( 22 septembre, 2010 )

Buse en visite privée

Insolite découverte d’une buse prisonnière dans la véranda ce jeudi 16 septembre 2010. Entrée par la porte entrebaîllée, elle n’a pas su retrouver l’ouverture et attendait une main aimable qui lui ouvrirait les baies vitrées.

Dame buse rage,           Loin de ses feuillages,

A vouloir quitter             Lieu non désiré.

 

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Cogne bec et tête !      « Ah! Que suis-je bête!       Ah que je regrette

Mes si vastes cieux! »

 

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Quand soudain fenêtre       S’ouvre et la libère!

« Adieu, véranda !        Je n’reviendrai pas          Chasser les gris rats

A la Mauvillère !                Foi de folle buse ! »

 

( 2 avril, 2010 )

Prête-moi ta patte !

Moi, Zoé, j’ai encore, cette nuit,  rêvé d’elle ! Entrevu ma douce amie bretonne des jours de galère à la ferme d’avant !  Senti sa tiède fourrure fauve, quand dans la grange, blottie à mes côtés, elle me réchauffait  ! Entendu son souffle rapide lors de nos longues escapades par chemins creux ! Perçu son rauque cri lugubre,  nous deux à peine séparées, au sortir de notre évasion !

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        Havane, ma soeur de galère et d’évasion, malheureuse de notre séparation, attendant malgré tout un éventuel adoptant, car la vie doit continuer ! 

Ma soeur des jours maudits me manque terriblement, surtout la nuit, dans mes cauchemars ! Je la revois sans cesse qui court à mes côtés pour me protéger, qui tremble quand j’ai mal d’un coup de pied reçu au ventre, car trop curieuse des bipèdes environnants, qui grogne à l’approche d’intrus non désirés, qui redouble d’ardeur laborieuse pour nous assurer un maigre repas de musaraignes ou souriceaux des champs, qui pleure en silence à l’approche du bâton menaçant de l’homme ou du torchon fortement agité par la femme au-dessus de nos têtes si j’ose tenter de franchir la porte d’entrée.  Qui enfin me console lors de mes terribles otites à répétition puisque non soignées.

Je la vois ensuite s’éloigner jusqu’à disparaître totalement de ma vue, pour toujours, me semble-t-il. Je m’éveille alors brusquement, toute haletante et tremblante, me dresse vivement sur mon céans, jette un oeil dans la vaste chambre et aperçois aussitôt, à la tendre et rassurante lueur de la lampe à sel, le visage de maman puis attends la délicate caresse de sa main sur mon cou. Apaisée, je fourre alors mon museau dans un coin de ma moelleuse couverture et m’assoupis enfin, rassurée.

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Canapé, lit, banquette, tout est confort mais….tu me manques !

Rêvant, à coup sûr, cette prochaine nuit, à la tendre attention de Brouky, la veille, ce midi du 2 avril 2010, dans la véranda. Arrivé le premier pour un bain de soleil sur l’une des banquettes, il a alors étendu sa patte avant droite, sur laquelle, après m’être blottie près de lui, j’ai doucement posé ma tête. Et l’y ai laissée ainsi de longues minutes jusqu’à …une probable crampe menaçante qui la lui a faite ôter  avec la plus grande attention.

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« Ta patte, Brouky, tel un douillet oreiller !  »

J’ai fort apprécié ce généreux geste. Je sais que lui aussi est mon copain. De même BigMa, mon amie Beagle avec laquelle je taquine, histoire de passer agréablement le temps, les petits rongeurs du champ en savourant d’avance les généreuses, riches et bien odorantes gamelles du midi et du goûter. 

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Rien ne vaut un bon bain de soleil !

Je sais que désormais il me suffira de murmurer « Prête-moi ta patte » à Brouky pour apaiser mes petits coups de cafard, de moins en moins fréquents sauf quand maman s’éloigne trop longtemps !

 

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Ame seule cherche patte à louer ! Faisons un essai ce jour ! Qui veut bien me prêter sa patte ?

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« Pas disponible ! J’étouffe et dois me rafraîchir d’abord ! » Signé Scottish.

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« Va demander aux autres ! Je ne m’occupe que de ma propre personne ! » Signé Nana

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« Ecoute, chère amie, je cherche d’abord une place sur canapé ! Ensuite je t’invite ! » Signé Speed.

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« Chérie, mes pauvres vieilles pattes rhumatisantes me font souffrir et ne pourraient supporter ta tête ! Je t’offre volontiers un peu de mon arrière-train ! » Signé BigMa.

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Avez-vous tout compris de mon histoire vécue ?

Moi, Zoé, la Beagle de petite taille, me suis enfuie, il y a deux ans, de la lugubre ferme dans laquelle j’ai passé les dix premières années de ma vie. Enfuie en compagnie de ma jeune amie Beagle fauve de deux ans. J’ai appris que Havane, puisqu’elle a ainsi été prénommée au refuge, a été une première fois adoptée dans une famille peu digne d’elle puisque reconduite au refuge six mois plus tard. Une seconde fois adoptée par d’honnêtes gens. J’aimerais un jour la rencontrer à nouveau et poser un instant ma tête sur sa patte !

( 11 mars, 2010 )

Complainte d’une souris de cimetière

Après de nombreuses lunaisons de nomadisme, errant à la recherche du domicile idéal, ma famille s’est enfin sédentarisée dans ce vieux cimetière d’une petite ville de province bas normande.

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Ci- dessus, moi-même, mon compagnon et deux de nos filles. 

Lieu de repos obligatoire suite à un court ou long passage sur la planète, cet endroit affichant complet, donc portail clos trois cent soixante trois jours l’an, autrefois si frayé des géants bi pattus dégoulinants d’eau salée, est maintenant havre de tranquillité. Si mes parents ont, – paix à leur esprit ! – rejoint la terre de leurs ancêtres, avec mon compagnon et quelques-unes de mes filles, nous vivions ici heureux jusqu’à cette maudite aube fraîche où le voisin d’à côté, minet de son espèce, m’a kidnappée sans apparence de rançon. M’égratignant l’épaule droite et couvrant mon pelage de salive malodorante. Où m’emmenait-il donc, ce chat malappris, grassement nourri, d’ailleurs en léger surpoids ? Pourquoi donc s’attaquer à cent fois plus faible que soi ? Sinon pour jouer au macho ou épater la sœurette !

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Constatez la lutte inégale ! 

Un autre de ces endroits dans lesquels les habitants ne sont ni bruyants ni gênants.

Une fois brusquement jetée sur le froid carrelage d’une cuisine de maison proche du lieu des nombreuses sépultures, j’ai vite profité d’une de ses vocalises miaulées pour m’échapper de sa vue, me faufiler par la porte entrebaîllée d’un placard et disparaître de son champ de vision. 120pxhousemouse.jpg

Ouf ! J’avais le temps d’élaborer un plan d’évasion pour rejoindre au plus vite ma famille, à coup sûr inquiète de mon absence prolongée.

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Me traiter de « dadet », quelle audace, moi élégant siamois ! Je t’y reprendrai !!

Redoublant de miaous miaous, ce grand dadet a alerté la maisonnée, surprise de ne découvrir aucune habituelle proie de volatile ou de mes semblables sur le sol. Caresses et bonnes paroles sont enfin venues à bout de cette frénétique agitation forte en décibels.

Blottie au fond d’un placard mal choisi, au milieu de bouteilles, bidons et flacons de nettoyage, de récurage et polissage, après une longue attente discrète et chagrine, je me suis enfin enhardie à choisir un lieu plus propice à la confection de casse-croûte. Jeûner quarante-huit heures, ça purifie ! Il faut ensuite penser à sa survie ! Ayant repéré l’emplacement réservé aux gourmandises de la fille de la maison, folle amoureuse de ce stupide grippeminaud, j’ai alors tenté l’escalade du pic aux céréales chocolatées. Me contentant seulement de deux de ces délicieuses mignardises !

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 Le maïs aussi, j’appréciais en temps de liberté  ! 

