( 5 août, 2016 )

Ami(e)s lecteurs et lectrices

Non, je ne vous ai pas oublié(e)s.

Oserai-je vous dire que je vous trompe en cachette avec …. un hebdomadaire nommé Manche Libre ! Du temps où j’avais le loisir de vous raconter des histoires, je n’étais maman que de cinq communes. Me voici maintenant la nounou des onze communes de l’ancien canton de Cerisy-la-Salle, ma collègue ayant pris deux mois de vacances.

Vous voulez connaître leurs noms ?

Belval, Cametours, Cerisy-la-Salle, Guéhébert, Montpinchon, Notre-Dame-de-Cenilly, Ouville, Roncey, Saint-Denis-le-Vêtu, Saint-Martin-de-Cenilly et Savigny

A l’image de mes petits-enfants, chiens, brebis, poules et poissons que je ne dorlote pas qu’à moitié, là où le devoir m’appelle, je cours.

Bien que non religieuse mais appréciant l’histoire locale et la magie sacrée des églises de notre canton, j’ajoute chaque semaine à mes écritures un mini dossier consacré à l’une d’elles. Dont je commence à  voir le bout car, jeudi prochain, ce sera le n° 9 sur les 11 avec l’aventure cametouraise.

A court de bon bouquin ou de magazine ? Eh bien je vous livre le contenu des derniers sortis. Un clic dessus l’article et vous aurez la lecture aisée.

Avec, en primeur, celui de Cametours que je viens d’envoyer à la relecture ce matin et qui ne sortira dans la Manche libre que la semaine prochaine.

Une vraie preuve que vous êtes mes lecteurs préférés, n’est-ce pas ?

Bientôt, je vous promets deux autres articles sur lesquels je travaille quand il me reste cinq minutes et que je n’ai pas trop sommeil.

Oui, je pense à vous et vous, vous pensez à moi ? A bientôt en tout cas. Bises.

 

Survol église Montpinchon

survol des églises Savigny

 

 

CametoursSurvol insolite des églises de notre canton Cerisy la salle

( 27 juin, 2016 )

Agonie

J’ai deux poules dont l’une est à l’agonie. 

Je dis bien « agonie », du grec agonia qui signifie combat, lutte, dernière lutte de la vie contre la mort.

Non, vous ne saviez pas que ce terme n’est pas exclusivement réservé au genre humain ? 

Depuis des mois, elle se traînait, semblant nonchalante, posant doucement et lentement une  patte après l’autre, hésitant à tourner la tête sur mon passage, ne se jetant plus avec avidité pour picorer le blé sur l’herbe, ne courant plus après insectes et vers de terre, comme continuait de le faire son unique compagne de basse-cour.poulette 1

La mine grise, la crête peu colorée, l’œil terne, le plumage moins éclatant, la gallinacée avait quelque chose de travers.

poulette 2

J’ai longtemps pensé qu’elle se remettrait, avec les beaux jours, de cette dépression physique et ne suis pas allée consulter un médecin pour poules.

Hélas, son état a empiré au fil des jours, aggravant ma tristesse à chaque rencontre tri ou quadri quotidienne.

Elle venait de chez maman, cette cocotte.  Car maman, éleveuse d’une quarantaine de poules pour sa consommation personnelle et celle de ses enfants (sauf moi puisque végétarienne), tenait à m’en offrir une ou deux, les plus jolies ou les plus gentilles.  

cocotte 3

Les plus habiles à sauter la clôture pour chaparder les légumes dans son jardin, elles m’étaient destinées. Les cocottes commençaient alors une longue vie de balades et de farniente, à l’abri de couteau tranchant, ayant juste pour tâche de nous assurer un œuf de temps en temps, quand elles le souhaitaient.

Maman nous a quittés en 2013. Or elle ne s’occupait plus de volailles depuis un an au moins. Si je compte bien, les toutes dernières poules qu’elle m’a offertes seraient âgées de 4 ans. Elle me les donnait, sachant que j’aurais toujours, au moins, de beaux œufs frais à gober puisqu’à son grand désespoir je ne me sustentais plus de chair d’animaux de la ferme et d’ailleurs. 

Petite maman est morte, la poule va mourir. Nous allons bientôt suivre ce sinistre cortège de morts qui disparaissent dans le néant de la terre ou du feu et dont, peut-être il faudrait bien le croire, l’étoile brille quelque part au firmament de l’Eternité.

 cocotte 4

Je sais qu’elle souffre, ne mangeant plus, ne se perchant même plus sur la branche à cet usage dans le poulailler, près de sa sœur poule qui, elle, semble très affectée en restant à ses côtés pour la veiller, ne caquetant même plus.

 

Et je me dis que la souffrance, animale ou humaine est la même.

Que pense-t-elle dans sa petite cervelle d’oiseau ?

Que penserons-nous tous lorsque l’heure de l’agonie aura sonné ?

Le dégoût d’avoir vécu pour en arriver là !

Le non-sens de la vie qui conduit  à la déchéance avant le dernier soupir !

La privation prochaine des êtres aimés et de Dame nature !

Le drame de la souffrance en attendant le dernier souffle !

étoile

Puisse cette petite poule ne plus souffrir bien vite pour rejoindre cette immense Paix dans laquelle nous aimerions tous entrer, le plus tard possible, dans la douceur et sans douleur ! 

Ce matin du 28 juin, la pauvre poulette n’a pas eu la force de sortir du poulailler et, ce midi, son corps gisait, sans vie, à l’entrée de sa demeure.

Je suis soulagée qu’elle soit enfin morte. soulagée qu’elle n’ait plus à souffrir davantage…pour mourir.

« Vivre, se nourrir, … accomplir la tâche pour laquelle on est né et mourir : ça n’a aucun sens, c’est vrai, mais c’est comme ça que les choses sont. »
L’élégance du hérisson    Muriel Barbery

 

 

( 23 juin, 2016 )

De la cuisse à la fesse…

Non, je ne suis nullement tentée par la pornographie, les écrits à tendance libertine ou bien les photos carré X.

Seulement, ce matin,  la nature m’a fait une farce.

J’étais courbée, fourche en action, à pester contre la dure tâche d’arrachage des pommes de terre.

Les vilaines ayant chopé, plus vite que prévu, le mildiou, il fallait agir dans l’immédiat.

Sol boueux suite à la journée pluie d’avant hier et au violent orage de cette nuit, patates collantes de terre, gants de jardin alourdis par une épaisse couche de gadoue, bêche au manche glissant, elle aussi épaissie de cet humus noirâtre.

Bref, je pestais quand soudain j’ai vu, à l’extrémité de la fourchée, apparaître deux jolies fesses.

