( 27 mars, 2017 )

Plaisir d’amitié

Evanouies les distances dans l’espace et le temps,

L’amitié n’a que faire de frontière ou horaire.

Lente est sa gestation, hésitant son élan,

Long chemin d’une timide approche épistolaire.

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L’amitié, c’est d’abord, le matin, au réveil,

Première noble pensée, un auroral bonjour,

A mes journées pluvieuses le doux rai de soleil,

De cette vie banale le merveilleux ajour.

 

Pensée des Alpes

Pensée des Alpes

 

Echange de discours, silence de l’attente,

Bonheur du grand partage de moments éternels,

Amitié, délicates attentions bienveillantes,

Complicité de nobles échanges fraternels.

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L’amitié, c’est, après la journée de labeur,

S’endormir calmement en murmurant « bonne nuit »

Aux êtres de la terre que je porte en mon cœur,

A elles, à eux, bipèdes et quatre pattes, à lui.

 

Omphalodes à l'oeil étoilé

Omphalodes à l’oeil étoilé

 

« Qu’un ami véritable est une douce chose »,

La Fontaine l’a dit, et le redire j’ose.

 

 

 

 

 

 

( 10 mars, 2017 )

Ras le bol !

« Y’en a marre de ce foutu temps pluvieux, brumeux, venteux, brouillasseux, bruineux, cafardeux, spleenétique et mélancolique », sanglotaient en chœur les jonquilles ce matin.

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« Quand allons-nous trouver la force de redresser la tête ? Le temps passe, les jours défilent et, pauvres de nous, sans soleil, nous nous affadissons à vue de lorgnette ! C’est insupportable ! 

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Nous devons nous syndiquer et porter nos doléances à Erèbe le grec, dieu de la brume, du brouillard et des ténèbres pour qu’il nous balaie toutes ces particules indisposantes. Et à Râ l’Egyptien, en espérant qu’il secouera ce mou d’astre solaire se laissant cacher la face par toute une bande de vauriens cumulonimbus et nimbostratus !

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Du haut de sa ramure, le grand chêne du champ, droit et stoïque, bien plus que centenaire, leur a lancé un regard dénudé et crié qu’il en avait vu bien d’autres, que bientôt le soleil reviendrait et qu’à pleurer ainsi, les demoiselles se rideraient.

Moralité : ne jamais se décourager car après la pluie, le beau temps. Et je nous le souhaite pour très bientôt.

( 8 mars, 2017 )

La Normandie-Hastings via Contrières

 

J’ai déjà évoqué Contrières, la petite commune voisine de la mienne, à 5 kilomètres à vol d’étourneau.

Souvenez-vous : l’if millénaire au pied de l’église. A l’intérieur de l’édifice religieux, trônent des fonts baptismaux d’un autre âge, invitation au voyage dans le temps.

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Hastings, vous vous rappelez votre cours d’Histoire ? Non ? Pas vraiment ? 

Et notre Guillaume de Normandie, au vilain surnom de Bâtard car son père, le duc Robert aimait courir le jupon. Et a soulevé celui d’Arlette, la fille du tanneur de peaux qu’il a repérée, du haut de son château, lavant ses hardes au lavoir falaisien. Le duc très épris nommera sa frilla (épouse en danois) Herleva (Arlette en même langue) concubine officielle, à la mode scandinave. 

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Un fils naîtra de cette union, un fils unique d’Arlette, parmi tant d’autres issus de différentes liaisons. Le petit Guillaume est son préféré, qui devient duc de Normandie à la mort du duc paternel volage, en 1037, parti expier ses fautes en pèlerinage à Jérusalem, rencontrant la mort à Nicée, Asie Mineure, sur le chemin du retour.

Cadeau empoisonné pour ce garçonnet d’à peine huit ans en 1034. Une trentaine d’années plus tard, un oncle, Edouard Le Confesseur, roi d’Angleterre qui meurt sans héritier, un seigneur anglais Harold qui veut aussi la couronne !

Le petit bout d’homme (1027-1087) maintenant âgé de 38 ans, a l’étoffe d’un guerrier et s’embarque avec 15 000 hommes, 3000 chevaux et, dit-on, 1000 bateaux, à la conquête de la Blanche Albion. Le 14 octobre 1066, après une dernière messe dite par l’évêque de Coutances, il est six heures du matin, le combat s’engage. Vous connaissez la suite. Notre Guillaume II de Normandie devient Guillaume Ier d’Angleterre.

Photo Bayeux museum

Photo Bayeux museum

OK ! Vous me remerciez pour ce rafraîchissement de vos souvenirs scolaires quant à cet événement, tout en pensant : elle a perdu le fil de son sujet ?

Que nenni !Fonts 1

 Revenons à nos fonts baptismaux et à leur cuve en pierre cylindrique, d’un seul morceau, de 3 mètres de circonférence dans sa partie supérieure. Et à cette partie naïvement et grossièrement, ajouteront certains, sculptée de 14 personnages alignés en procession dont quatre à cheval. fonts 2

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Que font donc ces personnages figés à tout jamais dans le granit, depuis la fin du XIe ou le XIIe siècle, sans commentaire de leur part ou de celle du sculpteur ?

 

Peut-être se rendent-ils, c’est la supposition avancée, à la « Messe aux Epées » célébrée par Geoffroy de Montbray, évêque de Coutances et ami proche de notre Guillaume de Normandie. Juste avant la bataille, il fallait prier Dieu pour une victoire. Dieu a choisi son camp ! Le camp de Guillaume ! Et tant pis pour les ennemis ! Etripons-les tous !

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On a aussi dit que Raoul de Quesnay, sieur de Monceaux sur la commune de Contrières, était de l’expédition maritime de notre ami Guillaume. Lui-même ou l’un de ses descendants aurait-il commandé cette sculpture, quelque temps plus tard, en action de grâce et de remerciement, pour orner les fonds baptismaux ? fonts 7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14 personnages dont quatre cavaliers, l’un ayant baissé sa lance, trois enfants de chœur : le premier avec un cierge à la main et le second portant une croix, deux prêtres tous deux revêtus d’une étole, cette longue bande de tissu, ornement liturgique en forme de longue écharpe placée sur leur aube. fonts3Puis un évêque muni de sa crosse, un autre prêtre avec étole. Enfin trois personnages brandissant une hache, sont-ce des chevaliers ?

Sachez que, depuis déjà bientôt un millénaire, ils attendent votre éventuelle visite. Un petit détour du côté de Contrières, son église et ses fonts baptismaux, pourquoi pas  ? Pensez à saluer l’if, lui aussi millénaire, au passage ! Vous ne pouvez le manquer ! A bientôt !

connue.

( 3 mars, 2017 )

Le vieil âne et le porcelet

Un vieil âne bâté,      Brave, doux et tranquille,

A la ferme rentrait,       Pauvres pas malhabiles.      .

Tout le lait il charriait      De la traite du soir.

Sur le long, dur sentier,     C’était là son devoir.

Shalom, 26 ans, arrivé en 2005 dans un des refuges gérés par l'association Pro Animale

Shalom, 26 ans, arrivé en 2005 dans un des refuges gérés par l’association Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un dodu porcelet,          A travers les barreaux,

Regardait le pauvret        Aux seuls os sur la peau.

Photo Pro Animale

Photo Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecurie, porcherie          Du baudet, du pourceau

L’une près l’autre bâties, Les naseaux, les museaux,

La nuit, se racontaient       Qui son bien dur labeur

Qui sa grosse pâtée         Avant du sommeil l’heure.

Masetto, 6 ans aujourd'hui.

Masetto, 6 ans aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« -Le fermier est cruel      Qui frappe du bâton !

-La fermière me rappelle   Mon imminent plongeon

Vers l’abîme des morts      Et je sens le couteau

Qui m’occira alors            Dans un bain rouge sang.

Famosa, extirpée d'une ferme de production intensive de porcs pour engraissement.

Famosa, extirpée d’une ferme de production intensive de porcs pour engraissement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-Etres vivants nous sommes,   Sensibles et honnêtes,

Souvent bien plus que l’homme   Qui se prend pour un chef ! »

Hüsnü, 7 ans, une ânesse elle aussi sauvée d'un triste sort.

Hüsnü, 7 ans, une ânesse elle aussi sauvée d’un triste sort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi le Créateur             Du Ciel et de la Terre

A-t-il commis l’erreur,          Impardonnable impair,

De ne donner qu’à l’un          Un langage décent,

Aux autres le dessein           De faire du boucan 

Et de n’être compris            Que par leurs congénères ! 