Aurai-je laissé une infime miette, trace trop visible de ma présence indésirable  ou bien quelques-uns de mes reliefs digérés nommés crottes ?

Un vilain piège accompagné d’un tentant bout de fromage fort odorant m’attendait le jour suivant. Diplômée de la Haute Ecole anti-pièges à fromage de Comté, je parvins sans encombres à déguster le cadeau sans me faire prendre.

Et attendis le suivant en me régalant de trois autres Kellogs.

Histoire de tuer le temps, je me surpris à risquer une virée jusqu’à la gamelle d’un des Mistigris, puis à pointer mes jolies dents sur la tendre peau d’une brillante pomme bicolore sise, près de quelques élégantes consoeurs blondes, dans une corbeille fort élégante certes, cependant trop éclairée et imposante pour y tenter un nid de qui vous devinez !

Tant pis pour la maîtresse de maison soupirant chaque matin après cette rusée souris qui refusait de mourir ! Pourquoi quitter la vie dans la fleur de l’âge ? En bonne santé ? Filant le parfait amour ?

J’en avais presque oublié ma famille et le mauvais sang qu’elle se faisait à l’idée de mon éventuel non retour. Disparue depuis autant de jours que de griffes à une patte !

Je souriais déjà à l’idée de leur narrer les péripéties de ce fabuleux voyage en pays inconnu !

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Ma petite personne parmi les folles herbes du cimetière

Le lendemain après-midi, quel ne fut pas mon étonnement de découvrir un engin inconnu, probablement une de ces modernes inventions de ce troisième millénaire !

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Le moral à zéro, je médite sur mon triste sort !

Se faufiler à l’intérieur du long tunnel grillagé pour aboutir à la friandise me parut aisé. Où donc était la ruse ?

Après le traditionnel morceau de Comté, j’eus la joie de goûter une amande, fine et croquante, parfumée à souhait.

Et si fière de moi car déjouant cette machine infernale aux réelles allures de prison argentée !

Très déçue je fus lorsque j’aperçus un stupide petit raisin sec suspendu à la barre d’accroche des victuailles sensées empoisonner.

Valait-il la peine que je me déplaçasse ?

Ce que je fis et me retrouvai cloîtrée dans la cage, une fois la lourde porte brutalement refermée sur mon pauvre petit être.

Après examen, je ne constatai aucune lésion, aucune blessure ! Tout était pour le mieux dans le meilleur des pièges !

Si ma découverte déclencha sourires et ricanements, oufs de contentement et de soulagement, elle signifia également la voie de ma liberté car je fus alors dirigée, mon cloître et moi-même suspendus à l’extrémité d’une patte blanche aux longs doigts dépourvus de poils, vers le vieux cimetière et délicatement déposée par cette généreuse paluche sur mon domaine funéraire, à l’endroit précis où le minet m’avait capturée.

La suite, vous la devinez ?

Le joyeux grincement d’une lourde porte de bagne qui s’ouvre, mon brusque départ à la sauve qui peut, la joie des retrouvailles, le récit de mon incrédible aventure, il y a là matière à graver une page sur une fine croûte de Comté parcheminé, la une de préférence !

Au non plaisir de vous revoir ! Au bonheur de continuer ma paisible vie de souris grise dans ce paradis de cimetière !

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Un chaleureux merci à la dame qui, soucieuse d’épargner une humble vie de petite souris, a su me signifier en douceur de ne plus jamais m’aventurer sur le domaine d’autrui ! A moins qu’un second kidnapping me ramène en ces lieux charmants !!

Le 11 mars 2010

( 9 mars, 2010 )

Le grand chêne du champ…… Poème

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Le grand chêne du champ

Pleure son ami Jules    

Parti depuis longtemps      

Vers une guerre nulle.

Ses larmes s’accumulent

Et creusent chaque hiver,  

Quand le ciel est chagrin,

Une mare dans la terre,

Pour les oiseaux un bain.

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Depuis bientôt cent ans,  

L’ami Jules est parti.

Depuis bientôt cent ans,

Le grand chêne périt,

Doucement, lentement.

Son large tronc se vrille.

 Ses branches dans le vent  

 Grincent et se fendillent.

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Une hulotte parfois 

Nuitamment vient le voir,

 Profitant, chaque fois,

Du solide reposoir

 Pour convoiter mulots,

 Ratons et lapereaux

Et capturer sans peine

 Taupes et musaraignes.

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Le vieux chêne sait bien

Que, là-bas dans le Nord,

Un clair matin de juin,

Son ami Jules est mort

Sans être secouru,

Tué par l’ennemi.

Son sang il a perdu !

Vile guerre ! Courte vie !

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Jules, mon arrière grand oncle, a quitté la vie à 21 ans.

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Depuis mil neuf cent quinze,

Dans le Pas-de-Calais,

A la côte cent quinze,

Un autre chêne est né.

Le vieil arbre sourit

En pensant que là-bas

L’esprit de Jules vit

Et lui ouvre les bras.

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6 janvier 2010

 

( 6 février, 2010 )

Brouky, le beau rouquin

Il était une fois….mon conte de fée à moi, Brouky, le beau Rouky, le

beau rouquin.

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Avant mon séjour forcé dans la cage de la déchetterie d’une commune normande, j’étais, voyons voir ! j’ai peine à me souvenir ! Une crise d’amnésie canine précoce m’empêchant d’évoquer ma jeunesse, mon âge, ma maman, ma résidence, mes mets préférés ou bien les coups de pieds au cul et l’infâme pitance quotidienne ! J’étais peut-être chien de rues d’un pauvre SDF conduit un jour en prison après une rixe alcoolisée ou l’absorption abusive d’herbe illégale. Voyant l’affaire tourner mal, le pauvre gars m’aurait brusquement poussé vers les portes de la liberté, que j’ai empruntées sans hésiter !

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Après plusieurs journées et nuitées d’errance, j’ai été apostrophé par un quidam auquel je n’ai pu présenter mon laissez-passer. Sans autre forme de procès, on m’a jeté dans cette cage, déjà occupée par deux détenus qui, au petit matin du lendemain, ont disparu de mon horizon après la visite du vétérinaire et de sa seringue

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Difficile de marcher au milieu de nos déchets naturels dans un si petit  endroit !

Seul donc, je me suis retrouvé, passant mes heures à attendre l’arrivée d’une remorque d’ordures ménagères, d’une camionnette de déchets végétaux ou d’une petite cylindrée au coffre entr’ouvert, débordant d’objets usagés. A attendre une éventuelle caresse d’un des conducteurs de ces engins, ou du gardien, à chaque nettoyage du triste logis ou remplissage de la gamelle. A vrai dire, j’avais une folle envie de sortir, de quitter ces sinistres lieux, cruellement dénués d’humanité animale.

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Jusqu’au jour où elle est apparue, m’extirpant, chaque après-midi ouvré, pendant un mois et demi, de l’endroit maudit,  pour une promenade à travers chemins creux et petites routes proches de la déchetterie. roucky1.jpgA partir de cet instant, ma mémoire est intacte. La poigne nécessaire au gardien pour me passer le collier, la fougue avec laquelle je me précipitais vers la grille de sortie, la longue laisse à laquelle je refusais le mou… Et le premier arrêt sur l’herbe, à me soulager de cette bouffe de croquettes, seul plaisir de l’enfermement, la longue station à laper l’eau boueuse du creux du talus, pour me purifier des miasmes de l’ennui, et l’incessant tir à la laisse, toujours tendue, vers une nouvelle liberté. Nous traversions un stade, sur le parcours. Lancée en l’air, une bouteille plastique à eau traînant près d’un but, faisait office de ballon. Un jeu que j’apprécie particulièrement, ce lancer d’objets de toutes sortes (morceaux de bois courts, longs, légers, lourds, frais, pourris…., os en plastique, boules de neige plus rarement, galets, petits cailloux….). Je suis, depuis toujours, fan de cette activité. Ca, j’en suis sûr ! broukybois.jpg

A en être collant, super collant ! Et vous, c’est quoi, votre passion, celle qui énerve votre entourage, celle à cause de laquelle vous oubliez tout le reste ?

