( 10 février, 2015 )

Mes chers fantômes de Muneville-sans-la-Mer

imagesQui a eu la stupide idée, en 1801, de modifier le nom de la commune Muneville-près-la-Mer en Muneville-sur-mer, alors que ladite mer ne borde aucune frontière ?
Notons que ce n’était pas la première fois que la bourgade changeait d’appellation.
Les vikings scandinaves au IXe siècle ont laissé trace de leur passage en nommant le lieu la ville de Muli, patronyme d’un des leurs. Et le ruisseau s’est appelé Mulambec, bec venant de bekkr, ruisseau, le ruisseau de Muli.
En 1056, note est trouvée de Mulevilla, dans une charte établissant que la paroisse est le bien de la cathédrale de Coutances.
Trois siècles plus tard, en 1349, la commune se nomme Mulleville.
Pendant la Révolution, en 1794, elle s’appelle Muneville-près-la-mer jusqu’en 1801, devenue Muneville-sur-Mer.
Un long bourg d’une enfilade de deux rangées de maisons séparées par la départementale 971. Un bourg sans personnalité, à la rigueur triste et peu attrayant.

Le village de mon enfance

Jamais je ne longe cette départementale sans revoir, tout au long de l’alignée d’habitations, les fantômes des gens qui y logeaient et qui, depuis longtemps, pour la plupart, ont rejoint le cimetière au centre du bourg. Depuis une extrémité jusqu’à l’autre, des deux côtés surgissent les occupants des demeures.
Jeanne Gohin et son café où nous allions déjeuner chaque midi d’école quand Louise, notre arrière-grand-mère ne put plus le faire, trop âgée et fatiguée.
Alphonsine Lehodey, pas commode.
Janina Lepinçon, la polonaise rescapée des geôles allemandes qui avait suivi Georges jusque chez lui, le facteur à pied du village. Un couple grinçant, le mari faisant sa journalière tournée à vélomoteur, sa sacoche de cuir noir bien calée sur le porte bagages de devant et quelques colis sur celle de l’arrière, trouvant beaucoup d’occasions de boire un p’tit coup sur son long chemin de distribution des lettres et journaux, rentrant éméché au logis. Janina criant et vociférant contre ce Georges devenu alcoolique. Occupée au jardin et à sa fermette de quelques vaches, avait-elle la nostalgie de son lointain pays ?
Aline et Louis Leloutre, autres figures typiques, elle petite fermière à la tête de quelques têtes de bétail, occupée à la traite deux ou trois fois par jour, lui menuisier à son atelier et à domicile.
Louis Leloutre
Sur la ruelle vers la petite école et celle des garçons, habitait le cordonnier Charles Combrun, l’homme à la jambe de bois. Humble demeure, nombreux enfants, tout petit atelier sentant bon le cuir et la cire.
La grande et belle demeure qui jouxtait l’école était habitée par le couple Vençon.
Et puis ma petite école, celle de Mademoiselle Le Cerf, ma toute première institutrice. Nous apprenions à lire avec Zizi et Panpan, les héros du manuel scolaire « Le Coffre aux Joujoux ». Une histoire de Zizi la poupée et Panpan le pantin. Méthode globale pure à partir de petites histoires illustrées dont les héros étaient des jouets.
Au-dessus de la classe, l’école des garçons et son maître sévère, vêtu de sa longue blouse grise.

En face de la cour de l’école, humbles et riches Munevillais reposaient au cimetière entourant l’église. Enjambant l’échalier, dalle de pierre verticale destinée à empêcher les animaux domestiques de pénétrer dans l’enceinte sacrée, nous entrions dans un territoire où il fallait parler à voix basse, jamais ni rire ni courir.

Le coffre aux joujoux

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Zizi

Grand-mère Louise

Un peu en retrait pentu de la route, face au grand mur de la vaste demeure des Dugué, habitait grand-mère Louise, notre bisaïeule, mère de la mère de notre père. Vieille dame au grand cœur, toujours vêtue de gris, mauve ou noir, les cheveux tirés en chignon, petites lunettes sur le nez, elle allait à petits pas vers son jardin aux petites bordures bien dessinées, aux mille et une fleurs, bien fourni en légumes aussi. D’un foi profonde, louise se rendait chaque jour à la messe, suivant l’office dans son missel et communiant à chaque fois. La langue bien pendue, elle fréquentait de nombreux amis ou connaissances : les Brodebeck, couple étrange d’institutrice et de retraité.
Le drame, aux yeux de mes parents et de sa fille, c’est que Louise ne s’attardait jamais à faire le ménage, passer le balai, épousseter, cirer les meubles, nettoyer les vitres… Elle avait tant d’autres qualités, cette Louise la généreuse, que je ne me permettrai jamais de la critiquer pour ce manque de propreté dans sa maison et sur elle-même.

Brodbeck

Louise 1

Louise et moi1

( 9 février, 2015 )

Brouillard

Ce matin, le brouillard a tout enveloppé de sa grande cape de fines gouttelettes. L’atmosphère est devenue pesante, mystérieuse.

Le grand chêne de l’oncle Jules semble perdu au beau milieu du champ.
Des perles de diamant pendent aux branchettes des arbustes sur le talus.
Et le pauvre soleil, malgré bien des efforts, ne peut pas se résoudre à percer les nuages. Tout est silencieux, les bruits étouffés et les chiens en balade des ombres agitées.
Les feuilles mortes crissent sous les pas et la mousse, cette nuit, a blanchi.
Doudoune, la grande chienne, a repéré la trace fraîche du blaireau qui, chaque nuit, vient se gaver de châtaignes et glands à moitié enfouis dans le sol.
L’isba devra se contenter, cet hiver, de ce genre de manteau et ne partira pas en pays sibérien.

