( 10 octobre, 2016 )

Fête de la pomme chapitres deux et trois Dégustation et sculptures

Intarissable sur ce sujet de noble boisson à base de pommes, Dominique Hutin a passionné l'auditoire des becs fins du cidre doux, brut ou demi sec.

Intarissable sur ce sujet de noble boisson à base de pommes, Dominique Hutin a passionné l’auditoire des becs fins du cidre doux, brut ou demi sec.

 

Légère, cette pomme ? Pas moins de 35 kilos, tombée du pommier de chez Jacky, le tourneur sur bois.

Légère, cette pomme ? Pas moins de 35 kilos, tombée du pommier de chez Jacky, le tourneur sur bois.

Oserai-je avouer  que, préférant la dégustation du thé à celle du cidre, j’ai peu de clichés de ce convivial moment car je me suis éclipsée à la découverte des sculpteurs ?

 

Remarquable adresse pour le sculpteur de fruits et légumes.

Remarquable adresse pour le sculpteur de fruits et légumes.

 

Quand quat' cygnes vont à l'eau....

Quand quat’ cygnes vont à l’eau….

Magnifique stand d'Emmanuelle et de Sébastien

Magnifique stand d’Emmanuelle et de Sébastien

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Apprentissage de la sculpture sur pierre avec Yannick lesté de son bébé.

Apprentissage de la sculpture sur pierre avec Yannick lesté de son bébé.

 

 

 

 

( 10 octobre, 2016 )

Conjugaison de la pomme à toutes les heures du jour 8 octobre 2016. Cliquer sur la photo pour l’agrandir.

Le soleil matinal joue à travers les pommiers de Maurice.

Le soleil matinal joue à travers les pommiers de Maurice

 

L'homme à la casquette a donné rendez-vous aux passionnés d'arboriculture. Il est 9h1/2.

L’homme à la casquette a donné rendez-vous aux passionnés d’arboriculture. Il est 9h1/2.

D'un pommier à l'autre, l'on se cultive.

D’un pommier à l’autre, l’on se cultive.

Chapitre un

 

 

 

 

 

 

 

La balade matinale

 

 

 

 

 

 

Richard donne une leçon de taille d'un jeune chêne à Maurice, le propriétaire du champ boisé.

Richard donne une leçon de taille d’un jeune chêne à Maurice, le propriétaire du champ boisé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Leçon pour le respect de l'arbre.

Leçon pour le respect de l’arbre.

( 2 octobre, 2016 )

Mon premier amour (suite et fin)

La photo de mon premier amour ? La voici.

Titi 2 O

Je l’avais baptisé Titi, joli nom ensoleillé facile à prononcer pour une toute petite fille. C’est vrai que je l’ai aimé fort. Vous aussi avez souvenance d’un ours, d’un doudou ou d’une poupée qui vous a accompagné  tout au long de votre enfance. Confident, consolateur, souffre-douleurs parfois puis un jour rejeté et envoyé au grenier car son temps était passé. Visitant souvent cette partie haute et mystérieuse, domaine des araignées, souris chauves ou non de la maison familiale, j’y ai, il y a une quinzaine d’années, retrouvé mon Titi qui m’attendait, couché dans le vieux landau sans roues et tout mité.

Titi 3 O

Mon cœur n’a alors fait qu’un bond. Maman voyant cet ours tout déconfit et mal en point l’a, des ses mains fort habiles à la couture, élégamment habillé de bouts de tissu.

Le petit homme de mes rêves d’enfant a quitté son logis et est venu habiter à Saint-Denis-le-Vêtu. Il a rejoint le clan des ours en peluche de Lénaël et Romaric, nos deux fils. Des histoires d’ours abandonnés, s’en sont-ils racontées ? Cet été, je l’ai présenté à Timo et Nolan, Laly et Baptiste, la génération des petits-enfants.

Comme tous les enfants du monde, eux aussi ont eu et possèdent encore leur Meuh-meuh, Quinquin, Doudou et Charlotte.

Et vous, comment s’appelait votre premier petit amoureux, celui qui a bercé votre enfance et que vous avez tant serré contre votre cœur ?

Au fait, je dois vous dire pourquoi je l’ai désormais invité à rejoindre, après soixante et un ans d’infidélité, ma chambre.

Très récemment, je suis allée faire une séance de shiatsu. Nous avons la chance d’avoir, dans notre commune, Marie-Christine, une professeur de cette technique de thérapie manuelle d’origine japonaise, méthode de relaxation et de bien-être, pour une meilleure circulation de l’énergie.

Libération des points noués du corps et de l’esprit, recherche de l’origine de ces nœuds qui remontent bien souvent à une partie cachée  vécue dans l’enfance. « Tu dois réhabiliter ton enfant intérieur », m’a-t-elle dit. « Joue le jeu. Achète-toi une poupée, un ours et concentre-toi en lui racontant tes blessures, tes inquiétudes ». Car, c’est un peu théorique :

« Notre enfant intérieur blessé a un mental qui a son propre fonctionnement et qui est complètement indépendant de celui de l’adulte qui compense. Il ou elle vit dans son propre monde, un monde basé sur les expériences et les souvenirs de ce passé lointain. Il ou elle est encore intensément vivant et influence très fortement le présent. Dans mon cas, pendant la plus grande partie de ma vie, il s’est manifesté inconsciemment, mais très puissamment. Je suis maintenant plus conscient de ce qu’il ressent, de pourquoi il fait ce qu’il fait, et de comment il fonctionne. Explorons le monde de cet enfant blessé.

Au fond de la conscience de l’enfant blessé se trouve la peur – une peur non reconnue, et pas acceptée. La peur elle-même n’est pas le problème. C’est notre manque de conscience et d’acceptation de cette peur qui crée les difficultés. On sabote notre créativité, notre estime de nous-même, et nos relations, parce que, caché dans notre inconscient, se trouve un enfant qui a perdu sa confiance en lui ou en elle, et dans les autres. Un enfant qui a profondément peur et qui a toujours souffert d’être privé d’amour. Cet enfant réagit à partir de cette peur, de cette privation, de ce manque d’amour, par de nombreux comportements différents, et inconscients. L’agitation, la précipitation avec laquelle la plupart d’entre nous mangeons, parlons, agissons et nous maintenons occupés, sont quelques-unes des attitudes que montre l’enfant paniqué. »    

Krishnananda

Titi O

Voilà pourquoi Titi est réapparu dans ma vie pour m’aider à trouver la quiétude. Essais de retrouvailles de ces périodes de la petite enfance, travail sur soi-même… à l’aide de cet ours rembourré de paille ou foin, pratique de fabrication de ces petits êtres dans les années cinquante.  

 

( 2 octobre, 2016 )

Mon premier amour

J’aimerais, en toute discrétion, vous entretenir de l’être exceptionnel dont j’ai été amoureuse pendant six longues années.

Il était brun, de taille moyenne, possédait un regard irrésistible. Ses deux petits yeux pétillants, marron havane cerclés de transparence me faisaient chavirer à chaque rencontre. Et ce nez à la retroussette qui lui donnait un air jovial en permanence !

Toujours élégant dans ses habits fait sur mesure par, c’était l’habitude alors, une couturière locale, il aimait que je lui en hôte le blouson, prenant alors ses aises.

Les cheveux ras, les oreilles au vent, le jeune homme n’aimait guère sortir et préférait rester blotti des heures et des heures, voire la nuit entière, sous les draps, à mes côtés. Toutes mes peines, patiemment il les écoutait, ne hochant point la tête. Je savais cependant qu’il me comprenait, sans mot dire. Et j’étais rassurée. Combien de larmes ai-je épongées sur son pull de laine multicolore ! Mes joies aussi, je lui en faisais connaissance et il les partageait : je le voyais alors sourire !

coeur

Un beau jour, bien à regret, nous avons dû nous séparer. Je le reconnais : c’est moi qui l’ai quitté, volant vers d’autres aventures ! La vie est ainsi faite !

