( 8 mars, 2015 )

Un air de chlorophylle

Chlorophylle

 

 

 

J’ai ainsi baptisé le petit dernier né de la laine de mes douces brebis et de la teinture issue de la luzerne et des fleurs d’hibiscus. Sans aucune prétention je l’ai nommé sauf celle du merci de quelques heures de bonheur à l’ouvrage.


 

 

 

 

Une fois le tissage fini, les fils de chaîne noués, j’éprouve la joie d’exister, de me prouver à moi-même que je suis et que je peux continuer à être ainsi, à créer, sans réfléchir dans quel but. On verra bien, le temps voulu.

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Laine, bois flottés, la main se délecte de les unir pour le plaisir des yeux, du temps qui passe bien dans ces moments-là.

 

 

 

 

 

 

J’aime particulièrement cette phrase de Marc Chagall
 » Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons, durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir. « 

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( 6 mars, 2015 )

Petite épître à Sylvie, wonderful dame

Photo empruntée à Féminin bio.

Photo empruntée à Féminin bio.

Epître : du latin epistola = lettre

J’ai cherché un terme à la fois modeste et fort pour te qualifier et ai dû faire une incartade dans la langue de Shakespeare pour y puiser ce « wonderful », mot qui, dit à haute voix, explose de tant de la force que tu as, du courage à vivre les tempêtes, du cri de bonheur à apprécier cette vie, malgré tout.

« Merveilleuse » résonne mielleux, trop féérique.

« Superbe » trop hautain, inattingible.

« Magnifique » pas assez fort et trop usité.

Je garde « wonderful » et j’y ajoute « dame » pour  rendre hommage à ta dignité, ton honnêteté, ton mode de vie dans ta « cabane en carton dans le silence des arbres », ton éloge permanent à la Nature et à ses habitants ailés et pattus, pour te remercier de tous les plaidoyers que tu nous donnes à lire et qui sont comme les épîtres, autrefois dans la religion.

 


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Amis qui cherchez une raison de trouver votre voie près de la nature, un idéal de vie simple et pure, une artiste en mandalas, couture et confection de yourtes, une sœur toujours proche de vous par ses écrits pour réfléchir sur la société, le respect de ce qui en vaut la peine, courez, courez vers Yurtao, le blog de Sylvie  ou vers la librairie la plus proche pour y acheter son livre « Vivre en yourte, un choix de liberté », un « hymne à la sobriété heureuse ».

Merci, Sylvie, merci, merci et encore merci !

Photo empruntée au blog de Sylvie

Photo empruntée au blog de Sylvie. Des milliers d’autres,
plus belles les unes que les autres,
attendent les lecteurs du blog :
un enchantement pour les yeux et le cœur.

( 5 mars, 2015 )

Silence

carte voeux 2 réduite

Banalités, futilités.
Les gens causent.
Jamais d’pause.
Des rumeurs, des malheurs.
Tout y passe et repasse.

Chu u u u u u u u u u u u u t !

Un rouge-gorge s’est posé
Sur une branche du pommier.
Le vent frais murmure,
Là, dans la ramure.
Le soleil s’éveille.
Les bourgeons sommeillent.
Et je suis ici, sans bruit.
Calme…..
Silence….
Paix…..
et….
joie.
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( 4 mars, 2015 )

Pourquoi la Nature permet-elle…?

Alouette des champs

Alouette des champs

Depuis le 28 février à 17h30, cailles des blés, lapins, blaireaux et faisans, perdrix rouges et grises, lièvres, alouettes des champs, grives et merles noirs, tourterelles et vanneaux huppés, oies cendrées, des moissons et rieuses, bernaches du Canada, cerfs et chevreuils, sangliers et renards, s’il en reste, sont libres. La chasse est finie pour quelques mois.

perdrix-rouge

Ouf, ouf et encore ouf !!!
« Les chasseurs sont des malades mentaux », disait l’écrivain Jacques Brosse.

La chasse, un sport ?