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( 9 février, 2015 )

Pensée du jour

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« Un jour dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu.

Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri, tu n’es pas fou? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu va éteindre le feu! »

Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Pierre Rabhi

( 7 février, 2015 )

Toujours d’actualité !

« La tolérance et la patience sont les deux ailes de l’Amour », écrivais-je le 23 août 1995. Si l’Amour s’est usé avec le temps, il est vrai qu’il faut, chaque jour, chaque heure et chaque minute, une énorme dose de ces deux ingrédients pour que règne l’entente au sein d’un couple vieillissant !

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( 7 février, 2015 )

Ariège et Pyrénées

 

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                                       Ariège

Près des Pyrénées,     l’Ariège coule,     Lentement s’écoule

A travers Pamiers.     Le flot transparent

Passe sous les ponts,         Sur les galets ronds       Usés par le temps.

Plus loin le cours d’eau                      Descend en cascade,

sans-titre.Ariègepng      Fait une escapade

Tout en tremolos.

 

 

 

 

J’ai extrait ces deux poèmes sans prétention du cahier que je tenais lors du voyage  vers Pamiers, chez Marie-Jeanne et Bernard Allix entre le 19 et le 25 août 1995, en compagnie de papa et maman.

                                                     Pyrénées

 

Montagnes bleues,                         Montagnes vertes,

Pics nuageux,           Masses inertes,          Formes sculptées

Aux grands chapeaux                Toujours en paix

Et en repos                              Depuis des temps immémoriaux.

Malgré les vents                        Et les trombes d’eau,

Salut à vous,                    Les Pyrénées !

Apprenez-nous l’humilité,      L’amour du Beau,           De la pureté,

Loin des grands maux                 D’la société,

Avec un goût                 D’éternité !

Merci à vous,           Les Pyrénées !

Py                                      pyre

 

 

 

21 août 1995

 

( 4 février, 2015 )

Remercier

SAMSUNG CAMERA PICTURESDire merci. Reconnaître tous les petits événements et détails positifs de la journée. Dans le confort du lit, bien au chaud entre les draps de coton, encore remercier avant de se laisser lover dans le sommeil réparateur. Se forcer à retrouver la moindre mini parcelle de bonheur du jour et la valoriser par un merci à la Vie. Un regard souriant, une attention particulière de l’autre, un nuage coloré de rose dans le petit matin, une goutte de rosée accrochée à l’aiguille du sapin, la timide pâquerette perdue dans l’herbe rase de la prairie, la léchouille d’un chien par temps de cafard, une page de lecture, un blog d’autrui juste découvert, tout, tout, tout devrait être prétexte à dire merci. Et l’on se sent mieux après.

Posologie : renouveler l’opération plusieurs fois par jour. Aucune contre-indication. 

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Balade d’hier mardi 3 février à Montmartin-sur-mer, coin de paradis pour nous six, mes cinq amis canins et moi. Extraordinaire terrain inculte où la végétation sauvage a repris ses droits et où l’eau de pluie accumulée a formé de magnifiques petits lacs. Le bonheur à l’état pur, à moins qu’une arrivée d’autres visiteurs impromptus gache la fête !

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( 3 février, 2015 )

Le petit chemin de nos enfances

 

J’ai retrouvé, dans un vieux cahier d’écolier tout jauni ayant appartenu à papa, son texte manuscrit, travail d’une rédaction du vendredi 3 mai 1935.

Le maître proposait : « Une promenade, par un beau jour de printemps, dans un sentier en pleine campagne. »

Très inspiré puisque familier de ce chemin d’un kilomètre et demi  qu’il devait emprunter chaque jour pour se rendre à l’école de Muneville-sur-mer, papa a pris son porte-plume muni d’une « sergent-major » et reporté au propre,  sur la page blanche immaculée de son cahier du jour, le texte qu’il avait auparavant griffonné sur le cahier de brouillon. Bien des années plus tard, à notre tour, Monique, Daniel et moi prendrions la direction de ce chemin, en route vers la même école communale, petit chemin à jamais gravé dans nos cœurs et nos mollets. Une mise en marche à ces belles balades que nous aimons tant faire.

« Dans notre commune, il y a beaucoup de petits chemins. Chaque jour, je parcours, pour venir en classe, un chemin qui part de la bourgade principale et qui conduit jusqu’à ma demeure. Ce pauvre chemin n’est pas goudronné ni même empierré. Pour cette raison, il y a presque toujours de la boue. Pour ne pas salir mes souliers, je monte sur des talus qui sont en démolition.

Mon chemin est en ce moment très agréable à cause de la renaissance des fleurs. C’est pour cela que j’aime venir par ces sentiers. On voit quotidiennement de l’herbe drue et fraîche, des primevères, des boutons d’or, des violettes, des pâquerettes, les brebis du cordonnier qui ,n’ayant pas de champ, les met à paître dans le chemin et les abeilles qui butinent de fleur en fleur pour faire le miel.

On sent le parfum des fleurs qui embaument le chemin, on sent également l’herbe fraîche. On entend les oiseaux qui chantent ou qui sifflent dans la plaine ou au bord de leur nid. On entend aussi le bêlement des brebis, le mugissement de la vache dans la prairie et le claquement d’un fouet dans le lointain. »

Numérisation_20150203Premières primevères.

