toutes ces photos et pour leur œuvre de sauvetage de nos amis privés de langage humain.

 

                 

 

( 19 novembre, 2016 )

Vive la chasse aux ……..chasseurs !!

Ce matin, j’ai rencontré, allant et venant le long de notre petite route, un joli et jeune coq faisan, ailé de plumes d’un superbe bleu ardoise. 

Perdu, effrayé, n’osant se diriger à droite ou à gauche, devant, derrière, ne s’envolant même pas après plusieurs dizaines de mètres de course sur l’asphalte. Bref, une pauvre bête tout juste lâchée, la veille, de la volière dans laquelle elle était nourrie et logée. Une chair à canon pour demain, proie tellement facile, moins agitée qu’un pigeon d’argile mais ……pensante, elle !

Faisane le 19 11-2016

Souffrant de faim car la gamelle n’était plus là. De solitude, les amis de basse-cour parachutés plus loin. Effrayé à la vue d’un engin voiture déboulant sur lui et semblant la poursuivre .  

J’ai eu le temps de prendre deux clichés, il était toujours là et s’est enfin réfugié dans le talus. Demain, petit père, le talus sera visité par les chiens, le ciel à la portée des cartouches et la terre dénudée de son maïs aussi.

faisane 2016

Poulet, je te souhaite une mort rapide, ta seule issue face à la débilité de ces chasseurs insensibles au respect de la vie ! !

Et qui se disent amoureux de la nature !!

Des sportifs ?

Pardon, de quel sport s’agit-il ?

J’ai cherché parmi la longue liste des nombreux sports que chacun peut pratiquer et n’ai pas trouvé l’intitulé « tuerie » !!

De droite, de gauche, du centre ou des extrêmes, hommes et femmes politiques, un jour évoquerez-vous les sujets de la protection animale, de la corrida, de la chasse et autres barbaries dont on pourrait se passer pour vivre mieux notre vie de gens soi-disant intelligents ?

( 25 septembre, 2016 )

Naufrage

Mon cœur saigne et pleure à chaque déflagration qui déchire l’air pourtant pur de ce pluvieux matin du dimanche 25 septembre. Des millions de petits êtres sont et vont être aujourd’hui assassinés froidement, sans pitié, par des chasseurs abrutis et sans âme. Comment peut-on quitter le logis familial pour s’en aller accomplir des massacres de pauvres animaux apeurés et fuyants ? Et rentrer au foyer, la besace sanglante, encore frémissante et tiède, sourire à sa funeste prise et dire, d’un ton idiot : « J’en ai eu quatre. Dommage ! J’en ai touché deux autres mais les ai pas retrouvés ! »

Photo citations-et-panneaux.blogspot.com

Photo citations-et-panneaux.blogspot.com

Mon cœur se meurt, j’ai mal au ventre. Où me cacher ? Dans quel pays me réfugier ?

Et ce couple qui meurt aussi, à coups d’assassinats verbaux, de gifles morales traîtresses et de mensonges innombrables, de faux et vains dialogues  ! 

La vie a-t-elle vraiment un sens ? Vaut-elle encore la peine d’être vécue ? Ma petite voix  m’abandonne, je ne l’entends désormais plus.

Il est ainsi des jours comme des actions, bons ou mauvais, pluvieux ou ensoleillés. Demain sera peut-être meilleur ! car, comme le disait Paul Fort, le poète :

« La vie nous donne toujours une seconde chance qui s’appelle demain. »

Toujours de Paul Fort, ces deux poèmes évocateurs :

CHANSON DU PETIT MOUTON QUI BELE SUR LA FALAISE
C’est un petit mouton bêleur qui ne sait s’il a du malheur.

Il bêle parce que bêler, c’est comme étoiles s’étoiler.

Même la nuit tout seul il bêle. Pas même un feu rose à la ronde…

Il bêle vers la mer profonde toute la détresse du monde.

 

L’ ECUREUIL

- Ecureuil du printemps, écureuil de l’été, qui
domines la terre avec vivacité, que penses-tu
là-haut de notre humanité ?

– Les hommes sont des fous qui manquent
de gaîté.

- Ecureuil, queue touffue, doré trésor des bois,
ornement de la vie et fleur de la nature, juché
sur ton pin vert, dis-nous ce que tu vois ?

– La terre qui poudroie sous des pas qui
murmurent.

- Ecureuil voltigeant, frère du pic bavard, cousin
du rossignol, ami de la corneille, dis-nous
ce que tu vois par delà nos brouillards ?

– Des lances, des fusils menacer le soleil.

- Ecureuil, cul à l’air, cursif et curieux, ébouriffant
ton col et gloussant un fin rire, dis-nous
ce que tu vois sous la rougeur des cieux ?

– Des soldats, des drapeaux qui traversent
l’empire.

- Ecureuil aux yeux vifs, pétillants, noirs et
beaux, humant la sève d’or, la pomme entre
tes pattes, que vois-tu sur la plaine autour de
nos hameaux ?

– Monter le lac de sang des hommes qui se
battent.

- Ecureuil de l’automne, écureuil de l’hiver, qui
lances vers l’azur, avec tant de gaîté, ces
pommes… que vois-tu ?

Demain tout comme Hier.

Les hommes sont des fous et pour l’éternité.

 

 

( 18 septembre, 2016 )

L’un était anglais, l’autre allemand…

 

 

Tous deux sont morts pour rien. Pour un morceau de terre à conquérir ou perdre. Par la folie meurtrière d’un monstre des grandeurs.

L’homme est-il fait pour se battre ? Tant de guerres au cours des siècles ! De religion, de territoires ! Tant de haine, de souffrances, de morts pour un éternel recommencement de conflits quasi incessants dans le monde ! Pourquoi ? Why ? Warum ?

L’un était anglais. 

Arthur Braybrooke

Arthur Braybrooke

Arthur Braybrooke

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Arthur il se prénommait.   Arthur Braybrooke

Le soir du 27 juillet 1944, une mission spéciale les attendait, ses compagnons et lui : parachuter du ravitaillement aux forces d’opérations spéciales et à la résistance française derrière les lignes ennemies. Leur but : partis de la grande base militaire de Brize Norton, à l’ouest d’Oxford, atteindre Le Mans. De nuit pour passer presque inaperçus. Des habitués de ce genre de missions secrètes puisqu’opérationnels depuis février 1944.

Arthur, c’était, dans le bombardier bi moteurs Albermale Whitworth Armstrong, l’homme en charge du déploiement du ravitaillement à parachuter.

Ils étaient six en tout dans l’avion.

Peu après le passage au-dessus de Montmartin-sur-mer, le bombardier a été touché par un avion de chasse ennemi.

« Sautez ! « , leur cria le pilote Emblem. Trois d’entre eux eurent le temps de s’éjecter. Trop tard pour le trio restant qui s’apprêtait à le faire lorsque l’Albermale explosa en plein ciel au-dessus de Muneville-sur-mer.  

Les trois rescapés seraient, une semaine plus tard, de retour au pays natal.

Arthur et ses deux compagnons d’infortune ont été inhumés dans le cimetière de Muneville le 31 juillet, sous le grand if.

Photo 1944. Un monticule de  terre fraîchement retournée. Dessous la terre, trois corps ensevelis dont celui d'Harry.

Photo 1944. Un monticule de terre fraîchement retournée. Dessous la terre, trois corps ensevelis dont celui d’Harry.

 

Ironie du sort en temps de guerre, la cérémonie coûta 2000F, argent trouvé sur le corps de l’un des aviateurs morts. (Chaque aviateur possédait sur lui une pochette étanche au feu et à l’eau contenant de l’argent français, en cas de besoin de survie).

Leurs corps n’ont jamais été transférés dans un cimetière militaire.

Après la guerre, la commission s’occupant des tombeaux de guerre du Commonwealth fournit cet encadrement de parcelle et ces pierres tombales. Le lieu fut déclaré « site officiel CWG » (Cemetery War Graves), un des plus petits sites en Europe. Deuil et larmes pour leurs familles et celle d’Arthur. Joan, sa sœur, je l’ai bien connue et eu la joie de passer un mois chez elle en octobre 1968, juste avant d’entrer à l’université. Nous correspondions chaque année. J’ai même eu la chance d’emmener mes parents chez elle, à Porlock, petit village côtier du Somerset en Angleterre, en juillet 1987. Elle est décédée il y a une dizaine d’années.

La grande famille des Braybrooke, quelques années plus tard. Au centre, le papa, la maman. Dans le transat derrière la maman, Joan, la sœur d'Harry. A ses côtés, les frères et sœurs, neveux et nièces.

La grande famille des Braybrooke, quelques années plus tard. Au centre, le papa, la maman. Dans le transat derrière la maman, Joan, la sœur d’Harry. A ses côtés, les frères et sœurs, neveux et nièces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

braybrooke 11

 

L’autre était allemand, se prénommait Siegfried. De lui je sais si peu de choses sauf qu’il s’était marié en 1938, avait, à son bien grand regret, quitté famille pour rejoindre tant d’autres qui n’avaient pas choisi ce camp des ennemis, lui qui aimait la France et qu’à la mi-février 1945, le soldat a été fait prisonnier sur le front russe.