Me croirez-vous si je vous dis que, pendant plus d’un demi-siècle, mon premier amour de tendre jeunesse m’a attendu ! Eh oui. Pas d’autre passion pour lui ! Il a vécu caché, sans broncher. Aucune lettre, pas d’appel téléphonique !

Le jeune homme a vieilli en taisant son chagrin, vivant des souvenirs de notre vie à deux, du temps béni de nos amours si nobles et si pures.

Bonheur des retrouvailles, certes sans les mêmes émois mais avec tant de souvenirs communs !

Nous nous sommes étreints si fort, si fort et avons fait la promesse de ne plus jamais nous quitter, quoiqu’il arrive.

Vous voulez sa photo, voir à qui ressemble cet amoureux fidèle ?

Je m’en vais la lui demander et vous la communiquerai dans un prochain article.

Mais inutile d’en parler à tout le monde ! Restons discrets !  

 

« La mémoire est toujours aux ordres du cœur »

Antoine de Rivarol, écrivain et essayiste français du XVIIIe siècle.

( 27 septembre, 2016 )

Là-haut, dans la montagne…

Là-haut, perché dans la montagne à 1572 mètres au-dessus du niveau de la mer, il est un village de 489 âmes.

Grimentz il se nomme. Sis dans le Valais, l’un des 26 cantons suisses, dont la capitale est Sion, 32 ooo habitants, la ville trois fois déçue de ne pas accueillir les Jeux Olympiques d’hiver, trois fois dauphine d’Innsbrück (Tyrol autrichien) en 1976, de Salt Lake City (Utah aux USA) en 2002 et de Turin (Torino en Piémont italien) en 2006.

Sandrine, Timo et Nolan

Sandrine, Timo et Nolan

 

Non, je n’ai pas pour but de vous ennuyer avec un cours de géographie. Juste évoquer l’endroit dans lequel habitent Lénaël, notre fils aîné, Sandrine, sa charmante épouse vendéenne, Timo, 14 ans et Nolan, 12 ans, nos petits-enfants.

Un emploi dans la restauration, pourquoi pas jusque là-bas, les a tous deux, alors très jeunes serveurs, attirés. Se côtoyant sans se connaître, nos Français expatriés se sont alors rencontrés au bout d’un an de vie au village. Il y a une vingtaine d’années.

chalet

Et depuis tout ce temps, nous n’attendons plus leur retour sauf passager, lors de leurs vacances, généralement deux fois l’an.

Pour les nouvelles fraîches, allo allo, le satellite nous permettant de franchir les 1054 kilomètres en trois secondes.

Petite gentiane

Petite gentiane

 

Au troisième étage d’un chalet au pied des remontées mécaniques, la famille habite. Un autre enfant très poilu, quadripattu, du type mistigris, partage leur vaste espace aux larges baies vitrées ouvrant sur la montagne.

Pensée des Alpes

Pensée des Alpes

 

L’air pur des cimes, le charme du petit village aux chalets de bois, mélèzes et sapins formant écrin en dégradés de verts, les amis fidèles, le blanc manteau neigeux l’hiver, la fraîcheur ensoleillée estivale, la féérie des vallons à l’automne, tout est réuni pour les retenir là-haut.

 

 

Epilobe

Epilobe

 

Et moi, en bas, dans mon si plat pays, je rêve de voyage là-haut tout près de nos enfants, de leur village, de la Dent Blanche, du lac de Moiry, des herbages tout fleuris de gentianes, pensées, épilobes, edelweiss, pulsatiles, campanules, germandrées, arnicas et asters, des vaches aux cloches tintinabulantes.

Je rêve de cette charmante église où j’aime tant aller chanter un Ave Maria, seule dans la discrète lumière filtrée par les vitraux !

Arnica

Arnica

A l’ombre des sapins et mélèzes, à la contemplation du soleil couchant tout près de la tsigère de Pierre, aux longues balades le long des sentiers escarpés en compagnie de nos chers grands et petits Suisses, à la découverte des bisses du Valais.

 

Septembre 2006 Lénaël, Timo et Nolan près du lac de Moiry

Septembre 2006 Lénaël, Timo et Nolan près du lac de Moiry

 

En attendant les beaux sommets alpins, je saurai me contenter de randonner du côté de Montpinchon, Montchâton, Montabot, Montcuit, Montfarville et Montmartin ou Montrabot, tenez, poussons même jusqu’au Mont saint Michel, histoire de prendre si peu de hauteur et d’apercevoir, qui sait ! dans le lointain, le joli village de Grimentz.

"Et ce glacier vieux de millions d'années", montre Lénaël

« Et ce glacier vieux de millions d’années », montre Lénaël

 

 

( 27 septembre, 2016 )

Au fond du gouffre

Le cafard des jours sans, des heures moroses, des nuits peuplées de cauchemars, vous connaissez, vous aussi ? C’est le commun de tous les mortels, plus ou moins important. Un passage à franchir, tels les gros nuages qui glissent dans le ciel et laissent enfin apparaître le bleu de l’azur.

Et comme écrire m’est devenu besoin vital, je trouve réconfort en disant les choses. Car si l’amitié est une thérapie, l’écriture l’est aussi. 

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Vous arrive-t-il, à vous aussi, de vous trouver

Au fond d’un gouffre effrayant et adverse ?

Un trou noir dans lequel, jusqu’au cou empêtré,

L’on songe à s’évanouir, tant ce vide bouleverse.

 

Une ombre rigolante vous regarde d’en haut,

Maléfique, perverse, cruelle, épouvantable,

Insensible et hautaine. A sa main, une faulx.

Silhouette de mort, forme abominable.

 

Sur un côté, à l’orient, une lueur.

Un minuscule éclat de lumière scintille,

Une étoile lointaine, juste un tout petit cœur.

Approche-toi de moi, douce étoile qui brille,

 

Comme un léger appel vers un futur meilleur,

Une invitation à nous donner la main

Et parcourir ensemble, loin du chemin des pleurs,

La longue et tendre allée pour un autre demain.

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( 26 septembre, 2016 )

Généreuse phacélie

 

La phacélie, vous connaissez  ?

Juste un engrais vert ?

Que nenni !

D’ailleurs, le nom de cette jolie fleur rime avec amie, n’est-ce pas ?

Donc j’en arrive à vous dire que la phacélie est mon amie. phac3o

Pour remercier la terre de m’avoir offert une belle récolte de pommes de terre, je la laisse se reposer en lui offrant un couvert de petites et fines graines qui deviendront, en peu de temps, de jolies touffes de feuillages tendres, très découpés rappelant ceux de la tanaisie, sans la détestable odeur d’où le nom latin de phacelia tanacetifolia (aux feuilles de tanaisie).

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La phacélie a été importée d’Amérique il y a plus d’un siècle et demi. C’était en 1832.

Les jardiniers l’aiment bien car elle n’a que des qualités, ce qui n’est pas donné à tout le monde, vous en conviendrez ?

Joli feuillage doux et caressant.

Mignonnes nombreuses fleurs bleu clair pervenche, délicatement parfumées, rendez-vous incontournable des papillons et bourdons. phac

Leur intérêt à butiner la belle ? Amateurs de pollen et de nectar, les insectes gourmands s’en rassasient à longueur de journée. Les abeilles discrètes emplissent leur jabot de ce nectar puissant et bien vite s’envolent vers la ruche  déposer le trésor, promesse d’un succulent miel de … phacélie.

Et la terre, le sol sous les généreuses plantes, me direz-vous ?