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Et pas n’importe quelles fesses ! Pas besoin de réfléchir longtemps pour savoir à qui elles appartenaient.

Eh oui, c’était bien celles de la Belle de Fontenay.

Vous l’avez déjà rencontrée, cette belle à croquer ? 

Vous avez oublié le lieu ?

Voyons, était-ce au supermarché ou bien dans vote assiette ?

Envolés fatigue et mal de dos ! 

J’ai souri à cette farce de la nature qui arrivait à point pour clore le pénible arrachage de pommes de terre !

J’en suis restée sur les fesses, à la vue de ces fesses en goutte d’huile qui ne m’auront pas coûté la peau des fesses et que je croquerai bientôt.

pdt 2 O

Conclusion :

Si nous sourions plus souvent et rions plus fort, paraît-il que nous vivrons plus longtemps !

Une journée de plus gagnée ce matin !

 

 

( 17 juin, 2016 )

Cuisse de nymphe émue

Ah ! La cuisse, mot peu poétique pour désigner cette partie des membres inférieurs qui va de la hanche au genou, généralement cachée sous le pantalon ou la jupe, légèrement tabou parce que proche voisine du sexe.

Un mot cependant inspirant puisque inséré dans bon nombre d’expressions familières dont vous connaissez ou devinerez la signification.

*Se taper sur les cuisses
*Se croire sorti de la cuisse de Jupiter
*Faire une belle cuisse à X
*Montrer ses cuisses
*Arriver par les cuisses
*Avoir la cuisse accueillante
*Tirer cuisse de quelqu’un
C’est bien sûr aussi une partie mangeable de l’animal pour les non végétariens, cela va de soi : cuisse d’antilope, de canard, de chapon, de cheval, de lapin, d’oie, de pigeon, de perdreau.
Pour certains fruits, l’on a eu recours au mot :   ainsi la Cuisse-madame, cuisse-dame : variété de poire précoce, longue et renflée, de couleur fauve.
Rozier_-_Cours_d’agriculture,_tome_8,_pl__2,_cuisse-madame
Saviez-vous qu’un quartier de noix débarrassé de son enveloppe s’appelle une cuisse ? Les écureuils en sont friands, de cette cuisse végétale !
C’est aussi la couleur de référence du champagne rosé.
Quant aux fleurs, et j’y arrive enfin, j’ai la chance de contempler chaque jour ma Cuisse de Nymphe Emue, dans le jardin du haut, bien à l’abri du pêcher. Je m’y penche pour humer son si délicat parfum onctueux, puissant et subtil, sublime. Et savourer des yeux son coloris rose très pâle ainsi que ses innombrables pétales serrés de rose ancienne.cuisse
La belle apparue en France au XVIe siècle vient de Crimée. D’abord nommée rosier blanc royal, elle devint ensuite cette cuisse de nymphe. Nos amis anglais la nomment « great maiden’s blush », grand rougissement virginal. Toujours couleur cuisse, avant prémices du plaisir charnel ! A une différence près ! C’est que la belle dame a conservé sa défense épineuse ! Et gare à qui s’en empare sans avoir montré patte douce !
 
Certaines palettes de couleurs conservent cette désignation apparue vers 1775, d’un certain rose incarnat pâle et délicat, un peu la couleur des maillots roses des petits rats de l’opéra, sur certains tableaux de maîtres.

Danseuse. Renoir

Danseuse. Renoir

Connaissez-vous toutes ces nuances du coloris rose ? 
Bisque, chair, cherry, coquille d’œuf, dragée, bonbon, pelure d’oignon, framboise, fuchsia, incarnat, Hollywood, Nacarat, Mountbatten, persan, vif, saumon et notre cuisse de nymphe.
Pourquoi le terme « nymphe » en place de demoiselle ou dame ? Nymphe, dans les mythologies grecques et romaines, c’était une divinité féminine, entre la jeune fille en âge d’être mariée, la fiancée ou la vierge.
Une divinité de la nature, une ondine chez les Germaniques, toujours jeune et belle, escortant une déesse ou un dieu, presqu’immortelle. En raccourci coquin, une fille à la cuisse dévoilée. Et, qui plus est, émue !!!
Diane et ses nymphes de Rubens

Diane et ses nymphes de Rubens

Bénie soit cette cuisse de nymphe émue, au jardin !cuisse 3

Un seul regret : à l’automne, la belle ne daignant pas remonter sa jupe pour laisser apparaître sa cuisse, je devrai attendre trois autres saisons et demi pour me délecter de ses parfum et charmes  ! En langage pépiniériste : rosier non remontant !

cuisse 2

J’ai omis de vous dire que ce charmant rosier m’a été donné, il y a quatre ou cinq ans, par une dame nonagénaire très cultivée, mélomane devenue presque aveugle et avec laquelle, pour rompre un peu sa solitude, j’allais, chaque vendredi après-midi, passer deux heures. Elle parlant beaucoup de musique, audition de morceaux qu’elle aimait à l’appui, et moi écoutant surtout et apprenant d’elle sur la vie et les œuvres des musiciens et chanteuses d’opéra.

Elle aimait beaucoup les roses, témoin cette Cuisse de nymphe émue qu’elle décrivait comme son rosier préféré et dont elle m’a donné un rejeton. 

rosier-cuisse-de-nymphe-emue 

 

 

 

 

 

 

( 11 juin, 2016 )

Bibiche

On l’appelait Bibiche, chacun laissant apparaître un léger sourire moqueur à la commissure des lèvres en prononçant ce surnom.

C’est si facile de se moquer d’une personne différente de soi, surtout lorsque le vice, le mal-être ou la dépendance dont elle souffre s’affiche sur son corps physique.alcool

Une légère moquerie mêlée de pitié pour celle qui avait été fort jolie, certes vêtue de tenues bien au-dessus du genou, de jeans ultra moulés. Un minois fin, de grands anneaux pendant aux lobes de ses oreilles, elle attirait l’œil. Causant volontiers avec les gens. Une fille presque normale !

D’ailleurs qui est normal ? Nous avons tous quelque part un défaut caché, plus ou moins visible de temps en temps, un vice, une peur, une angoisse secrète et qui nous ronge la vie !

Bibiche avait besoin de plaire à tout prix ! Sentant peut-être déjà sa vie raccourcie plus tôt que de coutume ?

C’était sa façon à elle de se prouver qu’elle existait !

Bibiche, je m’en souviens quand elle était une très jeune maman accompagnant son fils à l’école maternelle dans laquelle j’enseignais.

Avec sa petite famille, elle est ensuite venue habiter dans la commune.

Bibiche avait-elle eu une enfance heureuse ? J’en doute fort.