Signé papa, dans son cahier d’écolier, le vendredi 3 mai 1935. Il avait sept ans et demi et n’a obtenu, pour cette page de rédaction qu’un 6/10.

 

( 2 février, 2015 )

Less is a big thing !

Posséder moins, quelle bonne idée ! écrivait l’artiste Jude Hill sur son blog « Spirit Cloth ».

Une yourte, quelques étagères de livres et  deux porte-vêtements, une caisse de nourriture de base et un grand panier de fruits, un jardin tout près, des animaux en liberté dans le champ autour, un cœur à aimer, des enfants et petits-enfants heureux dans leurs habitatsauriculesfonces.jpg, la vie rêvée ! Mais peu accessible, étant conditionnés par la maison et sa kyrielle de pièces, les armoires remplies de linge et vêtements, la télé, le four, l’ordinateur….

Je rêve d’une vie meilleure, en less sauf la tendresse.

( 8 décembre, 2014 )

Lettre ouverte à mon arrière-grand-mère

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Louise Leconte, née Leverrand

17 avril 1885-18 octobre 1963

 

Oublier le corps, couché dans la terre du cimetière de Bricqueville depuis plus de 50 ans ! Pour retrouver l’esprit, toujours vivant, de ma bonne arrière-grand-mère Louise ! Quel bonheur et …quel programme !

                                     Très chère grand-mère Louise

De Marie Jourdan (1857-1940) et Charles Leverrand (1856-1905), cultivateurs au bourg de Muneville, (juste derrière le cimetière, future ferme de Paul Charrette), tu étais l’aînée des trois enfants. Charles, 29 ans et Marie, 28 ans, tes parents qui s’étaient unis le 8 juillet 1884 t’ont aussitôt désirée puisque, neuf mois et 9 jours plus tard, tu leur venais au monde ce  vendredi 17 avril de l’an de grâce 1885.

Baptême et relevailles

Fille de paysans, tu naquis à la ferme  de tes parents et grands-parents paternels, Rose Blanchard (1815-1872) et Auguste Leverrand (1825-1894), au bourg de Muneville-sur-mer. Nommée Louise, Augustine. Un charmant second prénom donné par ta marraine, futur prénom peu charmant de ta belle-mère acariâtre. Pourquoi baptisée en l’église le jour même de ta naissance ? La hantise de voir son enfant mourir sans la grâce de ce sacrement était, depuis des lustres, à l’origine de cette hâte de la cérémonie. Tant pis pour la maman ne pouvant y assister, clouée au lit et devant attendre quarante jours sans quitter la maison, jusqu’au matin des relevailles. En cette fin de XIXème siècle, ta maman a-t-elle observé à la lettre les autres faits et gestes interdits par l’Eglise à une femme fraîchement accouchée? Donc interdiction de reprendre les rapports sexuels, plus encore de partager la couche de son mari qu’elle souillerait, d’aller chercher de l’eau au puits qui se tarirait, de demander du feu à une voisine qui allaite car son lait s’épuiserait, voire de toucher au pain, aliment sacré, et bien sûr pas question d’aller à la messe ou même à l’église.

Si tu a été lavée du péché par le baptême, Marie, ta maman, est encore impure et doit, à l’imitation de la Vierge Marie, attendre quarante jours pour réintégrer la société, tant chrétienne que profane. Ce jour-là, elle se rendra à l’église accompagnée de quelque voisine et, agenouillée devant le porche, un cierge allumé en main, attendra que le prêtre vienne la bénir et réciter des psaumes. Elle assistera à sa première messe d’action de grâces afin de remercier Dieu de sa maternité. Elle apportera un pain qu’elle fera bénir et partagera avec le curé. Enfin, après de nouvelles prières, elle rejoindra sa place et sa vie quotidienne.. Marie pourra enfin revivre…

Auguste et Léon, les frères au tragique destin

Trois ans plus tard, naissait Auguste, le 6 mars 1888, baptisé le jour même en la même église. Nommé Auguste François par son parrain, Aimable Le Verrand (1859-1936), le frère de ton père et par sa marraine et soeur de ta mère, Léonie Jourdan.

Deuxième classe du 372ème régiment d’infanterie, il serait tué près de Salonique (dans les Balkans) le 20 novembre 1916, à la Grande Guerre de 1914-18.

Et le petit Léon Hyancinthe (13 août 1896-26 août 1896), quelle maladie l’a frappé, l’emportant dans la mort 13 jours après sa naissance ?

Pour soulager maman, as-tu souvent bercé ce frêle redot (terme normand pour désigner le dernier né tardif d’une famille) ? L’as-tu consolé dans tes bras de toute jeune fille de onze ans ? As-tu séché les larmes de ta maman lorsqu’on  lui a enlevé ce petit ange pour le porter en terre ?

Emmanuel, l’homme de ta vie

Pensais-tu que le jour où tu as rencontré cet homme de 26 ans, toi qui en avais 14,  il deviendrait ton mari ? Fut-ce le coup de foudre, malgré la différence d’âge ?

Qu’est-ce qui t’a séduite en lui ? Sa haute taille, sa douceur, sa sveltesse, son regard, sa moustache ? Vos rencontres, en tout bien tout honneur, avoue-le, ne plaisaient guère à Pierre (1847-1910) et Augustine née Lebreton (1850-), les parents  de ton promis.