Eh bien il se repose à l’abri des grands vents, des pluies d’orage et de la brûlure du soleil, bien aéré par le gratouillis des puissantes racines de la jolie plante qui ne laisse pousser aucune ennemie sur son territoire. 

L’automne venu, le cycle de sa vie terminé, elle ne va pas mourir mais se transformer en bel humus nourricier, se reposer pendant l’hiver et renaître au printemps pour l’offrande d’une nouvelle récolte de pommes de terre.

Renaissance ou réincarnation, dira-t-on.  

Ainsi va la vie de la phacélie, mon amie.  

 

 

( 25 septembre, 2016 )

Naufrage

Mon cœur saigne et pleure à chaque déflagration qui déchire l’air pourtant pur de ce pluvieux matin du dimanche 25 septembre. Des millions de petits êtres sont et vont être aujourd’hui assassinés froidement, sans pitié, par des chasseurs abrutis et sans âme. Comment peut-on quitter le logis familial pour s’en aller accomplir des massacres de pauvres animaux apeurés et fuyants ? Et rentrer au foyer, la besace sanglante, encore frémissante et tiède, sourire à sa funeste prise et dire, d’un ton idiot : « J’en ai eu quatre. Dommage ! J’en ai touché deux autres mais les ai pas retrouvés ! »

Photo citations-et-panneaux.blogspot.com

Photo citations-et-panneaux.blogspot.com

Mon cœur se meurt, j’ai mal au ventre. Où me cacher ? Dans quel pays me réfugier ?

Et ce couple qui meurt aussi, à coups d’assassinats verbaux, de gifles morales traîtresses et de mensonges innombrables, de faux et vains dialogues  ! 

La vie a-t-elle vraiment un sens ? Vaut-elle encore la peine d’être vécue ? Ma petite voix  m’abandonne, je ne l’entends désormais plus.

Il est ainsi des jours comme des actions, bons ou mauvais, pluvieux ou ensoleillés. Demain sera peut-être meilleur ! car, comme le disait Paul Fort, le poète :

« La vie nous donne toujours une seconde chance qui s’appelle demain. »

Toujours de Paul Fort, ces deux poèmes évocateurs :

CHANSON DU PETIT MOUTON QUI BELE SUR LA FALAISE
C’est un petit mouton bêleur qui ne sait s’il a du malheur.

Il bêle parce que bêler, c’est comme étoiles s’étoiler.

Même la nuit tout seul il bêle. Pas même un feu rose à la ronde…

Il bêle vers la mer profonde toute la détresse du monde.

 

L’ ECUREUIL

- Ecureuil du printemps, écureuil de l’été, qui
domines la terre avec vivacité, que penses-tu
là-haut de notre humanité ?

– Les hommes sont des fous qui manquent
de gaîté.

- Ecureuil, queue touffue, doré trésor des bois,
ornement de la vie et fleur de la nature, juché
sur ton pin vert, dis-nous ce que tu vois ?

– La terre qui poudroie sous des pas qui
murmurent.

- Ecureuil voltigeant, frère du pic bavard, cousin
du rossignol, ami de la corneille, dis-nous
ce que tu vois par delà nos brouillards ?

– Des lances, des fusils menacer le soleil.

- Ecureuil, cul à l’air, cursif et curieux, ébouriffant
ton col et gloussant un fin rire, dis-nous
ce que tu vois sous la rougeur des cieux ?

– Des soldats, des drapeaux qui traversent
l’empire.

- Ecureuil aux yeux vifs, pétillants, noirs et
beaux, humant la sève d’or, la pomme entre
tes pattes, que vois-tu sur la plaine autour de
nos hameaux ?

– Monter le lac de sang des hommes qui se
battent.

- Ecureuil de l’automne, écureuil de l’hiver, qui
lances vers l’azur, avec tant de gaîté, ces
pommes… que vois-tu ?

Demain tout comme Hier.

Les hommes sont des fous et pour l’éternité.

 

 

( 20 septembre, 2016 )

Histoire du prince Freundschaft et de la princesse Tendresse

pêcher 3 OIl était une fois, au pays des Nations sans Frontières, un prince prénommé Freundschaft.

A de nombreux dolikos de là, vivait Tendresse, une princesse timide et effacée.

Rien ne les prédestinait à se rencontrer sauf qu’un beau jour, le prince charmé par la lecture d’un récit de la dame, s’enquit de lui adresser une lettre. Une lettre boule de neige qui engendra moult autres missives, l’expéditeur empressé de connaître sa destinataire et vice versa.

Le cœur de la petite princesse timide et effacée se mit à battre un peu plus fort. Doucement,  dit-elle, à son cher cœur palpitant. Ne nous emballons pas. Ce prince nous semble certes bien sympathique. Fort sage et érudit. Il ne nous faut pas le décevoir avec nos états d’âme. Restons bien calmes.

Hélas, rien n’y faisait. Demoiselle Tendresse passait ses jours et ses longues nuits à rêver de ce prince lointain. Se rencontreraient-ils un jour ? Où ? Quand ? Comment ?

Le prince Freundschaft avait bien constaté les émois de l’amie et lui en fit remarque doucement, gentiment pour ne pas la froisser. 

La princesse se posa mille et une questions, sans jamais trouver une juste réponse. Y a-t-il une frontière entre amitié et tendresse ? Où commence-t-elle ? Où finit-elle ? Qui pourrait réagir ?paq6

A bout de forces, elle interrogea les passants. Eux non plus ne surent que lui dire.

Vous l’avez bien compris, elle n’osait demander la réponse à son prince.

Depuis des lustres, elle attend le jour où son étoile peut-être l’éclairera enfin.

L’amitié est une estime mutuelle, l’accord parfait de deux sensibilités.
André Maurois    Œuvres complètes (1952)

 

« Toutes les routes sont longues qui mènent vers ce que le cœur désire. »
Joseph Conrad       La Ligne d’ombre

( 18 septembre, 2016 )

L’un était anglais, l’autre allemand…

 

 

Tous deux sont morts pour rien. Pour un morceau de terre à conquérir ou perdre. Par la folie meurtrière d’un monstre des grandeurs.

L’homme est-il fait pour se battre ? Tant de guerres au cours des siècles ! De religion, de territoires ! Tant de haine, de souffrances, de morts pour un éternel recommencement de conflits quasi incessants dans le monde ! Pourquoi ? Why ? Warum ?

L’un était anglais. 

Arthur Braybrooke

Arthur Braybrooke

Arthur Braybrooke

arthur Braybrooke 1

 

Arthur il se prénommait.   Arthur Braybrooke

Le soir du 27 juillet 1944, une mission spéciale les attendait, ses compagnons et lui : parachuter du ravitaillement aux forces d’opérations spéciales et à la résistance française derrière les lignes ennemies. Leur but : partis de la grande base militaire de Brize Norton, à l’ouest d’Oxford, atteindre Le Mans. De nuit pour passer presque inaperçus. Des habitués de ce genre de missions secrètes puisqu’opérationnels depuis février 1944.

Arthur, c’était, dans le bombardier bi moteurs Albermale Whitworth Armstrong, l’homme en charge du déploiement du ravitaillement à parachuter.

Ils étaient six en tout dans l’avion.

Peu après le passage au-dessus de Montmartin-sur-mer, le bombardier a été touché par un avion de chasse ennemi.

« Sautez ! « , leur cria le pilote Emblem. Trois d’entre eux eurent le temps de s’éjecter. Trop tard pour le trio restant qui s’apprêtait à le faire lorsque l’Albermale explosa en plein ciel au-dessus de Muneville-sur-mer.  

Les trois rescapés seraient, une semaine plus tard, de retour au pays natal.

Arthur et ses deux compagnons d’infortune ont été inhumés dans le cimetière de Muneville le 31 juillet, sous le grand if.