Chevreuil

Chevreuil

Si chaque chasseur se mettait juste un seul instant dans la peau de l’animal pourchassé, paniqué, anxieux, traqué, sentant sa mort prochaine, aimerait-il ces sensations ? Continuerait-il son sanglant carnage bihebdomadaire ?

Oie rieuse

Oie rieuse

Pourquoi Dame Nature laisse-t-elle ces abrutis fouler les herbes humides et froides des prés, champs, dunes et bois à la recherche de doux êtres qui s’y cachent ?

 

Un de ces dimanches d’hiver, après neuf heures du matin, jour de chasse


Un doux rai de soleil illuminait le champ scintillant de rosée ce matin de novembre. Les chiens et moi foulions les herbes encore craquantes de gelée. Le monde nous était beau, calme et doux quand soudain… une détonation puis deux puis trois. La mort rôdait. La violence des plombs dans les plumages ou pelages, la souffrance terrible de l’animal blessé…

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Pourquoi la Nature laisse-t-elle agir ces êtres insensibles à toute douleur animale ?
Mes chiens, queue basse, regard inquiet et moi, larmes aux joues, sommes revenus en pressant le pas, le moral en berne et l’âme en peine. Le superbe paysage terni, le cœur en deuil de ce faisan lâché la veille et soudain immolé, de ce lapin survivant des précédents carnages qui agoniserait pendant des jours dans le talus, de ce chevreuil mutilé qui, malgré tout, continuerait de fuir pour se cacher et y mourir à l’abri des regards.

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Pourquoi la Nature apte à déclencher ouragans, tsunamis, tremblements de terre et cyclones pour rappeler à l’ordre le genre humain qui la maltraite, ne peut-elle trouver matière à freiner ces idiots dont la passion est de …tuer pour le plaisir !!!

( 3 mars, 2015 )

Vous avez dit « Blending board » ?

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Le nom anglais de cette chose ne vous dit rien ? En français on l’appelle une planche à mélanger. Voici l’objet que je viens de me procurer chez Artifilum.
Ustensile à mélanger la laine, il me sert aussi à la carder et je trouve le résultat super. Légèrement piquant avec ses centaines de dents acérées, il sépare les fibres de la toison de laine.

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Il suffit de placer successivement plusieurs mèches de différentes couleurs ensemble et l’on obtient, en étirant le ruban, une laine multicolore à enrouler jusqu’au filage ou tissage. Génial !
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( 2 mars, 2015 )

De chlorophylle et d’hibiscus

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Harmonie de couleurs vertes de toison teinte avec les pigments naturels de la chlorophylle issus de la luzerne et de tons rouge foncé provenant des fleurs d’hibiscus.
Comme je ne sais ni extraire la chlorophylle des plantes ni où trouver des fleurs d’hibiscus en plein mois de février, j’obtiens ces deux produits chez Alysse Créations qui me les envoie deux ou trois jours après commande.

Chlorophylle, mot composé en 1816 à partir du grec ancien χλωρός / khlôrós (« vert ») et φύλλον / phúllon (« feuille ») est le principal pigment assimilateur des végétaux photosynthétiques.

Hibiscus : La fleur de l’hibiscus sabdariffa (Afrique de l’ouest) donne non seulement une boisson connue, le Karkadé ou bissap, mais teint également en rouge foncé.

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C’est toujours un grand plaisir d’ouvrir le couvercle du faitout et de découvrir la nuance obtenue après chaque nouveau bain de teinture. Sept ou huit fois j’ai pu obtenir autant de dégradés de vert. Un régal de magie des teintures végétales.

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( 1 mars, 2015 )

Les deux jeunes chênes

Chaque matin, lors de la balade avec mes amis chiens, j’aime parler aux arbres du champ, caresser leur écorce, lever les yeux vers leur cime. Quelle destinée pour ces deux petits chênes issus des glands apportés par les animaux sur ce talus, mal placés car vraiment au pied du frêne ?

J’aime à rêver qu’une heureuse vie les attend.