Probablement déstabilisée dès son plus jeune âge, la maman aux trois hommes couvreurs (le mari et les deux fils) sur les toits des chaumières environnantes a commencé à boire plus que de coutume. Et quand on aime boire, une bière est la bienvenue puis une autre et encore une autre….

alcool 2

Une fois l’engrenage enclenché, c’est fichu pour arrêter le terrible mécanisme.

Bibiche a plongé en plein dans la cuve d’alcool ! Jusqu’à l’ivresse chaque soir….

Depuis quelques années, même le matin, elle offrait le triste spectacle d’une très maigre silhouette titubant en allant chercher son pain et la boisson à laquelle elle était accroc.

Son corps prématurément usé, squelettique a été incinéré avant-hier. Elle avait tout juste 53 ans.

bal 1

Bibiche s’est envolée vers le royaume dans lequel elle pourra enfin se reposer  en toute quiétude, loin des peurs et des addictions de toutes sortes, loin des regards moqueurs et des commentaires cinglants, loin des maux de la terre !

 

( 10 juin, 2016 )

Un cousin peu connu

Et le cousin de ce lierre rampant que nous connaissons bien puisque nous le pourchassons à grands coups de sécateurs et faucilles (voir article précédent), vous voyez qui c’est ?

Ce discret cousin nommé lierre terrestre est, lui aussi, partout présent.  Le long des haies et en bord de route, la plante aux feuilles en forme de cœur, d’un vert foncé allant au violacé, est en fleurs du printemps à l’automne. Discrètes, elles aussi. En forme de cœur inversé, elles peuvent être roses à mauves. lierre 3o

Jadis ce végétal était considéré comme une plante magique associée à la magie blanche.

Contrairement à la magie noire qui offre des aspects négatifs,  la magie blanche, elle, concerne une utilisation de la magie à des fins altruistes, ou préventives  avec des moyens presque toujours positifs, bénéfiques. terrestre 1 oElle guérit, protège, exorcise, renforce, réconcilie… Elle invoque les « esprits bons », Dieu… et pas les mauvais démons. Ouf !

Qui a alors intérêt à utiliser le lierre terrestre ?

Placée sous la couche des jeunes mères, avec d’autres herbes, elle leur redonne des forces après le travail de l’enfantement.

terrestre 2 o terrestre 4 o

Elle plaît bien aux abeilles et autres insectes qui la butinent avec joie.

La cuisinière pourrait l’utiliser pour relever les salades ou les soupes un peu fades.

Les fleurs servent parfois pour décorer les gâteaux.

Elle a longtemps servi à clarifier, aromatiser et préserver la bière, avant l’utilisation du houblon

Et puis, quelle panacée  en médecine parallèle !

Riche en tanin, en huile essentielle et en  vitamine C.

Et, pour les connaisseurs, elle possède aussi du 1,8-cinéole (également appelé eucalyptol), α-pinène, apigénine, β-sitostérol, bornéol, acide caféique, acide férulique, hyperoside, iode, lutéoline, menthol, acide oléanolique (un vasodilatateur démontré), acide rosmarinique, rutine, acide ursolique.

Elle soigne les inflammations de l’œil, les tintements d’oreille, les indigestions, les blessures.

Elle est même aujourd’hui étudiée pour le traitement préventif de la leucémie, de la bronchite, de l’hépatite, du cancer et du Sida. Attention ! A consommer cependant avec modération.

terrestre 5 o

Merci encore à Wikipédia, mon précieux dictionnaire en ligne qui nous permet de nous cultiver !

Peut-être reconnaîtrez vous maintenant, au cours de vos balades campagnardes, le lierre terrestre, cet ami qui nous veut du bien !

A bientôt pour d’autres causeries au coin …….de l’ordinateur !

 

( 8 juin, 2016 )

Inhabituel sapin

A quelques centaines de mètres de chez nous, il y a ce poteau autour duquel s’est enroulée, il y a un ou deux ans, la liane arborescente tant décriée, maudite et enfin sectionnée.

On dirait un sapin de Noël à la mi janvier, lorsque la fête est finie et qu’il n’est plus le héros des festivités. lierre 2 O

Cette liane morte fut un vigoureux lierre dont voici quelques caractéristiques.

Merci aux sites dans lesquels j’ai un peu pioché.

lierre 3

Nommée lierre grimpant, l’espèce de lianes arbustives à feuilles persistantes, de la famille des Araliaceae, au nom latin d’Hedera Helix, est prospère, il est vrai.

J’ai voulu étudier un peu qui elle était et pourquoi son existence. J’y ai découvert que, moi aussi qui fais la chasse à la plante dès qu’elle commence à envahir un muret, un arbre ou un quelconque endroit, je me trompe sur son compte.

Qu’elle me pardonne mon erreur !

Non, ce n’est pas une plante parasite, étouffante.

Car elle ne se nourrit qu’avec son système radiculaire souterrain et n’abîme, en fait, que les murs déjà abîmés et fragilisés par les ans ou une mauvaise construction lézardée.

Ce sont surtout ses petites  ventouses agrippantes que l’on croit destructrices. Il n’en est rien puisqu’elles ne possèdent aucune fonction absorbante et ne pompent donc pas leur hôte à ses dépens.lierre 4

La liane protège les arbres puisqu’elle absorbe l’humidité stagnante et freine la prolifération des bactéries et parasites.

Abri d’une faune fort utile au jardin ou au verger,  la rondelette, rondette, rondote ou lierret, autant de petits noms charmants pour désigner ce végétal, a l’art de fleurir tard, après les autres plantes et la chute de plusieurs de ses feuilles qu’elle perd au bout de leur 6e année.

Et à l’approche de l’hiver, ses fleurs sont les bienvenues pour nos amies les abeilles qui les butinent et y trouvent de quoi nourrir leur nombreuse famille dans la ruche.lierre 5

Le comble, c’est que le lierre est un dépolluant de l’atmosphère et un assainisseur de notre environnement.

Quant à ses propriétés médicinales, elles sont multiples mais attention, la plante peut aussi se révéler toxique ! 

Du symbole de l’immortalité chez les Egyptiens, c’était l’arbre d’Osiris, à celui de la fidélité (explication inutile), il est devenu la brebis galeuse de notre paysage ! 

Alors, les ami(e)s, changez d’avis et que vivent le lierre  et ses longues lianes venues du fin fond de la Préhistoire et dont la durée de vie peut aller de 400 à 1000 ans !

( 7 juin, 2016 )

Expérimentation au jardin

Je ne trouve pas de temps en ce moment pour écrire sur mon blog. Vous savez pourquoi ?