Le front russe ? En fait le plus grand théâtre d’opérations de la Seconde Guerre mondiale et probablement de toute l’histoire militaire. Le front de l’Est, comme on le nommait encore, a été « le lieu d’une guerre féroce, occasionnant d’énormes destructions et des déportations de masse, ce qui entraîne de gigantesques pertes militaires et civiles par suite de la guerre elle-même, de famine, de maladie, de conditions météorologiques extrêmes et de massacres. Les pertes civiles et militaires sur le front de l’Est sont estimées à environ 30 millions de personnes, soit environ la moitié des morts liées à la Seconde Guerre mondiale. » (Wikipedia)

Deux mois de captivité, jusqu’à la mort, le 16 avril 1945, et dans quelles conditions ! à peine une trentaine de jours avant la signature de l’armistice.

Deux vies saccagées, deux familles endeuillées … pour rien !!! A l’image de ces deux vies, des millions de vies brisées, des millions de familles endeuillées ! Pour moins que rien !

« Les mères des soldats tués sont juges de la guerre »  Bertold Brecht

« Celui à qui la guerre ne fait point horreur, c’est lui le vrai lâche. » Jean Simard 

« La guerre n’est pas une aventure. La guerre est une maladie. Comme le typhus ».  Antoine de Saint-Exupéry

 

 

 

 

                

 

( 26 août, 2016 )

Passeport pour l’amitié, sans âge ni frontière

 

L’amitié ? 

« L’amitié est une inclination réciproque entre deux personnes (ou plus) n’appartenant pas à la même famille », dixit Wikipédia qui ajoute « Ignace Lepp pense cependant qu’« il arrive (…) qu’une vraie amitié existe entre frères et sœurs, mais il ne nous semble pas exagéré de dire qu’elle est née non pas à cause de leurs liens de sang, mais plutôt malgré ceux-ci ».

Prenant le relais de M. Lepp, écrivain français d’origine lettone, je dirai que l’amitié est le moteur fidèle et immuable de la vie, contrairement à l’amour, variable,  de durée et d’intensité incertaines, s’usant au fil des ans, capable de disparaître pour un clin d’œil adverse ou de chuter sans crier gare.

L’amitié est telle le parfum de l’œillet solitaire sur lequel j’ai posé le nez ce matin, une bouffée de pureté délicate et rare. Car n’obtient pas le titre d’ami qui veut. Il faut savoir apprendre à se connaître, s’apprivoiser, discuter, se jauger, trouver des points communs, connaître les faiblesses de l’autre pour l’entraide ou le réconfort.

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Lien basé sur la confiance, l’amitié se travaille, se cultive, doucement, simplement, comme la terre du jardin peu à peu enrichie de compost et d’humus qui produira généreusement légumes et fleurs.

L’amitié, c’est le ciment de la vie dont chaque jour l’on constate la solidité, bien à l’abri dans la demeure lorsque l’orage gronde, à l’abri les jours de grande pluie, les nuits de gros chagrin.  

L’amitié, c’est aussi le respect du silence de l’autre, l’attente, sans mot ni lettre dire ou écrire, attendre, jamais en vain, même s’il en coûte, attendre encore et espérer car l’amitié ne meurt jamais et, dans l’éternité, survit encore. 

L’hymne à l’amitié de Jules Romains (extrait de Les copains) est célèbre.

On ne sait pas ce que c’est que l’amitié.
On n’a dit que des sottises là-dessus. Quand je suis seul, je n’atteins jamais à la certitude où je suis maintenant. Je crains la mort. Tout mon courage contre le monde n’aboutit qu’à un défi.

Mais, en ce moment je suis tranquille.
Nous deux, comme nous sommes là, avec ce soleil, avec cette âme, voilà qui justifie tout, qui me console de tout.
N’y aurait-il que cela dans ma vie, que je ne la jugerais ni sans but, ni même périssable… »

(extrait de Les copains).

( 23 avril, 2016 )

Etre vivant ou steak saignant ?

Au loin, dans l’herbe rase du champ voisin, j’aperçois une tache blanche. Future cataracte ou yeux mal éveillés, je distingue à peine de qui il s’agit. Sac plastique à engrais ? Eclat d’astéroïde ? Gros chat blotti, chassant ?

Je m’approche de la clôture et découvre un petit veau quasi tout blanc dormant paisiblement, juste né de cette nuit. A quelques pas de là, sa maman broute en le bien surveillant.

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Mystère de la naissance, joies de la maternité pour nous les mammifères animaux et humains !

Une belle journée s’offre à cette vache et son bébé, partagée entre longues siestes et tétées au pis gonflé de bon lait tiède.

A moins que …, à moins que …

Ce soir, suis retournée au champ pour la balade avec mes amis chiens.

Le petit reposait sur une couche du foin tombé du râtelier. Maman et ses copines grignotaient l’herbe séche.

Le merle noir lançait sa mélodie, du sommet du grand chêne avant d’aller dormir. Tout était calme pur, douceur, amour, tendresse et noble paix pour cette nuit encore.

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Ce matin, le petit était occupé à téter. La grande vache blanche attendait patiemment qu’il ait bu sa ration. Lui enfin repu, la maman reprendrait son broutage interrompu.

Vision d’un paradis sur terre, sans prédateurs, oserais-je dire sans la plupart des humains !

Trois hommes sont passés sur le chemin. Se sont dirigés vers le champ pour s’emparer de la maman et du bébé, les rapprochant de la stabulation, future prison du petit et usine à lait pour la mère.

J’ai encore eu la joie de les voir ensemble jusqu’à la traite du soir vers 18h. Si éphémère joie, déjà salie par le sort à venir. La vie en dents de scie, toujours et encore : l’on rit et puis l’on pleure….

Ensuite l’air s’est empli d’insistants meuglements, de hurlements lugubres, d’appels se répondant, de cris s’éternisant, de plaintes incessantes.

Ils ont passé la nuit à chercher sans comprendre, se chercher sans se voir, à pleurer leur malheur, à gémir de douleur…

Dans l’indifférence générale…, les hommes s’endormant du sommeil du juste, du tellement cruel, pour la bonne cause, le fric et le gros steak à dévorer…

Et dans ce steak saignant, vivait un petit veau trop tôt séparé de sa mère et qui l’a tant pleurée ….

Et dans ces grasses tripes, vous mangerez la mère qui a tant pleuré ses petits !

Dessins pris sur site de coloriage.

 

( 19 avril, 2016 )

La solitude, amie ou ennemie ?

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » a dit le poète Alphonse de Lamartine (1790-1869).

Tellement beau, ce poème de Lamartine sur la solitude, écrit en 1820 !

 "La solitude, souvenir du Vigen", Jean-Baptiste Corot, 1866, Musée Thyssen-Bornemisza Madrid

« La solitude, souvenir du Vigen », Jean-Baptiste Corot, 1866, Musée Thyssen-Bornemisza Madrid

 

 

            L’isolement

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.
Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.
Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis :  » Nulle part le bonheur ne m’attend. « 
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !
Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un œil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.
Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire;
Je ne demande rien à l’immense univers.
Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !
Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ;
Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !
Que ne puis-je, porté sur le char de l’Aurore,
Vague objet de mes vœux, m’élancer jusqu’à toi !
Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi.
Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !
Solitude, de Jean-Luc Olivier

Solitude, de Jean-Luc Olivier

( 25 mars, 2016 )

Poème – Au printemps de leur vie…

Face aux horreurs de la guerre et des attentats, à l’enfer des tranchées du côté de Verdun il y a juste un siècle, aux meurtres à répétition en France et Belgique et ailleurs, commis au nom d’un dieu vengeur, que faire ?

Au printemps de leur vie

Pour la guerre sont partis

Cinquante-trois jeunes gars

Qui n’en reviendraient pas.

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Joseph, le père de maman est resté cinq années prisonnier en Allemagne et est rentré chez lui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils étaient la jeunesse,

La fougue et la hardiesse,

La fierté du village,

Tous dans la fleur de l’âge.

auguste

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les filles de Saint-Denis

En rêvaient pour maris.

Ils seraient de bons pères

Et vivraient de leurs terres.

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Jules, le frère d’Angélina, la mère de maman n’est jamais revenu de la guerre, tué en 1915.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oh, ce jour du 2 août 1914 !!!

Le triste tocsin a sonné

Et les a appelés

Vers un autre avenir

Qui serait leur martyre.

 

Emmanuel était gai, enjoué...

Emmanuel, le mari de mon arrière grand-mère Louise, en est revenu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adieu, nos jeunes amis !

Votre vie est finie.

Il nous reste nos pleurs

Et notre grand malheur.

monument 2 O

 

 

 

 

 

 

monument 1 O

Nous gardons seulement

Le long d’un monument

Vos simples noms gravés

Pour toute l’éternité.

Arsène à la barbe bien fournie, assis à gauche

Arsène à la barbe bien fournie, assis à gauche, est, lui aussi, rentré de l’enfer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Amis, si jamais vous passez

Près du Calvaire, pensez

A ceux qui sont partis

Au printemps de leur vie.