« Pourquoi s’enticher d’une gamine ? Elle ne saura rien faire de bon, à c’tâge ? Et la dot, elle en apporte une au moins ? »

Né le 26 août 1872 au village de la Gardinière à Bricqueville-sur-mer, la commune voisine, Emmanuel Gustave Leconte était certes beau garçon.

L’as-tu découvert lors d’une fête de village, au cours d’une corvée agricole ou encore à un mariage de lointaine parenté commune ?

En tout cas tu l’avais dans la peau et le clamais haut et fort puisque les oreilles s’en souviennent.

Ton mari avait réussi à obtenir, après d’âpres discussions fort animées, le consentement, dûment légalisé et enregistré, de ses parents pour votre mariage auquel, bien entendu, ils ne daignèrent pas assister.

Le 5 mai 1903, tu venais d’avoir 18 ans, tu l’as épousé, ton bel Emmanuel ! Envers et contre la volonté de tes beaux-parents qui, par vengeance, ont choisi cette même date pour faire bénir la grande maison de pierre de la Platoisière, dont la construction venait tout juste de prendre fin. Cette superbe demeure aux nombreuses pièces dans laquelle vous auriez pu vous installer !

C’est Louis Lebas (1829-1910), le maire de 74 ans, du village Beaumont, qui vous a unis. Pourquoi, Charles, ton papa qui remplissait la fonction d’adjoint, ne vous a -t-il pas mariés lui-même ?

Les publications de votre mariage avaient été faites aux mairies de Bricqueville les dimanches 12 et 19 avril et de Muneville les 19 et 26 avril.

Le 30 avril, le contrat de mariage fut établi devant Maître Dupray Beuzeville, notaire à Bréhal, qui délivra un certificat pour le prix de 19 francs, 38 centimes, décimes compris.

Qui signa l’acte de consentement du mariage ?

De ton côté :

1-Aimable Leverrand, 43 ans, né vers1860, ton oncle et frère de ton père Charles, cultivateur à Muneville.

2-François Leverrand, ton cousin à la 3ème génération, beau-frère de Julien Lirot, 34 ans, né vers 1871.

Représentant Emmanuel

1-Manuel Alexandre Leconte, cultivateur à Bricqueville, 51 ans, né vers 1852.

2-Aimable Leconte, cultivateur à Bricqueville, 63 ans (né vers 1840).

Qu’apportiez-vous en dot ?

Emmanuel apportait en mariage, provenant de ses gains et économies : vêtements, linges, mobilier d’intérieur et d’exploitation, mort et vif, le tout estimé à 2500 francs.

Et toi, tu apportais un trousseau composé de vêtements, linges de corps, de lit, de table, deux armoires, un lit complet, le tout à 1500 francs (quinze cents francs).

Vous avez dû vous contenter, pendant sept ans, d’une modeste bâtisse aux murs d’argile, à quelques centaines de mètres à travers champs, ce qui restait jusqu’en 2008 des masures à Caquevel, sur la route du haut de la Platoisière. !

Qu’importait puisque vous vous aimiez si fort !

Onze mois après votre union devant Dieu et les hommes, Louise, tu as donné naissance à Marie, le 4 mai 1904. Tu venais d’avoir 19 ans.

L’accident de ton père

Hélas, un drame vous a frappés quelques mois plus tard, le 1er janvier 1905.

Charles, ton père, qui conduisait sa charrette tirée par le cheval, alors qu’il arrivait au virage près du cimetière de Muneville, est accidentellement tombé le 31 décembre 1904 et a été écrasé par les lourdes roues du véhicule. Il est décédé le lendemain 1er janvier 1905, à 2 H du matin.

Chaque 1er janvier  qu’il te resterait à vivre, comment ne pas revoir ce cauchemar ! Je me souviens que, moi enfant, dans les années 1950-60, j’allais avec ma famille te souhaiter la Bonne Année dans ta petite et modeste maison du bourg de Muneville. Après la grand messe, nous te voyions te faufiler jusque chez le boulanger et en sortir , ton cabas noir tressé alourdi d’une odorante brioche encore tiède dont tu nous régalais après l’avoir religieusement  marquée du signe de la Croix et puis tranchée, en évoquant, les yeux encore embués de larmes même après tant d’années, la mort tragique de ton papa chéri, alors qu’il n’avait que 48 ans. Marie, ta maman, lui survivrait 36 années, décédant le 9 juillet 1940, âgée de 83 ans. Ta maman avait vu le jour au village de la Hardonnière. Sa soeur Léonie épouserait François Carbonnel. C’est ce couple qui  commencerait, avant 1914, la restauration d’un bâtiment agricole en future demeure pour Eugène (1890-1918) ou Pierre (1893-1915), un de leurs trois fils vivants qui ne reviendrait jamais de la Grande Guerre, tué au champ d’honneur. Claude, mon époux, reprendrait, plus de 90 années après, la rénovation de ce lieu, devenu après bon nombre de travaux, la charmante maison dans laquelle habitent Romaric, notre second fils, Mélanie, son épouse et leurs adorables enfants, Laly et Baptiste.