« Sans le rêve, il n’y a pas de poésie possible. Et sans la poésie, il n’y a pas de vie supportable. »

Pasteur Vallery-Radot (1886-1970), médecin et homme politique,  le petit-fils de Pasteur

 

Deux jeunes chênes poussaient à l’ombre d’un grand frêne.
Quel avenir pour eux quand on peut du soleil
N’obtenir qu’un pâle rai isolé et si rare ?

Parfois l’un d’eux disait : « Partons loin en vacances,
Dans le Midi, la Grèce, le Mexique ou l’Afrique.
De l’aube au crépuscule nous bronzerons tout verts ! »

Mais l’autre soupirait : « Réfléchis, mon ami,
Tu perdrais ton feuillage, brûlé par le zénith.
Et puis, tu sais, nous sommes ancrés pour notre vie
Et ne pouvons, d’un coup de baguette magique,

Quitter le champ de Saint-Denis,
Et accéder, selon nos caprices du moment,
A nos rêves les plus fous. Patiente, mon ami,
La vie, un jour, t’offrira ce que tu attends.
Alors tu comprendras qu’il suffisait de croire
A la bonne étoile qui brille et veille sur nous,
Quelque part dans le monde, inconnue des plus sots. »

 

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( 28 février, 2015 )

Le printemps va venir !

Il faut y croire encore, à cette arrivée du printemps, des jours sans pluie, sans boue, sans bottes…

Le tapis vert du champ n’en peut plus d’absorber ce froid breuvage qui s’empresse de tomber. L’eau fait des mares, des flaques un peu partout. Et les riantes balades avec les cinq chienchiens sont bien vite endeuillées par ce trop plein liquide qui, ajouté à la terre collante, les barbouille de gris, de marron et de bronze. La gadoue sous leur ventre, la gadoue à leurs pattes, ils rentrent de vadrouille, leur pelage maculé de cette bouillie salissante. Serviettes à la main j’éponge, je frotte et je refrotte. Eux se prêtent au jeu, insouciants et contents. Alors je peste seule contre ces gros nuages sans cesse intarissables qui feraient mieux d’aller distribuer leurs tonnes d’eau en pays africain où il ne pleut jamais.

« Quand on croit que tout est fini, il y a toujours un rouge-gorge qui se met à chanter », a dit Paul Claudel.

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Le printemps va venir car, ce matin, j’ai vu des primevères jaunes, des primevères roses, tout encapuchonnées, pointer leurs fins museaux aux mousses du talus.
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Et des pervenches mauves  sortir leurs purs pétales de dessous les feuilles mortes.

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Tellement d’actualité encore aujourd’hui dimanche 29 mars !

( 27 février, 2015 )

Bon bûcheron, coupe du bois…

Voici une récitation qui m’a beaucoup émue quand j’étais petite et qui m’émeut encore. Un poème de Victor Hugo écrit en 1853.

Une histoire de fin d’été et début d’automne accompagné de son lot de jours froids. Lancinante rengaine rappelant l’envol de ces beaux oiseaux migrateurs vers des contrées plus tempérées. Et nous, pauvres de nous, privés d’ailes et d’option GPS au cerveau, devant subir l’air dur, les frimas au corps et au cœur. L’approche de la mort, peut-être aussi. Il reste certes le feu dans la cheminée, bien vite éteint, si l’on n’y veille, incapable cependant de réchauffer chagrins et douleurs morales, pour Hugo en exil à Guernesey les affres de l’éloignement.  

Hommage aux artisans fournisseurs de cette source de chaleur dans l’âtre : bûcherons, charbonniers et fagotiers, si humbles et pauvres gens. Pensée pour ce quasi insignifiant brin d’herbe au toit de chaume et ces touffes d’orties, indésirables mauvaises herbes pour tant d’humains. Souvenons-nous. Victor Hugo clamait et je l’approuve entièrement : « J’aime l’araignée et j’aime l’ortie…. », pauvre animal et plante obscure, « La vilaine bête et la mauvaise herbe murmurent, (elles aussi), Amour. 

Et ce terrible dernier vers : « Vous qui tremblez, faites du feu. »  Dont je ne comprenais absolument pas le sens lorsque, écolière, j’en arrivais à la fin du poème. Dernières flammes de la vie avant … la grande paix de l’éternité, peut-être….