Non, ceci n'est pas la butte, juste un herbier d'ail, de physalis peruviana et laitues dont les plants m'ont été offerts. Le tout sur terre enrichie.

Non, ceci n’est pas la butte, juste un herbier d’ail, de physalis peruviana et laitues dont les plants m’ont été offerts. Le tout sur terre enrichie.

 

Eh bien j’étudie, je risque, j’expérimente, je teste et j’innove au jardin. A défaut de grande quantité de légumes, je m’essaie à la qualité de la terre, au travail fourni par ses habitants et à la production de quelques plantes comestibles sorties d’un humus riche en vie qui pourront orner ma table et régaler nos papilles.

Une autre planche de salad bowl, généreuse laitue à couper.

Une autre planche de salad bowl, généreuse laitue à couper.

Je parle bien d’expérimentation !

perma 1

Résultats non garantis et peut-être à longue échéance.

Tentée par la permaculture depuis quelques années, je me suis renseignée via Internet et les You Tube du jardin du Graal ou d’Emilia Hazelip que je me suis passés en boucle. Ca a mijoté la nuit dans ma tête et m’a conduite à la réalisation d’une butte. perma 2

Après avoir creusé un fossé de 30 cm de profondeur sur 1,20 m de large et 10 m de long, en forme de U, je l’ai empli de branches petites et grosses ramassées à Hudimesnil, au bois de la Rabotière, avec la complicité de mon époux pour le  transport de la charretée.perma 3

Bien tassé, l’amas de bois a été recouvert de plusieurs seaux de feuilles mortes et terreau provenant du même bois, de feuilles d’orties cueillies avec mains précautionneusement gantées .

Il ne restait alors qu’à remettre la couche végétale prélevée lors du creusement pour obtenir une butte que j’ai bien arrosée et saupoudrée de paille dont plusieurs balles étaient entassées dans le grenier à foin depuis au moins trente années.

Quelques jours plus tard, soulevant la paille, j’ai planté dans la terre, sur le sommet de la butte, un artichaut, un plant de patate douce, quelques filets de poireaux, un basilic pourpre, une touffe de persil, un poireau perpétuel, etc.

Touffe de persil et salades

Touffe de persil et salades

Sur les côtés, j’y ai glissé pas mal de pommes de terre Ratte.

Promesse de framboises

Promesse de framboises

Les résultats ? Patience et longueur de temps….

Je vous tiendrai au courant. D’ici là, bon vent léger, petite pluie fine alternée de soleil et ça devrait pousser !

 

( 24 mai, 2016 )

La glycine de Marina, notre grand-mère Fauchon

Grand-mère Fauchon, puisque maman appelait ainsi  cette aïeule qu’elle aimait bien, moi aussi j’ai continué de la désigner sous cette appellation. J’ai longtemps cru me souvenir d’elle, décédée le 1er novembre 1952, je n’avais que bientôt trois ans. C’est plutôt le portrait que m’en faisait maman, la photo souvent regardée de la vieille dame à la coiffe blanche ou le fait d’entendre dire « Tu ne t’en souviens pas ?‘ signifiant « Tu ne vas pas me dire que tu l’as déjà oubliée ? » qui me faisait affirmer que Grand-mère Fauchon restait présente dans mon souvenir.

La famille Fauchon dans les années1920. Cyrille et Marina, Leurs deux filles Angélina à gauche, la mère de maman et Sophie sa jeune sœur.

La famille Fauchon dans les années1920. Cyrille et Marina, Leurs deux filles Angélina à gauche, la mère de maman et Sophie sa jeune sœur.

Grand-mère Marina Fauchon habitait dans la maison que j’occupe depuis 45 années, demeure de famille transmise de génération en génération.glycine 1 o

Le long du mur de la façade de cette maison courait une glycine.  

A mon arrivée, elle était encore florissante bien que possédant un tronc tout tordu et creux par endroits. Il fallait régulièrement tailler le cher arbuste aux généreuses lianes, ce qui a fini par nous déranger quelque peu, nous qui avons osé essayer d’éradiquer la fameuse glycine pour la remplacer par une véranda.

Or la rusée dont la famille est venue de Chine ou du Japon au XIXe siècle, notre rusée plus que centenaire, increvable et fort vigoureuse, a laissé filer ses longues et sinueuses racines porteuses de rameaux. 

glycine 5 o

Ayant compris qu’elle gênait à cet endroit, la plante grimpante a migré, à quelques enjambées de là, vers le côté ouest de la demeure, laissant vite réapparaître ses longues tiges ornées de fines feuilles.

glycine 2 o

Chaque printemps, ces merveilleuses charmantes grappes de fleurs violettes envoûtantes,  au puissant parfum suave, me ravissent et m’enchantent.  »Un lac mauve », suspendu entre ciel et terre, aurait dit Colette, l’écrivain.

glycine 3 o

Symbole d’une extraordinaire force de vivre, de la renaissance au milieu des épreuves  et d’une amitié durable, un modèle à suivre ?

glycine 4 o

( 18 mai, 2016 )

Petits soleils sous la pluie

Zut et flûte ! Il pleut, ce matin. La nature a grise mine, dégouline et attriste.

Œillet rose à la subtile fragrance

Œillet rose à la subtile fragrance

Les fleurs hier encore si souriantes et élancées, inclinent bas leur frêle tête lourde de gouttelettes d’eau.

Généreuse touffe de primevères auricules

Généreuse touffe de primevères auricules

Les derniers narcisses ont dû s’abaisser si près du sol qu’ils semblent en prière.

Autres auricules 

Les lumineux escholtzias ont carrément fermé boutique.

Omphalodes à l'oeil étoilé

Omphalodes à l’oeil étoilé

Adieu le capiteux parfum des  lourdes roses rouges.

Heureusement, dans mon sac il me reste quelques  récents portraits  de ces fleurettes souriant, hier encore et demain peut-être, à l’astre solaire au front d’or. Je nous les offre volontiers, histoire d’embaumer notre cœur sous cette pluie battante.

( 17 mai, 2016 )

Gabrielle Epilogue

               Epilogue

 

François a quitté Gabrielle en 1976, à l’âge de 83 ans.

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« C’était un bon vivant. Il aurait pu rester avec moi plus longtemps s’il avait su se reposer davantage !  C’était plus fort que lui. Il travaillait toujours», soupire tristement Gabrielle.

Depuis bientôt trente ans, dans sa solitude peuplée de souvenirs, entre les quatre murs de sa modeste petite pièce-cuisine, Gabrielle s’affaire doucement en n’oubliant jamais d’alimenter le feu dont elle entretient précieusement la vigueur en activant vivement le soufflet jusqu’à ce que les flammes viennent lécher la crémaillère.