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J’aimais approcher de la grand route. Peut-être m’évoquait-elle la voie de la Liberté ! Puis retour vers les grilles et d’abord le stade avec arrêt émotion sur les gradins. Pour souffler un peu, après cette heure à tirer sur la laisse. Puis parce que j’étais enfin près d’elle. Assis, sage, à me laisser caresser tête et dos, à m’entendre dire des mots gentils…. J’oubliais tout, c’était le paradis ! Nous passions de longues minutes à échanger des mots, des regards, un souffle d’air, des litanies de regrets, de projets, de cris d’injustice… et à laisser couler quelques larmes. Avant le retour en enfer ! Les premières fois, je me contentais de la regarder partir sans comprendre. Puis tout s’est éclairci !

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La séparation, une fois chaque ballade suivante accomplie, m’est devenue insoutenable. J’aboyais encore longtemps après son départ.

On m’a trouvé une famille d’accueil : deux petits vieux que j’ai vite effrayés par ma fougue et ma prestance et qui m’ont ramené à la cage : trop fougueux, trop jeune, trop rapide !

Et elle, pourquoi ne voulait-elle pas de moi chez elle ?

J’ai alors su que deux autres infortunés avaient trouvé refuge à son domicile, sortis in extremis de cette cage de malheur ! Avec le Labrador familial, je serais le quatrième. Mais son mari ne voulait compter qu’à trois, en calcul chien. Comment faire ?

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J’ai alors rendu visite au mari. Qui m’a trouvé fort beau !

« Enfin, cinq chiens ? Tu n’y penses pas ! Quelqu’un va bien l’adopter ! »

Tout dépité et inquiet quant à mon avenir menacé, j’ai regagné la geôle.

« C’est complet ! » a annoncé le gardien. « On va l’attacher  en dehors de la cage avant de trouver une solution ! »

Le téléphone au véto puis la piqûre pour qui, pour eux ou pour moi ?

Pris de cafard, je l’ai suppliée du regard, elle qui se sauvait, les yeux enlarmoyés.

Ni l’un ni l’autre n’avons guère dormi la nuit suivante !

Dès le lendemain matin,  c’était un samedi, un harnais et une laisse à la main, elle est arrivée, souriante et légère !

 C’était le début de ma nouvelle vie !

 Depuis ce jour, nous six, nous portons bien. Elle et Lui, Speed le Labrador, Nana Long Nez, la petite noire pas facile à friser, Scottish, le bon gars sympa et moi qui essaie d’être sage….

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BigMa et moi, assoupis.                        Zoé et encore moi, en sieste. 

Trois bretonnes, déjà âgées, sont venues nous rejoindre. Ce soir du 26 janvier 2010, assoupi sur la confortable banquette de la salle à manger, je pense à mes jours de galère et à tous ces pauvres hères qui n’ont pas eu ma chance.

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Alex, un ami sympa, mon prof d’anglais et de lancer de bâtons.

Le jour où j’arriverai au paradis des chiens, il faudra que j’évoque le problème des animaux abandonnés à Saint Pierre, qu’il intercède auprès de son gouvernement pour que toute haine raciale cesse entre les deux pattes, les quatre pattes, les poilus, les laineux, les emplumés, les carapacés, les écaillés : en un mot ceux qui ont un cœur, tous dignes de respect.

( 6 janvier, 2010 )

Grand-messe en l’honneur de sainte Teinture

Pendant une douzaine d’années, j’ai eu le bonheur de teindre les toisons de mes brebis avec des plantes ramassées dans la campagne environnante. Pourquoi le dimanche ? Parce qu’à l’époque, étant institutrice, j’étais libre ces matins-là. Bonheur d’allier les joies de la marche en pleine nature, la contemplation des beautés végétales, à celles de la préparation à la teinture végétale.

Ma grand-messe à moi a lieu, tels les pratiquants en religion, chaque dimanche matin. Un vaste lieu de culte : les talus des routes de la campagne environnante et les chemins creux de mon village de Basse-Normandie. Mes objets de culte : des paniers d’osier, des plantes, fleurs, branchettes et écorces. A chaque saison, des messes aux épitres et évangiles différents. En hiver, dès le timide lever du pâle soleil, quand merles et pinsons s’égosillent, annonçant la fin de la nuit, un panier me suffit pour la cueillette des fleurs jaune d’or au parfum noix de coco, chaud et sucré, des ajoncs. Gare aux épines acérées et patience ! Une multitude de ces pétales est nécessaire pour colorer la laine d’un beau jaune jonquille.    

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Au début du printemps, la rousserolle entame son répertoire de mélodies variées. C’est le moment de tailler une pleine brassée de brindilles de robinier faux-acacia que je devrai hacher et faire cuire longtemps afin d’obtenir un autre jaune, plus ou moins prononcé selon la quantité de jeune bois utilisé.

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Au mois de mai, balade dominicale pour la coupe des crosses de fougères aigles. Dans la tiédeur matinale, qu’il fait bon écouter le chant du coucou et humer les senteurs légères des fleurs de pommier ! Le panier est vite plein : les plantes abondent. Il suffira ensuite d’une dose de chance pour transformer ces parties terminales des grandes plantes en un joli vert tendre. Sinon, il faudra se contenter d’un autre jaune ! 

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 En été, lorsque les hirondelles gazouillent sur les fils électriques, les millepertuis sont en fleurs. Dès l’aube, sur les talus, délicatement, du bout des doigts vite rougis par le colorant naturel des sommités fleuries, je cueille. A peine rentrée à la maison, je m’empresse de plonger toutes ces fraîches inflorescences dans l’alcool qui, aussitôt, se teinte de rouge. Les résultats obtenus sur la laine sont toujours surprenants, les coloris allant du rouge brique au vert ou même les deux à la fois ou encore au jaune banal ….et décevant, dans le pire des cas. J’aime cette plante mystérieuse qui offre sa teinture selon son humeur, peut-être.    

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En août, près des ruisseaux où la bergeronnette sautille en hochant la queue, je coupe les tiges des reines des près au délicieux parfum pour obtenir des jaune acide.

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Au début de l’automne, quand l’infatigable pinson continue son éternel et lancinant refrain, je ne dédaigne pas non plus me tacher les mains de violet pour égrainer les baies du sureau noir qui donneront généreusement des violets, mauves ou lavande, selon l’ajout de sel ou de vinaigre.  

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Pour une balade très, très courte, il me reste les racines des garances du jardin à arracher, brosser, sécher et couper en petits tronçons avant d’obtenir les plus belles des surprises : de merveilleux roses.    

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Et enfin, il y a encore moins loin, pour les dimanches pluvieux, les pelures des oignons, précieusement amassées tout au long de l’année et qui offriront des jaunes dorés très soutenus.              

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   Ainsi s’achèvent mes grand-messes. Une année s’en va. Une nouvelle débute pour de futures balades à la découverte d’autres plantes tinctoriales et la création de nouveaux tissages en laine colorée avec ces plantes.  

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Sac, échantillon de nombreuses laines teintes.  

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( 26 décembre, 2009 )

Hommage aux fruits…… Poème

Manger des fruits,       Manger la vie

A pleines dents,         Divinement !

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Mangue pulpeuse,      Si savoureuse

A la chair molle    Qui vous rend folle !

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Figue fripée,          Au drôle d’aspect

Toute violette      Et presque blette !

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Petit kiwi,         A point choisi

Au goût subtil,         Dessin habile !

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Pomme reinette,       Un peu sûrette,  

A la chair blanche,      Coupée en tranches!  

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Pêche de vigne,          Si j’en suis digne

Très souvent rare      Et puis si tard !

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Violette boule      Dont le jus coule

Avec entrain,    Grain de raisin !

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Poire et groseille,    Quelles merveilles

Prune et cassis            Et j’en oublie !

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( 25 novembre, 2009 )

Ce n’était qu’une poule…….

Cette nuit elle s’est éteinte après trois jours d’agonie, sans bruit, sans cris, derrière la porte du poulailler.