Car au-delà des ajoncs, de l'ombre et de la mort, il y a peut-être la lumière naissante d'un soleil infini, tels ces rayons, ce matin, passant outre les piquants acérés, sur le talus.

Ce poème, c’est soudain toute mon enfance révélée, la petite école du village, le grincement de la craie sur le grand tableau noir, la haute élégante silhouette de Melle Douguet et ses longs ongles vernis de rouge, mon doigt taché de violet collant sur le porte-plume lorsque trempé trop fort dans l’encrier, la strophe de récitation à recopier sur le cahier, sans fautes s’il vous plaît, le long chemin tortueux, boueux l’hiver et angoissant à la tombée du jour, à parcourir pour rentrer au logis, ma bonne arrière grand-mère Louise chez laquelle nous allions prendre le repas du midi. Temps perdu de l’enfance, remontant souvent à la surface sous forme de sensations dont celle-ci à propos de ce poème.

 

 

Fagots. Site Paru Vendu.

Fagots. Site Paru Vendu.

Enfin espoir du retour des hirondelles, encore un printemps à venir avant le grand départ.

 

 

 

Chanson - illustration 1
Les hirondelles sont parties.
Le brin d’herbe a froid sur les toits ;
Il pleut sur les touffes d’orties.
Bon bûcheron, coupe du bois.
************************************
Les hirondelles sont parties.
L’air est dur, le logis est bon.
Il pleut sur les touffes d’orties.
Bon charbonnier, fais du charbon.
************************************
Les hirondelles sont parties.
L’été fuit à pas inégaux ;
Il pleut sur les touffes d’orties.
Bon fagotier, fais des fagots.
***********************************
Les hirondelles sont parties.
Bonjour, hiver ! Bonsoir, ciel bleu !
Il pleut sur les touffes d’orties.
Vous qui tremblez, faites du feu.tasdebois.jpg
( 26 février, 2015 )

Magie noire ou magie blanche

Je viens de retrouver quelques notes prises à partir d’une cassette audio que m’avait prêtée Rudi, le kinésithérapeute granvillais que j’avais rencontré lors des séances prises à l’école du dos, il y a une vingtaine d’années.
Message très direct, difficile à appliquer mais à essayer quand même.

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En résumé, se laisser posséder par la magie blanche (tout ce qui est positif dans les pensées) et fuir la magie noire (le négatif).
Si je privilégie la magie blanche, je reçois du cosmos ce qui est positif.

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Le corps n’aime pas les changements continuels de température psychique et se détériore à lutter. Echapper à ses angoisses par la serpe (terme de yoga) signifie couper ce qui est négatif et veut entrer dans le mental. Ne garder que le positif.
Changer, c’est mourir pour une nouvelle naissance.
Maîtriser ses sentiments.

Et cette phrase à méditer du philosophe andalou Moïse Maïmonide (XIe siècle)
« En fait, tout homme a la possibilité d’être un juste ou un méchant, un sage ou un sot. Et il n’est personne qui le contraigne ou prédétermine sa conduite, personne qui l’entraîne dans la voie du Bien ou du Mal. c’est lui qui, de lui-même et en pleine conscience s’engage dans celle qu’il désire. »

Omphalode Starry Eyes

( 25 février, 2015 )

Pourquoi tous ces tissages ?

Garance, terre et mer Garance, terre et mer

Hier soir, tard, j’ai fini ce tissage. Il va rejoindre les autres dans la caisse et, ce soir, une autre chaîne sera montée pour une autre aventure.

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Pourquoi tous ces tissages ? Pourquoi cette frénésie à vouloir toujours créer à partir de presque rien ?

Pour le bonheur de créer, d’emplir mes mains de laine et de sentir la douceur de la matière, pour combler mes yeux d’harmonieux coloris, pour occuper le temps qui passe, pour une victoire sur moi pour lutter contre ce sentiment d’infériorité qui me grignote, pour essayer de franchir la porte pourtant grand ouverte de la positivité et du paradis ( état de sérénité et de non souffrance morale) ?
« Le paradis n’est pas un lieu. C’est un état d’âme », disait l’essayiste Georges Barbarin.