Ta demeure d’épousée, celle de mon enfance

Eh oui, grand-mère Louise, il a fallu que Pierre Leconte, le bâtisseur  (1847-1910), ton beau-père, décède pour que vous ayez enfin  accès à la grande maison neuve de la Platoisière. Hélas, un différend (l’âge de la promise : 18 ans ) opposait Emmanuel à ses parents, bâtisseurs de la demeure et ni lui ni toi, sa jeune femme ne furent acceptés. Marie a grandi au milieu de ses parents aimants, cultivateurs dont les journées étaient rythmées par les travaux des champs, la traite des quelques vaches, parfois en des lieux très éloignés. C’est à pied, munie d’un jouquet et de deux seaux que tu te rendais jusqu’à la Verrerie, à 3kms, deux fois par jour pour y traire ses vaches.

Quel bonheur d’emménager, avec Marie, votre fille de 6 ans, dans la vaste demeure ! Bien sûr, il vous faudra supporter Augustine fraîchement veuve, qui s’est réservé la pièce d’à côté, la salle, comme nous la nommions.

Si toi,  Louise, tu as peu à peu accepté d’établir un semblant de paix avec elle, Emmanuel n’a jamais redit un seul mot à sa mère !

Tiens, le facteur vient d’apporter une jolie carte d’Auguste, ton frère, ce 3 avril 1910, veille des six ans de Marie, ta fille !

« Je t’envoie cette carte pour tes six ans et je te souhaite Bonne et Heureuse Fête.

C’est de la part de ton oncle qui t’embrasse tendrement. »

A Leverrand

En 1910, tu étais présente, en compagnie de ton Emmanuel adoré, à ta droite, l’homme à la moustache relevée et au beau sourire. et de Marie au mariage de ta cousine et copine Marie « Du Hab ». Tu avais 25 ans et lui 37 déjà.

 

mariage Marie du Hab Louise et  Emmanuel

Louise 1

 

 

 

 

 

 

 

 

mariage Marie du Hab

 

 

 

 

 

 

 

26 août 1912, tu étais au mariage de Joseph Carbonel et d’Armandine Adam.

 

 

 

Emmanuel Leconte, le mari de grand-mère Louise, à la guerre 14-18

Mariée, tu l’as été pendant 22 ans, ton Emmanuel ayant quitté la vie à 53 ans seulement, le 21 mai 1925. Seule la grande guerre vous avait séparés quatre longues années.

Quatre longues années durant lesquelles vous, les deux amoureux, avez échangé beaucoup de  lettres et cartes postales précieusement conservées.

Témoins ces deux missives de Marie, ta fille, alors âgée de 13 ans.

 

Bricqueville-sur-mer,

le 22 juin 1916,

Mon cher papa

Nous avons reçu votre carte du 17 dans laquelle vous dites que vous croyez que je ne suis plus malade. Je suis encore un peu enrhumée mais ce n’est rien car je retourne à l’école demain.

Vous croyez que nous n’avons pas de foin d’abas, mais vous vous trompez car nous avons la Vallée et le Collette. Aujourd’hui, maman est allée faucher, avec Léon et Eugénie, la Vallée et les Homards, mais Eugénie a resté à la Vallée pour étendre la Vallée mais elle n’a pas pu terminer car il a tombé un peu d’eau. Mon oncle a récrit aujourd’hui. Il a touché une de vos cartes. Alphonse doit être rentré au 58è car il a récrit aujourd’hui chez lui. Alfred Ouin est réformé tout à fait : il ne faut pas qu’il soit bien costaud. Tous les autours et auteresses vous souhaitent le bonjour. Je termine en vous embrassant bien tendrement.

Votre petite fille qui pense à vous.

Marie Leconte

 

Bricqueville-sur-mer,

le 29 mai 1916

Mon cher papa

Nous avons reçu hier votre lettre du 24. Nous sommes bien contentes de vous savoir arrivés en bonne santé à ……Florent. Peut-être reverrez-vous des gars du pays ? Hier, nous sommes allées à Bréhal essayer ma robe et chez Emile Adam mais il n’avait pas regardé au bois. Aujourd’hui, Léon et maman sont partis faucher à la Verrerie mais ils n’ont pu continuer car il est venu un orage. Léonie a changé les bêtes aujourd’hui. Les vaches sont mises dans la Germanière, les 4 jeunes veaux dans la Vignette et les autres dans la Lande au Breton. Mon oncle a récrit aujourd’hui : il se porte bien, il croit que vous êtes au pays et il dit de vous souhaiter le bonjour. Il fait des routes et des pistes pour le ravitaillement et est toujours entre Doiran et Sères (Grèce). Tous les autours et auteresses se joignent à moi pour vous souhaiter le bonjour.

Votre petite fille qui vous embrasse bien tendrement.

Marie Leconte

 

Les deux suivantes sont de toi, Louise.

 

Bricqueville-sur-mer,

Le 12 mai 1917

Mon cher Emmanuel

Je suis allée hier après-midi, comme je te l’avais dit, chercher du guano et, en même temps, j’ai placé, en bons de la Défense Nationale, les 300 F que ma mère m’avait donnés de son veau de La Haye.

En même temps je me suis informée au sujet de la succession de mon frère (Il s’agit d’Auguste, tué le 20 novembre 1916, six mois plus tôt, près de Salonique, en Grèce, à l’âge de 28 ans: il faut que l’évaluation de ses biens soit faite par homme d’affaires ou notaire avant le 20 juin, date à laquelle il faudra que je paie le centième denier. Seule, ma mère, qui hérite d’un quart, n’a rien à payer en fournissant un certificat de l’autorité militaire comme par laquelle il est bien mort du fait de la guerre. J’avais pensé aller trouver Maître Lelièvre mais j’ai entendu qu’il était souffrant. Tu serais bien aimable de me renseigner si je dois m’en occuper avant que tu viennes ou si je dois t’attendre.