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Petite Poule Rousse est morte cette nuit de novembre. 

Son pauvre corps tout raidi par la mort repose désormais au fond de la petite fosse que je viens de creuser au champ, là où elle aimait picorer et taquiner les vers de terre. Les yeux embués de larmes, j’ai creusé le sol gorgé d’eau puis ai posé une poignée de paille, l’y ai couchée là pour l’éternité, l’ai recouverte d’un duvet de foin, enfin de la couche de terre fraîchement soulevée.

J’entends déjà les esprits lourds et insensibles ricaner, s’esclaffer, glousser et pouffer.

Ce n’était qu’une poule !!!!!!

C’était une vie face à la mort, une vie égale à toutes les autres vies face à la mort. Une vie de poussin bien au chaud sous la couveuse ou bien, par chance, sous les ailes de sa maman. Une vie de jeune poulette à la découverte du monde. Une vie de poule et d’oeufs. Une vieillesse sans histoires. Bref une vie avec son lot de joies et de douleurs.

Aujourd’hui c’est une vie de moins. Tant mieux pour elle qui a enfin rejoint la grand Paix, l’Eternité, le seul endroit au monde où souffrances, cruauté et barbarie n’existent plus.

Car la mort, après tout, libère enfin l’esprit de ces pensées fréquentes qui ne manquent jamais d’assombrir les moments de Bonheur.

Mais il faut vivre encore !

Enfin un timide rayon de soleil automnal vient lécher la vitre du petit bureau. L’espoir renaît.

La tranquille respiration des chiens assoupis sur les lits ou dans les confortables paniers me rassure. Sauvés de l’euthanasie ou du refuge ils sont. 

Le permanent spectacle de la famille Rebita (voir article blog) paissant goulûment l’herbe du champ, en face, me rassure. Sauvés de l’égorgeur ils sont.

La souvenance des cinq autres poules se régalant, ce matin, de blé et d’un quignon de pain trempé me rassure. Sauvées du couteau elles sont. 

Telle cette humble poule, nous aurons tous un jour proche ou lointain, une semblable fin, avec ou sans souffrances.

Ne perdons pas de temps avant cette heure fatale !

Pour quelques bribes de bonheur, sauvons, sauvons, aimons, caressons les animaux, rebut sans assistance, sans considération, de la société.

( 22 novembre, 2009 )

Ultime fleur de novembre…… Poème

Novembre était là, les beaux jours perdus.

Le jardin tout froid et les fleurs disparues.

Il ne restait, sur une tige, qu’un oeillet.

Sans bruit, sans hâte, le nez y ai posé.

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Telle la pure senteur      De cette ultime fleur,

M’apparut le Bonheur     Un instant capturé,      Une seconde libéré.

Car, vois-tu, cher ami,     Le Bonheur est ainsi       A qui sait le saisir,

L’empoigner, l’acquérir.

Solitaire et furtif,     Intense et fugitif.

 

A l’aube de ce jour, ce fut l’oeillet.

Hier, le soleil sur le châtaignier,

Demain,  le regard doux d’un animal.

Toujours chercher, pour éloigner le mal,

Les horreurs de la vie, les cruautés,

Les cris, insultes et insanités,

Toujours chercher les instants de Bonheur

Cachés à l’ignorant, tapis dans cette fleur.

21 novembre 2009

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Le Bonheur est aussi dans le regard d’un chien ( ici, Scottish)

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dans la beauté d’une timide violette cornue,

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ou dans l’éclosion d’une touffe d’hellebores.

 

 

( 21 novembre, 2009 )

Histoire d’un p’tit gars d’Saint- Denis

    Voici l’histoire (vraie) d’un p’tit gars d’Saint-Denis dont il ne reste qu’un nom gravé sur le monument aux morts et quelques souvenirs, témoignages émouvants de bouche de grand-mère à oreille de petite fille, témoignages fragilisés par le temps, humble reflet de la vie et de la mort à cette époque du début du xxème siècle.

    Il se prénommait Jules, Albéric, Aimable, né à la Mauvillère le 30 janvier 1894, le second des cinq enfants de Cyrille et Marina Fauchon, cultivateurs.

    La vie gâtait cette famille : trois beaux garçons lui étaient donnés en trois ans. Entre le frère aîné, Joseph, et le cadet, Almyre, Jules ne s’ennuyait guère. Que de jeux partagés, de rires et de cris parfois interrompus par les pleurs d’ Angélina, la dernière-née. Enfin, une fille dans la maison !

    Et puis, quelle chance d’avoir une maman toujours gaie ! Elle savait réjouir ses enfants, de même les voisins et la parenté quand, après les dures journées de labeur, lors des corvées de battage, les ventres bien remplis par le copieux souper, on chantait, on faisait des jeux, histoire d’oublier la fatigue un instant.

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    Jules(1894-1915) et Almyre(1895-1903) au premier rang, Joseph(1892-1899) au milieu  du second rang) posent pour la photo d’école en 1898 ou 1899. Almyre n’est pas encore scolarisé : il ne porte pas la tenue de l’écolier. Trois garçons au destin tragique.  

                   Premiers chagrins

    Hélas, à cette époque, les maladies d’enfants étaient légion et les remèdes peu efficaces.C’est Joseph, l’aîné qui, le premier, partit, à l’âge de 7 ans, victime d’une méningite. Aurait-il guéri si, comme il le lui avait été conseillé, sa maman lui avait appliqué sur le crâne le corps ouvert, encore chaud, d’un pigeon sacrifié ? Pratique barbare ! avait –elle pensé, refusant ce geste.

    Almyre, quatre ans plus tard, fut pris de maux de ventre. On diagnostiqua le group ou diphtérie, terrible maladie contre laquelle la vaccination n’existait pas encore. Ses parents le veillaient jour et nuit, impuissants à apaiser ses atroces souffrances.

    Bientôt, il suivit son frère au cimetière, allongé dans son petit costume à boutons dorés. Il avait juste 7 ans, lui aussi.

    La venue d’une autre fille, Sophie, l’année suivante, fit un peu oublier  ces cruelles disparitions.

                       Satanée guerre !

    Le temps passa. Jules et Angélina devinrent les meilleurs amis du monde. Il s’entendaient si bien et avaient beaucoup d’affinités. Jules désirait faire des études pour devenir instituteur. «  Non, pas question ! Tu resteras à la ferme ! », décidèrent ses parents. Ils avaient d’ailleurs acheté pour lui la maison juste à côté de la demeure familiale. Le soir, Jules était indépendant. Il passait la nuit chez lui, dans son logis à lui.

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    Il reste, en souvenir de lui, au champ près de notre demeure, le marronnier et le chêne centenaires q’il avait choisi de planter, adolescent. 

    Puis vint la guerre. Triste journée d’été, ce 2 août 1914, quand, dans notre jolie campagne normande, le tocsin se mit à sonner pour annoncer à la population le départ de tous les jeunes pour le combat.

    Vingt ans, un fusil à l’épaule, il partit pour le front, sans l’avoir choisi ! Le jeune cultivateur était soudain devenu le numéro 794, soldat 2ème classe au 32ème Régiment

    d’Infanterie.

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    Baïonnette au poing, Jules dut partit à la guerre.

    Angélina, sa sœur, racontait, avec beaucoup d’émotion, que, lors d’une rare permission, Jules eut bien de la peine à les quitter, pressentant sûrement le pire. La séparation fut très douloureuse pour tous.

    Lors d’une attaque, amputé d’une jambe par un éclat d’obus, sachant que les secours ne viendraient pas, il confia à son copain de Contrières sa montre et lui fit promettre de la remettre à ses parents lors de sa prochaine permission dans la Manche. Ce fut l’ultime adieu. Pas le temps d’aider un blessé ! Il fallait continuer de monter à l’assaut.