 

( 7 mars, 2016 )

Respecter l’arbre…

Trouvé, ce matin lundi 7 mars, dans ma boîte mail, un poème de Florian Bernard envoyé par ma copine Mo. Une autre invitation au respect, celui de l’arbre. 
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La prière de l’arbre
 
Homme, écoute-moi….
Par les froides  nuits de novembre, je suis la chaleur de ton foyer !
C’est en me consumant moi-même que je peux te réchauffer! 
Je suis l ombrage rafraîchissant  sous le soleil torride de l été  !
Je suis la charpente de ta maison et le toit de tes abris  !
Je suis la planche de ta table et la chaise sur laquelle tu peux te reposer ! 
Je suis la voûte de tes églises et de tes cathédrales !
Je suis le lit dans lequel tu dors lorsque la journée de labeur est terminée ! 
Je suis la matière vivante qui crée l harmonie de ton  violon et les sons
harmonieux de ta flûte ! 
Je suis ton bois avec lequel tu construis tes navires ! 
Je suis le manche de ta faucille ! Le patin de ton traîneau et la porte de ton enclos ! 
Je suis le coffret de tes biens, le rouleau qui façonne la pâte et la cuillère qui remue
ton potage !
Je suis le berceau de ton enfant et je serai ton cercueil quand tu quitteras ce monde ! 
 
Homme, je suis ton ami  ! Pourquoi alors es-tu si cruel envers moi ?
Pourquoi me détruis-tu ? Tu devrais me protéger puisque  ta propre vie est intimement liée à la
mienne !
!!!!!!!!!!! Tout est dit, Mo, tu as raison.
 Toutes deux nous savons aussi que les racines de l’arbre sont le grand lit sur lesquelles reposent nos amis animaux tant aimés !
( 15 février, 2016 )

Parole d’étourneau chanteur

Il pleut ce matin, comme hier, comme demain. Je préfère le soleil bien que, mes plumes hyper lissées, je ne craigne rien et opte pour sortir de mon perchoir branchu. Ma bande de copains, à peine yeux et bec éveillés, s’en va se ruer sur le silo tout proche. Moi, je préfère m’étirer zenement, flâner et entamer mes vocalises. Car, je l’avoue, j’adore chanter. C’est ma passion. J’ai de qui tenir puisque papa était tenor contre ut et maman soprano coloratura.

étourneau 2

Mon répertoire ? Toute une liste de chants variés que certains envieux qualifient de pot-pourri ou encore d’imitations. D’ailleurs nous ne sommes pas les seuls oiseaux, dans la région, à posséder notre répertoire d’arrangements mélodieux. La grive musicienne, ma voisine, la rousserolle verderolle qui n’arrivera qu’en mai et l’hypolaïs peuvent, elles aussi, témoigner. 

Cela m’agace d’entendre de telles paroles ! Pas du tout d’accord ! Allez voir dans les chorales du Coutançais !

 

Si nous volons en bandes, sans chanter, d'autres chantent en bandes sans voler.

Si nous volons en bandes, sans chanter, ce que nous faisons perchés, d’autres chantent en bandes mais ne sauront jamais voler.

 

On copie, à tour de voix, Wolfgang Amadeus Mozart, Karl Jenkins et John Rutter. On pique largement dans le répertoire des gospels, on recopie, en laissant de côté la moitié du texte, les chansons des Beatles, on s’approprie les hymnes russe, anglais, américain et sud africain !

Large bec ouvert, imitations douteuses !

Large bec ouvert, imitations douteuses !

Les ségrégationnistes nous ayant classés dans la catégorie « oiseau », l’une des espèces soit-disant inférieures à l’homo sapiens, nous en payons fort cher le prix !

Heureusement pas tous racistes, ces hommes, j’en suis sûr, preuve à l’appui !

Je la vois bien, tous les matins dans le grand champ, stopper sa balade marchée avec ses chiens pour offrir son cornet auditif à mon chant. Elle sourit alors, heureuse de mes trilles variées car j’y mets tant de cœur qu’elles ne sont jamais les mêmes. Si je m’interromps parfois, c’est pour humer la fraîcheur de l’air et reprendre mon souffle. Je regrette souvent ce bruit proche de canon perturbant mes mélodies. Ou encore ces coups de feu atteignant mes copains trop gourmands.

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Plus tard, j’irai me sustenter du côté des symphorines qu’elle a plantées, en pleine maturité en cette fin de mois. Je n’apprécie guère le maïs ou l’herbe fermentés. Ca pue !  Et puis on y risque sa vie, les propriétaires se les accaparant pour leur bétail et ne nous autorisant à presqu’aucune miette ! 3%, disent certains. Il leur en reste donc quand même 97% !

étourneau 1

Quand, vous humains, verrez passer, au-dessus de vos têtes, un vol de dix mille étourneaux, lorgnez bien le dernier de la troupe, ce sera moi ou un ami rêveur, gourmet et non voleur. Chez les êtres humains, c’est pareil. Vous savez bien que, à côté des méchants et des sots, il y a les doux, les tendres, les humbles et les sages !

Parole d’étourneau chanteur !

 

( 30 janvier, 2016 )

Chiens de pique et dame de coeur (histoire vraie)

Récit-poème de ma rencontre avec une fille exceptionnelle de perfection dans son travail et de gentillesse à mon égard et à celui des chiens, avec laquelle j’ai travaillé en tant que bénévole, quatre mois, moi seulement deux matinées par semaine pour la promenade d’une douzaine de chiens, chacun à son tour car ne supportant guère la compagnie de leurs semblables, elle chaque matin, salariée, dans un refuge manchois hébergeant des chiens. Pendant qu’elle nettoyait le box et donnait la nourriture, je baladais le chien dans un champ proche. Elle en lâchait un autre dans la cour fermée. Le tout pendant plus d’un quart d’heure. Quel bonheur chaque animal avait à sortir enfin de sa cage et se dégourdir les pattes ! Pour savoir si le chien de la cour était retourné dans son box et si je pouvais entrer et le remettre dans son enclos grillagé, nous communiquions par talkie walkie. Et ça fonctionnait super ! Je regrette, elle aussi je crois, notre complicité et celle que nous avions avec tous ces amis chiens ! J’ose espérer qu’ils ont trouvé une famille ou que quelques gens respectables veillent bien sur eux.

 

 

A la même heure chaque matin,

Elle arrivait pour travailler.

De son Austin elle sortait,

Enfilant bottes et gilet

Pour s’occuper des amis chiens.

chien 1

 

 

 

 

Chiens de pique, piqués à vif

Dans leur triste vie d’abandon,

Devenus pauvres vagabonds,

De notre société piètre vision,

Par l’homme rendus agressifs.

 chien 2

 

 

 

Dame de cœur, elle le prouvait,

Balai en main, pelle non loin,

Nettoyant leur cage avec soin,

Du lieu n’omettant aucun coin.

De leur confort elle s’assurait.

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Dame de cœur, elle leur donnait

La liberté pour un quart d’heure,

Eux gambadant avec ardeur,

Oubliant, un temps, leur malheur,

Puis revenant pour la pâtée.

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Quinze à vingt boxes à visiter !

Quinze à vingt têtes à caresser !

Quinze à vingt vies à soulager !

Quinze à vingt gamelles à combler !

Quinze à vingt verrous à fermer !

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Dame de cœur, tu l’as été,

Jusqu’au bout tu as accompli

Ta tâche auprès de nos amis

Les chiens par l’homme tant meurtris,

Si lâchement abandonnés.

 

Toutes les photos ont été choisies sur internet. Aucune ne provient de l'endroit où nous travaillions.

Toutes les photos ont été choisies sur internet. Aucune ne provient de l’endroit où nous travaillions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Là-bas, un jour t’ai rencontrée,

Bonheur de partage du labeur,

Moi pour la promenade douceur

De chaque chien un bon quart d’heure,

Dans la prairie toute de rosée.

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Talkie Walkie en main pour dire :

« La cour est libre, tu peux rentrer ! »

Le pas plus lent, le chien entrait,

Sur son écuelle se penchait,

Allait ensuite s’endormir.

 

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Rêvant à l’improbable  jour

Où une vie de liberté

Lui serait enfin accordée.

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Toutes deux nous avons quitté

Avec chagrin, avec regret

Cet étrange endroit où battaient

Beaucoup de cœurs à soulager.

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Le mien te dit : « merci, Karine ».

 

 

 

 

 

 

 

( 21 août, 2015 )

La plume de l’oiseau

Une fois détachée du corps de l’oiseau, la plume ne lui appartient plus. Elle seule pourtant pourrait raconter  l’histoire de ce corvidé étourdi qui a laissé, hier, choir au milieu du champ,  l’un des milliers d’éléments composant sa protection naturelle.

Après «  l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux », pourquoi pas « la fille qui écoutait parler une plume » !!!

La plume et l'oiseau

« Oui, moi, rémige de l’aile gauche de mon ami le corbeau, poussée par ma suivante qui avait choisi le même follicule plumeux, après quelques lunes de vie  je viens de tomber en plein vol. Une chute si vertigineuse que je ne m’en remettrai jamais.

Même pas eu le temps de lui dire adieu, lui qui, toute ma vie, m’a lissée chaque jour de la délicate pointe du bec, m’a offert tant de merveilleux voyages au-dessus de la campagne environnante, de superbes piqués vertigineux à la recherche de la nourriture, d’élégants vols planés dans les courants ascendants, juste pour le plaisir.

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J’aimais aussi l’entendre murmurer, près du nid, de tendres croassements à sa compagne et câliner les corbillats nouveau-nés.  Je veillais à toujours bien me positionner pour abriter au maximum les petits.