Photo 1944. Un monticule de  terre fraîchement retournée. Dessous la terre, trois corps ensevelis dont celui d'Harry.

Photo 1944. Un monticule de terre fraîchement retournée. Dessous la terre, trois corps ensevelis dont celui d’Harry.

 

Ironie du sort en temps de guerre, la cérémonie coûta 2000F, argent trouvé sur le corps de l’un des aviateurs morts. (Chaque aviateur possédait sur lui une pochette étanche au feu et à l’eau contenant de l’argent français, en cas de besoin de survie).

Leurs corps n’ont jamais été transférés dans un cimetière militaire.

Après la guerre, la commission s’occupant des tombeaux de guerre du Commonwealth fournit cet encadrement de parcelle et ces pierres tombales. Le lieu fut déclaré « site officiel CWG » (Cemetery War Graves), un des plus petits sites en Europe. Deuil et larmes pour leurs familles et celle d’Arthur. Joan, sa sœur, je l’ai bien connue et eu la joie de passer un mois chez elle en octobre 1968, juste avant d’entrer à l’université. Nous correspondions chaque année. J’ai même eu la chance d’emmener mes parents chez elle, à Porlock, petit village côtier du Somerset en Angleterre, en juillet 1987. Elle est décédée il y a une dizaine d’années.

La grande famille des Braybrooke, quelques années plus tard. Au centre, le papa, la maman. Dans le transat derrière la maman, Joan, la sœur d'Harry. A ses côtés, les frères et sœurs, neveux et nièces.

La grande famille des Braybrooke, quelques années plus tard. Au centre, le papa, la maman. Dans le transat derrière la maman, Joan, la sœur d’Harry. A ses côtés, les frères et sœurs, neveux et nièces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

braybrooke 11

 

L’autre était allemand, se prénommait Siegfried. De lui je sais si peu de choses sauf qu’il s’était marié en 1938, avait, à son bien grand regret, quitté famille pour rejoindre tant d’autres qui n’avaient pas choisi ce camp des ennemis, lui qui aimait la France et qu’à la mi-février 1945, le soldat a été fait prisonnier sur le front russe.

Le front russe ? En fait le plus grand théâtre d’opérations de la Seconde Guerre mondiale et probablement de toute l’histoire militaire. Le front de l’Est, comme on le nommait encore, a été « le lieu d’une guerre féroce, occasionnant d’énormes destructions et des déportations de masse, ce qui entraîne de gigantesques pertes militaires et civiles par suite de la guerre elle-même, de famine, de maladie, de conditions météorologiques extrêmes et de massacres. Les pertes civiles et militaires sur le front de l’Est sont estimées à environ 30 millions de personnes, soit environ la moitié des morts liées à la Seconde Guerre mondiale. » (Wikipedia)

Deux mois de captivité, jusqu’à la mort, le 16 avril 1945, et dans quelles conditions ! à peine une trentaine de jours avant la signature de l’armistice.

Deux vies saccagées, deux familles endeuillées … pour rien !!! A l’image de ces deux vies, des millions de vies brisées, des millions de familles endeuillées ! Pour moins que rien !

« Les mères des soldats tués sont juges de la guerre »  Bertold Brecht

« Celui à qui la guerre ne fait point horreur, c’est lui le vrai lâche. » Jean Simard 

« La guerre n’est pas une aventure. La guerre est une maladie. Comme le typhus ».  Antoine de Saint-Exupéry

 

 

 

 

                

 

( 16 septembre, 2016 )

Vers l’étoile d’espoir…

Mercredi soir 14 septembre, c’était pourtant la rentrée à la Canterie du Rey. Fatiguée, j’ai plutôt opté pour une balade crépusculaire dans le champ et me suis mise à rêver.

Rêver la vie…. pour, un jour peut-être, vivre ses rêves… 

 

Ce soir, le ciel a la couleur des toits d’ardoises.

J’arpente le grand champ avec mes amis chiens.

Il a fait chaud, presqu’orageux toute la journée.

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Marcher dans la douce fraîcheur crépusculaire,

Fouler le même sol pour la cent-dixième fois.

Peu importe puisque l’esprit est ailleurs.

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Je le laisse s’échapper par-dessus le grand chêne,

Traverser les nuages et trouver le ciel bleu.

Je le vois s’envoler au-delà des frontières,

Choisir les bons courants pour survoler les lacs

Puis atterrir ailleurs, là-bas près de la ville

Et te rejoindre, ami, là où tu te reposes.

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S’assoupir près de toi, bien fatigué, sans bruit,

Y rester un instant, presqu’une éternité.

Le chemin du retour est parfois périlleux.

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Se méfier des mirages, en passant le désert,

Choisir les bons courants au-dessus de la mer,

Se poser en douceur et attendre à demain

Pour le même voyage vers l’étoile d’espoir…

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( 10 septembre, 2016 )

Près du tombeau

 

Ayant photo à prendre au cimetière de Bricqueville-sur-mer, ce lundi 5 septembre, pour illustrer le texte sur Maurice, le journalier de mon enfance, j’ai dû passer devant ce lieu terrible.

 De leur passage terrestre, il reste un tombeau, belle plaque de marbre bien lisse, savamment œuvrée et ces inscriptions élégamment gravées en lettres d’or. Une vision polie, proprette et apaisante des restes de papa, de maman. Soudain la grande émotion, les larmes qui se mettent à couler encore, trois ans après la mort de celle qui me donna la vie et de celui qui, par amour, l’aida à me concevoir.tombe papa et maman

Dessous le tombeau, pauvres lambeaux de chair et d’os, vision apocalyptique, cauchemardesque de ces deux corps décomposés, impossible à ignorer lors d’une furtive et rare visite. Le regard transperce soudain cette pierre tombale, rencontre la réalité, devenue laideur, de ceux qu’on a aimés.

Frissons dans tout le corps, envie de fuite au plus vite, de ne plus jamais revenir en cet endroit maudit, le cimetière de nos chers êtres ! Je m’étais pourtant bien promise d’éviter ces rencontres infructueuses, destructrices, sources de chagrin renouvelé !

tombe papa et maman 2

Papa, maman, je ne les veux qu’au plus profond de mon cœur, en bonne santé, joyeux et attentifs, même en colère et exigeants, voire grincheux, chamailleurs et taquins, en vie pour toujours tels qu’ils étaient, bien avant cette histoire de mise au tombeau !

 

Poème de Paul FORT

Il faut nous aimer sur terre,
il faut nous aimer vivants

Ne crois pas au cimetière
il faut nous aimer avant.

Ta poussière et ma poussière
deviendront le gré des vents.

 

( 5 septembre, 2016 )

Le petit panier de Maurice, notre journalier jardinier

Malgré sa petite taille, sa maigreur, ses profondes rides lui dévorant le visage et sa toux chronique, Maurice était increvable.

Maurice Prével

De lui, je n’ai pas su noter à temps les détails de sa vie qui me manquent aujourd’hui pour évoquer notre ancien journalier. Il travaillait peut-être depuis son plus jeune âge dans la famille. Ou bien s’est-il loué journalier en rentrant de ses cinq longues années de prisonnier de guerre ? Double cauchemar puisqu’à son retour au logis, Gabrielle, son épouse, avait une fillette dont il ne serait jamais le père biologique mais, qu’en homme juste et honnête il considéra toujours comme sa propre fille.

A la Platoisière, chez mes parents, il venait trois jours par semaine, les jeudi, vendredi et samedi,  connaissant ce qu’il avait à faire et bougonnant parfois lorsque papa lui imposait une corvée qui ne lui convenait pas trop.