Photo Pro Animale

Photo Pro Animale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Du boucan ? Nous parlons !    Dirent les deux amis.

Apprenez sans façon,            Messieurs les endurcis

Nos langues d’animaux          Et deviendrez meilleurs !

Comprendrez nos propos,       La bonté de nos cœurs. »

 

 

 

Famosa et Flavia en compagnie de Rosalka, le petite fille. Merci à Pro Animale pour toutes ces photos et pour leur œuvre de sauvetage de nos amis privés de langage humain.

Famosa et Flavia en compagnie de Rosalka, le petite fille. Merci à Pro Animale pour toutes ces photos et pour leur œuvre de sauvetage de nos amis privés de langage humain.

 

                 

 

( 1 mars, 2017 )

If, si tu me racontais…

           If, si tu me racontais…

 

A une lieue de ma demeure, Contrières, petit bourg d’à peine 400 âmes. Plus d’école, aucun commerce, nul artisan. Une vie associative riche cependant autour de son dynamique Camille, le maire. Un cœur de commune bâti tout autour de son église débutée au XIe siècle et fortement remaniée.

Voici où je vais planter mon histoire d’if, repiqué il y a environ mille ans par nos ancêtres les Normands.

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Classé au patrimoine végétal de la Manche, notre Taxus Baccata, arbre typique des cimetières, a survécu à bien des épreuves à travers les siècles.

J’aime les arbres, je les écoute et je leur parle, me penche sur leur tronc, les serre dans mes bras, prends leurs pouls de mes mains. Ce sont êtres vivants, voire intelligents, selon de récentes études faites par des neuro biologistes.

Ce dimanche 29 août, j’ai posé mon oreille sur le tronc rugueux de l’if contriérais et l’ai écouté bavarder.if 3 O

« Je suis bien vieux maintenant et, du haut de mes douze longs mètres, souffre de mes branches. L’arthrose des végétaux, je suppose ! Pas drôle car en début de second millénaire, la tronçonneuse a dû venir à bout de mon bras droit, trop atteint. Et puis, j’ai cette énorme cicatrice au creux du ventre. La vieillesse, me dit-on !

Rassurez-vous, j’ai toute ma tête ! Je me souviens des jours heureux et tristes, des communions, des baptêmes, enterrements et mariages. On passait sans me voir. Tous m’ignoraient, occupés à pleurer, à rire, à s’embrasser !

Je vous avoue que, moi aussi, j’ai bien pleuré lorsque sortait du corbillard un tout petit cercueil suivi de parents éplorés. Quand la jeune veuve, toute de noir voilée, titubait en marchant, soutenue par ses proches. Parfois aucun cercueil, seul un cortège sanglotant, en temps de guerre, juste un hommage au disparu sur le champ de bataille. If 4 O

 

Les jours de mariage, c’était une autre affaire. Chacun souriait à l’amour, moi de même. Parfois les mariées de leurs voiles immaculés me frôlaient pour un cliché « sous le grand arbre », en compagnie de leurs époux, trop guindés dans leurs costumes tout neufs. Ce blanc de neige qui flottait dans l’air tiède vespéral me ravissait. Je me disais : « Dommage, aucune gentille et douce taxacée dans les parages avec qui faire alliance ! » Et je me consolais en attendant le prochain mariage. 

Et zut, trois enterrements de suite ! Je tenais alors discours aux chevaux attelés au corbillard, attachés court à mon tronc le temps de l’office et les mettais en garde contre mes extrémités feuillues. Croyez-vous qu’ils m’écoutaient, ces goinfres au sang chaud ?

Le commérage allant bon train à la sortie des grand-messes dominicales, il se disait que le cheval rouquin du père Auguste avait trépassé d’empoisonnement à cause d’un de mes alcaloïdes paralysants.

 Y’a même la mère Louise qui en remettait une couche sur ma toxicité et racontait la fin tragique de sa voisine empoisonnée par une belle-fille avec une décoction de mon pelage. Je n’oserais croire en la cruauté humaine à ce point !!

Une fois l’an, j’assiste, comme si j’y étais, à un concert automnal pip –rick -filk organisé par les ailés du coin venus faire la rave fiesta avec mes rouges arilles.

J’aime ces pépiements joyeux des moineaux tous cousins, des voliers d’étourneaux, le bec encore plein de l’ensilage d’à côté, trouvant dans mes baies un dessert plus original.

Mes voyages préférés, je les accomplis grâce aux fines hirondelles des cheminées. Le pays d’où les migratrices viennent n’a plus de secret pour moi, cloué dans mon fauteuil terrestre. Les péripéties de leur  traversée, les chutes des cousines, le décès d’un tonton, la venue des petites prêtes à bâtir leur premier nid : quel bonheur, leurs discours !

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La peur de ma vie, je l’ai eue il y a peu de temps, en temps d’if bien sûr ! une certaine nuit pluvieuse du mois de juin 1944. Fin d’oreilles et d’yeux télescopiques, j’ai vu et ouï l’armada des alliés  conquérir cieux et mer au lointain jusqu’aux plages. Deux mois plus tard, ils étaient au village, repoussant l’envahisseur loin devant. Faut se méfier des guerres : des camarades y ont vu choir leur tronc !

Savez-vous pourquoi mes confrères et moi avons été choisis pour accomplir notre longue vie dans cet endroit peu causant ?

Nous sommes les symboles de la longévité.  Pensez ! Entre deux et trois millénaires de vie possible ! Enviée par les bipèdes à gros cerveau.

Sensés veiller sur les chers morts, nous préférons le monde des vivants, plus joyeux et remuants. Entièrement d’accord pour le grade d’arbre de la connaissance et de pilier cosmique, jonction entre le monde d’en bas et celui d’en haut. Cela nous fait une belle béquille !

Quant au galon de paratonnerre, je le trouve légèrement foudroyant !

J’absorberais les miasmes des centaines de dormeurs à long terme couchés tout près de moi ? Non, merci, je me contente d’air pur, de pluie rafraîchissante, des doux rayons offerts par les astres solaire et lunaire. 

Vous confierai-je que je ne peux supporter une mauvaise action seulement perpétrée par la gent masculine, cent fois réitérée à la sortie des longues messes ? Un malotru, après avoir traversé, d’un pas pressé, l’allée gravillonnée, visant mon épaisse taille de deux bons mètres à hauteur de ceinture, l’éclabousse d’un liquide puant tout juste sorti de sa braguette. Pouah ! Il me faudra attendre la prochaine douche pluvieuse pour effacer toute trace de cette coulée malodorante.if 6 0

J’ai été bien bavard, chère amie. Combien de temps encore vais-je rester sur pied ? Dieu seul le sait, oserai-je dire. »

Délicatement j’ai alors posé mes lèvres sur son tronc et lui ai, en secret, murmuré quelques mots : « Courage, mon bel if, ta fin n’est pas si proche. Un if ne meurt jamais à l’abri d’une église. Veille bien aussi sur les fonts baptismaux, tes conscrits (XIIe siècle) et leur dizaine de personnages gravés dans le granit. Une pure merveille, tu le savais ! »  fonts 4

If a tourné son regard branchu vers l’édifice. Je l’ai vu cligné des ramilles  en signe d’acquiescement.

    

( 27 février, 2017 )

De l’immersion à l’aspersion, du baptistère aux fonts baptismaux

Question de mode, de dogme, de religion, d’époque, de disponibilité de taille de serviette, de proximité de piscine ou de cuvette ?

En tout cas, pour pratiquer le baptême par immersion ou aspersion, il faut de l’eau aux multiples vertus : nettoyante, purificatrice, fécondante, guérisseuse, miraculeuse, étancheuse de soif, germinale, lustrale, médicinale, en bref ce que l’élément liquide est en vérité : une source de toute vie.

Non, aucun cours de théologie. Que l’on soit croyant ou non, baptisé ou non, baptistères et fonts baptismaux font partie du patrimoine culturel à préserver, n’est-ce pas ? Au même titre que châteaux, manoirs, églises et chapelles. A conserver absolument puisque l’on ne sait plus en bâtir aujourd’hui, HLM, tours et autres cages pour humains étant à la mode.

« Où veut-elle donc en venir ? » me direz-vous !

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Tout simplement à cette balade récente jusqu’à Portbail ou bien Port-Bail, bourgade de 1 600 âmes, sur la côte ouest du Cotentin, près de Carteret, à 3/4h d’ici que, depuis longtemps, je voulais découvrir. Car elle possède un riche passé et de beaux vestiges. De l’ancienne ville gallo-romaine, l’on pouvait encore se rendre à pied, à marée basse, jusqu’à Jersey au milieu du Moyen-Age, nous apprend Wikimanche.