Et, plus profondément pour cette raison que je viens de trouver sur le blog de Yurtao.

« Je crée désespérément de beaux objets pour obtenir la confirmation de mon existence, des objets que je suis incapable de vendre, parce que, ce que je réclame, c’est de l’amour, la gratuité de l’amour, pas de l’argent. Parce que je ne veux pas être aimée pour ce que je fais mais pour ce que je suis. Mais je ne sais pas qui je suis. »

Signé Sylvie Barbe. Merci, Sylvie.

Garance, terre et mer

Garance, terre et mer

( 21 février, 2015 )

Espoir

Ainsi se nomme le tissage terminé hier soir 20 février.
Des racines de l’arbre au bleu du ciel en passant par les couleurs de la forêt, des dunes, du sable, l’espoir renaît chaque jour.

Tissage non fini, encore sur le cadre.

Tissage non fini, encore sur le cadre.


Innovation d’un cadre à tapisserie de chez Ashford, venu de Nouvelle Zélande. Emploi de très grosse laine teinte avec les plantes, filée main en plusieurs passages pour obtenir une « art yarn » (laine d’art ou grosse laine fantaisie).

Des bois flottés relient ainsi la terre à la mer. Bois flottés trouvés au « Hab » ou au Hameau Labour à Bricqueville lors d’une balade en compagnie des chiens. Une certaine façon de voyager pour moi qui ne le peux autrement. L’espoir de terminer une journée en se disant qu’elle n’a pas été vaine. Et puis l’espoir, après une nuit calme, d’un autre jour encore meilleur.
Espoir 20 février 2015

« Le matin, pluie et boue ; le soir, vent et poussière ; hier froid, demain chaud ; voilà comme on voyage, même sans sortir de chez soi. (Citation chinoise)

( 20 février, 2015 )

L’arbre de vie

Tissage arbre

J’aime cet arbre qui veille sur l’isba. Fait de laine teinte avec les plantes rencontrées dans la nature, il est le reflet de ses frères les arbres du champ, de la région et du monde entier. Zen malgré les mochetés de la vie, droit devant les tempêtes, à l’écoute, protecteur et toujours calme.

( 19 février, 2015 )

Complainte des pommiers de la Platoisière

LA GUERRE poème de Jacques Prévert
« Vous déboisez imbéciles vous déboisez
Tous les jeunes arbres avec la vieille hache
vous les enlevez Vous déboisez imbéciles
vous déboisez
Et les vieux arbres avec leurs vieilles racines… »

Papa et maman en corvée de ramassage des pommes en 1979. Papa et maman en corvée de ramassage des pommes en 1979.

Depuis toujours ils étaient là, dans ce champ réunis. Ils fournissaient les pommes que maman aimait tant. Ils fournissaient le cidre chaque jour bu à la table familiale. Ils fournissaient le bois lorsque, trop âgés ou abattus par la tempête, papa les débitait. Ils étaient un morceau de l’âme de la Platoisière. Nous les apercevions de nos fenêtres. Dès que l’un s’éteignait, il était remplacé. Les grands-parents aussi savaient les respecter, les tailler, leur accorder une jambe d’appui lorsque, fatigués ou ébranlés, ils se penchaient.

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Leurs noms faisaient chanter leur bois : les Belles Filles, les Calville, les juteuses, les douces, les sûres, les à tarte ou à compote, les à cuire au four, les à couteau, les qui se conservent peu ou longtemps… Par leur ombrage ils abritaient vaches et veaux les jours de grand soleil. Fièrement ils se dressaient dans ce plant proche de la maison familiale. Quelle horreur ont-ils vécue lorsque, les uns après les autres, ils se sont vus ébranlés, maltraités, déracinés ! Tous ! Pas un survivant, jeunes et vieux, tous abattus ! Une image d’apocalypse ! Bien vite, les arbres fruitiers ont été débités, leurs branches brûlées. Un coup d’émousseuse à l’emplacement de leurs racines et ni vu ni connu. Des pommiers à cet endroit ? Vous rigolez ! Ca ne rapporte pas, les pommiers ! Tandis que le maïs pour engraisser les vaches, ça, c’est d’actualité !