Le jardin, lorsque le temps le permettait et que la fenaison n’était pas en cours, c’était son royaume. Un paradis de légumes variés dont maman lui fournissait les sachets de graines. Allées souvent ratissées, planches bien entretenues : c’était son travail du petit matin après le bol de café au lait et les deux grandes tartines de pain de six livres largement beurrées et confiturées.

L’été, notre homme était le champion du bottelage. Tôt arrivé vers les six heures du matin, pour botteler « à la fraîche », il enfilait ses longues randes d’herbe séchée et s’avérait le plus rapide des alentours à tasser l’herbe  jusqu’à obtention d’une jolie botte, brassée de foin d’abord amassée puis repliée aux deux coins et tassée d’un coup de genou sec. Le tout qu’il fallait lier avec la torche faite de plusieurs poignées de longues tiges d’herbes enroulées. Ce lien obtenu serré d’un geste bien précis du bras et mis autour de la botte aplatie d’un autre coup de genou.  Ce qui, sans ficelle ni élastique garantissait la résistance de la petite balle liée.

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Nous, enfants, essayions parfois de confectionner nos bottes de foin. Là où cela coinçait , c’était ce maudit lien qui se rompait entre nos mains avant d’avoir ceinturé la botte ou bien qui s’avérait trop court et ne pouvait décemment en faire le tour !

Maurice était toujours de poste sur la charrette pour « faire la voiturée », emplir le véhicule des 280, 300 à 320 bottes destinées à combler les greniers en prévision de l’hiver, pour la nourriture des vaches, veaux et chevaux. C’était aussi lui qui détassait une à une ces bottes en les lançant  fort adroitement, à l’aide d’une légère fourche à deux doigts, vers la trappe du grenier.

Oncle Joseph aux foins

Oncle Joseph aux foins

Et qui les comptait. Papa noterait ensuite le contenu de la charretée sur son petit calepin et comparerait avec l’année d’avant en faisant remarquer :  « C’est une bonne année ! Dans la pièce au sucre, on a atteint les 600 bottes alors que l’an dernier, j’avais noté 450 seulement !

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J’ai toujours envié la place du journalier à détasser le foin sur la charrette. Je pensais qu’il était chanceux d’être au grand air, nous qui suions et respirions mal dans la chaleur et la poussière du grenier.

Le petit homme en haut de la photo, engagé comme serveur  au mariage de mes parents

Le petit homme en haut de la photo, engagé comme serveur au mariage de mes parents

Maurice, c’était l’homme à la cigarette vissée sur la bouche du matin jusqu’au soir. Toujours et encore le mégot de maïs aux lèvres quand, de ses doigts agiles, il ne la roulait pas, sortant d’une des poches de son pantalon usé, le paquet tout froissé et puis l’étui aux minces feuilles à rouler. Combien de fois mon jeune regard a suivi le trajet de la confection, étape par étape, de cette clope devenue sa drogue journalière !

A table, le vieil homme mangeait lentement, plusieurs dents lui manquant pour mastiquer correctement. Parfois baissant la tête de la fatigue accumulée, il s’endormait sur son assiette. Quelques instants qui nous faisaient bêtement sourire. « T’as vu ? Maurice dort ! »

L’heure de la retraite est enfin arrivée. Maurice s’en est allé cultiver son propre potager. Un peu de repos mérité dans cette vie de dur labeur de pauvre journalier.

J’ai eu un jour besoin de lui rendre visite, à notre vieux Maurice, si peu bavard. J’ai hélas oublié notre conversation faite de petits riens. Quittant son fauteuil, le vieillard est allé dans son atelier quérir un petit panier d’osier de sa fabrication qu’il m’a gentiment offert.

 

Le petit panier offert par Maurice lorsqu'il était déjà bien malade.

Le petit panier offert par Maurice lorsqu’il était déjà bien malade.

Car j’ai omis de préciser une corde supplémentaire à son arc : il était le champion des paniers d’osier. Dans l’atelier du fond, il y passait des heures, lorsque le temps était chagrin, empêchant les travaux dans les champs ou qu’il se présentait une matinée creuse. Tillage, tressage n’avaient aucun secret pour lui.

 

Mon frère, papa et maman ramassant les pommes dans deux des paniers confectionnés par Maurice.

Mon frère, papa et maman ramassant les pommes dans deux des paniers confectionnés par Maurice.

De grands contenants qui serviraient à la récolte des pommes, il en possédait une réserve.

De lui je garde cet objet que j’aime contempler et, au début de l’automne, emplir de noisettes fraîchement cueillies ou tombées des arbustes du champ.

Hélas ! La cigarette fausse amie lui a réglé son compte. Cancer des poumons, souffrances atroces, nuits passées au fauteuil pour ne pas étouffer !

Maurice s’en est allé sans bruit, tué par son cancer, le matin du 18 novembre 1981. Gabrielle, son épouse, l’a rejoint le même jour, en fin d’après-midi. Crise cardiaque.

Je me souviens des deux cercueils posés l’un à côté de l’autre, le matin de l’inhumation, près de l’entrée de l’édifice religieux de Bricqueville-sur-mer.

Un tombeau, deux noms, une date commune de repos sous la terre.

Un tombeau, deux noms, une date commune de repos sous la terre.

Sur sa tombe, dans les années qui ont suivi sa mort, nous faisions un détour en traversant le cimetière, ayant suggéré aux parents : « Et Maurice, il est enterré où ? »

Maurice et Gabrielle reposent au cimetière de Bricqueville-sur-mer.

Maurice et Gabrielle reposent au cimetière de Bricqueville-sur-mer.

Il y a, pour lui aussi,  à côté de mes morts, une petite place dans mon cœur, la seule et ultime façon de sauver de l’oubli le souvenir de cette vie de misère et de si dur labeur au service des autres.

 

 

 

( 3 septembre, 2016 )

Nudité

Pendant un demi-siècle  (davantage peut-être) et jusque dans les années 1950, la mode était aux photos d’enfants encore bébés (six mois, huit mois environ), nus, pour l’album de famille et l’envoi de présentation du bambin à la parenté et aux amis. La mode a vite passé, il me semble car de photo de bébé nu, je n’en ai plus vu.

Ma petite personne nue, chez le photographe de Bréhal

Ma petite personne nue, chez le photographe de Bréhal

Comment papa et maman, très pudiques, ont-ils accepté de faire dévoiler leur petite Lily dans cette tenue d’Eve ?

Ai-je trouvé attirants ce coussin fort doux et cette peau de mouton sur laquelle je jouais à faire la belle, sur commande ? Me suis-je rebellée pendant ce temps si long et inhabituel des poses interminables ? Ai-je crié, tempêté ? Maman m’a-t-elle suppliée de me tenir tranquille ?

Le photographe a-t-il agité une peluche ou un objet couinant pour que mon jeune regard se dirige vers l’objectif ?

Je regrette de n’avoir pas évoqué ces instants avec ma petite mère quand elle était encore de ce monde.

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Une dizaine de poses différentes, grimaçantes, indemnes de sourire ou presque, dans la nudité complète, avec une robette légère et même, le comble ! une épaule habillée et l’autre dénudée !! 

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Ces photos plus ou moins réussies ont ensuite été présentées pour le choix. Il m’en reste quelques-unes. Ma sœur et mon frère subiraient la même toute petite épreuve -car il n’y avait rien en péril !- dans les années suivantes. Un âge pendant lequel le corps peut, sans risque de choquer, être encore exposé. Pur, innocent, angélique….

A l’époque où le corps, dans son adolescence ou sa vingtaine, garde encore une forme svelte, une peau douce, il est déjà trop tard pour l’exhiber. Devenu objet sexuel, enjeu des désirs, il ne se montre que dans l’intimité ou les magazines spécialisés.

Passée la cinquantaine, même dans l’intimité, fesses et seins pendants ne sont plus du tout au programme des clichés nudité.