Solitude rompue, de temps en temps, par la visite de ses proches, du boucher ou des gens du voisinage avec lesquels elle entretient de très bonnes relations. Fredonne-t-elle encore parfois « Nuit de Chine », cette chanson tube des années 1950, écrite en 1922 par Ernest Dumont et interprétée par de nombreux artistes (Anny Flore, Bambou elle qui a beaucoup aimé chanter en travaillant et aussi en trayant ses quelques vaches, de même pour les grandes occasions et les repas du club du Troisième Age ?

  Gabrielle Epilogue dans CROQUENOTES BO00810

Quand le soleil descend à l´horizon

A Saigon Les élégantes s´apprêtent et s´en vont

De leurs maisons A petits pas, à petits cris

Au milieu des jardins fleuris

Où volent les oiseaux jolis

Du paradis Tendrement enlacés

Se grisant de baisers

Les amants deux par deux

Cherchent les coins ombreux

 

Refrain Nuits de Chine, Nuits câlines,

Nuits d´amour Nuits d´ivresse,

De tendresse Où l´on croit rêver

Jusqu’au lever Du jour!

Nuits de Chine, Nuits câlines,

Nuits d´amour!

Sur la rivière entendez-vous ces chants

Doux et charmants?

Bateaux de fleurs, où les couples en dansant

Font des serments!

Pays de rêve, où l´étranger

Cherchant l´oubli de son passé

Dans un sourire a retrouvé

La joie d´aimer

Eperdu, le danseur

Croit au songe menteur

Pour un soir de bonheur

On y laisse son coeur

 

 

Merci, Gabrielle, pour cette riche et belle page d’Histoire lors de nos après-midi au coin du feu.

Merci du plus profond du cœur pour ces souvenirs, tantôt gais et qui nous faisaient rire, tantôt si tristes qu’ils nous embuaient les yeux de quelques larmes, tantôt tellement  émouvants qu’ils imposaient un long silence dans la conversation.

Le tombeau de Gabrielle et de François.

Le tombeau de Gabrielle et de François.

Gabrielle, quelques années plus tard, s’en est allée reposer tout près de son François, dans leur nouvelle demeure du cimetière d’Ouville, à l’ombre de l’église.

A moins qu’aux dernières nouvelles, ils se soient offert un petit voyage au pays des jardins verdoyants peuplés d’oiseaux du paradis, voguant sur un bateau de fleurs ?

L'église d'Ouville à l'ombre de laquelle reposent les corps de Gabrielle et de François.

L’église d’Ouville à l’ombre de laquelle reposent les corps de Gabrielle et de François.

Ou bien reviennent-ils parfois, tous deux, main dans la main, faire un petit tour dans la carrière, évoquant leurs années de dur labeur, d’épreuves, de chagrins et de joies, avant de retrouver leur séjour de la Grande Paix Eternelle ?

Au revoir, Gabrielle ! 

( 16 mai, 2016 )

Gabrielle Chapitre 17

                              Chapitre 17

 

                Retour vers le présent

 

Plusieurs coups stridents de klaxon annonçant la venue hebdomadaire du boucher ambulant nous sortent brutalement de nos visions cauchemardesques.

Gabrielle saute alors de sa chaise et, se saisissant de son petit porte-monnaie en cuir marron foncé, va, à pas menus dans ses pantoufles, chercher quelques provisions de viande pour ses futurs repas.

De retour, après avoir déposé les victuailles dans son réfrigérateur, la nonagénaire nous propose une tasse de café : « Vous savez, il est pas fort, mon café, je le fais avec de la chicorée ! » café

Avec ce brusque retour vers le présent, Gabrielle évoque les fréquentes visites du gentil gendarme, le mari de sa petite-fille. « Mes filles, je les vois pas souvent. L’une habite à Ronthon, l’autre à Dragées. Quand je passe quelques jours chez elles, je me sens bien : l’air d la mer, c’est bon pour mes bronches ! Et puis elles ont leur boulot ! La fille de la mère X (une voisine de la carrière), elle m’a téléphoné à Noël. Elle a perdu son mari il y a deux ans. Elle s’ennuie là-bas, en Alsace ! Sa mère, elle était pas facile ! Fallait plutôt être bien avec elle ! François et moi, elle nous aimait bien ! Je lui donnais souvent un peu du lait de la traite de nos vaches.»chicorée

Qui aurait pu ne pas aimer ces deux êtres doux et généreux, travailleurs et énergiques, au singulier destin, humbles existences heureusement rencontrées et, malgré tout, unies à la vie à la mort ? Je n’ai jamais osé demander, par pudeur pour elle, de la prendre en photo. Je vous laisse imaginer le visage de cette charmante petite femme, toute en sourires, si accueillante !  

( 15 mai, 2016 )

Gabrielle Chapitre 16

                   Chapitre 16

 

                  Sanglante nuit

 

Cet épisode dramatique s’est passé dans la nuit du 29 au 30 juillet 1944. Gabrielle s’en allait rendre visite à ses trois enfants, les jumelles et le petit Jean, 2 ans, placés, pour un temps, chez leur tante vivant au Mesnil-Garnier, endroit plus à l’abri à cause des hostilités.

Quand, atteignant le carrefour des quatre routes à Trelly, elle a été prise entre les Allemands essayant de s’enfuir et les Américains progressant peu à peu.

« Non, Gabrielle, n’y allez pas ! Ils ont fait sauter le pont sur la rivière à Gavray ! Abritez-vous ici ! », lui cria-t-on alors. La courageuse femme a bien tenté de traverser la route pour rejoindre les Américains : épines du talus et mitraillages constants l’en ont dissuadée.  

Après avoir demandé de l’aide aux GI’s en face avec, pour réponse, « On n’est qu’une poignée ici, on ne sait pas si on va être assez forts ! », tous se sont alors cachés, côté allemand, dans une étable : un gars du Plessis, la famille Vigot composée du père, de la mère et de leur fille, un bébé d’environ trois mois, sans oublier notre Gabrielle, très inquiète.

Merci à Flickr.com. Au fond, la maison décapitée.

Merci à Flickr.com. Au fond, la maison décapitée.

 

Cette nuit-là, blottis contre les murs de l’étable, ils ont retenu leur souffle, écoutant les moindres bruits.

Ca bagarrait dur dehors ! A part le bébé, il n’était pas question de s’endormir ! 

Un premier obus est entré par un coin de la porte et s’est planté dans le plafond.

Un deuxième engin explosif a suivi et fait des dégâts : le gars du Plessis a été tué net. Le bébé dans son landau a été grièvement blessé, touché dans son sommeil. Il décédera trois semaines plus tard. Le mari Vigot blessé, sa femme aussi.