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Vous ai-je raconté l’une de nos mésaventures quand, c’était en mai, pour interdire aux corvidés l’accès aux graines de maïs tout juste semées, je l’ai vu se percher sur une étrange maison de fer. J’y ai aperçu, et lui aussi, cinq de ses amis encagés dont l’un venait de mourir de faim. J’ai alors entendu la longue plainte des prisonniers dont on dit qu’ils sont d’une intelligence et d’une organisation sociale très supérieures à la moyenne des oiseaux. Ne pouvant rien faire pour eux, nous avons quitté le sinistre lieu de barbarie en nous disant que jamais un oiseau n’aurait l’idée d’inventer un tel supplice de mise à mort par privation de nourriture.

J’étais donc seule dans la rosée du petit matin de ce jour d’août quand je me suis sentie soudain transportée, à nouveau lissée, cette fois entre deux doigts avant d’être délicatement posée sur une table.

Non, je ne vais pas finir en éventail comme chez les Egyptiens, Chinois, Mayas ou Aztèques. Non, je n’ornerai pas un vêtement, un chapeau ou une coiffe.

Non, je ne finirai pas en farine de plumes ou enfermée dans l’édredon d’un plumard.

Non, il est trop tard. Je ne serai pas trempée dans le liquide violet d’un encrier.

Non, je ne jouerai pas de mauvais tours aux poissons en servant de leurre.

Je serai à l’honneur dans le prochain tissage qu’elle va créer et que nous vous présenterons prochainement.

Signé    La plume de l’oiseau

 

( 26 juillet, 2015 )

Nuit et Brouillard pour Eugénie

Ca y est !

Ainsi soit-il !

Depuis plusieurs mois, je travaillais sur ce dossier. Hier samedi 25 juillet 2015, mon labeur s’est achevé par un officiel vibrant hommage rendu à la déportée inscrite sur le monument aux morts de la commune.

Si vous voulez en savoir plus sur la vie d’Eugénie, je vous offre ces quelques pages sous forme de livret, données hier à la famille et aux intéressés.

 

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            Avertissement au lecteur

 

Plus de soixante-dix années se sont écoulées depuis les évènements que je relate ici.

Il se peut que mon récit basé sur des témoignages mais aussi sur des « on disait que… » et des documents consultés aux archives départementales ou sur internet, comporte lacunes et inexactitudes.

J’en demande pardon au lecteur.

Mon but principal est de dénoncer l’injustice punie d’internement dans l’horreur d’un camp de concentration.

Un grand merci à tous ceux et celles sans lesquel(le)s je n’aurais jamais pu écrire ces quelques pages à la mémoire des déporté(e)s.

 

Nelly Duval                  25 Juillet 2015

 

 

 

 

 

                    Chapitre 1

 

Eugénie Bouley était née à Saint-Denis-le-Vêtu, au village de la Paumerie (anciennement les Paumeries), le 7 novembre 1884. La quatrième des cinq enfants de Léon Bouley, 45 ans, cultivateur à Saint-Denis-le-Vêtu, né à Ouville et d’Henriette Hennequin, 38 ans, cultivatrice, née à Ouville.

Elle avait épousé Emile Bazire le 23 novembre 1919 à Saint-Denis-le-Vêtu. Ils avaient choisi pour témoins les frères Eugène et Henri Pépin, du village voisin du Haut-Bessin, ce dernier ayant épousé Marie, la jeune sœur d’Eugénie.

Emile, son mari, né à Roncey en 1881, est décédé le 17 juin 1941, à 7h30 du matin, en leur domicile, à l’âge de 60 ans. Fils d’Aimable Bazire et de Marie Ménard.

Aucune photo d’elle ou du couple n’a été retrouvée. pièce O

Seule une pièce-médaille m’a été confiée par Joëlle, sa petite nièce. Médaille de leur mariage le 23 novembre 1919. La date y est inscrite ainsi que deux B enlacés (Bouley – Bazire)

                         

                

 

               

      Chapitre 2

 

           « NN » Que se cache-t-il donc sous ces deux initiales ?

« NN »,   initiales de « Nacht und Nebel », en français « Nuit et   Brouillard », nom de code des  directives sur la poursuite  pour infractions contre le Reich, application d’un décret du 7 décembre 1941  signé par le maréchal Keitel et ordonnant la déportation de tous les ennemis  ou opposants du Troisième Reich. En application de ce décret, toutes les   personnes représentant « un danger pour la sécurité de l’armée  allemande » (saboteurs, résistants, opposants ou non adhérents à la   politique ou aux méthodes du Troisième Reich) seraient transférées en Allemagne et disparaîtraient à terme dans le secret absolu.

Nacht und Nebel! C’est là l’interprétation du signe N.N. accolé par l’administration SS à tout détenu désigné dès sa déportation à la disparition.

« Nacht, « nuit », disaient-ils, c’est l’oubli. Nebel, « brouillard », c’est la fumée dans laquelle vous vous volatiliserez tous. » 

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                        Chapitre 3     Disparaître sans laisser de traces  

 

Voici le sort réservé à Eugénie. Ce sont les soldats de la Wehrmacht

(ou de la Gestapo) qui,

de nuit, l’ont enlevée chez elle,

à la Paumerie, pour la conduire vers la prison de Saint-Lô.

Sur dénonciation de son ouvrier agricole et du père de celui

-ci.

Une sombre histoire pour détention illégale d’arme à feu.

A quelle date la dénonciation ? Nul ne sait.

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La maison de la Paumerie en 2015, là où habitait Eugénie en 1940.

La première visite des Allemands, qui ne s’est pas faite

attendre, a été courtoise.

« Ne vous tracassez pas. Nous effectuons juste une visite

de contrôle.

Il n’y aura pas de suite. » Eugénie n’a pas cru à cette

fausse courtoisie.

 

Evoquant cette visite à Gustave Droumaguet, le mari de

Maria Bazire, l’une des sœurs d’Emile, né dans la

commune bretonne de Mantallot,

(prix d’excellence de la

faculté de Chimie, filleul de l’écrivain Ernest Renan), 

elle a reçu le conseil de s’enfuir.

Pourquoi ne pas accepter l’hospitalité momentanée

dans un couvent d’Avranches ?  

« Non », a-t-elle répondu. « Advienne que pourra.

Je ne voudrais pas, en me cachant,

que ma famille subisse des   représailles »,

a tranché Eugénie.                               

 

                

 

                 Chapitre 4

 

 

         Plus de 2000 kms, de camp en camp

1741 -  Saint-Lo - La Porte de Prison

La porte de la prison de Saint-Lô en 1940

Rapidement ils sont revenus.

Avec une simple valise remplie d’effets personnels, Eugénie

les a suivis.

Quittant sa maison et Follette, sa petite chienne beige 

et marron à poils rudes dont la famille

Droumaguet prendrait soin, d’abord sur place en venant

la nourrir chaque jour.

Car si Eugénie rentrait bientôt…..

                                    

A Saint-Lô d’abord, prison dans laquelle elle était

encore libre de ses mouvements,

son beau-frère Gustave lui a rendu une première visite.

A la deuxième, il était accompagné de Joëlle,

sa petite-fille qui évoque le dernier baiser

donné à sa tante Ninie aux joues rebondies,

après que son grand-père en ait demandé la

permission au gardien.

Puis transférée à Fresnes où Gustave, en lui rendant

visite, l’a trouvée emmenottée.

Plusieurs notables roncyais ont soutenu et aidé

Gustave dans ses démarches près des autorités

pour libérer Eugénie. Sans succès.

Elle a ensuite été dirigée vers Aachen

(Aix-la-Chapelle), à la frontière germano-belge,

en train, à 700 kms de sa commune natale.

C’était alors le premier lieu de  déportation, la  prison

pour femmes «NN», en attente du jugement à Cologne.

Là encore, Gustave, une dernière fois, est allé la voir,

essayant de plaider sa cause et de la sauver.

En vain. On l’a conduite vers une quatrième destination,

Breslau, aujourd’hui Wrocław, en Pologne,

capitale de la Silésie, à près de 1000 kms  

d’Aix-la-Chapelle, siège du tribunal des affaires

« NN » de France.

Jugée et condamnée, envoyée, pour son dernier voyage,

à Ravensbrück, à 450 kms de Breslau et 80 kms

au nord de Berlin.

 

                

                 Chapitre 5

 

                  Matricule KL 78-186

 

Arrivée au camp de Ravensbrück, elle doit subir,

comme les autres détenues, la tonte rase

des cheveux puis la séance de tatouage aux aiguilles

faite par une autre détenue désignée,

sur l’avant-bras gauche et ne devient plus que le

matricule   KL 78-186. La voilà prisonnière,

avec presque rien à manger, juste un morceau de pain

et une infâme soupe, à dormir sur une

paillasse de bois crasseuse, dans un des 35 blocks

du stalag derrière les hauts murs surmontés

de barbelés électrifiés, à la merci des terribles

surveillantes du camp.