A moins de fréquenter un camp de naturistes et d’être carrément décomplexé !

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( 26 août, 2016 )

Dame Corneille et sire l’écureuil

J’ai toujours aimé ces fables de Jean de La Fontaine, apprises en classe. Une façon déguisée fort judicieuse de transmettre des messages au roi Louis XIV et à sa cour, une manière indémodable de rire de ses travers et de ceux des autres. Car chacun peut se reconnaître en l’une ou l’autre des 240 fables. La mienne n’a rien de prétentieux ni de justicier : juste une rimaillerie (sans rimes) de plus sur les pages de mon blog.

 

Dame Corneille, hier, rencontra l’écureuil,

Vivant en même tronc du chêne centenaire.

L’emplumée noir de jais nichait en canopée,

La tanière du rouquin quelques mètres au-dessous.

Corneille noire Corvus corone Carrion Crow

 

« -Cher ami, lui dit-elle, que faites-vous donc là,

Si près de ma couvée, à lorgner les beaux œufs ?

Vous viendrait-il envie de m’en chaparder un ?

-Rassurez-vous, ma mie, » lui souffla le coquin,

« Je passais par hasard, errant de çi de là, 

A la recherche de noisettes, graines et fruits secs 

Afin d’améliorer mes repas de demain.

-Passez votre chemin, monsieur l’importuneur, » 

Lui cria la noiraude agacée par ce sot.

« J’ai fort à faire chez moi, ce jour et non demain. 

Votre légèreté ne vous donne pas droit

De vous accaparer mon temps et puis mes œufs ! »

Accompagnant, d’un coup de bec fort aiguisé,

Ses durs propos sur le crâne de l’écureuil. 

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Notre panache infortuné, un moment assommé,

Descendit, tout endolori, vers sa tanière.

Moralités, au choix :

1-Ne convoite jamais le bien d’autrui !

2-Ne te mesure pas à plus fort que toi ! 

3-Ne pense pas au lendemain car « à chaque jour suffit sa peine ! »

( 26 août, 2016 )

Passeport pour l’amitié, sans âge ni frontière

 

L’amitié ? 

« L’amitié est une inclination réciproque entre deux personnes (ou plus) n’appartenant pas à la même famille », dixit Wikipédia qui ajoute « Ignace Lepp pense cependant qu’« il arrive (…) qu’une vraie amitié existe entre frères et sœurs, mais il ne nous semble pas exagéré de dire qu’elle est née non pas à cause de leurs liens de sang, mais plutôt malgré ceux-ci ».

Prenant le relais de M. Lepp, écrivain français d’origine lettone, je dirai que l’amitié est le moteur fidèle et immuable de la vie, contrairement à l’amour, variable,  de durée et d’intensité incertaines, s’usant au fil des ans, capable de disparaître pour un clin d’œil adverse ou de chuter sans crier gare.

L’amitié est telle le parfum de l’œillet solitaire sur lequel j’ai posé le nez ce matin, une bouffée de pureté délicate et rare. Car n’obtient pas le titre d’ami qui veut. Il faut savoir apprendre à se connaître, s’apprivoiser, discuter, se jauger, trouver des points communs, connaître les faiblesses de l’autre pour l’entraide ou le réconfort.

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Lien basé sur la confiance, l’amitié se travaille, se cultive, doucement, simplement, comme la terre du jardin peu à peu enrichie de compost et d’humus qui produira généreusement légumes et fleurs.

L’amitié, c’est le ciment de la vie dont chaque jour l’on constate la solidité, bien à l’abri dans la demeure lorsque l’orage gronde, à l’abri les jours de grande pluie, les nuits de gros chagrin.  

L’amitié, c’est aussi le respect du silence de l’autre, l’attente, sans mot ni lettre dire ou écrire, attendre, jamais en vain, même s’il en coûte, attendre encore et espérer car l’amitié ne meurt jamais et, dans l’éternité, survit encore. 

L’hymne à l’amitié de Jules Romains (extrait de Les copains) est célèbre.

On ne sait pas ce que c’est que l’amitié.
On n’a dit que des sottises là-dessus. Quand je suis seul, je n’atteins jamais à la certitude où je suis maintenant. Je crains la mort. Tout mon courage contre le monde n’aboutit qu’à un défi.

Mais, en ce moment je suis tranquille.
Nous deux, comme nous sommes là, avec ce soleil, avec cette âme, voilà qui justifie tout, qui me console de tout.
N’y aurait-il que cela dans ma vie, que je ne la jugerais ni sans but, ni même périssable… »

(extrait de Les copains).

( 24 août, 2016 )

Gaude en robe jaune

Elégante certes, la demoiselle que je côtoie plusieurs fois par jour atteint bien son mètre cinquante.

Tout de vert vêtue, la mignonnette a choisi de s’établir contre le paravent extérieur en bois, le long de l’escalier qui monte au champ, sans demander permission.

La gaude ou reseda luteola pousse là où elle le veut et réapparaît chaque année à des endroits différents.

La gaude ou reseda luteola pousse là où elle le veut et réapparaît chaque année à des endroits différents.

Et la coquine dont la taille s’est vite alourdie au fil des jours, se trouvant bien logée à cet endroit, m’a obligée à prolonger l’une des marches pour continuer notre chemin sans trop l’importuner.

La belle, dont les aïeules venues du bassin méditerranéen étaient fort connues autrefois, a perdu sa renommée et se fait désormais rare.

On la nomme gaude, parfois herbe à jaunir. Son nom latin : reseda luteola (de luteum=jaune).

Oui, vous l’aurez deviné, il s’agit d’une plante tinctoriale. Et non des moindres puisque considérée comme la meilleure des teintures jaunes naturelles grâce à son principe actif, la lutéoline.

Une autre grande qualité de la plante : toute sa partie aérienne est tinctoriale. Pas de difficultés à emplir le panier !

Petit détail historique :  également nommée « herbe des juifs » car c’est l’une des plantes utilisée, du XIIIe au XVIIIe siècle, par les juifs du Comtat Venaissin, du côté d’Avignon,  (qui était alors un domaine pontifical) pour teindre en jaune les chapeaux qu’ils étaient obligés de porter comme signe distinctif.

Il est temps de la couper, presque à regret, pour l’utiliser. Je lui laisserai quelques belles tiges qui assureront sa progéniture.

Il me reste à trancher fines les tiges et les plonger dans l’eau de pluie mise à ébullition.

Coupée en tronçons, elle a bouilli une heure dans l'eau.

Coupée en tronçons, elle a bouilli une heure dans l’eau.

Laisser cuire un quart d’heure pour obtenir le jus de cuisson dans lequel je plongerai, demain,  une fois ce bain de teinture refroidi, la laine mordancée (bouillie une heure avec un peu d’alun pour que les fibres animales puissent accepter la teinture).

Enlever la plante bouillie pour ne conserver que le jus de teinture. Certains remettent, avec la laine et le bouillon, la plante dans un bas de nylon pour encore plus de couleur.

Enlever la plante bouillie pour ne conserver que le jus de teinture. Certains remettent, avec la laine et le bouillon, la plante dans un bas de nylon pour encore plus de couleur.

Encore une heure à 90 ° et miracle de la gaude !

Ca y est. après trois opérations d'une heure chacune, en trois jours, la laine est teinet. Il faut la laisser refroidir dans son jus pour ne pas créer de chocs de température, ce qui la feutrerait.

Ca y est. après trois opérations d’une heure chacune, en trois jours, la laine est teinte. Il faut la laisser refroidir dans son jus pour ne pas créer de chocs de température, ce qui la feutrerait.

Un superbe jaune, teinte très solide à l’eau, la lumière et au temps !

Il reste à la carder puis la filer au rouet. Je m'y mets aussitôt.