    Le 16 Juin 1915, à la côte 140, quelque part entre Neuville-Saint-Vast et Souchez, Pas de Calais, il est mort, à bout de sang, pensant une dernière fois à sa chère Angélina, à sa famille, à son village aimé qu’il ne reverrait pas. Il s’est endormi pour toujours dans ce coin du Nord qu’il n’avait pas choisi. Il y repose encore parmi tant d’autres jeunes.

                   Epilogue 

     Après la bataille meurtrière, le copain, comme il l’avait promis, a rapporté à la Mauvillère le triste objet et déclaré que Jules était blessé, laissant, peut-être, encore un peu l’espoir d’une heureuse issue. Quand, en 1918, l’ami de la commune voisine est définitivement rentré au pays, il ne voulut plus jamais évoquer cet épisode, trop bouleversé d’avoir dû laisser son copain mourir, sans pouvoir lui porter secours.grandmrefauchonetfamille.jpg

    Cyrille(1862-1928) et Marina(1867-1952), les parents de Jules.

    Angélina(1898-1994) et Sophie(1904-1962), ses deux soeurs, debout.

    Aucun courrier n’a été conservé de cette année 1915 loin du pays, Sophie, sa plus jeune sœur, ayant brûlé ces maudites lettres, prétendant que la correspondance de gens morts n’était pas à garder.
    Puisse ce court récit rendre un ultime hommage mérité à ce p’tit gars d’Saint-Denis et à tous les autres soldats de la Grande Guerre !

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      Angélina, sa soeur et confidente, ma grand mère, évoquait souvent, les yeux embués de larmes, le souvenir de ce frère chéri, trop tôt et injustement disparu.

( 31 octobre, 2009 )

Noble dame BigMa

Noble, le suis-je vraiment ? Elle le dit.

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Dame ? Assurément. Malgré les ans, je conserve le port altier d’une reine, presqu’en fin de règne.

Big ? Que celles qui n’ont pas, après la soixantaine, accumulé  quelques grammes  de graisse à la taille me jettent la première pierre !

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Big ? A moins qu’il ne s’agisse d’un surprenant raccourci du terme Beagle, tribu à laquelle j’appartiens.  

Ma ? Tant de fois me sont nés de jolis bambins que j’ai élevés et dorlotés de mon mieux, dans cadre et conditions ni salubres ni enjoués ! Tant de fois j’ai pleuré leur brusque départ, à peine quatre lunes après leur naissance, que je conserve au coin de l’oeil une bosse de chagrin, fort visible par tous les temps.

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J’ai beau désespérément tenter de compter tous mes petits : je ne le puis. Peut-être bien une centaine en tout,  qui se sont tant régalés de mon lait qu’au fil des ans mes mamelles se sont démesurément allongées !

Cessons d’évoquer mon passé, je vous prie et laissons libre cours à ma nouvelle vie !

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Après une halte de quelques semaines au refuge, suite à mon abandon, j’ai trouvé l’âme soeur, le foyer de retraite idéal, la liberté et la dignité de vivre décemment.

Depuis le 13 juin 2007, je coule des jours paisibles, insouciants et joyeux dans la campagne verdoyante d’un village normand.

Tolérante et patiente avec mes frères et soeurs canins, je le suis moins auprès du Labrador qui, le jour de mon arrivée, m’a accueillie plutôt fraîchement, crête de coq et grognements à l’affiche.

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On m’aime, naturellement, puisque je suis douceur, bonté et tendresse personnifiées.

Excepté musaraignes et taupes qu’inlassablement je poursuis, au grand regret de mes vieilles jambes. Les gros chantiers ne m’effraient point, témoins les quelques vilains trous sur la partie herbue du champ. A mi-temps j’exerce cette occupation, mes pelles mécaniques pattues s’enrayant vite.

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Zoé, la petite Beagle, est mon amie. Mêmes passions, mêmes discours.

Ames sensibles, rassurez-vous ! Très peu (trop peu, murmurerai-je !) de ces petits rongeurs se laissent croquer sous mes dents fort élimées !

Juste quelques candidats au suicide ou bien quelques jeunots, non encore avertis des dangers extérieurs par leurs imprévoyants parents.

Au cours de ces longues chevauchées quadripédestres, s’il m’arrive malencontreusement de franchir la clôture à peine dissuasive du seul rang de barbelés du champ de haut, moins hermétique que le champ de bas, pas de panique ! ou bien, selon mon humeur, j’opte, très occasionnellement, pour une petite et courte virée à la ferme des gentils voisins, à la recherche de quelque éventuel os à finir de ronger, ou bien je rentre tout de go et attends fort sagement, sur mon céans, qu’Elle daigne ouvrir la grille d’entrée.

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Elle qui, pourtant, devrait apprécier mon retour me sermonne alors quelques reproches de bienvenue, tout en m’administrant sur l’échine de douces tapes amicales, incontestables signes de contentement.  

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Après de telles virées suivent de longues et interminables siestes sur l’un des trois lits dont deux ne sont réservés qu’à mon usage sauf par temps de vacances scolaire en Hélvetie, lointaine contrée de ses enfants et petits-enfants. Dans ce cas, il me reste un grand panier ou une banquette dont je m’accommode sans rechigner.

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Vous ai-je dit que je suis gourmande ?

Mises à part notre belle assiettée du midi et notre légère collation de fin d’après-midi,  je me hasarde souvent, non sans me faire réprimander, à quémander une ou deux bouchées de leur repas. J’interromps même mon sommeil prénocturne, et, peti peton, je descends les deux escaliers pour réclamer ma douceur du soir, laper une gorgée de ma boisson préférée et …faire un tour aux latrines.  

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Ma voix n’a rien d’extraordinaire. Registre ténorette ou bien basse légère. Avec un puissant coffre de barytonne à faire se sauver tous les minets de la contrée ! Initialement destiné à accompagner le cri du cor à la chasse à courre, faute de cor et de chasse à courre, mon aboiement monophonique croissant est réservé à convoiter une chasse occupée par un quidam : essuyage de gamelle,  léchage de casserole gratinée, motte de terre goûtue, caresses ou brossage prioritaires.

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Seule ma compagne Zoé  se plaît à mes côtés !

Attention, attention ! Je détecte, grâce à mon nez de parfumeuse, un chevreuil au loin, un lièvre dans les taillis ou une perdrix sous les fougères ! Tels mes lointains aïeux, je détale alors et pousse un sprint endiablé à la poursuite de la pauvre bête innocente, tout en lançant mes profonds Ouah ouah ! Suis-je stupide ? J’abandonne alors la partie, heureuse d’avoir pu épargner une vie et d’être en harmonie de sentiments avec Elle. 

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  Ce jour-là, ni chevreuil ni lièvre à l’horizon ! Seule une montgolfière ! Aucun intérêt ! Quelques années plus tard… 18 novembre 2010. 21 hMon dernier message avant la retraite bien méritée. A 98 ans, je crois enfin pouvoir y avoir droit !bigmadernirephoto1.jpg

17 novembre 2010. Hier soir, moment d’accalmie avec ma Zozinette préférée, les fesses au chaud contre le radiateur. Non, maman, je n’ai pas froid. Ne t’inquiète pas ! Bien enveloppée dans ce drap rose, confortablement allongée sous un épais manteau de brune terre fraîchement retournée, à l’ombre de deux jeunes pommiers, dans mon champ préféré, terrain de toutes mes balades bi ou tri quotidiennes, je repose en paix ! Une paix que nul ne troublera, la grande paix de ceux qui ont vécu, l’éternelle paix que chaque être vivant a connue, connaît et connaîtra ! Depuis des millénaires il en est ainsi, maman ! Ne pleure plus, maman !Il est vrai que j’aurais pu prolonger mon séjour près de toi quelque temps ! Mais à quoi bon, maman ! Je sais bien que si tu avais été à ma place, tu aurais trouvé le remède fatal ! Je t’ai entendu en parler une fois ! A propos de ce livre, suicide mode d’emploi !

Plus moyen de monter les escaliers pour profiter, à mon envi, de mes deux lits préférés, l’une de mes pattes ayant doublé de volume en quelques jours.

Mes lits préférés ? Au premier, le 2m40/120, seulement réservé deux semaines l’an lors de la visite de tes enfants suisses !