Tiens, pourquoi, en longeant la rue principale, l’œil tombe sur deux églises à peu de distance ? En 1809, la commune voisine de Port-Bail la maritime, c’était Gouey, la terrienne. Si proches l’une de l’autre que le dicton disait « Entre Port-Bail et Gouey, il ne croît ni herbe, ni bled ». Bled dans le sens de céréales probablement. De Gouey, gobée par Portbail en 1818, il subsiste l’église Saint-Martin.

L'église Notre-Dame, près de la mer, par temps de léger brouillard.

L’église Notre-Dame, près de la mer, par temps de léger brouillard.

 

Quant à l’église de la gobeuse, sise au ras de la mer, sous le vocable de Notre Dame, elle est peu utilisée.portbail 4 Elle a pourtant fière allure. De style roman, tout l’ensemble est couvert en pierre de la région, comme autrefois. Portes closes.

Située tout près du pont aux treize arches, pas une de plus, un pont daté 1873, à ne franchir que par non superstitieux. Vous ne l’êtes pas ? Moi non plus d’ailleurs ! 

Le pont aux treize arches

Le pont aux treize arches, embrouillardisé cet après-midi là.

Etonnant ouvrage qui relie le havre sud au havre nord, vision spectaculaire quand, à marée haute, son tablier se trouve au ras de l’eau, étrange impression que les piétons marchent sur l’onde. portbail 5

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Le but de ma visite, non, ce n’était pas ces deux édifices religieux. Je voulais découvrir le baptistère.

Le baptistère paléochrétien à piscine utilisé aux VIe-VIIe siècles par les Port-Baillais et les Goueyiens ou yais, dont les vestiges ont été mis à jour en 1956, lors de travaux pour la construction de l’école primaire.

Le baptistère

Le baptistère

Impressionnantes, ces fondations de l’édifice baptismal, joliment enceintes d’un mur de pierre construit en 1977 rehaussé d’une superbe charpente, le tout réalisé par les Beaux-Arts pour la protection des restes du monument.portbail 7

Le seul baptistère de forme hexagonale daté des environs du Ve siècle, subsistant au Nord de la Loire. Construit lors des débuts de la christianisation du Cotentin. Les dimensions du bâtiment ? Fondations  larges de 9 mètres. Piscine profonde de 60 centimètres pour une largeur d’un mètre et demi.Portbail 8

Au fil du temps, le baptême par immersion, réservé aux adultes, n’a plus été pratiqué, laissant place à celui par aspersion, au-dessus des fonds baptismaux. Je vous présenterai ceux de Contrières, du XIIe siècle, la prochaine fois. Si jamais vous passez par Portbail, arrêtez-vous y. Vous y passerez aussi une heure fort enrichissante.

Si vous voulez compléter votre documentation sur le baptistère, ces quelques notes affichées à l’entrée du site.

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( 20 février, 2017 )

Amo, amas, amat rosam… .

« Nous sommes parti du fait qu’une grammaire est faite pour être étudiée et pour être consultée.  »

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En ces termes commence la préface d’Henri Petitmangin (1872-1937), reçu 3e à l’agrégation de lettres et littérature classique, devenu professeur de latin, abbé de son état, prêtre catholique du diocèse de Verdun puis professeur au collège Stanislas de Paris.  Devenu célèbre car auteur à succès de manuels de latin pour les collèges et lycées.

Justement sa grammaire latine complète dont j’évoquais la préface, je l’ai encore dans ma bibliothèque et à l’instant sous les yeux, me faisant souvenance, telle la petite madeleine de Proust, d’un passé déjà lointain, malgré tout encore parfumé, coloré et acidulé. Un demi-siècle déjà…

Mon aventure latine a vu le jour en septembre 1960, à l’institution Sévigné dirigée et gérée par des religieuses et quelques laïcs.

Merci à l'auteur de la photo.
Merci à l’auteur de la photo.

Tellement fière, du haut de mes onze ans, d’apprendre deux nouvelles langues d’un coup. L’une bien vivante puisque reliée à mon enfance et un épisode de la Seconde Guerre Mondiale vécu par mes parents, l’anglais. L’autre morte, le latin. Et qui reprenait vie à chaque office religieux auquel j’assistais, entourée de parents et grand-mères pieux, très pratiquants.

« Ite, missa est ». Oui, bien sûr. « Ite », tiens, l’impératif du verbe ire, si difficile à conjuguer tels ses frères irréguliers. Et ce « tantum ergo sacamentum veneremur cernui », ce célèbre extrait d’un hymne nommé Pange Lingua composé par Thomas d’Aquin, chanté en fin de messe, j’y analysais le nominatif, j’y cherchais le verbe. Un complément au datif ou à l’ablatif ? Ah, j’oubliais !  Si vous n’avez pas fait de latin, sachez que les noms et adjectifs changent de terminaison selon leur emploi dans une phrase. Six cas se présentent selon qu’il s’agit du sujet, du cod, du complément circonstanciel.. Oh pardon, je vous rase avec les déclinaisons. Rassurez-vous ! je ne vais pas vous les réciter. Jacques Brel s’en est amusé dans le refrain de sa célèbre chanson, refrain que je vous livre sans l’air, car vous le connaissez.

Rosa, rosa, rosam,

Rosae, rosae, rosa,

Rosae, rosae, rosas,

Rosarum, rosis, rosis.

Et pourtant je vous garantis que je les sais encore par cœur, ces déclinaisons tant et tant de fois ânonnées pendant les heures de permanence et récitées à Mademoiselle Le Borgne, mon unique professeur de latin pendant ces huit années. La trentenaire, voire quarantenaire, toujours sobrement vêtue, aux longs cheveux pudiquement rassemblés en un chignon tressé a eu l’art de me captiver, versions et thèmes latins m’étant devenus des exercices fort agréables à pratiquer. Encore davantage les versions, textes latins des grands écrivains Virgile, Cicéron, Lucrèce qu’il fallait décrypter. Et gare aux contresens pénalisateurs de plusieurs points sur un total de 20 lors du devoir ! Instants émouvants de ce retour en arrière sur les bancs des classes de latin, furtives images de professeurs réapparaissant soudain sur l’estrade, en plein cours, feuilletages des vieux manuels jaunis, fripés, écornés, au parfum d’antan. 

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Issu du manuel de 5e, « Imperare cupiditatibus clarum est, non servire ». En gros, « il est clair de maîtriser ses désirs pour ne pas en devenir esclaves ». En ai-je bien saisi le sens du haut de mes douze ans. 

Sachez que, si vous traduisez correctement en latin  : «  Il est honteux de mentir », vous aurez gagné ma reconnaissance et au moins vérifié avoir acquis votre niveau cinquième de l’enseignement général. 

Amici, non diem perdidi vobis scribere ?

Vale.

Bonum vesperum.

( 13 février, 2017 )

Vous avez dit « tontine » ?

Vous avez dit Tontine ? Tantine ?

Ni Tantine Geneviève ou Madeleine, mais oui, les sœurs de mère et père ni une tante à la mode de Bretagne. Il ne s’agit pas non plus d’un homosexuel masculin, encore moins d’un individu lâche et mouchard !

Non, non et non. J’ai bien dit tontine avec un « on ». Si je comprends bien, au jeu des mille euros, vous eussiez échoué quant à la définition de ce mot ?

Même si, un écouteur caché dans le cornet auditif, l’on vous avait soufflé « La Tontine est une association collective d’épargne viagère. Elle réunit des épargnants qui décident d’investir des fonds en commun avec un horizon de placement déterminé, entre 10 et 25 ans », merci wikipedia, vous eussiez vu vos gains fondre.

Car j’aurais dû ajouter « en osier »  ! Tontine en osier ! Toujours rien ? Vous donnez votre langue au chat ? Soit.

J’ai eu le plaisir d’assister à la confection de l’une d’elles lors d’un atelier osier proposé par quelques amoureux de ce végétal si « tordant » et prêt à tout lorsque frais.  

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Prenez un seau. Emplissez-le de sable humide. Piquez-y plusieurs brins d’osier qui formeront l’armature (la chaîne en tissage) et tressez le bas sur une dizaine de centimètres. A mi hauteur recommencez un tressage en serrant un peu les brins de la chaîne puis un dernier tressage à une vingtaine de centimètres du sommet, en resserrant encore davantage. Oter l’ensemble de dans le seau et la tontine est terminée.