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Adieu papa, adieu maman, adieu jardin aux mille fleurs et beaux légumes, chambres et autres pièces de la maison de notre enfance si vite anéanties, adieu pommiers !
Il restera heureusement nos souvenirs que ni la tronçonneuse ni la pelleteuse ni le marteau piqueur ne pourront effacer. Une autre page se tourne de notre éphémère vie.

Les arbres sont des êtres vivants, capables de souffrir aussi.
Une belle phrase de l’écrivain, chanteur et sage belge.

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( 18 février, 2015 )

L’ami Rataton 1985-1987

Dédale à rat

Dédale à rat

Il était une fois un rat tout blanc. Il avait débuté sa vie de rongeur chez Annie, femme de service à l’école maternelle du Parc à Coutances. Y étant peu attachée, elle me l’avait cédé. Quelle ne fut pas la grimace de mon mari quand il aperçut l’animal, ayant toujours eu auparavant une certaine aversion pour ce genre de mustélidé !!

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Le temps aidant, le mari bricoleur découvrit que cet être à longue queue, vif et intelligent, qui ne mordait que les personnes qui ne l’aimaient pas, avait besoin d’une cabane. Un petit trou fut creusé dans le mur de la salle à manger qui donnait dans le cagibis, avec grande boîte aménagée. Rataton s’ennuyant dans cet étroit logis sautait allègrement du pas de sa porte pour venir se blottir sur nous pendant les séances de télévision, le soir.
Le petit rat aimait se régaler de graines, morceaux de biscuits, fruits et chocolat.
J’avais pris l’habitude de l’emmener, en liberté dans la voiture, jusqu’à l’école où il faisait le bonheur des petits de maternelle. Pour la fête des mères, cette année-là, nos mamans eurent droit à la photo de leur enfant, Rataton posé sur leur épaule, le tout joliment encadré et peint par leurs soins. Un cadeau, certes, très original !

Rataton et Romaric à l'école.

Rataton et Romaric à l’école.

Au bout d’un an, au début des vacances scolaires, pensant que le rattus rattus serait plus heureux en liberté, je l’ai conduit dans le grenier à foin de la cabane aux brebis et aux poules. Chaque jour, j’allais le voir et lui porter des friandises et de l’eau. Etait-il heureux ? Allait-il trouver une compagne grise ? Il a ainsi vécu plusieurs mois puis, un jour, il s’est tu. J’ai imaginé qu’il avait convolé en justes noces et vivait désormais heureux quelque part avec femme et enfants à damiers blancs et gris !

A l’automne, j’ai retrouvé son cadavre tout desséché de rat, anciennement blanc, quand j’ai « détassé » une botte de foin pour les brebis.

Notre grand-père Rataton avait peut-être atteint ses 3 ans d’âge, espérance de vie chez cet animal.

Des cachettes à rat.

Des cachettes à rat.

( 15 février, 2015 )

Il est loin le temps ……

Il est loin le temps des fenaisons, des senteurs d’herbes sèches, des bottes de foin à rassembler, des vieillottes à bâtir les soirs d’orage, des greniers brûlants et poussiéreux, des lourdes charretées tirées par Mignonne, notre jument.

Mignonne

Il est si loin le temps des écoliers, l’encre violette versée dans l’encrier de porcelaine blanche, sortie d’un long flacon d’un litre avec bec verseur et l’odeur de la craie grinçant sur le tableau noir.

Il est bien loin le long chemin du retour de l’école emprunté à la nuit tombante quand, restée à pleurer sur un problème à mes yeux insolvable, je quittais la classe vers 18h ou 18h30. Les ombres menaçantes, aux quatre coins du chemin, s’en donnaient à cœur joie, me faisant stopper net et attendre un éventuel mouvement des monstres.