Ravensbrück, Konzentrationslager


 

                  

 

 

 

                  Chapitre 6

 

 

  Ravensbrück, le point de non-retour

Rave

 

Dachau,   Auschwitz, Birkenau, Ravensbrück,

quelques-uns des 42.500 sites fonctionnant 

de 1933 à 1945, de tailles différentes,

dans lesquels ont péri ou ont été emprisonnées

15 à 20 millions de personnes. Parmi les victimes,

près de 6 millions de juifs mais aussi des prisonniers

politiques, des   tziganes, des Polonais et des Russes

ainsi que d’autres groupes ethniques, des homosexuels,

des handicapés et notre pauvre Eugénie qui ne

répondait à  aucun   de ces critères. Ces  jours,

ces heures, ces minutes à ressasser l’injustice

de la barbarie que peuvent faire

subir des êtres déchaînés en temps de guerre !

 

                 

 

                             Chapitre 7

 

   Femmes anonymes ou célèbres à la même enseigne

A-t-elle dû travailler dans les mines de sel proches

ou les industries d’armement basées sur le

site ? A-t-elle rencontré les nombreuses polonaises

enfermées là-bas elles aussi ? Comment

a-t-elle survécu aux hivers si rudes que la région

était appelée « la petite Sibérie

mecklembourgeoise » ?

Geneviève Anthonioz De Gaulle

Geneviève Anthonioz De Gaulle

            

Ou bien   a-t-elle côtoyé les résistantes françaises

incarcérées à Ravensbrück ?  

Catherine Dior (1917-1944-1945-2008),  la sœur du

couturier,

la miss au célèbre parfum créé par son frère, 

qui prendra le dernier train pour Ravensbrück  

et aura la chance d’en sortir vivante?

Catherine, Christian Dior et leur famille

Catherine, Christian Dior et leur famille

Ou encore la baronne

Elizabeth   de Rothschild

(1902-1944-1945),

décédée là-bas,

Beatrix de Toulouse-Lautrec

(1924-1944-1945-X),  

qui publiera

« J’ai eu vingt ans à Ravensbrück ».

Simonne Veil

Simonne Veil

Simonne   Veil et aussi

la mère et la sœur de Juliette

Gréco et tant d’autres. Joëlle,  

la petite nièce d’Eugénie, cite le nom

de Geneviève De Gaulle Anthonioz  

(1920-1944-1945-2002) la nièce

du général, que sa tante a côtoyée

dans le camp.

« Nous   évoquions parfois le souvenir

de ma tante aux repas de famille.

Elle était de   taille moyenne, un peu

rondouillette, avait un fort caractère

et, pieuse, allait chaque dimanche à la messe, aimant

chanter des cantiques. Après la   guerre,

ma famille est entrée en contact avec Germaine

Tillion (1907-2008),   ethnologue, écrivain,

elle aussi déportée NN à Ravensbrück.

Elle se souvenait   qu’Eugénie, dans le camp,

remontait le moral aux jeunes et leur donnait sa part

de pain. 

A cause du manque de nourriture et de

l’épidémie qui  sévissait dans ce camp comme

dans tous les autres, Eugénie s’est affaiblie et  

est morte de dysenterie», se souvient avoir

entendu dire Joëlle à propos de sa tante Ninie

(diminutif affectueux pour Eugénie).

Morte le 24 décembre 1944, la veille de Noël,

quatre mois avant la fin de la guerre.

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Les plaies,   la tuberculose, la diphtérie,

la dysenterie ou le thyphus,

la chambre à gaz ou l’assassinat, voilà ce qui

attendait la plupart des détenus des camps de

concentration. « L’eau était polluée.

Il n’y avait qu’un seul robinet pour 10 000 femmes.

Pour avoir de l’eau, il fallait aller faire la

queue dans la neige ou dans les flaques d’eau»,

souligne Madeleine Chavassine, rescapée

d’un camp de femmes.

 

               Chapitre 8 

     La résistance par le rire

 

Germaine Tillion qui vient d’entrer, le 20 mai dernier,

au Panthéon avec Geneviève

De Gaulle-Anthonioz, ont, elles aussi, connu l’enfer

de ce camp et ont pu en sortir.

Germaine a écrit une opérette à Ravensbrück.

Pourquoi cette opérette, intitulée Le Verfügbar

aux Enfers ?   Pour survivre et résister par le sourire

et le rire, pour désamorcer le   drame.

Humour noir, autodérision, aller jusqu’à voir la mort

en face, toujours en plaisantant.

Eugénie qui aimait chanter est peut-être entrée

dans le chœur des filles au fur et à mesure

de l’écriture de l’opérette dont les chansonnettes

sont sur des airs connus d’elle, avec paroles

adaptées à la situation.

 
Germaine Tillion

 

 

 

Germaine Tillion 

Le Verfügbar aux enfers

Le Verfügbar aux enfers

 

  

 

 

 

Quelques   extraits :

rire

« La   scène représente un lieu quelconque, de préférence

disgracieux et plein de   courants d’air. » On s’en serait douté !

 

Et les   costumes « : …chemises plus   longues que les

robes, robes en loques, souliers dépareillés noués avec

des   ficelles, bas en accordéon, etc. »

 

 

Un peu plus   loin, sur l’air d’Au clair de la   lune :

« Notre sex appeal / Etait réputé.

Aujourd’hui sa pile  / Est bien   déchargée… » 

Ou encore sur un autre air, en   décrivant une gardienne :

« Elle est en peau de vache, / C’est une   vieille ganache,

A la patte qui n’tient plus, / A la cervelle   tordue…

Avec not’ peau de vache / Nous jouons à   cache-cache…

Mais le moment venu, / Gare au coup de pied au   c. »  

                               

                              

                          

 

                  Chapitre 9

                      

                        Les   témoignages par l’écriture

 sans-titre

Béatrix de Toulouse-Lautrec a vécu, avec sa mère,

la vie à Ravensbrück.

Elle a ensuite pris la plume pour se libérer de ce

qu’elle venait d’endurer et témoigner de 

cette vie infernale au camp.

Dans son livre « J’ai eu vingt ans à Ravensbrück »,

elle, devenue matricule 75 537, raconte

que, quand elle est rentrée du camp, enfin libre,

on lui a posé de nombreuses questions.

« Que répondre ? » écrit-elle.

« Impossible de résumer, les gens ne pourraient

croire cela… »

« Et je pense aux longues nuits, aux larmes amères

qui débordaient d’un cœur submergé

de souffrance, au goût âcre d’une douleur extrême,

à la faim, sans pitié, qui nous donnait

le   vertige, aux ulcères, aux abcès purulents, aux poux,

aux cadavres cireux du   lavabo,

à la flamme rouge qui s’échappe nuit et jour de

la haute cheminée, au   dénuement,

à la misère, aux enfants stérilisés,  à la chambre

à gaz, aux coups de bâton…. »

 

                 Chapitre 9

 

Marie-Christine, l’une des petites-nièces d’Eugénie a lu,

avec moi, ces deux émouvants poèmes devant

l’assemblée.

 

 

Deux poèmes écrits

à Ravensbrück

Lily Unden(1908-1989) –

La solidarité, fraternité à Ravensbrück

J’ai oublié ton nom, ton visage, tes yeux,
Je sais pourtant que nous étions à deux
Pour tirer le rouleau qui écrasait les cendres,
Et que tu me parlais avec des mots très tendres
De ton pays lointain, d’avenir, de beauté !

 

J’ai oublié ta voix, ta langue et ton accent,
Compagne inconnue ; mais à travers le temps
Je sens me réchauffant ta main toujours présente
Quand il faisait si froid, quand, glissant sur la pente,
Nous poussions à deux un si lourd wagonnet.

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J’ai oublié le jour, la semaine et l’année
Quand, à côté de moi, tu fus soudain nommée
Et que tu m’as quittée, allant vers ton destin !
Mais j’entendrai toujours en d’autres clairs matins,
Les coups de feu claquer et se répercuter.

 

J’ai oublié ta voix, ta prière et ton nom
Mais je sais que ta vie, ta vie dont tu fis don
À ta chère patrie et à l’humanité,
N’a pas été perdue et n’est pas effacée,
Qu’elle vit et revit dans la fraternité.

 

      Micheline Maurel (1916-2009)        

          Décembre 1944

Il faudra que   je me souvienne

Il faudra que je me souvienne

Plus tard de ces horribles temps,

Froidement, gravement, sans haine,

Mais avec franchise pourtant.

De ce triste et laid paysage,

Du vol incessant des corbeaux,

Des longs blocks sur ce marécage

Froids et noirs comme des tombeaux.

De ces femmes emmitouflées

De vieux papiers et de chiffons,

De ces pauvres jambes gelées

Qui dansent dans l’appel trop long.

Des batailles à coups de louches,

A coups de seau, à coups de poing.

De la crispation des bouches

Quand la soupe n’arrive point.

De ces coupables que l’on plonge

Dans l’eau vaseuse de baquets,

De ces membres jaunis que rongent

De larges ulcères plaqués.

De cette toux à perdre haleine,

De ce regard désespéré

Tourné vers la terre lointaine.

O mon Dieu, faites nous rentrer.

Il faudra que je me souvienne.

Autre dessin venant de Ravensbrück

Autre dessin venant de Ravensbrück

 

 

 

    

 

 

 

                 

 

      Chapitre 10

 

 

              La libération sans Eugénie

Quand l’Armée   Rouge arrive le 30 avril 1945, Eugénie est

décédée depuis quatre mois. Il   ne reste que 3 500 femmes

non évacuées à Ravensbrück. Les SS ont   entraîné les

détenues capables de marcher, environ 20 000, dans une  

marche forcée vers le nord du Mecklembourg après en

avoir confié 7 000 à   des délégués de la Croix-Rouge

suédoise et danoise. Ils sont interceptés   après

quelques heures par une unité d’éclaireurs russes.