Aurai-je oublié de vous dire quel usage on fait de ce joli appareil d’osier ? 

Photo Auvergne vacances

Photo Auvergne vacances

 

Eh bien, au XVIIIe siècle, lorsque les grands voyageurs voulaient rapporter, venant de lointaines contrées, des végétaux rares, y compris arbres exotiques et arbustes, le voyage par bateau étant très long et souvent houleux, voire tempétueux, l’on glissait ces plantes dans les tontines. Bien protégées à l’intérieur de ce panier géant en matériau souple, elles arrivaient à destination en bonne posture, même si renversées de nombreuses fois après roulage et virage de bord dans la cale.

Aujourd’hui, pas besoin d’entreprendre un voyage au long cours pour utiliser nos tontines qui font de jolis supports aux plantes grimpantes du jardin ou d’élégants décors abritant un arbuste sur la terrasse.

Photo Pinterest

Photo Pinterest

Je m’en vais d’ailleurs de ce pas en confectionner une avec les quelques brins d’osier fraîchement coupés au champ.

Et vive les tontines ! 

 

( 24 janvier, 2017 )

Monseigneur a les pieds gelés…

Croyant ou non croyant, pratiquant ou non, ecclésiastique ou pas, pape, archevêque, évêque, personne n’est à l’abri du gel des pieds. Pour preuve…

Dimanche dernier 22 janvier, Mgr l’évêque était reçu dans l’une des onze communes de notre paroisse. Cordial accueil, bel office religieux, nombreuse assistance, portail aux deux grandes portes battantes exceptionnellement ouvertes pour la sortie du prélat, crosse en main et mitre couvre-chef non fourrée sur le sommet du crâne, coutume oblige, vite refermées par crainte des courants d’air, chaleureuses rencontres, ensuite, dans l’édifice, chauffé par des rampes rougeoyantes haut placées.

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Et puis direction la salle des fêtes, à quelques centaines de mètres parcourus sous un généreux soleil hivernal réchauffant même les plus frileux, dans laquelle était prévu un repas de réflexions partagé avec une douzaine d’agriculteurs. Une fois la porte du bâtiment communal franchie, une étrange sensation de froidure a saisi les invités. Si, dehors, il faisait 2°, dedans, probablement 4 ou 6° !!

  »Le chauffage n’a pas voulu démarrer », nous renseignait-on alentour.

La mine de Mgr s’est soudain assombrie.

Son visage passant du sourire aux grimaces, l’élu du diocèse avoua qu’il ne tenait pas à déjeuner dans cet air glacial, renseignant avoir déjà les pieds gelés et regrettant de n’avoir pas chaussé des soques de laine, nous aussi d’ailleurs ! 

Tous à la même enseigne ! 

Monsieur le maire vaquait à son urgente fonction de redémarrer le chauffage, sans succès.

L’abbé responsable de la paroisse arrivant à son tour dans la salle de congélation, ayant déjà ôté sa veste, Mgr l’interpela ainsi : « Mon cher Henri, vous devriez vous rhabiller, on gèle ici. » Et chacun de se sentir davantage gêné. Que faire alors, ? Mettre les tables dans la cour au soleil ? Assurément il y eût fait meilleur ! Personne ne retenant cette solution proposée par l’un, Mgr suggéra qu’on eût pu s’exercer à quelques pas de danse bretonne, détendant légèrement l’ambiance mais ne réchauffant pas suffisamment l’atmosphère. Et puis la danse, qu’elle soit bretonne ou normande, sans musique ….

L’on alla quérir deux mini sources de chaleur au gaz, impuissantes à rééquilibrer les températures corporelles.

L’on promit d’installer l’évêque près de l’une d’elles pour la durée de la mastication des mets, bien chauds, je l’espérais.

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La suite, je n’y ai pas eu droit car seulement journalistee n attente d’une photo agriculteurs-évêque pour l’événement.  Quel évènement ? Non point celui des pieds gelés ! Oui, la venue de l’évêque.

Ne voyez nulle offense en ce texte, monseigneur ! Juste un clin d’œil humoristique sur une situation inattendue, tellement inhabituelle lors de vos visites, j’imagine, puisque chacun s’appliquant à vous montrer le meilleur de tout, y compris le mode de chauffage en hiver !

Il nous restait à apprécier davantage la douce tiédeur de notre logis, une fois revenus au bercail. 

( 10 janvier, 2017 )

Histoire simplifiée des Malgré Nous, habitants de provinces perdues

Georges Logel

 

 

 

 

 

 

 

 

Si vous n’aimez pas l’Histoire, passez votre chemin. Si, curieux, vous voulez  connaître quelques épisodes souvent ignorés et toujours tus dans les livres d’Histoire de France, jetez un œil.

Et si demain, une vilaine « black war », mettait notre chère Normandie en Grande-Bretagne…….. Non, seule la fiction pourrait l’imaginer !

Cliquer sur le texte en bleu pour avoir accès à sa lecture.

 

Le drame a commencé au traité de Francfort, en 1871. Une histoire de guerre entre la France et la Prusse (Allemagne), cette dernière sortant vainqueur, Napoléon  III qui avait piqué en 1859, à l’Italie, Nice et la Savoie, est vaincu et doit céder l’Alsace et la Lorraine.

Empereur déchu, accès à la République.

On rumine, on râle et veut reprendre les chères provinces.

Eternel tourbillon de guerre.

La revanche, ce sera, quarante années plus tard, 1914-18. Et la reprise des Alsace et Lorraine (contenant les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle) si chères. A quel prix ?????

L’esprit revanchard germanique n’est pas mort et, rebelote ! Une vingtaine d’années plus tard, un an après le début de la Seconde Guerre Mondiale, le Führer annexe les deux provinces, pour cinq longues années.

Ce chant, écrit en 1885, conte l’histoire de ces populations (plus d’un million d’habitants) ballottées au fil des victoires et défaites, obligées de parler la langue de l’occupant, souvent privées de liberté.

Le violon brisé

 


1-Sur la route poudreuse et blanche
Où nos drapeaux ne passent plus
Un vieillard va, chaque dimanche,
Rêver seul aux pays perdus.
Parfois de sa lèvre pâlie
Monte une plainte vers les cieux
C’est le regret des jours joyeux
Et c’est l’histoire de sa vie

Refrain
Ils ont brisé mon violon
Parce que j’ai l’âme française
Et que, sans peur, aux échos du vallon
J’ai fait chanter la Marseillaise !

2-J’ai voulu savoir cette histoire
Il me l’a contée en pleurant ;
Gardez-la en votre mémoire
C’est celle d’un cœur simple et grand :
Un soir, me dit-il, sous les chênes
Je faisais danser les enfants
Quand les ennemis triomphants
Jetèrent l’effroi dans nos plaines !

3-Tous s’enfuyaient devant leurs armes
Rouges, hélas ! de sang français ;
Fou de douleur, cachant mes larmes
Tout seul vers eux je m’avançais
-  Qui donc es-tu, toi qui nous braves ?
Firent-ils en me renversant ;
-  Je suis, dis-je, en me redressant
L’ennemi des peuples esclaves.

4– Tu railles bonhomme ? Eh bien joue
Les hymnes chers à notre roi !
Alors leur main souilla ma joue
Mais la France vivait en moi !
Je jouai de Rouget de Lisle
L’ardent et sublime chanson ;
Ils brisèrent mon violon
En voyant leur rage inutile.

Eh bien, ceux que nous avons appelés « Malgré Nous », ce sont ces jeunes garçons et filles qui, subitement déclarés allemands en 1940, alors que, la veille, leur patrie était la France, sont obligés, à partir du printemps 1942, de combattre leur propre peuple, et sous l’uniforme allemand. 100 000 Alsaciens et 30 000 Mosellans (1% du contingent des forces allemandes) vont ainsi, contre leur gré, bien malgré eux, se retrouver sur le Front de l’Est ou dans les combats en Normandie. Les plus jeunes avaient 17 ans. Les plus courageux ont déserté dès qu’ils l’ont pu au risque de se faire tuer ou de voir leurs familles exterminées. Certains ont réussi. 30% furent tués ou portés disparus.

Voici l’histoire de deux d’entre eux, telle que je l’ai publiée dans la presse, grâce aux précieux documents fournis par Jean Bézard, un historien qui passe sa vie à rechercher traces de ces Malgré-Nous et de leurs sauveurs normands.