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Il est très loin le temps des premières messes basses auxquelles, levée tôt, j’assistais avec mes deux grand-mères dans l’habituel banc situé en face de la petite porte d’entrée de l’église. Et puis l’heure du catéchisme qui suivait l’office, les notes de l’abbé Blandet. Attention au 5 à peine et aux humiliantes notes en-dessous de ce chiffre !

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Envolé le temps des récitations à apprendre par cœur. Chaque jour, deux ou trois nouveaux vers étaient écrits sur le tableau noir, à recopier par l’élève sur son cahier de récitations et à apprendre le soir. La cigale et la fourmi,

Il est parti le temps de l’enfance, avec son lot de petits bonheurs, de joies et de tristesses, de pleurs et de rires.

( 14 février, 2015 )

Créer à partir de rien

Ma définition de l’Art ?

L’Art, c’est créer, à partir de rien, une harmonie de formes et de couleurs, en jouant avec elles. Tout un dédale de lignes, de courbes à faire vibrer en fonction de mon humeur, de mes possibilités. Harmonies d’un art simple, humble, naturel, sources de plaisir de la création, de la recherche et surprises de la découverte.

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Regarder la Nature sans la copier. Vivre les sensations, écouter, sentir.

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Réflexion du jour

« Avoir confiance en soi, c’est être capable de faire face à de nouveaux défis, être capable de s’adapter, d’aller au-dedans de l’autre, d’avoir des pensées positives et d’agir sans que l’anxiété soit trop grande. »
Rosette Poletti, psychothérapeute

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( 13 février, 2015 )

Partir en voyage tout près

Un exploit, ce matin ? Levée en même temps que ce soleil de février, je pars, une bonne heure avant les autres jours, en voyage …dans le champ accompagnée de mes cinq explorateurs poilus, sans bagages. Munie de mon appareil photo. SAMSUNG CAMERA PICTURES
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Le ciel s’est doté de coloris variés et les nuages roses s’étirent au gré du vent d’ouest. Les arbres se reposent, préparant en secret leurs prochaines feuilles.
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Après sa virée nocturne, le blaireau est retourné se blottir dans sa tanière au creux d’un talus proche, laissant à Brouky d’odorantes traces de son passage récent.
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Lovées dans la mousse, à l’abri du grand chêne, trois primevères roses sont nées, humbles demoiselles annonçant le printemps.
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« Voilà des années que je ne suis plus partie en voyage, ce qui fait que j’essaie de rendre l’immobilité aussi déroutante que le dépaysement »,
constate Claudie Hunzinger. Et je pratique comme elle, faute de mieux.

( 12 février, 2015 )

Remercier encore, encore et toujours…

Remercier pour tout ce que j’ai et ne pas en vouloir davantage.
Remercier pour les moments de bonheur lors d’une balade à la mer et ne pas vouloir aller plus loin.
Remercier pour le bois flotté trouvé près de la dune et qui ornera le prochain tissage.
Remercier pour cette gamme de roses et rouges que donne la racine de garance à la laine de mes brebis.
Remercier d’avance pour tout ce que je vais recevoir. Être attentive à tous ces petits riens qui font la richesse de la vie.
Il est toujours possible de trouver un motif pour remercier.
Ne jamais se lasser de remercier.SAMSUNG CAMERA PICTURES

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( 10 février, 2015 )

Mes chers fantômes de Muneville-sans-la-Mer

imagesQui a eu la stupide idée, en 1801, de modifier le nom de la commune Muneville-près-la-Mer en Muneville-sur-mer, alors que ladite mer ne borde aucune frontière ?
Notons que ce n’était pas la première fois que la bourgade changeait d’appellation.
Les vikings scandinaves au IXe siècle ont laissé trace de leur passage en nommant le lieu la ville de Muli, patronyme d’un des leurs. Et le ruisseau s’est appelé Mulambec, bec venant de bekkr, ruisseau, le ruisseau de Muli.
En 1056, note est trouvée de Mulevilla, dans une charte établissant que la paroisse est le bien de la cathédrale de Coutances.
Trois siècles plus tard, en 1349, la commune se nomme Mulleville.
Pendant la Révolution, en 1794, elle s’appelle Muneville-près-la-mer jusqu’en 1801, devenue Muneville-sur-Mer.
Un long bourg d’une enfilade de deux rangées de maisons séparées par la départementale 971. Un bourg sans personnalité, à la rigueur triste et peu attrayant.