Au total   123 000 à 132 000 femmes et enfants 

ont été déportés à   Ravensbrück, dont 90 à 92 000

exterminés ou morts de maladie, parmi   lesquels 

Eugénie Bazire, agricultrice au village de la Paumerie à  

Saint-Denis-le-Vêtu.

 mon morts O

Il reste d’elle

un nom sur le

monument

aux morts de  

la commune.

                                                      

                                          

 

 

                                                  

                                        

 Chapitre 11                                         

 

       Les assassins punis

Certains voisins se souviennent   encore avoir vu

les autorités françaises ou américaines venir se saisir,  

manu militari, des deux dénonciateurs à leur domicile

et les emmener menottes   aux poignets. Emprisonnés,

ils ont été tous deux jugés par la Cour de Justice  

de Cherbourg le 28 décembre 1944, quatre jours

après la mort d’Eugénie,

et condamnés pour dénonciation aux Allemands.

Le père a été   condamné, le 7 juin 1945, après un

premier jugement en décembre 1944,  aux travaux

forcés à perpétuité, avec   confiscation de tous

les biens.

Il est décédé dans l’Orne en 1968.

Quant à son fils, il a été condamné à 5 ans de prison

et 10 ans d’interdiction de séjour. Il est allé refaire

sa vie, lui aussi dans l’Orne.

Près de leurs deux noms sont inscrites deux initiales

« DN », une autre punition à vie, celle-là, signifiant

« Dégradation Nationale ».

A savoir aussi que les condamnés aux travaux forcés

à perpétuité ont rapidement vu leur peine commuée

en 20 ans de réclusion puis 10 ans. Dans

beaucoup de cas, ils ont été libérés assez rapidement.

Des cas non   isolés puisque dans le Calvados voisin,

selon l’étude de Julie Chassin   (Université de Caen),

« sur les 1302 individus dénombrés en tant que délateurs,

près de 60% des actes de   dénonciation sont présentés

par le suspect comme résultat de rancœurs   personnelles.

C’est du simple voisinage de la victime que proviennent

40% des   délateurs. Le premier prétexte invoqué étant

la détention d’armes à  feu. »

 

                 Chapitre 12

 

      Et Follette ?

Quant à   Follette, la chienne d’Eugénie, elle lui a survécu,

choyée, chez les   Droumaguet qui, dès la nouvelle du

non-retour de la prisonnière, l’ont   emmenée vivre chez

eux au hameau du Mesnage à Roncey, là où Eugénie aurait

dû   finir ses jours, elle aussi, après sa retraite. Follette,

le seul être   survivant, était devenue rebelle aux uniformes,

aux bruits de bottes et aux   motos. A sa mort, elle a été

enterrée sous un prunier  dans le jardin.

 

 Nelly Duval, Saint-Denis-le-Vêtu,

          25 juillet 2015

 MotGuer_39-45_i_final

 

Stèle en granit sculptée par

Emile Morlaix, symbolisant

le drame du camp de

Ravensbrück,

la main tombante des déportées

qui n’ont pas survécu, l’autre dressée,

signe de l’espoir pour celles qui sont

sorties de cet enfer.

Au cimetière du père Lachaise.                                                                                  

 

( 3 avril, 2015 )

Lettre posthume de Jojo le camarguais à Fafa le breton

  

En 2011, j’avais déjà publié ce texte anti corrida sur mon blog. Cette année, au programme de ma chorale, nous chantons plusieurs airs de Carmen, l’opéra de Georges Bizet, d’après la nouvelle de Prosper Mérimée. Il me vient à l’idée de vous le proposer à lecture ou re, bien que je sois persuadée que, vous aussi, détestez faire souffrir  animaux, et humains de même, pour le plaisir !

Lu sur un site : « Carmen ne sera pas joué à Perth (Australie) le 17 octobre 2014« . Motif ? Devinez ! L’œuvre fait l’apologie du ……tabac.

« La torture n’étant pas notre culture »,  disait un manifestant anti corrida et la musique étant censée adoucir les mœurs, nous n’attenterons fort heureusement à la vie d’aucun taureau en interprétant ces quelques airs. Tout au plus au suicide par chute vertigineuse de quelque araignée bigote bien ancrée au sommet d’une statue de la Vierge ou de saint Louis, soudain agressée par les soixante dix voix hurlant l’apparition d’un œil noir. Ou à la noyade d’une mouche ayant bu trop de tasses dans le bénitier, suite à la rupture de son silence préféré.

Malgré tout, permettez-moi de crier encore une fois :

« Olé, el toro, en ga a a arde……… »

 

Voici la lettre posthume que Jojo le camarguais aurait pu écrire à Fafa le breton.

Avant de quitter ce vil bas monde, je me devais, cher cousin espagnol, de te conter le triste sort des camarguais de mon espèce en évoquant d’avance ce qui bientôt me sera réservé. Car je viens d’apprendre d’un ami à l’oreille baladeuse que mon matricule a été tiré au sort ainsi que celui de dix copains de la bande. Pour que, bien cher *Fadjen, tu fasses part au monde entier de cette coutume archaïque et barbare qui consiste à torturer et mettre à mort un animal sous les yeux et les ovations de spectateurs de tous âges, fanatiques et sanguinaires. 

Pense, en tout premier lieu, à signaler à Frédéric Mitterand que si son peuple de bipèdes peut être fier de sa tarte Tatin, de sa quiche lorraine, de sa dentelle d’Alençon et de ses tapisseries d’Aubusson, tout être normalement constitué devrait avoir honte de revendiquer l’attachement à cette coutume barbare. « C’est une décision honteuse, écœurante, indécente, ignoble et lâche qui déshonore notre peuple», disent les gens de cœur. Honte à lui et à tous ceux de ces stupides gratte-papier des ministères qui n’ont jamais pensé une seule seconde  que nous, les animaux, naissons, rions, pleurons, enfantons, souffrons, hurlons, agonisons et mourons comme eux ! Honte à ceux qui ont inscrit cette cruelle pratique au patrimoine immatériel de la France, une soi disante « mesure de sauvegarde en soi » ! Qu’y a-t-il de plus important à sauvegarder ? Une coutume ou bien une vie ? 

N’oublie pas de joindre à ton courrier une seule paire de banderilles, proportionnellement au poids du ministre, comparé au nôtre qui en reçoit trois ou quatre paires avant l’estocade finale. A son bon choix de se les planter ou faire planter dans la fesse, le bras ou le ventre ! S’il en redemande, trouve-lui l’adresse du meilleur fournisseur de ces bâtons d’environ 80 cm de long, terminés par un harpon et recouverts de papier de couleur.

Pense aussi, mon cher ami, à renouveler ton courrier à destination de messieurs et dame Fillon, Sarkozy et Bachelot, *aficionados de ce genre de pratique stupide et sadique, assoiffés de notre sang ! N’oublie pas le post scriptum suivant, ma phrase préférée de l’écrivain auteur de L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera : «Le véritable test moral de l’humanité, ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci: les animaux ». En pièce jointe-cadeau, tu glisseras un ou deux cauchemars de nos misérables fins adaptées à leurs personnes, à consommer dans l’une ou l’autre de leurs dix prochaines nuits après réception du courrier. Toi qui désormais as le loisir de brouter l’herbe tendre des près bretons, sais-tu à quoi tu échappes ? Campe-toi fort sur les quatre pattes et lève bien haut les oreilles. Eloigne tes plus jeunes amis du champ car il y a forcément rectangle blanc. 

 De ma maman j’ai été éloigné très jeune. Je sais seulement que pour enfanter un futur taureau de combat, elle a dû subir l’épreuve de la « tienta », devant prouver sa bravoure à la réception d’une sorte de banderille enfoncée dans ses chairs par un picador.   D’elle je porte fièrement le nom : Jojo pour Josito, fils de ma mère Josita. 

De mon père dont ma mère a obtenu la semence par voie anormale, non naturelle, j’ai appris que lui aussi a dû faire ses preuves en étant sauvagement projeté à terre sous le choc de la piqûre d’un aiguillon. Sa combativité a été jugée sur sa réaction après s’être relevé.

Ma première douleur à moi, je l’ai ressentie à la triple pose du fer sur la fesse (le fer de l’éleveur), sur le flanc (un numéro d’ordre) et sur l’épaule (le dernier chiffre de mon année de naissance). Une fois la brûlure apaisée, il restait trois fort jolis tatouages en somme ! 

Ensuite j’ai cru au paradis sur terre dans ma ganaderia : farniente et broutage des végétaux méditerranéens camarguais sur des centaines d’hectares. Un paradis avec apparitions occasionnelles de bipèdes juchés sur monture hippique ou motorisée. Un eden aux herbes rases, aux sols craquelés sur lesquels nous devions parfois nous contenter de grignoter la salicorne ou la saladelle si salées, un paradis de pâture au milieu des roseaux et des flamants roses ! Mais en liberté !