Tu m’indiqueras comment m’y prendre.

As-tu des nouvelles de Charles ? (Il s’agit de Charles Leverrand, le cousin germain de Louise qui venait de se faire tuer, à l’âge de 25 ans, le 29 avril 1917 dans l’Aisne) Ici rien depuis longtemps et plusieurs comme lui dans Muneville. Peut-être n’est-ce que du retard ?

Je t’embrasse tendrement en attendant de te revoir.

J’ai reçu hier ta carte du 8 où je vois l’Arsenal. Es-tu à y travailler ?

L Leconte

 

 

 

Bricqueville-sur-mer, le 26 mai 1917

Mon cher Emmanuel

J’ai reçu ta carte du 22 mais je n’ai pas pris le temps d’y répondre. J’étais très occupée car, le matin, j’étais allée chercher l’écrémeuse et M. Heuzé était revenu avec moi pour la placer. Elle a l’air de très bien aller mais je crois que, quand on aura plusieurs vaches, on sera forcé de racheter un pied, la trépidation faisant mouver celui qui y est, vu qu’il n’est pas large assez. Mais, pour le moment, ça va très bien et Léonie en est très contente.

Aussitôt que j’ai reçu ta carte, je t’ai renvoyé une dépêche par Joret afin que tu puisses venir pour le service à Charles  (Il s’agit encore de Charles Leverrand, le cousin germain de Louise qui venait de se faire tuer, à l’âge de 25 ans, le 29 avril 1917 dans l’Aisne) qui est fixé au 6 juin. Le pauvre Charles ! Je sais, par un témoin, qu’il a été complètement déchiqueté ainsi que son lieutenant mais je ne l’ai pas dit à ses parents. Etant allée me promener hier, je n’ai pas aujourd’hui le caractère …………, ce sera pour la semaine prochaine.

Et la fin à quand ? La vois-tu proche ? Pour moi, je crains fort maintenant que l’hiver ne s’y passe encore.

Ta Louison qui t’embrasse tendrement

L Leverrand

 

Histoire de chiffons

 

Dans les années 1920, tu t’occupais d’Augustine, ta belle-mère qui logeait sous le même toit de la Platoisière, la salle actuelle étant réservée à la belle-mère, bru et fils habitant le reste de la grande demeure.

Tu allais aussi hebdomadairement au marché avec elle.

Maman m’a raconté qu’un jour que vous passiez devant un étalage de tissus, vous y arrêtant un moment pour admirer un coupon, Augustine, après avoir vanté les qualités du tissu, te conseilla d’en acquérir quelques mètres en vue de la confection d’un futur cotillon. Ce que tu fis aussitôt.

Une fois toutes deux revenues à la maison, Emmanuel, ton, qui n’avait jamais pardonné à sa mère Augustine d’avoir boudé son mariage avec toi, une si jeune fille, et qui continuait d’être en grand froid avec sa mère, te demanda de lui montrer ce nouvel achat. Il te savait femme un peu dépensière, juste un petit peu.

« - Pourquoi as-tu acheté ce tissu ?

-Parce que ta mère me l’a conseillé ! » répondis-tu aussitôt.

D’un ton sec, Emmanuel rétorqua :

« -Avec qui es-tu mariée, avec ma mère ou avec moi ? »

Quand ta fille Marie, en 1922, s’est mariée avec Léon Guilbert, tu as dû quitter la Platoisière

 

( 18 novembre, 2014 )

Vue sur jardin secret !

Au commencement, ce fut une cour, la cour principale de la demeure, chaque année empierrée, gratouillée, desherbée,  foulée de pas entrants et sortants, de carrioles roulantes et de chevaux piétinants, puis de voitures automobiles pétaradantes et puantes.

A l’abri des regards nous l’avons souhaitée. Retournée, subterrée, ensemencée, pelousée elle est devenue. Ceinte d’un rideau d’arbres, (Quels arbres ? Des qui poussent très vite, qui gardent toujours leurs feuilles, qui se taillent le moins possible, bref de vulgaires, moches et uniformes lauriers palmes…), elle nous plaisait.

Las de quatrepatter à la poursuite des centaines de feuilles chues lors de chaque tonte, quelque temps plus tard, adieu le long et régulier régiment de palmes au garde à vous, bienvenue, pour notre enceinte sacrée, à un mur de pierres côté privé et à de vulgaires agglos badigeonnés d’un crépi verdâtre côté chemin communal.

Lasse du tapis vert uni,  j’ai peu à peu grignoté l’herbe au profit de plate-bandes de rosiers (trop piquants, trop peu fleuris, avais-je la main verte ?), puis de fleurs annuelles (ras le bol de devoir planter, déplanter, replanter chaque fois qu’une saison décidait de laisser place à sa voisine!), enfin de vivaces dont j’espérais la durée de vie éternelle. Certaines coquines se sont révélées très éphémères, ne résistant même pas l’espace d’un été ! D’autres plus coriaces se sont tant étendues, devenues une plaie sur laquelle renouveler, à grands coups de sarclette,  leur arrachage.

Tentant de canaliser et compartimenter les divers végétaux, j’ai alors débuté le charriage de pierres, les assemblant tantôt en alignements réguliers tantôt en désordonnés emplacements, donnant ainsi naissance à des rocailles à ma façon. Suivait la commande aux pépinières Lepage : une sorte de collection d’une vingtaine de petits godets différents, jamais deux semblables, que j’attendais avec impatience. Menthes, thyms, vivaces tapissantes, asters, sedums, primevères que j’ai choyés et qui ont, pour la plupart, disparu peu à peu.