Le village de mon enfance

Jamais je ne longe cette départementale sans revoir, tout au long de l’alignée d’habitations, les fantômes des gens qui y logeaient et qui, depuis longtemps, pour la plupart, ont rejoint le cimetière au centre du bourg. Depuis une extrémité jusqu’à l’autre, des deux côtés surgissent les occupants des demeures.
Jeanne Gohin et son café où nous allions déjeuner chaque midi d’école quand Louise, notre arrière-grand-mère ne put plus le faire, trop âgée et fatiguée.
Alphonsine Lehodey, pas commode.
Janina Lepinçon, la polonaise rescapée des geôles allemandes qui avait suivi Georges jusque chez lui, le facteur à pied du village. Un couple grinçant, le mari faisant sa journalière tournée à vélomoteur, sa sacoche de cuir noir bien calée sur le porte bagages de devant et quelques colis sur celle de l’arrière, trouvant beaucoup d’occasions de boire un p’tit coup sur son long chemin de distribution des lettres et journaux, rentrant éméché au logis. Janina criant et vociférant contre ce Georges devenu alcoolique. Occupée au jardin et à sa fermette de quelques vaches, avait-elle la nostalgie de son lointain pays ?
Aline et Louis Leloutre, autres figures typiques, elle petite fermière à la tête de quelques têtes de bétail, occupée à la traite deux ou trois fois par jour, lui menuisier à son atelier et à domicile.
Louis Leloutre
Sur la ruelle vers la petite école et celle des garçons, habitait le cordonnier Charles Combrun, l’homme à la jambe de bois. Humble demeure, nombreux enfants, tout petit atelier sentant bon le cuir et la cire.
La grande et belle demeure qui jouxtait l’école était habitée par le couple Vençon.
Et puis ma petite école, celle de Mademoiselle Le Cerf, ma toute première institutrice. Nous apprenions à lire avec Zizi et Panpan, les héros du manuel scolaire « Le Coffre aux Joujoux ». Une histoire de Zizi la poupée et Panpan le pantin. Méthode globale pure à partir de petites histoires illustrées dont les héros étaient des jouets.
Au-dessus de la classe, l’école des garçons et son maître sévère, vêtu de sa longue blouse grise.

En face de la cour de l’école, humbles et riches Munevillais reposaient au cimetière entourant l’église. Enjambant l’échalier, dalle de pierre verticale destinée à empêcher les animaux domestiques de pénétrer dans l’enceinte sacrée, nous entrions dans un territoire où il fallait parler à voix basse, jamais ni rire ni courir.

Le coffre aux joujoux

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Zizi

Grand-mère Louise

Un peu en retrait pentu de la route, face au grand mur de la vaste demeure des Dugué, habitait grand-mère Louise, notre bisaïeule, mère de la mère de notre père. Vieille dame au grand cœur, toujours vêtue de gris, mauve ou noir, les cheveux tirés en chignon, petites lunettes sur le nez, elle allait à petits pas vers son jardin aux petites bordures bien dessinées, aux mille et une fleurs, bien fourni en légumes aussi. D’un foi profonde, louise se rendait chaque jour à la messe, suivant l’office dans son missel et communiant à chaque fois. La langue bien pendue, elle fréquentait de nombreux amis ou connaissances : les Brodebeck, couple étrange d’institutrice et de retraité.
Le drame, aux yeux de mes parents et de sa fille, c’est que Louise ne s’attardait jamais à faire le ménage, passer le balai, épousseter, cirer les meubles, nettoyer les vitres… Elle avait tant d’autres qualités, cette Louise la généreuse, que je ne me permettrai jamais de la critiquer pour ce manque de propreté dans sa maison et sur elle-même.

Brodbeck

Louise 1

Louise et moi1

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