Au second, le plus étroit, 90/120, fort confortable cependant, également interdit à mon usage en temps de vacances scolaires des petits-enfants ! Heureusement si peu souvent !

Plus moyen de filer mulots et musaraignes au champ à cause de mon énorme ventre rempli d’ascite ! Eh oui, j’aurais dû faire poser, quand il était encore temps, une nouvelle pompe cardiaque pour remplacer mon pauvre cœur défaillant !

Plus moyen de m’allonger, ma pauvre mamelle elle aussi gonflée et bleuie, tendue et douloureuse !

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Te souviens-tu, maman, je t’ai implorée si souvent pour que tu agisses vite ! Je venais chaque soir depuis une semaine poser ma tête sur ton genou. Et toi, ma douce maman, tu faisais mine de ne pas comprendre, t’empressant alors de me procurer une douceur que j’acceptais, gourmande que j’étais. Je retournais alors essayer de me reposer. En vain. Merci, maman ! Merci, ce matin, de m’avoir tendu un bien odorant morceau de pâté dans lequel tu avais glissé quatre petits cailloux croquants !Merci, maman, pour les généreuses tranches de jambon blanc qui m’ont donné le courage et la force de monter dans ta voiture, et que j’ai dévorées en une bouchée ! Te souviens-tu ? Mon régime m’interdisait les mets salés !

Merci, maman, d’avoir roulé si doucement vers la clinique vétérinaire, chemin bien souvent emprunté, pour me permettre de contempler une dernière fois les grands arbres aux mille couleurs d’automne, le long ruban des verts prés, les terres labourées gorgées d’eau…. Et tes yeux, maman, gorgés de larmes ! Maman toute sanglotante, combien de fois t’es-tu retournée pour me regarder, pour me parler ! Fonce, maman ! Qu’on en finisse !

Je me suis alors souvenue des dizaines de petits baisers tendres offerts par papa avant qu’il parte au travail ! Je m’étais dite qu’il forçait un peu la dose ce matin ! Il ne savait pas que les prochains toucheraient mon front déjà refroidi.

Les petits cailloux m’ont alors rendue toute zen. J’ai éprouvé le besoin de m’assoupir un instant, puis deux, puis trois. La portière a claqué. Quelqu’un s’est penché sur moi et j’ai à peine ressenti l’impact de l’aiguille dans ma cuisse.

«  Je t’aime, je t’aime, je t’aime, ma grande fille, ma douce BigMa, ma Bigounette, ma tendre amie, ma chérie…..Jamais je ne t’oublierai…..  ». Oui, maman, j’ai entendu tes mots tendres, tes longs sanglots, si longs……

Le coup fatal puis la détente de tous mes muscles ont suivi. J’étais enfin retraitée de déléguée en chef (Zozinette étant mon adjointe) à la section spéciale de recherche anti-petits-rongeurs.

Maman, sois désormais vigilante ! Car ma pauvre petite collègue devenue récemment aveugle et moi absente, les mini quatre pattes vont en profiter pour proliférer ! Dis à l’équipe des cinq (les autres chiens de la maison, peu enclins à chasser le mulot) qu’elle s’inscrive à un cours du soir !

Notons bien que ni Brouky le grand fier, ni Fifi la timide, ni Scottish le fouineur, ni Nana la rapide n’ont jamais eu de nez ! Quant à Speed le Labrador, l’amateur de siestes prolongées, n’en parlons pas !

Du trajet du retour vers la maison, je n’ai rien vu. De ma dernière demeure que tu as creusée non plus. Des baisers et caresses que tu m’as encore offerts, tout au long de l’après-midi, alors que mon corps refroidissait dans la voiture, non plus. Du drap dans lequel je reposais et que vous avez délicatement, papa et toi, au clair de lune, soulevé, acheminé au champ puis descendu au fond de ma tombe non plus. Des lourdes mottes de terre recouvrant peu à peu ma dépouille non plus.

Car, maman, je vais te dire un secret, rien qu’à toi, ma petite maman : je me suis échappée à temps de mon vieux corps malade pour me lover dans un coin de ton cœur ! Il y fait si bon, maman ! J’ai même choisi d’y séjourner ad vitam aeternam, si tu l’acceptes, ma gentille maman !

Et puis c’est promis ! Quand les six autres du clan des sept que nous formions arriveront, je me pousserai pour qu’ils y trouvent eux aussi leur place.

Signé BigMa

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( 30 octobre, 2009 )

Pieds nus dans la rosée…… Poème

C’était une aube rose,

                      un temps où toute chose

sommeille encore

            après la nuit

                    puis s’éveille alors,

    presque sans bruit.

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Le frêne s’étirait

       et le chêne baîllait.

              Les sapins secouaient

                   leurs branches tout humides

                        et le charme rêvait

                                 à son Adélaïde.

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                                Encore un jour nouveau,

                         sur la terre et sur l’eau,

                       se levait calmement.

                   Le matin était beau,

              humble et émouvant :

        un merveilleux cadeau.

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Dans la fraîche rosée,

                          pieds nus, m’en suis allée

marcher et contempler

                                   le soleil se lever,

s’extraire des nuages

                       comme on tourne une page.

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Et j’ai su que la vie,

         la vraie vie était là,

               au coeur de la Nature

         où passé et futur

sont niés dans l’instant. 

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                             Bien loin les lendemains

                    et leur  lot de chagrins !

               Evanouis les hiers,

        tout chargés de misère.

Enfin, l’éternité ! 

 

( 14 octobre, 2009 )

Histoire de la famille Rebita (récit)

J’abhorre les foires aux animaux de ferme, portail béant vers l’abattoir.

Je hais les maquignons, les « haricotiers », les vendeurs, les acheteurs non respectueux des animaux. Et ils sont nombreux….

Et pourtant, ce matin-là, j’en fus une, d’acheteuse. Ceci afin de trouver une compagne à notre brebis restée seule après la mort de Praline qui avait atteint l’âge plus qu’honorable de 13 ans, faisant d’elle une centenaire.

Dès l’aube de ce jour du 10 août 2005, à la foire Saint Laurent de la commune voisine nous partîmes, en quête de celle qui serait l’heureuse élue, future promise à une longue et paisible vie de broutage agn5.jpg

et de repos, à peine perturbée une fois l’an par la nécessaire tonte de la trop chaude et épaisse toison. Egalement perturbée, plusieurs fois l’an, par le parage, indispensable taille des ongles. Car ces animaux, même très familiers, rechignent à se faire capturer pour subir, pourtant sans la moindre souffrance, de tels soins. Une bonne vitesse de pointe est alors requise de la part du poursuivant, ponctuée d’une forte empoignade d’une parcelle de surface lainée, ce qui stoppe net la course du poursuivi, avant le passage du licol.

Un petit tour, puis deux, puis trois parmi tous les ovins bêlants et agités et nous voilà donc en quête du prix d’une brebis repérée, sympathique au premier abord, à la tête fort large et au regard doux.

Le vendeur décidé à vendre : 

« -Celle-là, c’est pour l’abattoir. Avec un trayon en moins à cause d’une mammite l’an passé, elle n’est plus bonne à rien. »

Moi, naïve : 

« -Est-elle gentille et douce ? Quel âge a-t-elle ? Combien la vendez-vous ?  »

Le vendeur :

« -Oui, pour sûr, elle est douce. 50 € j’en demande. »

Mon mari, tentant un marchandage :

« -Et pour 45, on peut l’avoir ? »

Le marchand, sans hésiter :   »-Marché conclu ! »

« Ouf, pensons-nous, une vie sauvée, sauvons-nous avec notre nouvelle pensionnaire. »

Chèque rempli, animal libéré et pris en main, nous nous éloignons quand soudain derrière nous une jeune agnelle galope, bêlant à chaudes larmes. Suivie de notre vendeur tout affolé, qui se précipite sur la jeunette, manu militari la ramène et l’attache haut et court à la barre du foirail. Je retourne alors près de l’homme qui m’explique que cette bête est la fille de notre nouvelle achetée.