Incorporé de force

 

 

 

 

 

( 1 janvier, 2017 )

Bonne Année 2017

« Céder à la curiosité et au désir de s’instruire, de savoir des choses.
Il n’est pas à mon sens de joie plus grande, dans le domaine de l’esprit, que de parvenir à saisir une partie du mystère du monde (…)
Il faudrait apprendre tous les jours une chose au moins. Cela en ferait trois cent soixante-cinq par an, ce serait pas mal.
 »

Ses feuilles une fois mortes, l'arbre prépare déjà en secret les bourgeons du printemps, image d'espérance incessamment renouvelée.

Ses feuilles une fois mortes, l’arbre prépare déjà en secret les bourgeons du printemps, image d’espérance incessamment renouvelée.

Il avait bien raison, Théodore Monod (in Terre et Ciel) de tracer le programme que je nous souhaite à toutes et tous pour l’année 2017, tout juste naissante.

Quant à la bonne santé, cela va de soi, nous l’espérons fortement, pour continuer notre chemin sur la planète. 

( 30 décembre, 2016 )

A nouvelle année, compagnon neuf !

imagesGNJPJM2GC’est vrai qu’il n’était plus au top, ce casse-pieds m’empêchant de voir la vie en rose,  ce fâcheux me freinant lorsque, sur le trottoir d’en face j’aurais pu franchir l’asphalte pour saluer une connaissance, cet enquiquineur me privant d’appuyer sur les pédales quand il s’agissait de doubler une voiture tortue, ce malavisé brouillant volontairement ma vision d’un bon film, ce contrariant allant jusqu’à m’interdire la reconnaissance des oiseaux en bord de mer.

Ras le bol de ce compagnon gênant, à traîner coûte que coûte, au long des mois et des jours. Il fallait agir vite.

J’ai donc pris la décision, dès les premiers jours de la nouvelle année 2017, d’appréhender la vie d’un œil nouveau.

Et c’est chose faite depuis la matinée du jeudi 29 décembre.

J’ai un nouveau compagnon. Je n’en ferai pas étalage à la une de tous les quotidiens ou même hebdomadaire pour lequel je travaille. Soyons assez discrets. Mais puis c’est pratique courante aujourd’hui, ne nous en privons pas !

Je vous confierai cependant que la toute première entrevue a viré au rouge, lui surpris d’entrer en terre inconnue et moi l’accueillant, sur mes gardes. Quelques charmeurs battements de mes cils l’ont vite mis en confiance.imagesGNJPJM2G

Je prends soin, depuis notre rencontre, de lui servir de savants cocktails avant chaque repas et lui, apprécie fort, qui les déguste goutte à goutte.

Nous partons pour une période d’essai d’un mois. Ensuite nous verrons les résultats de notre entente.

Désolée. Pas pu prendre de photos de mon nouvel ami car légèrement assoupie lors de son arrivée.

Je nous souhaite, et vous de même n’est-ce pas ? une longue vie heureuse, avec vue nette de la planète et reconnaissance, de loin et de près, des êtres que nous aimons.

Pour les autres, fermons les deux yeux et passons notre chemin ! 

Si, un jour, le même souci se présente à vous, n’hésitez pas ! Changez de compagnon. 

Gros avantage : son séjour chez moi ne coûte presque rien car remboursé par la sécurité sociale. imagesGNJPJM2G

NB : j’ai omis, suis-je sotte ! de le nommer, ce nouveau compagnon. Par discrétion, je dirai Leicifitra Nillatsirc.

Si vous piaffez d’impatience de savoir comment il s’appelle, jouez avec les lettres et peut-être trouverez-vous !  

Une dernière chose : non je n’ai pas fait appel à un site de rencontres en vogue pour le dénicher.

J’ai sollicité un affable, excellent et habile connaisseur en rencontres de ce genre. Si affublés du même souci, vous pouvez le contacter. Il s’appelle Ruetcod Tnemélc. Jusqu’à la fermeture définitive de mes deux yeux, je lui en serai reconnaissante.

Joyeuse nouvelle année à tous.

Un premier clin de l’œil gauche et… à bientôt 

 

 

( 25 décembre, 2016 )

Veille de Noël chez les aigrettes, les oies bernaches et les gravelots

Ce fut une veille de Noël toute simple, tranquille et humble. Pas de quoi en faire un plat, alors, me direz-vous !

Pas d’invités à convier, les enfants suisses là-bas au loin et les Bricquais dans la famille maternelle.

Qu’à cela ne tienne !

Donc pas de préparatifs de grosse table à bomber. Alors parfait ! Place à la balade en bord de mer avec Monique, ma sœur.

Aux Salines de Bricqueville, dans le havre de la Vanlée. Justement plus d’une centaine de bernaches Cravant, ces petites oies venues du froid Canada vers nos contrées plus tempérées, nous y attendaient dans les marais salés, picorant paisiblement salicornes et herbacées.

Bernaches

Deux heures de vagabondage et papotages, tantôt dans les dunes puis tout près des vagues, là où évoluaient des nuées de gravelots à collier interrompu parmi lesquels quelques huitriers-pie identifiables à leur habit noir et blanc et des bécasseaux. Ce petit monde pointant le bec dans le sable pour y dénicher vers et mini crustacés. De temps en temps poursuivis par Riri et Doudoune, nos accompagnateurs canins ravis de gagner du terrain à l’envol majestueux de ces limicoles peu effrayés se posant de nouveau à quelques mètres des intrus.

Une fois revenue à la Mauvillère, en allant donner trois poignées de blé aux trois poules et un bol de pommes à Kiwi, le mouton, j’ai rencontré une aigrette garzette seulette, tout près des génisses. Little egret à la cape de longues plumes blanches, bec et pattes noirs dont le reste de la famille se nourrissait d’herbes et d’insectes dans le champ voisin. Drôles d’oiseaux migrateurs plus souvent proches des bords de mer que de l’intérieur de nos terres !

Aigrette au champ

Aigrette au champ

Pour le repas du soir, pas de réveillon de foie d’oie torturée par le gavage, aucun cuissot de chevreuil, d’autruche, de veau ou de bœuf lâchement abattu, nul homard ôté à sa  famille sous-marine, juste quelques asperges, champignons, quatre noix de Saint-Jacques à chacun des deux hôtes, salades variées et fromages accompagnés d’une tranche d’un pain aux noisettes à la généreuse croûte et d’un doigt de Monbazillac ! Le régal léger qui permet une nuit douce et facile !

Je sais, les coquilles sont des êtres vivants ! Il eût fallu nous sustenter d’un steak végétal ou bien d’une poêlée végétarienne pour que tout fût parfait ! L’an prochain, nous verrons ! 

« L’âge rend sage ! », conclura-t-on. 

 

Il n’y a rien de plus préjudiciable à l’homme que de manger avec excès.
Citation de Molière  in L’avare ou l’école du mensonge, III, 5 (1668)
Le matin, pense ; à midi, agis ; le soir mange ; la nuit, dors.
Citation de  William Blake in Le mariage du ciel et de l’enfer (1794)
La crèche dionysienne, cette année

La crèche dionysienne, cette année, en attente du bébé.

( 14 décembre, 2016 )

Fichus problèmes irrésolubles

Pour moi, ils l’étaient, irrésolubles, ces satanés problèmes de calcul ! Il y avait probablement une erreur dans l’énoncé, ou bien j’avais la réponse mais la maîtresse d’école louchait, refusant de considérer ma réponse comme bonne et de me libérer. « Tu ne comprendras donc jamais ! Tu  recopieras la réponse demain pendant la récré ! Allez, file ! Dépêche-toi de rentrer chez toi ! »

Je quittais alors, la tête bien lasse, le dos alourdi par le cartable de cuir, les yeux rougis, la classe et son institutrice maudite qui, dès le lendemain matin, s’acharnerait encore avec ses divisions et règles de trois, problèmes de dépenses et d’économies d’une ménagère, de caisses à remplir de bouteilles, de périmètre de champ ou de poids du gâteau avant et après cuisson !

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En passant devant le clocher de l’église munevillaise (Bien qu’habitants de Bricqueville-sur-mer, mon frère, ma sœur et moi allions à l’école de Muneville-sur-mer, de même que les générations précédentes, car plus proche du domicile), je lorgnais tristement vers les deux aiguilles de son horloge, la grande affichant souvent la demie et la petite l’ayant rejointe sur le VI. Il était 18h30 et je venais tout juste de quitter le banc de bois ciré accolé à ma table d’écolière. Je n’avais certes pas battu mon record du mois précédent (18h45), record dont je n’étais pas fière. J’en souris aujourd’hui, imaginant la réaction des parents actuels voyant rentrer leur enfant deux heures après la sortie des classes.