Quant à Gabrielle, elle s’en est tirée avec quelques égratignures et… la peur au ventre.

De nombreux Allemands ont été tués ou faits prisonniers à cet endroit. Terrible spectacle de cadavres jonchant le sol le long des talus !

trelly 1

« Quand on est sortis, il fallait faire attention où on mettait les pieds car c’était miné ! »

Reportant à plus tard la visite à ses enfants, Gabrielle a rebroussé chemin et rencontré, sur la route du Bouley, François qui venait à ses devants. Tous deux se sont enlacés, tellement heureux de se retrouver sains et saufs.

Cet épisode de la Seconde Guerre Mondiale s’est déroulé à l’endroit baptisé depuis lors La Lande des Morts. 600 morts dont 450 Allemands et 8 civils de Trelly, environ 1000 blessés sur ce tout petit périmètre de champ de bataille.

 

 

( 14 mai, 2016 )

Gabrielle Chapitre 15

 

 

 

                   Chapitre 15

 

             Vivre avec les envahisseurs

 

En 1944, au moment de la Libération, une centaine d’Allemands se sont réfugiés dans les bâtiments agricoles de la petite ferme pour y passer la nuit dans les tas de foin, les chefs se réservant « la bonne chambre ».

 

 

« Un jour, ils ont couru après un de nos veaux, en vain. Alors ils se sont rabattus sur cinq de nos poules, les ont juste plumées et mises à rôtir dans la cheminée sans les vider ! », s’étonnait encore la vieille dame, soixante années après l’invasion germanique.poules

« Une autre fois, ils m’ont obligée à laver leur linge et à l’étendre. Ils fournissaient le savon, et du bon ! Nous qui devions fabriquer le nôtre avec les moyens du bord (de la soude, des feuilles de lierre et autre chose dont je ne me souviens plus…).Fernande, la voisine, a été plus fine que moi. Elle a gardé le savon en disant que l’animal ! lui avait échappé dans le lavoir ».savon allemand

Savez-vous qu’on lavait, à cette époque, le linge à chaud, surtout les draps, avec l’eau de la marmite ou lessiveuse posée sur le trépied dans la cheminée et chauffée par un généreux feu de bois ? Je me souviens aussi avoir entièrement lavé mouchoirs de coton et chaussettes (nous, les plus jeunes, on ne nous confiait que des morceaux à notre taille et peu fragiles au cas où …) au douit (lavage, rinçage, essorage).

Petit savon allemand 1944, n'ayant jamais servi. Merci au site "maquettes militaires"

Petit savon allemand 1944, n’ayant jamais servi. Merci au site « maquettes militaires »

 

 

 

Généralement on rinçait à froid, au « douit » ou lavoir, au toit de tôle rouillée, les genoux posés dans la case sur une couche de paille, cette case en bois, caisse avec un côté ouvert, isolant les basses articulations du froid. L’hiver, un seau d’eau tiédie, près de la case, était le bienvenu pour y plonger les mains rougies par le froid.

« Avez-vous connu Angéline ? Ses mains étaient rongées par le savon. Nous, on lavait une fois par semaine, elle, c’était tous les jours au douit ! », se rappelle-t-elle soudain.

Il fallait donc plonger le linge de corps ou les draps dans l’eau de la rivière ou du ruisseau, canalisée dans cette réserve d’eau courante puisque entrant, résidant et sortant pour rejoindre son ruisseau, avant de le remonter sur la margelle du douit et de le battre avec le battoir, « battoux » en patois local normand, une façon d’essorer le trop plein d’eau du tissu et répéter les mêmes opérations plusieurs fois de suite selon salissures. « Bas donc plus fort et ne te penche pas tant, tu vas chavirer ! », nous criait Léonie la laveuse. battoir

A la Huberdière, là où maman habitait, à deux cents mètres de chez nous, à travers champs, étant jeune fille, elle lavait à l’étang, superbe pièce d’eau de la ferme louée aux Demoiselles Simon, riches héritières habitant Donville-les-Bains.

Revenons à notre Gabrielle.

Merci à l'Amicale des buttes

Merci à l’Amicale des buttes

 

« Dans la cour de la ferme, il y avait une soixantaine de fagots faits par François, destinés à allumer le feu quotidien. Les Allemands les ont tous pris et engloutis dans le creux du fossé pour faciliter le passage de leurs camions. »

Fagots. Site Paru Vendu.

Fagots. Site Paru Vendu.

 

Quel gâchis !

Gabrielle se souvenait encore que « certains ennemis étaient très corrects, en particulier un gentil qui n’aimait pas Hitler et qui pleurait quand il évoquait ses deux petites filles là-bas en Allemagne. Mon mari non plus n’aimait pas les « Boches », se souvenant de ce qu’il avait enduré, en tant que soldat, pendant la Première Guerre Mondiale, contre eux. »

Site INA

Site INA

En 1944, les Têtes de Mort sont apparues. « Ces SS étaient durs. Un jour, un voisin qui habitait de l’autre côté de la route, ayant constaté la disparition des poires de son arbre fruitier adossé au mur mitoyen, a osé venir se plaindre au chef qui logeait chez nous. Celui-ci ne l’a pas bien reçu du tout, lui donnant deux heures pour déguerpir de sa propre maison .

Site Wikipédia

Site Wikipédia

 

Nous, on les aimait pas mais on laissait faire ! « 

La nuit, deux soldats de veille plaçaient un coussin de paille sur le seuil de la porte et passaient la nuit, assis, à surveiller la maison et le chef paisiblement assoupi dans la bonne chambre !

Gabrielle ne m’a jamais fait voir sa « bonne chambre ».

La « bonne chambre », chez nous, c’était cette pièce contenant le lit et ses deux tables de chevet en merisier, achetés dans le meilleur magasin de meubles rustiques de la région, quelques semaines avant le mariage du couple. Munie de son armoire dans le même style que les autres meubles, remplie du trousseau de draps, taies, traversins, serviettes et torchons apportés par l’épousée. Sans oublier les quelques draps finement brodés ayant appartenu aux ancêtres et dans lesquels ils n’avaient jamais dormi car n’ayant pas eu le temps de les user tous ! Et de ses portraits du grand-père Emmanuel, le mari de Louise et de l’oncle Auguste mort à Salonique en 1916. Des regards fixateurs  envahissants ou amis selon l’humeur du moment, des êtres inspirant respect et chagrin à la fois !