 Jusqu’au jour d’hier où je me suis retrouvé encerclé par un groupe de gardians à cheval vociférant et hurlant, enfermé dans un clos et soudain propulsé taureau cocardier, en compagnie d’une dizaine d’amis. Et notre calvaire a commencé. 

Tu n’imaginerais pas les dix pratiques barbares les plus courantes dont ces brutes d’humains sont friands ! ! ! 

1-Douloureux sciage, à vif, de nos élégantes, longues et fines cornes. A la prochaine visite chez leur dentiste, qu’ils demandent à se faire scier une dent vivante sans anesthésie, ces ignobles sauvages ! 

2-Coups de pieds, de planches pour nous rendre encore plus agressifs ! 

3-Aiguilles cassées insérées dans nos testicules pour nous éviter de nous asseoir ou de tomber pendant le combat. Dans cet état, nous serons transportés vers la ville taurine dans des caissons de contention, de longues heures sans bouger, sans eau ni nourriture, dans une chaleur asphyxiante. Je sais que juste avant le combat, les immondes brutes prolongeront notre calvaire. 

4-Coton enfoncé dans les naseaux pour rendre plus difficile notre respiration. 

5-Vaseline dans les yeux pour nous désorienter. 

6-Essence de térébenthine sur nos pattes pour provoquer des brûlures et nous empêcher de rester tranquilles. 

7-Sabots limés à vif jusqu’à la chair. 

8-Tranquillisants, hypnotisants, sprays paralysants jetés sur nous pour achever de nous déboussoler. 

9-Une trentaine de sacs de sable jetés l’un après l’autre sur chacun de nos dos juste avant l’entrée dans l’arène. 

10-Pour le moral, les cris, les insultes de toutes sortes.   

Et j’oublie ce qui se pratique ailleurs car, mon cher cousin, tu ne me croirais plus ! Il me resterait à te conter l’apothéose de la souffrance, l’apologie de la cruauté, les tocades, la graduation des violences, l’estocade finale…

Mais, vois-tu, je suis soudain apeuré, énervé, découragé, démoralisé, fatigué, écœuré… Toi qui le peux, dis haut et fort notre calvaire. Pour que cesse à jamais le terrible carnage !  Demande que soit exigé le retrait immédiat de cette décision abjecte, de cette infamie qui autorise l’état à subventionner, avec nos sous, la torture des animaux, faisant de chaque citoyen français un barbare. Demande que soient abolies la corrida et tous les autres jeux de tueries des animaux ! 

« La corrida n’est ni un art, ni une culture, mais la torture d’une victime désignée, avec, autour, des badauds qui regardent. » a dit Emile ZOLA il y a plus d’un siècle. 

« Corrida basta », clame l’écrivain Christian Laborde qui ajoute : «L’homme est-il encore un homme, un être de culture, un honnête homme quand il écorche, humilie, torture et tue un animal afin que jouisse la plus grande salope que la terre ait jamais portée : la foule?» 

Porte-toi bien, Fafa, pense fort à nous, les malchanceux et adieu !  

Signé Jojo le camarguais untitled.bmp

*Fadjen : jeune taureau sauvé des arènes et de la torture tauromachique par Christophe, un breton d’Ille-et-Vilaine.

Devenu la mascotte du CRAC Europe (Comité Radicalement Anti-Corrida).

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Mon cousin Fafa, sauvé de la barbarie des hommes.

*Aficionados : amateurs de corrida

 

( 6 mars, 2015 )

Petite épître à Sylvie, wonderful dame

Photo empruntée à Féminin bio.

Photo empruntée à Féminin bio.

Epître : du latin epistola = lettre

J’ai cherché un terme à la fois modeste et fort pour te qualifier et ai dû faire une incartade dans la langue de Shakespeare pour y puiser ce « wonderful », mot qui, dit à haute voix, explose de tant de la force que tu as, du courage à vivre les tempêtes, du cri de bonheur à apprécier cette vie, malgré tout.

« Merveilleuse » résonne mielleux, trop féérique.

« Superbe » trop hautain, inattingible.

« Magnifique » pas assez fort et trop usité.

Je garde « wonderful » et j’y ajoute « dame » pour  rendre hommage à ta dignité, ton honnêteté, ton mode de vie dans ta « cabane en carton dans le silence des arbres », ton éloge permanent à la Nature et à ses habitants ailés et pattus, pour te remercier de tous les plaidoyers que tu nous donnes à lire et qui sont comme les épîtres, autrefois dans la religion.

 


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Amis qui cherchez une raison de trouver votre voie près de la nature, un idéal de vie simple et pure, une artiste en mandalas, couture et confection de yourtes, une sœur toujours proche de vous par ses écrits pour réfléchir sur la société, le respect de ce qui en vaut la peine, courez, courez vers Yurtao, le blog de Sylvie  ou vers la librairie la plus proche pour y acheter son livre « Vivre en yourte, un choix de liberté », un « hymne à la sobriété heureuse ».

Merci, Sylvie, merci, merci et encore merci !

Photo empruntée au blog de Sylvie

Photo empruntée au blog de Sylvie. Des milliers d’autres,
plus belles les unes que les autres,
attendent les lecteurs du blog :
un enchantement pour les yeux et le cœur.

( 4 mars, 2015 )

Pourquoi la Nature permet-elle…?

Alouette des champs

Alouette des champs

Depuis le 28 février à 17h30, cailles des blés, lapins, blaireaux et faisans, perdrix rouges et grises, lièvres, alouettes des champs, grives et merles noirs, tourterelles et vanneaux huppés, oies cendrées, des moissons et rieuses, bernaches du Canada, cerfs et chevreuils, sangliers et renards, s’il en reste, sont libres. La chasse est finie pour quelques mois.

perdrix-rouge

Ouf, ouf et encore ouf !!!
« Les chasseurs sont des malades mentaux », disait l’écrivain Jacques Brosse.

La chasse, un sport ?

Chevreuil

Chevreuil

Si chaque chasseur se mettait juste un seul instant dans la peau de l’animal pourchassé, paniqué, anxieux, traqué, sentant sa mort prochaine, aimerait-il ces sensations ? Continuerait-il son sanglant carnage bihebdomadaire ?

Oie rieuse

Oie rieuse

Pourquoi Dame Nature laisse-t-elle ces abrutis fouler les herbes humides et froides des prés, champs, dunes et bois à la recherche de doux êtres qui s’y cachent ?

 

Un de ces dimanches d’hiver, après neuf heures du matin, jour de chasse


Un doux rai de soleil illuminait le champ scintillant de rosée ce matin de novembre. Les chiens et moi foulions les herbes encore craquantes de gelée. Le monde nous était beau, calme et doux quand soudain… une détonation puis deux puis trois. La mort rôdait. La violence des plombs dans les plumages ou pelages, la souffrance terrible de l’animal blessé…

lapin
Pourquoi la Nature laisse-t-elle agir ces êtres insensibles à toute douleur animale ?
Mes chiens, queue basse, regard inquiet et moi, larmes aux joues, sommes revenus en pressant le pas, le moral en berne et l’âme en peine. Le superbe paysage terni, le cœur en deuil de ce faisan lâché la veille et soudain immolé, de ce lapin survivant des précédents carnages qui agoniserait pendant des jours dans le talus, de ce chevreuil mutilé qui, malgré tout, continuerait de fuir pour se cacher et y mourir à l’abri des regards.

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Pourquoi la Nature apte à déclencher ouragans, tsunamis, tremblements de terre et cyclones pour rappeler à l’ordre le genre humain qui la maltraite, ne peut-elle trouver matière à freiner ces idiots dont la passion est de …tuer pour le plaisir !!!

( 26 février, 2015 )

Magie noire ou magie blanche

Je viens de retrouver quelques notes prises à partir d’une cassette audio que m’avait prêtée Rudi, le kinésithérapeute granvillais que j’avais rencontré lors des séances prises à l’école du dos, il y a une vingtaine d’années.
Message très direct, difficile à appliquer mais à essayer quand même.

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En résumé, se laisser posséder par la magie blanche (tout ce qui est positif dans les pensées) et fuir la magie noire (le négatif).
Si je privilégie la magie blanche, je reçois du cosmos ce qui est positif.

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Le corps n’aime pas les changements continuels de température psychique et se détériore à lutter. Echapper à ses angoisses par la serpe (terme de yoga) signifie couper ce qui est négatif et veut entrer dans le mental. Ne garder que le positif.
Changer, c’est mourir pour une nouvelle naissance.
Maîtriser ses sentiments.

Et cette phrase à méditer du philosophe andalou Moïse Maïmonide (XIe siècle)
« En fait, tout homme a la possibilité d’être un juste ou un méchant, un sage ou un sot. Et il n’est personne qui le contraigne ou prédétermine sa conduite, personne qui l’entraîne dans la voie du Bien ou du Mal. c’est lui qui, de lui-même et en pleine conscience s’engage dans celle qu’il désire. »

Omphalode Starry Eyes

( 19 février, 2015 )

Complainte des pommiers de la Platoisière

LA GUERRE poème de Jacques Prévert
« Vous déboisez imbéciles vous déboisez
Tous les jeunes arbres avec la vieille hache
vous les enlevez Vous déboisez imbéciles
vous déboisez
Et les vieux arbres avec leurs vieilles racines… »

Papa et maman en corvée de ramassage des pommes en 1979. Papa et maman en corvée de ramassage des pommes en 1979.