Il reste à la carder puis la filer au rouet. Je m’y mets aussitôt.

Merci, mademoiselle Gaude !

 

( 23 août, 2016 )

Qui dois-je inviter à ma table aujourd’hui ? Eros, Philia, Storgê ou Agapé ?

Si, aujourd’hui, j’invitais un hôte à ma table, lequel des quatre amis choisirais-je ? Eros, Philia, Storgê ou Agapé ?

Mais si, bien sûr, vous aussi vous les connaissez et les avez déjà abordés, peut-être au moins une fois dans votre vie !

Le plus fou, sensuel, passionné et turbulent, c’est Eros alias Cupidon. Vous vous souvenez de la flèche plantée au beau milieu du cœur, c’est lui. Jamais satisfait. Toujours à la recherche d’aventures nouvelles.

Photo Encyclopédie de l'Agora

Photo Encyclopédie de l’Agora

Non, pas lui, qu’il aille voir ailleurs, plus jeune et aguichante fille ! J’ai passé l’âge des galipettes et des sauts de lit.

Quant à Agapè, le plus sage,  très réfléchi, il a beaucoup à donner.  Généreux, extraverti, se souciant de notre sort à long terme, Agapé est le réconfort de l’esprit. Et j’en ai bien besoin.

Storgê, le plus fidèle, a toujours veillé sur mes enfants. Nous sommes très proches et  l’amour filial qui nous unit est indéfectible.

Inutile de vous dire que Philia, c’est ma copine, en amitié de toujours. Oui, elle, c’est une fille. Et j’en ai, de bonnes copines ! Mi et Mo, Paulette….. Je vous en ai déjà parlé!  Si Philius était libre, se joindrait-il à nous ? 

Je m’en vais ajouter une rallonge à la table et, congédiant poliment Eros, je passerai la soirée en compagnie  de mes trois amis grecs Philia, Storgê et Agapé, prenant la précaution de poser un couvert de plus, on ne sait jamais !

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Une table digne de celle d’une reine ! Une occasion unique dans cette vie bassement matérialiste et consumériste. La panacée, l’Eden !

Ne vous inquiétez pas ! Essayez de les appeler au numéro ci-joint. Je sais que leur carnet d’invitations est bien chargé. Cependant qui n’ose rien n’a rien ! Vous connaissez le dicton !

A bon entendeur salut !

En cadeau, ce texte indémodable  de Platon.

« -Que penses-tu de ce garçon, Socrate ? me demanda-t-il. N’a-t-il pas une belle figure ?
-Une figure merveilleuse, répondis-je.
-Eh bien, reprit-il, s’il consentait à se dévêtir, tu ne ferais plus attention à sa figure, tant ses formes sont parfaites.”
Et comme les autres confirmaient les éloges de Khairéphon :
-“Par Héraclès, m’écriai-je, comment résister à un pareil homme, s’il possède encore une seule petite chose ?
-Laquelle ? demanda Critias.
-S’il est bien doué du côté de l’âme, et l’on doit s’y attendre, Critias, puisqu’il est de votre maison.
-Il est, dit-il, également beau et bon de ce côté-là.
-En ce cas, dis-je, pourquoi ne déshabillerions-nous pas son âme pour la regarder, avant de contempler la beauté de son corps ? À l’âge où il est, il doit déjà être disposé à discuter.”
Platon Charmide. 154d.

 

( 19 août, 2016 )

Auguste Péronne, petit commis de ferme

Plaisir, ce 9 juillet, de retrouver, ou plus exactement de trouver,(car je n’étais pas encore née), 70 ans après, un p’tit gars qui a vécu chez mes parents.

Auguste Peronne et son épouse

Auguste Peronne et son épouse

Devenu un vieux monsieur charmant de 86  ans, très alerte, encore tout jeune dans sa tête et ses souvenirs, venu effectuer un séjour au pays de sa jeunesse laborieuse et suivre deux étapes du Tour de France en direct.

Né en 1930, à Moyon, Auguste Péronne a grandi près de Madeleine, sa mère alcoolique et de Joseph (dont il évoque le boîtement) que sa mère avait épousée lorsque l’enfant était âgé de huit ans. Reconnu par ce nouveau père qui n’hésitait pas à lui infliger de mauvais traitements. Plusieurs autres enfants sont nés de ce mariage. « Il y avait vingt ans d’écart avec ma plus jeune sœur Micheline qui a vu le jour en 1950. J’ai été le seul à aller à la DASS en 1942, j’avais douze ans. On était logés à l’hôpital et on allait à l’école près de la cathédrale (de Coutances) »

Bien plus tard, Auguste a retrouvé sa mère qui regrettait avoir agi ainsi. « Je les ai même assistés tous les deux jusqu’au bout ! »

Le  p’tit gars de l’Assistance Publique est arrivé à la ferme de la Platoisière en 1945, à l’âge où les jeunes d’aujourd’hui, rivés sur leur console de jeux, désœuvrés ou simplement attentifs à leurs études, sont loin de penser au dur labeur de commis de ferme.

Quatorze ans, c’est bien jeune et encore…. « Quand je suis arrivé chez Louis et Denise, vos parents, j’avais déjà fait une ferme à Gavray ! Moqué et maltraité par les enfants des patrons, mal nourri, c’était la galère pour un gamin de 13 ans ! J’en garde un mauvais souvenir ! L’autre petit commis, c’était Robert Lebreuilly qui deviendrait scieur de bois au Loreur. » 

Marie, la mère du marié, veuve

Marie, la mère de mon père Louis

Quand Auguste a été placé à la Platoisière, la ferme de mes parents, en 1945, ceux -ci n’étaient pas encore mariés. C’était donc à Marie, ma grand-mère, veuve et à son fils Louis, mon père qu’il devait obéir.

Autoritaire mais très droite et juste, Marie ne tolérait pas qu’on discutât ses ordres. « Un jour que son fils Louis avait pris la décision de vider l’étable à veaux alors qu’un autre travail, peut-être plus urgent attendait, j’ai entendu la mère dire au fils : « Quand tu seras chez toi, tu commanderas ! »

 

Papa et maman en 1991. Ils avaient mon âge aujourd'hui et je les croyais éternels. On est si peu de chose !!!

Papa et maman en 1991. C’est vrai : papa n’était pas toujours très commode !

Louis a retenu la leçon et fait ce qui était tracé par sa maman.

Il est vrai qu’à cette époque, les enfants avaient du respect pour leurs aînés. De plus le vouvoiement était de mise, mettant déjà une certaine distance entre mère et fils.

Le 3 octobre 1946, papa Louis et maman Denise se sont mariés, ont pris possession de la ferme et Auguste est resté, encore dix-huit mois.

Au matin de la noce, maman évoquait volontiers, elle aussi, ce souvenir, geste qui l’avait touchée. 

Auguste Perrone, le jeune commis de la ferme, tout juste quinze ans, p’tit gars de l’Assistance Publique, offrit un bouquet à notre mariée, tout émue (voir dans le texte « Ce fut un beau mariage »).

Papa et maman en 1946

Papa et maman en 1946

Sans que j’en parle lors de notre rencontre au Chemin du Manoir, chez Thérèse et François Leverrand, accueilli, avec son épouse en chambre d’hôtes, l’ancien commis a évoqué cet épisode du bouquet, précisant qu’Alphonse, le journalier lui avait lancé en boutade : « Va cueillir des fleurs pour offrir à la mariée ! » Ce qu’il avait fait, pour la plus grande joie de maman.

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Auguste est le 2e à partir de la gauche au 1er rang, juste à côté d’Alphonse, le grand commis, beaucoup plus âgé.

Le salaire d’un p’tit commis de l’époque ?