 

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Les tout premiers mini habitants sont  arrivés au printemps 1983, apportés par maman dans un panier d’osier. Quatre boules de poils tricolores qui ont ravi Lénaël et Romaric. Moi aussi, j’étais heureuse et j’ai alors vite réalisé la mini fermette pelouse close d’un bas grillage. Une petite cabane a vu le jour, demeure royale de notre nouvelle famille de rongeurs Cavia Porcellus. Une visite au zoo de Champrepus et la venue de Champrepus la bien nommée, fille Cobaye à l’abondante tignasse punk châtain.

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Cette charmante créature a vécu longtemps chez nous, heureuse en famille avec les autres amis de son espèce qui s’est agrandie jusqu’à plus de 20 cochons d’Inde, les garçons séparés des filles par un grillage sinon surproduction assurée en peu de mois. Deux lapins les ont rejoints dont Pimpin, un bélier russe blanc. Jocasse la pie a peuplé notre monde une semaine. Blessée ou faible, je l’ai soignée et nourrie puis elle s’est éteinte.

 

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Plusieurs années après, la maladie et la vieillesse ont décimé ce petit peuple de doux êtres.  Les cochons d’Inde décédés, au gré de mes idées et de ma fantaisie, j’ai réalisé d’autres bordures et rocailles.

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En 2006, aux cochons d’Inde ont succédé les chiens. Six chiens recueillis en un an, tous abandonnés et destinés à un sort tragique ou morbide. La pelouse s’est transformée. Petit coin par petit coin, pour ne plus avoir à passer la tondeuse ou poursuivre les taupes envahissantes, j’ai remplacé la verdure par des pierres, des centaines de pierres ramassées ici et là, quelques-unes posées en forme de fleurs. Les amis canins aimant fouir ou grimper sur les quelques bordures restantes, les fleurs se sont faites rares et tant pis. C’est ainsi.


 

 

( 17 novembre, 2014 )

C’est l’automne désormais…

C’est l’automne désormais. le ciel est gris, l’air frais. Les généreux pommiers laissent choir leurs beaux fruits. Pommes, poires et châtaignes roulent dans l’herbe humide et forment peu à peu un tapis coloré. C’est l’automne désormais dans mon cœur désolé. Petite maman n’est plus, partie depuis le 4 octobre vers une grande paix à l’abri des souffrances et a rejoint papa. Il me reste le manque d’elle.

petite maman

16 octobre 2013

 

 

 

 

 

Papa et maman à l’été 1985

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( 23 septembre, 2014 )

Message à l’Ami

Reçois-tu mon message par-dessus les maïs,

Là où le soleil pointe, chaque matin du monde ?

Par la brise légère ou l’aile d’un papillon,

Je l’envoie fréquemment, chaque fois que je pense

A toi, mon ami si lointain, pourtant si proche !

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D’arbre en arbre, de branche en branche,

De feuille en feuille il va.

Jusqu’où va-t-il ? Hélas où s’arrête-t-il donc ?

Qui, du diable ou grand dieu, ose le perturber ?

Il suffirait d’un rien, d’un clin d’œil, d’un salut

pour que renaisse l’espoir et donne sens à ma vie !

 

( 27 juillet, 2014 )

Libellule

4libellule                                                              Etrange rencontre, l’été 2014, près de la mare d’Hudimesnil, à la Bafardière, avec cette libellule prise dans une toile d’araignée, que j’ai libérée et qui, avant de s’envoler au-dessus de l’eau, est venue se poser sur mon doigt, en signe de remerciement peut-être.

 

 

 

Libellule aux ailes frêles,    petite femme au corps fragile,

Libellule au fin corset,  Dans la toile d’une araignée          Tu t’étais laissé piéger.

Sur mon doigt libérateur        un instant tu t’es posée.

Pur parfum de liberté !        Si légers étirements,  Exerçant tes longues ailes,

Tu as repris ton envol               Et ta vie de libellule.

( 21 février, 2014 )

Nuit d’été près du vieux hangar

Etranges, à la fois savoureuses et inquiétantes nuits d’été qui invitent à l’écoute de tous les bruits de la nature et révèlent les vies calmes et angoissées du monde alentour.   Août 2013, dans le champ, près du vieux hangar.chnecrpuscule.jpg

L’air est frais.        Un vent fin      Caresse souplement     Les cimes des peupliers

Qui dansent lentement.

 Enfin voici la nuit,    Après ce calme soir,     Qui avale les bruits

Dans sa grande bouche noire.

Les oiseaux se sont tus.     Leurs têtes sous leurs ailes,      Ils dorment, enfin repus,

Dans leurs cachettes frêles.

En haut du vieux hangar,      La chouette incessamment     Lance des sons blafards

Tels des gémissements.

Au loin, un chien hurlant,       Si triste au bout d’une chaîne,          Cherche probablement

A qui dire sa peine.

Qu’il est bon d’écouter,          Quand le jour est fini,           Le si pur, le si calme,

Le vrai chant de la nuit.

( 17 février, 2014 )

A propos de karma….

Lu ce matin dans Chemin de Bonheur de Selim Aïssel aux éditions Ecce dans la collection Spiritualité Pratique :

« Si quelqu’un t’inflige une souffrance et que tu réagis négativement à son égard,… tu crées pour ton avenir un karma négatif.  »

« De l’intérêt de ne jamais réagir négativement, quelles que soient la situation ou la personne que le karma met devant toi. »

Quelle leçon de vie…..