Depuis toujours ils étaient là, dans ce champ réunis. Ils fournissaient les pommes que maman aimait tant. Ils fournissaient le cidre chaque jour bu à la table familiale. Ils fournissaient le bois lorsque, trop âgés ou abattus par la tempête, papa les débitait. Ils étaient un morceau de l’âme de la Platoisière. Nous les apercevions de nos fenêtres. Dès que l’un s’éteignait, il était remplacé. Les grands-parents aussi savaient les respecter, les tailler, leur accorder une jambe d’appui lorsque, fatigués ou ébranlés, ils se penchaient.

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Leurs noms faisaient chanter leur bois : les Belles Filles, les Calville, les juteuses, les douces, les sûres, les à tarte ou à compote, les à cuire au four, les à couteau, les qui se conservent peu ou longtemps… Par leur ombrage ils abritaient vaches et veaux les jours de grand soleil. Fièrement ils se dressaient dans ce plant proche de la maison familiale. Quelle horreur ont-ils vécue lorsque, les uns après les autres, ils se sont vus ébranlés, maltraités, déracinés ! Tous ! Pas un survivant, jeunes et vieux, tous abattus ! Une image d’apocalypse ! Bien vite, les arbres fruitiers ont été débités, leurs branches brûlées. Un coup d’émousseuse à l’emplacement de leurs racines et ni vu ni connu. Des pommiers à cet endroit ? Vous rigolez ! Ca ne rapporte pas, les pommiers ! Tandis que le maïs pour engraisser les vaches, ça, c’est d’actualité !

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Adieu papa, adieu maman, adieu jardin aux mille fleurs et beaux légumes, chambres et autres pièces de la maison de notre enfance si vite anéanties, adieu pommiers !
Il restera heureusement nos souvenirs que ni la tronçonneuse ni la pelleteuse ni le marteau piqueur ne pourront effacer. Une autre page se tourne de notre éphémère vie.

Les arbres sont des êtres vivants, capables de souffrir aussi.
Une belle phrase de l’écrivain, chanteur et sage belge.

arbre Julos

( 23 mars, 2013 )

Vivre encore, malgré tout…

 

Samedi 23 mars 2013

Vivre encore, malgré tout !                Puiser sa force dans la Terre,

Fuir les humains au goût amer.

O Nature, arbres, feuilles et fleurs,          Aux multiples et douces couleurs,

Demeurez mon havre de paix,             Loin des maux de la société !

Et vous, animaux mal aimés,         De l’homme les martyrs,      Aidez-moi à trouver

La douceur, la tendresse          Nécessaires à la vie ! ! !

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( 28 janvier, 2011 )

Où aller, s’il vous plaît ?

C’était un bel oiseau au plumage richement coloré des nuances automnales, à la longue queue de fines plumes, à l’élégante démarche altière. Sa courte vie jusqu’à présent, l’animal l’avait passée entouré de nombreux autres compagnons ailés dans la très grande volière d’un cynégiculteur (mot trop savant pour désigner le stupide éleveur de gibier à occire dès le premier lâcher) . «  Un peu tassés même  », pensait le jeunot en croisant les copains, évitant les grincheux et leur bec acéré.

De l’horizon au-delà des limites des grillages environnants l’oiseau ne s’était jamais préoccupé, bénéficiant d’une nourriture abondante, d’eau et d’air purs à souhait. Notre gallinacé sentait bien parfois démangeaison au niveau des ailes, devant alors faire preuve d’un savoir voleter tout limité en mettant constamment un frein à ses envies d’envol, au risque de heurter le bas plafond de treillis métallique. Il s’en contentait cependant…

Aucun autre choix d’existence en vue  !

Détrompons-nous !

Par un clair matin frais, après quelques lunes passées hors de l’œuf pondu par des parents inconnus, le voilà prestement saisi, jeté en cage telles sardines en boîte, hissé dans un engin motorisé, inconfortablement ballotté par monts et par vaux, enfin brutalement jeté hors de l’espace de mailles restreint. Parachuté dans un endroit non quadrillé, immense, inhospitalier. Seul, sans mangeoire ni abreuvoir. Grands espaces nus à perte de vue, talus et fossés aux ronces et épines acérées, routes asphaltées aux multiples dangers : tout un univers inconnu et hostile! Quasi incapable de prendre son envol au moindre danger car inhabitué, inapte à trouver sa nourriture, l’infortuné oiseau, ce samedi de mi novembre 2010, errait sur l’asphalte lorsque j’ai croisé son regard. Un regard inquiet, perdu, noir, effrayé ! «  Où aller, s’il vous plaît ?  », crus-je entendre alors !

Pauvre hère au funèbre proche destin : gueule du chien, tir du chasseur ou choc contre la roue d’une voiture ? Barbarie humaine, cruauté de l’horrible jeu de la chasse, bêtises d’idiots qui, le fusil à l’épaule, un filet de sang à la boutonnière, le sourire crétin et le parler imbécile, se prennent pour des héros, maigres cervelles d’abrutis incapables de comprendre que la souffrance animale égale celle de l’être humain, à aucun degré moindre ! A douleur, peur, colère, souffrances et chagrin égaux !

Incompréhension du langage, des mœurs de ces autres êtres tellement supérieurs à nous, qu’ils soient d’élevage, sauvages, de compagnie !

«  L’homme n’a pas deux cœurs : un pour les humains et un autre pour les animaux. Il en a un seul ou il n’en a pas du tout. », a énoncé un fin penseur.

«  Les chasseurs sont des malades mentaux  » a écrit le philosophe Jacques Brosse.

Combien de temps encore, d’heures, de minutes ou de secondes notre bel oiseau a-t-il continué d’errer ?

Etait-ce lui ou bien l’un de ses semblables qui, le lendemain matin, sur la banquette gauche de la même route, non loin des tirs fournis des chasseurs, semblait encore poser la même question ? «  Où aller, s’il vous plaît ?  »

J’ose à peine espérer que le malheureux aura survécu une journée de plus, trouvant repères, âme sœur et de quoi se remplir le gosier !

J’ose à peine souhaiter que le coup de feu l’aura percuté de plein fouet, sans qu’il s’en aperçoive !

Cet oiseau ne fut que le premier d’une longue lignée de successeurs que chacun peut croiser, éviter  ou ….massacrer, du mercredi soir au dimanche midi entre fin septembre et février.

Désolée pour les autres périodes de l’année : stock épuisé ! A renouveler l’année suivante !

Car, comme l’a si bien écrit un ami proche : « Sans l’homme, la terre serait habitable ! »

Et Yves Paccalet de conclure :  « L’Humanité disparaîtra ? Bon débarras ! »

Pour documentation, lu sur un site Internet (merci au journaliste)

UNE PRATIQUE HONTEUSE ET DANGEREUSE

Les lâchers de tir sont d’abord condamnables pour des raisons éthiques: les animaux sont lâchés dans les jours qui précèdent l’ouverture de la chasse et dans les jours qui précèdent les week-ends pendant la saison !
Ces animaux ne sont pas adaptés à la vie en liberté. Ils sont bien souvent incapables de se nourrir seuls. Ils sont habitués à la présence humaine et leur approche par le chasseur n’est guère difficile… Certains chasseurs appellent d’ailleurs cela le tir sur « cocotte »…

Il faudrait stopper la pratique du lâcher de tir et mieux encadrer celle du lâcher de repeuplement. Certaines revues de chasse osent l’écrire; certains responsables cynégétiques osent le dire… mais les lâchers continuent. La chasse en a trop besoin pour éviter la chute des effectifs de chasseurs !

LE SORT DES ANIMAUX DITS « DE TIR »

1 – Regard sur leur élevage
« Les faisans doivent porter des anneaux sur le bec pour éviter le picage : les faisans se piquent entre eux et s’arrachent les plumes jusqu’à s’entre-tuer… On les équipe d’avibecs fixés dans les narines ».
Source: Le Courrier picard du 22 septembre 1992. Pour combattre le picage, on utilise aussi le débecquage qui consiste à couper le tiers de la partie supérieure du bec à l’aide d’une lame chauffée au rouge
.

2- Jour de chasse
« le gibier avait été lâché le matin même…sur quatre-vingt pièces, soixante-six avaient été tuées ». Source: La Voix de l’Aisne du 31 octobre 1992.

3- Le sort des survivants
En longeant un bois un chasseur est suivi par un faisan « lâché une semaine avant, une semaine pendant laquelle il n’avait rien mangé ».
Source: Le Chasseur français de février 1992.

Victor Hugo lui aussi dénonça la barbarie humaine.

À un homme partant pour la chasse

Oui, l’homme est responsable et rendra compte un jour.
Sur cette terre où l’ombre et l’aurore ont leur tour, …
Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête.
Te figures-tu donc être un tel but final
Que tu puisses sans peur devenir infernal,
Vorace, sensuel, voluptueux, féroce,
Échiner le baudet, exténuer la rosse,
En lui crevant les yeux, engraisser l’ortolan,
Et massacrer les bois trois ou quatre fois l’an ?
Ce gai chasseur, armant son fusil ou son piège,
Confine à l’assassin et touche au sacrilège.
Penser, voilà ton but ; vivre, voilà ton droit.
Tuer pour jouir, non…

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Le 28 janvier 2011

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