 

L'église de mon enfance.

L’église de mon enfance.

 

C’était il y a bien longtemps, soixante années bientôt, autres temps autres mœurs, mais je n’ai rien oublié. Combien d’heures perdues, les yeux rivés sur le cahier du jour, à tenter de corriger l’erreur fatale qui m’empêchait de faire comme les copines que je regardais quitter les lieux, une fois l’heure de la classe finie ? 

Quelques infortunées, nulles en math elles aussi, prolongeaient un peu le temps hors scolaire mais partaient les unes après les autres, joyeuses d’avoir abouti au prix de revient du terrain et au montant des honoraires du notaire. Les filles responsables du tableau noir en étaient venues à bout de la craie sur la brosse, longtemps frappée contre le mur blanchi et les autres, responsables du ménage, avaient remisé chiffons, balai et pelle dans le placard du couloir.

Moi, je restais. Je l’avoue, pas toujours à chercher la réponse aux trains qui se croisent, au nombre de litres de lait qu’il faut pour obtenir crème et puis beurre, ou au prix du billet aller-retour le plus avantageux. Je la regardais, elle, la jolie maîtresse d’école aux longs ongles peints d’un vernis rouge brillant, toujours élégamment vêtue, penchée sur la haute pile de cahiers recouverts de leurs protège-cahiers en plastique, de couleur différente selon le niveau de classe et la matière, la plume à la main, sereinement traçant traits et lettres majuscules, modèles à recopier le lendemain matin. prob 1

 

J’attendais de si longs quarts d’heure qu’elle quitte sa chaise pour enfin daigner venir se pencher sur l’élève en détresse au fond de la classe. Mes larmes n’y faisant rien sauf d’énormes taches sur la page d’écriture du matin, je les refoulais au fond des orbites, essuyant d’un coup sec de mouchoir celles qui s’attardaient sur mes joues et j’attendais une xième vaine explication avant qu’enfin elle se décide à m’accorder, voire me souffler, agacée par mon manque de logique si évidente, que dis-je ! me cracher la réponse. Bien polie que j’étais, je murmurais, les lèvres pincées, un mini mini  »merci, madame » du petit bord du cœur.

La soirée n’était pas ainsi terminée car, une fois l’affaire faite sur le cahier, il me fallait emplir le cartable du livret de récitation (strophe 2 à apprendre), du livre de lecture (lire p 69 et 70), de la leçon de Sciences à réviser et de la carte de géographie à savoir par cœur ( la Seine et ses affluents).

Le maudit cahier du jour une fois déposé sur le grand bureau de Mademoiselle Douguet, puisqu’ainsi elle se nommait,(je sais qu’en 2016, elle vit toujours. Peut-être un jour évoquerai-je avec la vielle dame ces heures d’attente !) les chaussons ôtés derrière le grand tableau noir movible, remplacés par les godasses prestement enfilées, l’au revoir obligatoire marmonné et la lourde porte refermée, il me restait le retour à la maison. Pire lorsque les jours approchaient du solstice d’hiver mais c’est une autre histoire !

Un kilomètre et demi à pied avec traversée du bourg, chemins creux boueux ou non à longer, deux champs à franchir, clos par trois barrières à ouvrir suivis d’une longue charrière encailloutée à parcourir, pour aboutir enfin à la route secondaire qui passait devant la maison de grand-mère et conduisait au but : la chère demeure familiale. Papa et maman partis traire les vaches, j’attendrais leur retour pour une réponse à la sempiternelle question : « Ca a été à l’école aujourd’hui ? » Remuer le couteau dans la plaie m’étant douleur, je passais à l’essentiel : « Je sais ma récitation, je peux te la réciter, maman ? »

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Car, Dieu merci !, si je n’étais pas douée en math, les bonnes notes pleuvaient du côté des dictées, grammaire, conjugaison, rédaction, lecture et poésie !

  »Chaque être est doué d’un don qui lui permet d’être un soutien, une consolation ou une lumière pour les autres ; mais aussi d’une faille, d’une fêlure, d’une fragilité, qui réclame l’aide d’autrui. »

In L’Ame du monde (2012) de  Frédéric Lenoir

Et ce charmant poème écrit par Maurice Carême

LITANIE DES ÉCOLIERS
Saint-Anatole, Que légers soient les jours d’école !

Saint Amalfait, Ah ! Que nos devoirs soient bien faits !
Sainte Cordule, N’oubliez ni point ni virgule.

Saint Nicodème, Donnez-nous la clef des problèmes
Sainte Tirelire, Que Grammaire nous fasse rire !

Saint-Siméon, Allongez les récréations !
Saint Espongien, Effacez tous les mauvais points.

Sainte Clémence, Que viennent vite les vacances !

Sainte Marie, Faites qu’elles soient infinies !

Si j’avais su que saint Nicodème donnait la clé des problèmes !!!

 

( 3 décembre, 2016 )

Une vie prolongée, dix vies massacrées !

Dans les coulisses du téléthon, derrière le rideau des expérimentateurs et chercheurs, il y a ces familles de gentils, doux, intelligents et merveilleux petits chiens Beagles, torturés au nom de la science. Le saviez-vous ?

Mes deux anges Beagle Zozinette et BigMa que j'ai tant aimées.

Mes deux anges Beagle Zozinette et BigMa que j’ai tant aimées.

Le Téléthon, une institution bien ancrée maintenant, à buts certes nécessaires, voire très utiles pour les progrès de la Science, le soulagement des malades et, de ce fait, de leurs familles.

 Oui, donner, avoir donné pour un ancien président véreux de l’association de recherches contre le cancer qui, avec nos propres deniers patiemment amassés, se faisait construire une piscine !

Donner, sans toujours savoir le moche, bien dissimulé derrière la grille vers laquelle vont être emprisonnés les chiens futurs martyres-cobayes achetés avec nos dons, est-ce un beau geste ? Bien sûr, je suis pour le sauvetage et le soulagement des souffrances de tous les êtres atteints de maladies orphelines et rares. Mais à quel prix ?

J’ai toujours crié haut et fort qu’une vie d’humain égale une vie de chien. Pas plus, pas moins, les deux espèces issues de la même souche pleurant, riant, passant par la même gamme de sensibilité ! Je sais de quoi je parle puisque des animaux, il y en a toujours eu, qui partagent le gîte et le couvert à la maison.

Les malades ont leur famille pour les protéger, les entourer, les réconforter.

Les chiens n’ont même plus leur voix pour se plaindre puisque, dans ces laboratoires, on leur coupe les cordes vocales avant de les massacrer à petit feu à coups d’injections de produits à tester et autres substances impropres à leur pauvre corps. Et ce, sans que les infortunés petits êtres puissent aboyer, crier, pleurer, hurler, gueuler….bigmadernphoto2.jpg

J’ai honte de ces méthodes barbares et cruelles sur des êtres sensibles !

Arrêtez le carnage, je vous en supplie et que les dons du téléthon aillent à une médecine propre,  sans souffrances animales, pour la guérison des humains !

( 29 novembre, 2016 )

Rhum ! Rhume ! Zut alors ! J’ai attrapé le second !

Rhum, rhume : quatre lettres en commun, le premier guérissant le second ?

J’en doute et ne vais pas essayer le brûlant breuvage du premier pour soulager mon deuxième !

L’un vient de la canne à sucre après fermentation et distillation.

Photo A little market

Photo A little market

 

L’autre ? Au fait, où l’ai-je attrapé, sans le chercher ?

Il est trouvé trace de l’un au XVIIe siècle du côté de la Caraïbe.

Quant au spécimen enrichi de la cinquième lettre de l’alphabet, ses origines remontent à Eve et Adam, si peu vêtus qu’il leur était destiné. Les docteurs es médecine l’ont baptisé rhinite. Ca fait plus propre, davantage maladie.

« -Tiens, ta collègue n’est pas venue au bureau ce matin ?

-Non, vois-tu, la pauvre souffre d’une grosse rhinite aigüe ».

Le rhume, ce n’est pas plaisant mais ça n’empêche pas les jambes et les bras de fonctionner, y compris le cœur et un peu de cervelle.

L’ennui, c’est que personne n’a encore inventé ce mouchoir incorporé à la partie du corps concernée, informatiquement automatisé présentant un quart de surface vierge à chaque écoulement imprévu. Et ce, quatre fois jusqu’à remplissage du carré de papier recyclé ou non.