Moi, toujours naïve : 

- »La pauvre, on ne va pas la séparer de sa maman ! »

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« T’as un beau petit, tu sais ! »

Le marchand, ravi à l’idée de faire d’une pierre deux coups :

- »Vous la prenez aussi ? Dans deux mois, elle sera bonne à tuer. Ce sera d’la bonne viande ! Allez, 50 € aussi.Et c’est pas cher ! »

Végétarienne depuis trente années, par respect pour la vie animale, pensez si l’argument du marchand a pesé dans ma décision d’ôter sur le champ cette petite créature à cet individu mangeur d’agneaux !

Il me fallut, sans grande difficulté, convaincre l’époux qui, enfin, donna le feu vert pour la bonne action.  »45 + 50= ce n’était pas prévu mais bon…, si tu le veux vraiment, c’est d’accord. »

Pas question, de la part du vendeur, de baisser les tarifs pour celle-ci. Peu importait ! Nous étions contents.

Nous quittâmes le champ de foire avec deux ovines trottinant joyeusement l’une près de l’autre, s’appelant mutuellement avec de doux bêlements. Précédées de nous deux, trottinant dans nos têtes, heureux d’avoir accompli deux sauvetages et même bientôt trois car, en quittant le vendeur, nous l’entendîmes nous crier : »Peut-être bien que bientôt vous en aurez un troisième ? La vieille est sûrement pleine ! »

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Maman, soeurette et frérot Rebita.

Quatre mois et demi plus tard, naissait Kiwi Rebita (du patois ovin brebis, rebis, rebita), le fils de maman Rebita et frère de soeurette Rebita, de père inconnu cependant, ce qui ne le gêna guère.

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Kiwi Rebita , doux comme … un agneau.

Inséparables ils sont désormais au champ, l’un bêlant à tue-tête lorsque l’autre s’éloigne de quelques dizaines de mètres. 

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Ovins et canins en bons termes.

Heureux ils sont aujourd’hui, tantôt broutant l’herbe tendre du pré, tantôt sommeillant à l’ombre des pommiers ou dans la petite bergerie par temps de pluie, croquant, au râtelier, le foin odorant de l’été passé.    

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 Histoire de la famille Rebita (récit) dans CHERS ETRES PATTUS syssy3-150x127  

 

La douce maman Rebita s’en est allée le 7 janvier 2013. Ses pauvres jambes bien fatiguées ne pouvant plus la porter, elle s’est endormie avec une piqûre, tranquillement, dans son étable, tout près de Kiwi et de Fifi, ses deux enfants.

 

Elle était environ âgée de 7 ans. Elle qui aurait dû connaître le chemin de l’abattoir en mai 2009 parce que ne possédant qu’un seul quartier de mamelle et ne pouvant plus nourrir sa future progéniture, elle a donc vécu heureuse 4 années supplémentaires, nous rendant nous aussi heureux de lui offrir cette chance d’une vie de famille passée à brouter l’herbe des champs, en toute liberté et…en famille !

 

 

 

 

 

 

( 9 octobre, 2009 )

L’ami Dandy et les sept paires d’yeux…… Poème

Dandy, le chat de ma gentille voisine, ose parfois s’aventurer dans mon champ, terrain  sur lequel règnent mes 7 chiens. Fort heureusement sa pointe de vitesse laisse mes quatorze paires de pattes penser qu’elles  ont rêvé. Il reste bien le trou dans la haie, bizarrement vide … 

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Dandy, le chat de ma voisine (photo prêtée) 

Tapi dans la verdure,

L’ami Dandy murmure:

« La camoufl’essayons,

Les oreill’seules pointons.

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BigMa a, la première, repéré Dandy, petite tache noire à gauche

Ne suis pas repéré,

Je reste ici caché.

Quand soudain sept paires d’yeux,

brillant de tous leurs feux,

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Nous avons dû rêver ! Où donc est-il ? 

aperçoivent le minet,

 » M’enfuir à pas pressés,

Il y va de ma vie ! »

Hurle notre Dandy,

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 « Pas la pein’ de m’presser, j’arriv’rai pas à temps ! »

« A mon trou dans la haie,

J’aurai enfin la paix. » 

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Rentrons chez nous goûter un scone ! (Photo prêtée)

( 19 septembre, 2009 )

Halte à la pluie…… Poème

Janvier et février 1995 ont été deux mois particulièrement généreux en averses incessantes. De là, un certain ras-le-bol de l’élément liquide venu du ciel !

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Il pleut à voix basse     sur la terre lasse     d’absorber,        d’avaler

l’eau qui tombe du ciel    avec un goût de fiel,

l’eau qui n’en finit pas     de sonner le trépas

sur l’herbe suffocante,   les cailloux délavés,

sur les bêtes ruisselantes     et sur les gens fâchés.

Halte à la pluie !

As-tu fini      ta comédie ?

Cesseras-tu      cet impromptu ?

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La malaimée     S’en est allée,

sans faire de bruit,       nous a tous fuis.

Et le soleil est revenu.

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Enfin l’espoir est apparu !

( 5 septembre, 2009 )

Le soleil s’est couché…….. Poème

 Le soleil s’est couché

Là-bas, entre les chênes.

Il nous a salués

Puis a quitté la scène.

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Quelques nuages mauves

S’étirent dans le ciel bleu

En gagnant leur alcôve.

Des hirondelles volent

Au-dessus de nos têtes. 

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Les fourmis caracolent

Parmi les herbes vertes

Et les criquets bavardent,  

Cachés dans les buissons. 

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Une lune blafarde

Se lève à l’horizon.  

La clarté diminue,

Le silence grandit.

Les criquets se sont tus,

Les hirondelles aussi.  

Un autre jour a fui,

Laissant place à la nuit

Qui déploie son manteau

De silence et de paix.  

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Avant le jour nouveau,

Allons nous reposer !

( 2 septembre, 2009 )

Le marronnier de l’oncle Jules

 

  Le marronnier de l'oncle Jules  dans HISTOIRES DE FAMILLE : puisons dans le passé wma marronnirdelonclejulesavril2008.jpg

Le marronnier de Jules, le grand-oncle que je n’ai pas connu

«  Pourquoi diantre veux-tu planter un marronnier d’Inde ? D’accord pour un chêne, un châtaignier ou un hêtre ! Enfin ! pourquoi cet arbre qui ne produit que de gros fruits non comestibles !  »

Tel il avait dit, tel fut fait. Jules planta, à la sainte Catherine 1906, le marronnier sur le talus bordier de la petite route qui mène au Boulay. Pour faire plaisir à Marina et à Cyrille, ses chers parents, il planta aussi, le même jour, le chêne sur le talus qui séparait les deux parcelles de terre, à égale distance de la route et du chemin. Quant au hêtre, le jeune homme se dit qu’à chaque jour suffit sa peine et qu’il attendrait un peu.

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Le grand chêne au centre du champ

En 2009, ces deux vénérables arbres continuent d’abriter de leur généreux ombrage les quadrupèdes ruminants. A l’automne, les cyclistes pestent contre les fruits oblongs qui envahissent l’asphalte, au risque d’occasionner une chute. Lors de l’abattage du talus qui séparait les deux champs, dans les années 1980, le beau chêne a été fort heureusement épargné. S’il a souffert des grandes bourrasques de vent qui, peu à peu, lui ont sculpté un tronc tortueux, il est là, témoin d’une époque disparue, celle de l’oncle Jules et du sombre destin qui attendait le jeune homme.

Car ce jeune homme, prénommé Jules Albéric Aimable, était alors âgé de 12 ans, l’année de la plantation du marronnier. Né à la fin du XIXe siècle, il pensait bien voir les arbustes grandir en même temps que lui. D’ici quelque cinquante années, leur ombrage serait apprécié, non seulement des animaux, mais peut-être aussi de ses petits-enfants !

Le sort, hélas, en a décidé autrement.