Une chambre dans laquelle, à l’identique de la salle à l’étage inférieur, jouxtant la cuisine dans laquelle nous ne séjournions jamais pour ne pas l’abîmer. Et dotée des beaux buffet, vaisselier et ses services 44 ou 66 pièces flambant neufs dont on se servait une fois l’an, ses autres services plus ou moins dépareillés ayant appartenu à la tante Euphrasie ou à l’arrière grand-mère Louise, la cafetière à l’anse recollée, veuve de deux de ses tasses, le dessous de plat musical écorné trônant au beau milieu de la table, pièce unique fascinante à nos yeux et oreilles de petites filles ! La collection de pichets d’étain rangés selon leur ordre de grandeur, à épousseter religieusement les uns après les autres, précieux gages de respect des ancêtres, table et chaises capitonnées n’ayant encore jamais vu hôtes prendre leurs repas.

dessous de plat

Je me souviens avoir eu le droit de faire mienne « la bonne chambre » lorsque j’ai eu besoin d’indépendance, dormant jusqu’alors dans la chambre commune, avec ma sœur, jouxtant celle de mes parents. Offrande de la part des parents, mettant leur chambre à coucher de mariage à la disposition de leur aînée.   

 

( 13 mai, 2016 )

Gabrielle Chapitre 14

                      Chapitre 14

 

             Carrier, un métier de forçat !

 

François a eu sous ses ordres jusqu’à 16 carriers dont « une femme costaude qui cassait son mètre de pierre à 4 dans la journée. C’était une femme capable. J’sais plus son nom », avoue Gabrielle. Aimé et respecté de ses ouvriers, François n’a jamais reçu un coup de poing de leur part. Et pourtant pour casser du caillou toute la journée, il fallait presque être forçat ! Dans quel état d’esprit étaient-ils lorsque, la pioche en l’air vivement empoignée, les hommes s’apprêtaient à frapper vigoureusement le bloc de pierre ?

Charles Péguy a été l'un des premiers tués de la Première Guerre Mondiale puisque le 5 septembre 1914 à 41 ans.

Charles Péguy a été l’un des premiers tués de la Première Guerre Mondiale puisque le 5 septembre 1914 à 41 ans.

Tels dans la fable du casseur de cailloux attribuée à l’écrivain Charles Péguy (1873- septembre 1914 à la guerre)

Charles Péguy, en pèlerinage à Chartres, voit un homme suant, fatigué qui casse des cailloux au bord de la route. Péguy s’approche de l’homme et lui demande :
« Qu’est-ce que vous faites, monsieur ?
- Je casse des cailloux, c’est dur, j’ai mal au dos, j’ai chaud, j’ai soif… Je fais un sous-métier, je suis un soushomme…»
Péguy continue sa route et rencontre un autre casseur de cailloux qui lui, n’a pas l’air d’aller mal. À la même question de Péguy, il répond :
« Eh bien, je gagne ma vie. Je casse des cailloux. Je ne connais pas d’autre métier pour nourrir ma famille et je suis bien content d’avoir trouvé celui-là. »
Alors, Péguy tourne la tête et voit un homme, un peu plus loin, qui travaille dans la bonne humeur. À la question de l’écrivain étonné, il répond :
« Ce que je fais, moi, monsieur ? Je construis une cathédrale ! »

Certes la vie de carrier était peu enviable : métier dur, peu rémunéré, conditions d’hébergement et de confort rudimentaires, promiscuité dans un petit local, l’alcool aidant souvent à passer la soirée et tenir le coup.

Le sarrasin ou blé noir était très utilisé dans la confection des galettes quotidiennement mangées à la table des paysans.

Le sarrasin ou blé noir était très utilisé dans la confection des galettes quotidiennement mangées à la table des paysans.

 

Maman se souvient que, lors des corvées de batterie de sarrasin à la ferme, les ouvriers carriers venaient, à plusieurs, se joindre aux travailleurs. Ils étaient ainsi assurés, ce jour-là, de bénéficier d’un bon et copieux repas chaud.

sarrazin 3

Mal vêtus, mal chaussés, les hommes effrayaient la petite fille de cinq ans (maman), c’était en 1928, qui les croisait sur son chemin en rentrant de l’école. Eux se dirigeaient tous vers le même but : un des cafés dans lequel les casseurs de caillou pourraient oublier leurs pénibles conditions de vie en les noyant dans l’alcool.

Agrémentées d'un œuf,d'un morceau de lard, de confiture ou de miel, trempées dans le cidre doux en automne.

Agrémentées d’un œuf,d’un morceau de lard, de confiture ou de miel, trempées dans le cidre doux en automne.

« François a tout arrêté en 1936, à cause de sa femme qui buvait. Il est revenu tous les jours sur les lieux du dur labeur puisqu’il a continué à extraire, seul, du caillou dans cette carrière tant aimée.

« je devrais être enterré dans ma carrière ! », soupirait-il parfois.

« En 1939 ou 1940, François venait de recevoir une caisse de dynamite à utiliser pour briser les énormes blocs de pierre. Les Allemands la lui ont volée et c’est à partir de cet incident qu’il a tout stoppé. Il continuait cependant à s’y rendre chaque jour puisqu’il y exploitait les terres en propriété et celles louées aux voisins.»

 

 

( 12 mai, 2016 )

Gabrielle Chapitre 13

                      Chapitre 13

 

             Evacuation miraculeuse

 

Un énorme trou d’eau auquel s’ajoutait l’impossibilité de retrouver le tuyau d’évacuation : il y avait danger d’inondation de la route. Il fallait faire évacuer cette mare !

La grotte d'Ouville dédiée à la Vierge et construite en remerciement de protection à l'issue de la 2nd guerre mondiale.

La grotte d’Ouville dédiée à la Vierge et construite en remerciement de protection à l’issue de la 2nd guerre mondiale.

 

A cette époque, le caillou prélevé à la carrière était destiné à la construction de la grotte pieuse d’Ouville. Gabrielle implora, à tout hasard, la Dame en l’honneur de laquelle cette grotte allait être érigée. Juste ciel ! A ce moment précis, le tuyau fut débouché. François eut à peine le temps de tendre la main à son épouse et de la remonter précipitamment, lui évitant ainsi de prendre un bain forcé. Des mètres cubes d’eau s’évacuèrent à la hâte, emplissant le ruisseau proche d’un liquide mêlé de rouille longtemps contenue dans le tuyau et qui serait fatal à bon nombre de poissons.

grotte 2

Il a fallu rapidement demander à Charles, un voisin, d’apporter ses outils pour le débouchage des ponts : il y avait danger pour les usagers de la route inondée.

grotte 4

grotte 3

Gabrielle n’oublia pas de remercier la sainte Vierge pour son bon coup de main dans cette affaire.