Assez maigre certes, le petit pécule était versé à l’Assistance Publique qui lui en accordait une partie pour son argent de poche et l’achat de vêtements.

« On allait ramasser des escargots pour les vendre chez un charcutier à Bréhal le dimanche. Y en avait cent au kilo. Un jour, on a eu des concurrents, des camelots. On leur a signifié que c’était notre chasse gardée et ils sont partis ! »

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Les choses se sont ensuite gâtées entre le petit commis et son patron, Louis, mon père. Auguste n’osait évoquer ces épisodes, pensant me faire de la peine. Mais je savais papa dur au travail et pas toujours tendre, encore moins avec les ouvriers, lui qui, orphelin de père à 9 ans, avait dû trop vite prendre de la hardiesse et du commandement pour diriger la ferme avec Marie, sa mère.

Je l’ai donc encouragé à me dire la vérité qui suit.

Un jour, c’était en hiver, que le patron accusait Auguste de n’avoir pas donné assez de nourriture aux vaches, le jeune homme, sûr d’avoir respecté la ration à fournir, avait encaissé le coup de pied au cul en se disant que, la fois suivante, il se vengerait. bâtiments ferme

 

Deux ou trois mois après, Auguste, rentrant des travaux dans les champs avec la jument et l’émousseuse (engin destiné à aplanir le sol), fut interpelé par mon père.

- »Regarde, la jument a une blessure à la patte ! Comment t’es-tu débrouillé, maladroit, imbécile, propre à rien… ? »

Auquel la réponse fut :

- »C’est pas moi, j’ai rien fait ! »

La vengeance était accomplie, Auguste accusé à tort la 1ère fois prenait sa revanche en niant la faute involontaire qu’il avait commise en laissant un cordage traîner, ce qui avait légèrement irrité la peau de l’animal. Comme prévu, le second coup de pied du patron vers l’arrière-train du commis suivit. Sans mot dire, notre jeune de l’Assistance publique rejoignit au pas de course sa bien modeste chambrette jouxtant l’étable aux vaches, fit sa valise et prit la poudre d’escampette. Rejoignant le bureau de l’Assistance, le petit commis fut écouté et défendu : « C’était au premier coup de pied qu’il fallait partir ! », lui conseilla-t-on.

Auguste se souvient être revenu à la ferme dans les années 1980, pour saluer mes parents. Un repas partagé en toute convivialité fit oublier les rancunes trentenaires.

Après la ferme chez mes parents, le jeune commis se loua dans un autre domaine, du côté de Carentan. Deux tables différentes pour les repas, celle des patrons et l’autre, plus modeste, des serviteurs.

« Une fois la patronne devenue veuve, elle offrait le drôle de tableau de manger seule à sa grande table ! »

Après 18 mois de régiment, Auguste a choisi quelques fermes dans le Calvados.

Puis trente-deux années ont vu notre commis travailler sur des chantiers de couverture d’étanchéité et obtenir le poste de chef de chantier.

« Et dire que pendant que je bossais sur les chantiers, ma femme peu sérieuse se tapait des gars. J’ai alors divorcé ! »

Les boîtes de couverture ont fermé les unes après les autres. Auguste a travaillé sept ans chez Citroën à Caen. Licencié économique à 55 ans, avec un maigre salaire. Trois mois en préretraite à chercher du boulot. 

Convoqué à l’ANPE, il a eu la bonne surprise de s’entendre dire : « Monsieur Peronne, vous avez assez travaillé ! »

Ouf ! Sa vie de retraité pouvait enfin commencer, près d’Annick, sa troisième épouse ! Et des enfants, Jean-Marc, le fils aîné plombier, Yolande, la fille chauffeur de bus, Nelly, handicapée née à cinq mois et demi, qui ne pesait que 940 grammes, « moins qu’un kilo de sucre », ajoute Auguste. Et Philippe, le petit dernier, chauffeur de poids lourd.

Merci à vous, Auguste d’avoir bien voulu raconter tous ces souvenirs, parfois fort douloureux, d’une jeunesse à la dure. 

Merci à tous les deux.

Et longue vie ensemble !  Eté 2016     Nelly Duval

Auguste Peronne et son épouse

Auguste Peronne, son épouse Annick et leur petit chien.

 

 

 

 

( 12 août, 2016 )

Juliette et Babeth

Elles sont arrivées le 13 juillet, non cocardées pour la fête nationale du lendemain bien que venant de briser les grillages de leur enclos-prison d’élevage pour une longue vie de liberté et d’insouciance à la Mauvillère.

Deux jeunes élégantes ont donc rejoint notre seule et unique poule, veuve de sa sœur depuis quelques semaines.

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Babeth, la Sussex, au plumage bien fourni blanc herminé noir dont les lointains ancêtres non gaulois vivaient en Angleterre, dans le comté du même nom, au sud de Londres. Un pays encore dirigé par une certaine Elizabeth ou Elibabeth.

 

Quant à Juliette, la jolie bipattue gris ardoise, elle a bien failli ne jamais porter de prénom.cocot 5

Une fois choisie parmi les dizaines de poulettes et capturée dans un filet genre épuisette, à la ferme cueillette de fraises et élevage de gallinacées sise au Mesnil-Rogues, la poulette a été indélicatement saisie par les ailes. La demoiselle grise légèrement incommodée par cette posture peu confortable, au sortir du poulailler grillagé s’est débattue et a pris la poudre d’escampette. La maladroite qui avait pourtant repéré les allées et venues nerveuses de l’énorme cerbère à l’extérieur de l’enclos aurait dû s’envoler !!! Oubliant que le maître avait récemment sectionné quelques extrémités de plumes à son aile droite pour que la gallinacée reste pattes à terre.

Aussitôt libre aussitôt poursuivie par le gros chienchien de la maison, un nommé Jules, qui l’a vite eue à la course et saisie entre ses crocs ! 

Voilà notre propriétaire de poules courant après son chien, le quatrepattu champion de marathon galopant, loin devant, à peine alourdi par sa proie emplumée. Un grand champ à traverser au pas de course et nous en compagnie des quatre petits-enfants, assistant, impuissants à la terrible scène, anticipant déjà sur la fin proche de notre future hôte.

Eh bien non, cinq minutes plus tard, homme, chien et poule sont revenus, la cocotte, tel un bâton de relais au 4x400m à pied, ayant changé de camp, indemne, la crête soudain devenue jaune de peur.

« On va l’appeler Juliette« , ont alors proposé Timo, Nolan, Laly et Baptiste, les vacanciers, soulagés, décidés à rompre l’atmosphère morose, en souvenir de cette course poursuite à l’heureux dénouement.

Emballées dans un carton, Juliette et Babeth ont gagné leur nouveau logis, avec quarantaine d’une demi-journée et d’une nuit au poulailler, pour s’imprégner du lieu.

Les demoiselles n’ont hélas, un mois plus tard, pas encore bénéficié de l’amitié de Madame Veuve  qui, chaque fois qu’elle le peut, en profite pour faire sa loi de ségrégation : les jeunes d’un côté et à moi, la doyenne, le commandement.  Ce que nos petites nouvelles n’apprécient guère, ayant déjà laissé quelques plumes dans la bagarre.

 

Avec Kiwi et Freckles, mouton et brebis, le temps est au beau fixe, les deux ovins acceptant volontiers, chaque matin, de partager leur petit-déjeuner de granulés avec les nouvelles copines à plumes.

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Pendant que la douairière solitaire boude, nos jolies, trouvant le nid fort à leur aise, y déposent gentiment, chaque jour, leur coco. Babeth nous gâtant même, pour ses premières pontes, d’œufs à double jaune.

 

Et tant pis pour la râleuse, foi de Juliette et Babeth ! 

Si les photos apparaissent floues, cliquer dessus pour les obtenir bien nettes.

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