Non, je ne suis pas la seule à avoir attrapé ce genre de désagrément.

Pensez ! Déjà les anciens Romains le nommaient  »rheuma », bas latin signifiant « flux marin » ou « catahrre ». Avant eux, dans la civilisation grecque, on avait un ou une  ρ ̔ ε υ ̃ μ α (eau qui coule).

Nos amis anglais le nomment « cold ». Au moins ils affichent carrément son origine.

Saviez-vous qu’au XVIe siècle, ce fichu rhume était du sexe féminin ? Encore un de nos travers ! Le roi Soleil s’étant un jour enrhumé l’aurait, paraît-il, revendiqué en tant qu’attribut masculin aussi ? Le masculin l’emportant sur le féminin ……

Photo A little market

Photo A little market

 

D’ici trois jours, si ce maudit intrus n’a pas fichu le camp, je vais m’exclamer comme Sacha Guitry : « J’ai pris mon rhume en grippe ! »

Et si j’essayais le bon grog de rhum pour tuer mon rhume ! Mais du rhum je n’aime pas le goût. A boire le nez bouché ou ruisselant ?

Photo Comptoir-Irlandais

Photo Comptoir-Irlandais

 

 

Pardonnez-moi de vous avoir importunés avec un sujet si banal, vulgaire, quelconque et que je ne vous souhaite pas d’actualité chez vous demain ! A moins que vous l’ayez déjà en votre possession ! Dans ce cas, vous me comprendrez mieux !

A bientôt pour d’autres sujets beaucoup moins humides et coûteux en mouchoirs !

 

 

 

 

 

Merci au blog « Guess Who » sur lequel j’ai trouvé ce joli poème de Fernando Pessoa, le poète portugais (1888-1935)

« J’ai un gros rhume,

Et tout le monde sait comme les gros rhumes

Altèrent le système de l’univers.

Ils nous fâchent avec la vie,

Et nous font éternuer jusqu’à la métaphysique.

J’ai perdu la journée entière à me moucher.

J’ai mal confusément à tout mon crâne.

Triste condition d’un poète mineur !

Aujourd’hui je suis vraiment un poète mineur !

Ce que je fus autrefois ne fut qu’un désir : il s’en est allé.

 

 Adieu à jamais, reine des fées !

 

Tes ailes étaient de soleil, et moi ici-bas je m’en vais doucement.

Je ne me sentirai pas bien tant que je ne me verrai pas au fond de mon lit.

Je ne me suis jamais senti bien autrement que couché dans l’univers.

Excusez un peu … le bon gros rhume bien physique !

J’ai besoin de vérité et d’aspirine.

 

 

( 19 novembre, 2016 )

Vive la chasse aux ……..chasseurs !!

Ce matin, j’ai rencontré, allant et venant le long de notre petite route, un joli et jeune coq faisan, ailé de plumes d’un superbe bleu ardoise. 

Perdu, effrayé, n’osant se diriger à droite ou à gauche, devant, derrière, ne s’envolant même pas après plusieurs dizaines de mètres de course sur l’asphalte. Bref, une pauvre bête tout juste lâchée, la veille, de la volière dans laquelle elle était nourrie et logée. Une chair à canon pour demain, proie tellement facile, moins agitée qu’un pigeon d’argile mais ……pensante, elle !

Faisane le 19 11-2016

Souffrant de faim car la gamelle n’était plus là. De solitude, les amis de basse-cour parachutés plus loin. Effrayé à la vue d’un engin voiture déboulant sur lui et semblant la poursuivre .  

J’ai eu le temps de prendre deux clichés, il était toujours là et s’est enfin réfugié dans le talus. Demain, petit père, le talus sera visité par les chiens, le ciel à la portée des cartouches et la terre dénudée de son maïs aussi.

faisane 2016

Poulet, je te souhaite une mort rapide, ta seule issue face à la débilité de ces chasseurs insensibles au respect de la vie ! !

Et qui se disent amoureux de la nature !!

Des sportifs ?

Pardon, de quel sport s’agit-il ?

J’ai cherché parmi la longue liste des nombreux sports que chacun peut pratiquer et n’ai pas trouvé l’intitulé « tuerie » !!

De droite, de gauche, du centre ou des extrêmes, hommes et femmes politiques, un jour évoquerez-vous les sujets de la protection animale, de la corrida, de la chasse et autres barbaries dont on pourrait se passer pour vivre mieux notre vie de gens soi-disant intelligents ?

( 18 novembre, 2016 )

Jean Marais, le Manchois et ses ancêtres roncyais, une blague ?

Photo

Photo INA

 

La Manche, oui, il connaissait puisque né à Cherbourg le 11 décembre 1913 au 6, rue Groult, fils cadet d’Aline Vassord (1887-1973) et d’Alfred Marais (1882-1959).

Une enfance non rêvable dans une  »grande maison un peu triste », se souvenait-il.

Ses parents ? Maman Aline, alias Henriette Bézon, prénom donné par ses oncle et tante Bézon car les parents de la petite n’avaient pas la fibre familiale ! 

Papa Alfred ? Le vétérinaire envoyé à la Grande Guerre quand Jean avait huit mois. Revenu en 1919, comme un étranger au bercail, vite rejeté par Aline car amant derrière paravent et par le petit car inconnu surgissant de l’ombre.

Photo INA

Photo INA

L’arrivée au monde de Jean ? Bof, une grande déception car Aline attendait une fille pour remplacer Madeleine et combler le chagrin de la perte de sa chère ange, décédée à l’âge d’un an et demi alors que le petit Jean était déjà dans le ventre de sa maman ! 

Maman tellement déçue qu’elle habillera son Jeannot avec des tenues de fille ! Peut-être l’origine de l’homosexualité du comédien ?

1919 ? Jean a six ans et quitte La Manche pour Paris avec sa maman et Henri, le frère aîné, dix ans.

Sans papa ou « supposé papa » comme disent les mauvaises langues car maman avait le rapport facile ! 

Le comédien reviendra au chevet du père mourant en 1959 et pour son enterrement.

Photo Télérama

Photo Télérama

Dernière apparition manchoise du bel acteur en 1974 pour jouer la pièce « Le Bossu » au Théâtre municipal de Cherbourg, après un rôle dans le film « Les Chouans » en 1947, dans la Baie du Mont-Saint-Michel. De quel côté du Couesnon, le normand ou le breton ?

Là s’arrête l’épisode manchois de l’acteur qui évoquera, dans son livre de Mémoires, le bon souvenir des séances de cinéma cherbourgeoises où l’emmenait sa maman et de cette actrice Pearl White (1889-1938) dans « Les mystères de New-York » (1914). « Moi aussi, je serai acteur », aurait-il déclaré du haut de ses cinq printemps, admiratif de la beauté missourienne si sensuelle. Pearl White Pinterest

« Et Roncey ? » me direz-vous.

Photo INA

Photo INA

Du sang de Normand, Jean Marais en avait dans ses veines puisque ses ancêtres manchois, du côté de papa, ont vécu à Percy. Pierre et Thomas son fils, laboureurs dans ladite commune.

Puis Gilles, Thomas et René, trois générations succédant aux deux premières, elles établies à Roncey de 1709 à 1858, tous cultivateurs et marchands de fer (de ferraille). 

Emmanuel et Hyppolite, les suivants, seront pharmaciens et auront quitté Roncey pour Saint-Vast-La-Hougue.

Hyppolite, c’était le père d’Alfred et la boucle est bouclée.

Neuf générations de Manchois et le dernier, c’est Jean, décédé en janvier 1998. Un souvenir de ce magnifique acteur à Cherbourg ? Une rue d’abord baptisée Courtignon (entrepreneur de travaux publics) puis rue Victor-Hugo, enfin rue Jean-Marais à partir de l’an 2000.

Si jamais vous arpentez, un jour, cette rue cherbourgeoise, peut-être y apercevrez-vous, à la nuit tombée, le fantôme de l’un des plus beaux jeunes premiers du cinéma français ! A moins que vous ayiez choisi de vous emparer de l’un des bustes sur sa tombe à Vallauris et qu’il avait lui-même sculpté, juste pour avoir un souvenir de lui dans votre jardin !

N’omettez pas de lire ce commentaire de ma copine Mo et d’Yves, son mari qui ont souvent rencontré Jean Marais.

Je le reprends ici : « …Oui bel acteur. Il habitait à Marnes la Coquette près de chez nous. Yves avait fait des dépannages (électricité, plomberie…) à son domicile et on le rencontrait souvent au marché. Un homme très discret et très abordable. Après, il a vendu sa maison dans les années 90. Il avait beaucoup d affinités avec Jean Cocteau. Merci, Nellie, ça nous rappelle de bons souvenirs ».