Jules est devenu un beau jeune homme, secondant chaque jour ses parents agriculteurs, aux travaux des champs, ne pensant pas qu’un tristement célèbre jour d’août 1914, il ne pourrait faire taire les toscins des villages environnants.

Jules a dû quitter sa famille et ses terres !

Presqu’une année d’enfer, dix longs et sanglants mois à l’issue desquels, à l’époque des fenaisons, il est tombé sur le champ de bataille !

S’il m’arrive parfois, lors d’une ballade au clair de lune, ou dans le frais matin  ou bien le soir au crépuscule,  de prêter fort l’oreille près des beaux arbres centenaires, je les entends murmurer doucement la complainte de Jules.

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( 1 septembre, 2009 )

J’ai honte d’être un humain ! (Plaidoyer)

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Passionnant moment de découverte de la porte spécial chiens

Tout être vivant a droit au respect, qu’il soit animal, végétal, minéral ou humain !

Pourquoi nous les humains aurions-nous plus de droits que les autres ?

Parce que nous avons un gros cerveau ? Empli de quoi ? D’instruments pour faire la guerre, pour violer, faire souffrir, tuer pour le plaisir, pour la chasse, la religion ?

Chaque animal a son intelligence, dans son domaine, parallèle à la nôtre, digne d’un grand respect.

Il suffit de prendre beaucoup, beaucoup de temps à observer pour comprendre qu’un animal rit, pleure, souffre, a peur, en bref ressent les mêmes choses que nous.

J’ai souvent honte de faire partie de la plus vile catégorie d’êtres vivants sur la terre !

De là vient mon plus grand chagrin.

Un camion rempli d’ovins, de porcins ou de bovins se dirigeant vers l’abattoir, une photo de lévrier Galgos supplicié de la plus cruelle des manières parce qu’il n’a pas gagné la course, un lapin dans un clapier, un poisson rouge dans un si minuscule bocal et qui tournera en rond toute sa courte durée de vie,  un taureau qui n’en finit pas de mourir sous les applaudissements de cinglés en délire dans l’arène, les chiens en vitrine dans les restaurants asiatiques attendant la mort pour satisfaire l’appétit des barbares venus en famille déguster leur plat préféré, l’hermine, le bébé phoque qu’on égorge pour la fourrure !

Comment ne pas hurler en pensant à toutes ces cruautés gratuites et évitables !

Car il est possible de ne pas manger son semblable animal, car il est possible de pratiquer un sport non barbare, car il est aussi possible de respecter un certain confort pour l’animal à la maison, dans le jardin, au champ….

Qui a dit ? 

On n’a pas 2 coeurs : un pour les animaux et un pour les humains : on en a un ou pas du tout ! 

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Une vraie famille !

( 31 août, 2009 )

A Praline, la douce brebis… (Poème)

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De ta toison, ma douce, il me reste les tissages colorés aux plantes proches de ton habitat !

Tu trottines,  Douce Praline,   A petits pas    Tu vas,

Vieille brebis     Toute raidie       Par le temps.

Mince toison       Par les saisons usée.

Maigre squelette     De pauvre bête,     Rongé.

Ta vie,    Brebis,    La sienne,   La mienne

Se valent,   Egales,    Solitaires    Sur la terre.

 

( 26 août, 2009 )

On m’appelle Zoé Caramelle (récit)

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Zoé, c’est le prénom donné par ma nouvelle maman.

J’ai été baptisée Caramelle, mon 2ème prénom, par Timo et Nolan, mes amis suisses, les petits-fils de ma maman.

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Je suis une Beagle de toute petite taille, tricolore. J’ai un joli minois et séduis tout le monde. Douce, câline, je ne sais pas aboyer. Mon âge ? Peut-être entre 8 et 10 ans ! Ca ne m’intéresse pas de compter les années ! Ma philosophie ? Ne retenir que les instants de bonheur qui s’offrent à moi !

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 Avant, je m’appelais… Je m’empresse d’oublier ce passé car….

Ma nouvelle vie a commencé le 29 juillet 2008 lorsque j’ai été présentée à Nellie, ma future maman. Toute frétillante, j’ai bondi et posé les pattes avant sur ses genoux en lui expliquant mon cas. Je venais d’arriver au refuge dans le camion des pompiers qui nous avaient trouvées, ma copine d’infortune et moi-même, au petit matin, devant la caserne d’une ville bretonne. Nous avions erré toute la nuit et étions harassées.

 

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 D’où venions-nous ? Avons-nous été abandonnées ? Etions-nous maltraitées pour prendre un jour la clé des champs ? Je préfère taire mon passé qui, de toute façon, n’a rien à envier à mon existence actuelle.

Je souffrais alors d’une otite carabinée que la dame du refuge a aussitôt commencé de traiter.

Nellie m’aurait bien emmenée ce même jour ! Hélas, il fallait me stériliser avant de joindre la meute de ses 5 amis canins.

Ce fut fait le 5 août. Et le 11, tout juste remise de l’opération, j’arrivai dans ma nouvelle demeure. Six mois furent nécessaires pour que mes oreilles qui, lors de l’intervention, avaient attrapé un pseudomonas arruginosa, vous préférez bacille pyocyanique, enfin une chiennerie très résistante et difficile à traiter, particulièrement attachante, presque indécollable…, soient guéries !

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Bref, il ne me reste que le souvenir désagréable des pipettes et innombrables gouttes auriculaires, des longs voyages en voiture jusque chez le vétérinaire et… un souffle au coeur nécessitant un traitement à vie, en fait une gélule glissée entre 2 morceaux de délicieux jambon blanc ! Pourrais-je avoir 2 souffles au coeur ?

 Mon plus vilain défaut n’enchante pas maman : je me ronge les ongles, ou plutôt me mordille les pattes jusqu’au sang. Maman affirme que ce sont des séquelles de ma vie antérieure.

J’ai aussi le défaut, un peu lourd, de ne pas vouloir rentrer de mes occupations champêtres, ce qui oblige maman à me porter délicatement dans ses bras. J’aime alors la série de bisous qu’elle m’offre sur le front pendant le voyage de retour. J’ai compris que plus je vais loin, plus j’accumule de baisers. Donc, dès que je la vois arriver, je semble flairer une trace et galope loin devant moi ! Je pense aussi à ses muscles qui, après 60 ans, doivent être régulièrement entretenus pour éviter de devenir flasques !

Ma passion-travail, c’est la chasse aux taupes, campagnols et autres rongeurs à galeries.

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 En fait, je me ballade, la truffe au ras du sol, la queue en l’air toute agitée, fouinant dans les touffes de l’herbe des 2 hectares et demi du champ, évitant bouses de vaches, chardons et orties, respectueuse des limites du talus au-delà duquel je n’oserais m’aventurer.

Serais-je bruyante ou odorante ? L’ennemi ayant largement le temps de s’enfuir, je rentre toujours bredouille et fais ainsi honneur à mon bol de croquettes.

La nuit, je repose dans mon grand panier d’osier habillé de douces couvertures, tout près du lit de Nellie. J’ai parfois quelques quintes de toux; à cause de l’insuffisance cardiaque. Je sens alors une douce main se poser sur mon dos, apaisante et soporifique.

Le jour, entre mes travaux agricoles, j’ai aisément accès au lit maternel grâce à un escabeau spécial chiens petite taille. J’ai aussi le choix des banquettes de la véranda ou bien de la salle à manger.

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Je suis en bons termes avec mes semblables. J’ai cependant une affection particulière pour BigMa, la grande Beagle, elle aussi amateur de longues chasses au dahut-taupe !

Toujours gaie et rieuse, j’aimerais jouer avec Nana et Scottish lors de leurs parties de fou rire ! Hélas ! Ils me traitent de vieille et passent leur chemin !  

Maman a beau les gronder : rien n’y fait.

Pour me consoler, maman me propose alors une séance de « rampinerie », exercice au sol qui consiste à ramper le plus longtemps possible, sur la moquette. A ce jeu, je gagne toujours.

 Puissent  tous les chiens et autres amis animaux connaître un tel bonheur de vivre ! 

 

 

 

 

 

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