Bergenia en fleurs

Bergenia en fleurs

 

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( 15 septembre, 2013 )

Le jardin de maman

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Les folles herbes ont envahi       le jardin de maman.

Par la fenêtre entr’ouverte,           elle pourrait percevoir,

Allongée dans son lit,      les feuilles encore vertes

des dernières tomates,

Les petits dahlias    et les gros potirons, les cassis alignés

Et les quelques melons qui n’en finissent pas de mûrir sous la serre.

 

Hélas, pauvre petite mère, dans son lit, seule, se meurt.

Ses yeux n’ont plus la force             de porter son regard

Vers ce coin de bonheur     qu’elle a tant fréquenté,

Tant semé, tant sarclé,    arrosé, récolté.

Eh oui, un jour il faut quitter ce que l’on a aimé

et rejoindre la Paix, la grande Paix offerte

car en elle les soucis, les malheurs sont finis.

15 septembre 2013                       Maman décèdera le 4 octobre de la même année

( 14 septembre, 2013 )

Le peuplier encore feuillu…

Août 2013

 

Le peuplier encore feuillu,    Ce matin du mois d’août,         Dans sa cime touffue

Retient les rayons fous       Du chaleureux soleil          Qui bientôt dardera

De l’herbe la rosée,      De la terre merveilles,          Gouttes si vite évaporées,

Ephémères perles de fiction.

Un nouveau jour renaît,        Un nouveau jour donné          Pour apprendre à revivre,

Pour pouvoir cultiver        La paix et le bonheur             Et enfin oublier

De la vie les malheurs.

 

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« Entraîner l’esprit au bonheur, remplacer tout conditionnement négatif par un conditionnement positif », conseille le Dalaî Lama.

Pencher mais ne jamais rompre à l’image de cet arbre.

 

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( 13 septembre, 2013 )

Du côté de l’îlot Bosquet

Sous les grands sapins       Je me suis assise.

Au pied d’une souche,            Les ai écoutés :

Le chant du torrent      Descendant tout droit       Du glacier là-haut,

Le son des marteaux      Assemblant les planches       En bas au village,

Le souffle du vent           dans les hautes branches,

Le cri d’un oiseau                Soudain effrayé.

J’ai vu les fourmis    Transporter leurs œufs          Vers d’autres cachettes,

Un grand sapin mort      Dont le tronc au sol         Barrait le chemin,

Des branches éparses        Aux formes étranges

Et de gros rochers         Recouverts de mousse.

Le soleil jetait      Des rais de lumière        A travers les arbres.

Les nuages blancs      Jouaient dans le ciel.

Le temps s’arrêtait.

La nature était      La douce compagne,     L’amie éternelle

Tout près de laquelle,    Dans cette montagne,    j’aimais m’arrêter.

Grimentz, Suisse. Juillet 1999

 

( 13 septembre, 2013 )

Tisser la vie, tisser la solitude, tisser la laine…

 

25 mars 2013

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« Quand je suis seule, je ne me sens jamais seule, et je ne pourrais pas dire que je la trouve grande, cette solitude. Ou bien âpre, ou insupportable. Au contraire, c’est de pire en pire la manière dont je l’aime, et je ne peux plus me passer d’elle. »  Claudie Hunzinger in Les enfants de Grimm p 14

 

Tisser, tisser la laine, tisser les fibres, tisser la vie, tisser ma solitude…

 

Avec la trame des jours, chaque jour différent, riche ou pauvre de sa propre texture, de sa propre couleur.

 

Avec la chaîne du matin jusqu’au soir, de la terre jusqu’au ciel, du cafard noir jusqu’à l’exaltation, du brouillard dense jusqu’à l’aube claire.

 

« Le soir venu, chacun de nous deux se retire chez lui. »     Claudie Hunzinger in Les enfants de Grimm

 

( 13 septembre, 2013 )

Lettre à l’ami du lointain pays

Le 13 septembre 2013

Viens me chercher, viens vite avant qu’il soit trop tard, mon ami du lointain pays !

Prends-moi la main et partons découvrir le vaste monde, à deux pas d’ici. A l’ombre du grand chêne nous écouterons respirer la nature, hululer la chouette quand la nuit devient noire et résonner le chant du merle aux lueurs de l’aurore.  Au bord de la rivière nous rêverons du fil de l’eau. Bien à l’abri, lovés au creux de la dune des sables, nous nous régalerons d’un coucher de soleil  dans les vagues.

Dépêche-toi, ne tarde pas, je t’attends, mon ami !

Nous ferons des projets ensemble, nous lirons, écouterons de vastes symphonies, nous inonderons de poésie, nous doucherons de tendresse, de rires et douceur. Cultiverons notre jardin ensemble, nous dévouerons tous deux pour la même cause du sauvetage des animaux perdus, des chiens abandonnés, des ânes martyrisés….

Accours, mon ange, ne t’arrête pas en chemin, il est déjà si tard !

Nous humerons le subtil parfum de l’auricule, de la pivoine et du muguet.  Nous sustenterons de nourritures spirituelles.  Nous construirons le paradis sur terre, à l’abri des menteurs, des sans coeur, des indifférents et des « qui n’ont jamais le temps de passer du bon temps »!

 

Je rêve d’un pays où nous serions amis. Est-il déjà trop tard ?

 

 

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