Ce n'est pas une blague ! "L'un des bustes du film "La belle et la bête", créés par l'acteur français, a été volé au cimetière de Vallauris dans la nuit d'un  jeudi à vendredi de janvier 2016 . Cette pièce est estimée à 4000 euros. Photo you tube

Ce n’est pas une blague ! « L’un des bustes du film « La belle et la bête », créés par l’acteur français, a été volé au cimetière de Vallauris dans la nuit d’un jeudi à vendredi de janvier 2016 . Cette pièce est estimée à 4000 euros. Photo you tube

 

  

 

 

( 16 novembre, 2016 )

Splendeur et désillusion automnales

 

féérie O

 

 

 

 

 

 

 

A l’automne de sa vie, la feuille est féérie.

A l’automne de la mienne, tout me paraît bien gris.

L’amour s’en est allé vers d’autres horizons,

Oubliant ses promesses, volage Cupidon.

féérie 2

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l’air pur du matin, la feuille tourbillonne,

Danse, voltige puis au vent léger s’abandonne.

Dans la fraîcheur de l’aube, mes pas sont hésitants.

Echine courbée, je titube et m’en vais défaillant.

arbre féé O

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aimerais tant connaître, avant l’envol astral,

Un peu de la splendeur des feuilles automnales,

Une saison de douceur au parfum de sous-bois,

La noble pureté d’un sourire d’autrefois.

 

 

( 7 novembre, 2016 )

Des châtaignes pour Freckles

 

Freckles, quel drôle de nom pour une brebis ! A vrai dire, un mot british qui signifie « taches de rousseur ».  Des taches plus ou moins foncées sur ses quatre pattes, les oreilles et sur le corps, bien visibles lorsqu’à la fin du printemps, son manteau de laine vient de lui être ôté.

"Dis, maman, mon cageot est vide !"

« Dis, maman, mon cageot est vide ! »

 

Je vous ai déjà parlé d’elle et de ses maîtres britanniques qui nous l’ont confiée à la fin du printemps 2015, avec sa sœur Ma.

Une escapade en Suisse pour la communion de Nolan, notre petit-fils, n’avait été possible que si nous trouvions quelqu’un pour garder la vingtaine d’amis pattus, canins, laineux ou emplumés, y compris la douzaine de poissons au bassin.

J'ai beau attendre ma copine. Elle fait chambre à part !

J’ai beau attendre ma copine. Elle fait chambre à part !

 

Un séjour que nos amis animaux n’ont pas oublié car la dame était charmante, à leurs petits soins, ayant l’habitude de ce genre de service.

A notre retour, ayant trouvé l’endroit idéal pour une retraite paisible des deux dernières brebis vieillissantes de leur élevage, le couple nous a proposé de les amener ici, pour un séjour de deux mois et demi, monsieur partant en Afrique car retraité travaillant encore cependant pour des missions du Foreign Office. Quant à madame, elle s’envolait pour l’Australie, chez sa fille. Pour l’amour des animaux, j’ai illico presto dit « yes, of course ! ».

 

Et le 6 mai 2014, les deux charmantes et douces lainées sont arrivées. Descente de la vachère un peu difficile car toutes deux souffrant d’un début d’arthrose.

Choyées, elles ont continué leur paisible vie d’ovines dans l’enclos et le vaste champ de 2 hectares et demi ainsi que dans la bergerie, en compagnie de Kiwi Boy et de Fifi Rebita, sa sœur.

Et comme leurs maîtres n’ont jamais daigné reparaître, nous avons volontiers gardé les deux ovines qui ne nous ont guère causé de soucis.

Sauf quand il faut rejoindre l’autre monde….

 C’est Fifi qui, en octobre 2014, a cessé de vivre. Il nous restait Kiwi + les deux Anglaises.  Et l’hécatombe a continué avec, le 25 février de cette année 2016, la disparition de Ma la douce British.

"L'ennui, c'est pour plier ces maudites pattes  qui ne m'obéissent plus !"

« L’ennui, c’est pour plier ces maudites pattes qui ne m’obéissent plus ! »

Depuis trois mois, je nourris la gentille Freckles trois à quatre fois par jour. La nature étant généreuse, je lui offre herbe tendre coupée au ciseau, tranches de pain frais ou rassis dont elle se régale. L’automne venu, Freckles a sa bolée de châtaignes, son saladier de pommes tranchées.

Ses préférées ? Les nashi nashi, ces pommes poires de peu de goût mais tellement juteuses dont elle se gave depuis la mi août, tellement le pommier est généreux.

 

"Je vais me régaler un peu et oublier momentanément mes douleurs !"

« Je vais me régaler un peu et oublier momentanément mes douleurs ! »

 

Le foin ? Non, elle a mieux donc pas question d’y goûter. Les granulés de céréales ? Elle adore, les croquant prestement et en redemandant.

"Le menu ne varie guère mais j'apprécie !"

« Le menu ne varie guère mais j’apprécie ! »

Sa demeure quasi permanente ? Non point la bergerie mais une place bien à l’abri entre la serre et le mur du poulailler, à l’air libre, juste couverte d’une bâche lui évitant les rayons du soleil et la pluie. Si nous la déplaçons vers l’étable pour une nuit quand le temps est à l’eau, elle retourne vers son endroit choisi. Je sais qu’elle guette ma venue et m’avertit par un bêlement sourd. Je sais aussi que sa fin est proche. Le jour où ses pattes ne la porteront plus du tout, il faudra agir.

Un déchirement ! Car ôter la vie à ma douce Freckles au regard tendre et aimant de gentil animal va être un drame. 

Un drame à chaque fois que nous devons alléger les souffrances de nos amis animaux. Leur regard innocent, leur confiance inconditionnelle en nous…, il faut savoir les quitter, ultime preuve d’amour et de respect de notre part face à leur souffrance…

Il faut aussi aimer les animaux pour comprendre cela !

Homère aurait dit : « Le sommeil et la mort sont deux frères jumeaux ».

Car au-delà des ajoncs, de l'ombre et de la mort, il y a peut-être la lumière naissante d'un soleil infini, tels ces rayons, ce matin, passant outre les piquants acérés, sur le talus.

Car au-delà des ajoncs, de l’ombre et de la mort, il y a peut-être la lumière naissante d’un soleil infini, tels ces rayons, ce matin, passant outre les piquants acérés, sur le talus.

Puisse-t-elle bientôt reposer en paix, sans souci de ses quatre pauvres pattes usées, au royaume des vertes prairies, des vergers de pommiers nashi-nashi, des talus de châtaigniers toujours en fruits et des généreux distributeurs automatiques de granulés pour brebis, avec tous les ovins qu’elle a côtoyés et nous, les humains qu’elle a aimés, à sa manière de gentille petite brebis.

Aujourd’hui 8 novembre, j’ai pris la grave et terrible décision de laisser partir Freckles pour un monde meilleur.

Coup de fil au vétérinaire, la voix tremblante. Dernier copieux repas pour ma douce, beaucoup de caresses sur sa tiède tête. Elle ne s’est pas levée de toute la nuit, ses pattes refusant de la porter. Attente interminable de l’homme à la piqûre de soulagement. Enfin, il arrive et la laisse gentiment manger son dernier bol de granulés. Je lui tiens doucement sa tête penchée, il faut trouver la veine. Encore quelques mots et caresses les plus aimants, bienveillants et affectueux possible, les yeux embués de larmes. C’est la fin, la tête s’alourdit au creux de mes mains, les yeux ne cillent plus. Ultime réconfort : Freckles n’a pas souffert pour mourir.

Adieu, ma bien douce et jolie vieille brebis !

Je sais que tu as rejoint ton paradis, tout près de Ma, ta sœur, de tous tes petits dont on te séparait au printemps de chaque année, pour la bouffe de ceux qui aiment la chair animale. Repose en paix dans le champ encore verdoyant et attends-moi ! Un jour, je te retrouverai.

 

«Il y a toujours pour moi cet aspect bouleversant de l’animal qui ne possède rien, sauf sa vie, que si souvent nous lui prenons. Il y a cette immense liberté de l’animal, vivant sans plus, sa réalité d’être… C’est pourquoi la souffrance des animaux me touche à ce point.»

Marguerite Yourcenar in « Les Yeux ouverts » 1980  Editions Le Centurion

 

 

  

 

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