Quant à la grotte d’Ouville, les deux époux regrettèrent que les belles pierres fournies par François et ses carriers aient été posées à l’envers, les arêtes les plus harmonieuses se retrouvant cachées.

grotte 5

( 9 mai, 2016 )

Gabrielle Chapitre 12

                                          

                      Chapitre 12

 

             La carrière de la Hersière

 

 

La Hersière, c’est le lieu-dit, à 2 kilomètres de chez nous, où se trouvait la carrière de François.

carrière 12

Dans les années 1920, le carrier, tout juste arrivé de sa Bretagne natale, l’a achetée à Girard et Fossey, du Calvados.

« Une carrière ouverte en 1847″, note l’abbé Legoupil, page 43, dans son fascicule sur l’Histoire de Saint-Denis-le-Vêtu, « pour donner du travail aux indigents et aux chômeurs de la commune. » Des pierres provenant de la carrière serviront à construire les murs du cimetière et la nouvelle école.

La matière première peu rare que ce Breton a trouvée ici lui a permis de travailler pour survivre, d’abord en utilisant une brouette en tant qu’outil de transport puis un mulet qu’il a acquis pour livrer plus facilement la pierre qu’il fallait d’abord casser, ensuite mesurer selon la surface du caillou (pierre à 4 ou à 7, tout venant …), enfin porter à l’endroit souhaité, matériau destiné à la construction et à l’entretien des routes ou encore à l’édification des maisons.

cailloux

« Il a commencé à extraire à (près de) la route puis il a continué à avancer son chantier en creusant, ce qui a formé une mare. C’était presque grand comme une piscine de 5 ou 6 mètres de haut. J’y ai même vu une femme de la commune voisine, une corde autour de la taille, s’y baigner, profitant de l’agréable température de l’eau tiédie par le soleil », se souvenait encore Gabrielle, intarissable. Tous deux, François et elle, ont durement peiné pour expulser l’eau du trou de la carrière. Tous les jours, ils y travaillaient afin de retrouver le tuyau d’évacuation. « Y avait Jacques le Serbe qui venait aider. Ils enfonçaient une gaule aboutée avec de la ficelle à une autre gaule et ainsi de suite jusqu’à sa sortie à l’autre bout », comme si elle y était encore à les regarder faire et les encourager ! La gaule est une grande perche, un long bâton en bois (gaule à pommes, gaule à pêche…).

( 8 mai, 2016 )

Gabrielle Chapitre 11

 

 

                    Chapitre 11

 

             Enfin un rayon de soleil  

 

Vous vous souvenez que Gabrielle a bien hésité avant d’accepter la place de servante chez ce veuf qu’était devenu François et qui n’arrivait plus à gérer seul sa vie familiale et son métier.

carrière 11

Elle est arrivée neuf mois après la mort du petit René, ses filles jumelles sous les bras. 

Bien sûr il y avait fort à faire à cause du grand laisser-aller des années précédentes. Des journées entières et souvent des nuits de raccommodage des habits et de remise en état de toute la maisonnée.

Et puis cet homme si agréable, qui lui parlait gentiment et qui lui proposa, quelques mois plus tard, d’unir, en 1939, leurs deux solitudes, pourquoi pas ?

Un oui de soulagement et d’espoir enfin possible, d’une vie apaisée ! 

Quatre enfants désormais à la maison : Gabrielle, 14 ans et André 13 ans, les enfants que François avait eus avec Marie-Louise et puis les jumelles de Gabrielle, Germaine et Yvette, 3 ans. Certes le labeur ne manquait pas. En plus il y avait la ferme à faire valoir : quelques champs éparpillés achetés et d’autres en location, deux ou trois vaches et les veaux.

alliances

Le mariage a eu lieu en 1939.

En 1942 leur est né Jean, le garçon de l’amour retrouvé après tant de souffrances. Adoré du papa et de la maman, c’était un enfant charmant, qui le leur rendait bien !

( 7 mai, 2016 )

Gabrielle Chapitre 10

                                  

               Chapitre 10

     

           Malheurs en cascade

 carrière 10

L’alcool étant devenu la raison de vivre de Marie-Louise, ce qui devait arriver arriva en 1936.

Elle était tout juste âgée de 35 ans.

Après deux jours d’hospitalisation à Coutances, la pauvre femme décédait et était inhumée au cimetière de cette même ville.

croix

1936 : vous vous souvenez ? L’année où Gabrielle donnait naissance à ses jumelles :

« La vie et la mort sont soumises à la destinée. »
Citation de Georges Clemenceau; Le voile du bonheur (1901).

 

 

 

François restait seul avec ses trois enfants, respectivement âgés de 11, 10 et 9 ans.

Deux années plus tard, le petit dernier, René, décédait le jour de sa douzième année.

« François me racontait qu’il le veillait toute la nuit, occupé au travail de la carrière le jour », soulignait tristement Gabrielle.

( 6 mai, 2016 )

Gabrielle chapitre 9

                 Chapitre 9

             Malheureux mariage

 

Trois enfants vont naître de leur union, au village du Bouley, dans une très humble maison proche de la carrière. Un enfant par an de 1925 à 1927. Prénommés Gabrielle, André et René. Aucune contraception possible à cette époque !

Les locaux dans lesquels les ouvriers carriers étaient logés.

Les locaux dans lesquels les ouvriers carriers étaient logés.

Eliane, la cousine germaine de maman, se souvient de leurs jolies petites têtes frisées de jeunes enfants qui fréquentaient l’école communale.

Comme plusieurs de leurs petits camarades, les bambins auraient pu rester déjeuner le midi à la cantine, moyennant une petite somme d’argent que Marie-Louise, la mère devenue indigne, toujours assoiffée, préférait dépenser  en « goutte ».

calvados

La « goutte », terme patois pour désigner cet alcool fort issu de la pomme et du cidre, appelé Calvados, ou calva ou encore eau-de-vie, plus vulgairement gnôle ou tord-boyaux.plume sergent major

Il me revient en mémoire cette phrase inscrite sur le tableau noir de l’école des filles, régulièrement découverte le matin en tant que sujet de leçon de morale à expliquer et à recopier, de sa plus belle écriture, à l’aide de la plume molle ou dure Sergent-Major trempée dans l’encre violette, à essuyer ensuite avec le buvard rose :

« L’eau-de-vie devrait s’appeler l’eau-de-mort ».

buvard

Une fois les trois petits élèves revenus à la maison sise à deux bons kilomètres de la demeure familiale, la marâtre les enfermait dans un tonneau, le temps du repas de François, non prévenu de la situation. Les bambins, affolés par la promesse d’une friction aux orties s’ils parlaient, restaient muets, blottis les uns contre les autres, dans la sordide cachette et repartaient, le ventre vide, vers l’école communale.

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