( 27 avril, 2016 )

Gabrielle Chapitre 3

                                            

                       Chapitre 3

 

           Enfance et pré-adolescence

 

Les parents de Gabrielle, après avoir vécu quelques années à Saint-Jean-de-la Haize, partirent sur une ferme un peu plus grande à La Lande d’Airou. Ils y exploitaient une centaine de vergées, avaient une dizaine de vaches et trois chevaux dont une jument bien docile qui se laissait facilement traire.

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Gabrielle, fragile des bronches et souvent malade, garde le brûlant souvenir de la satanée teinture d’iode appliquée, à l’aide d’une plume de volaille, sur la peau du dos, remède violemment réchauffant.

Ancien flacon de teinture d'iode

Ancien flacon de teinture d’iode

A l’école elle allait à petits pieds, celle des filles exigeant un parcours plus important que le chemin des garçons, plus veinards.

Quand elle atteignit ses huit ans, elle partit avec ses six frères et sœurs, vers une autre ferme, un peu plus grande, au Mesnil-Garnier.

Du temps de la Grande Guerre, la vieille dame évoque les jours de marché à Villedieu-les-Poêles. Les pleurs sur les visages rencontrés des mamans vêtues de noir signifiaient la perte d’un enfant récemment tué au combat.

« Ca nous marquait, nous, les petits, de voir tant de gens en larmes ! ».

Du haut de ses toutes jeunes années, la fillette découvrait le malheur des autres.

( 26 avril, 2016 )

Gabrielle Chapitre 2

                         Chapitre 2

 

                Vies d’enfants si fragiles

carrière chap 2 

Q

ui eût cru qu’un bébé d’une livre et demie (750 g) pourrait survivre dans les années 1910 ?

Le frère jumeau de Gabrielle devait être de constitution robuste pour se frayer un chemin dans la vie avec un tel handicap de départ ! Est-ce le lait de jument, si sucré, dont leur mère les a nourris, son frère et elle, et dont elle a encore le goût en bouche, qui les a sauvés ?

Quand, à son tour, elle a donné naissance à ses jumelles, cinq livres (2500 g) les deux, les couveuses n’existaient évidemment pas.

Pour laisser au chaud les petites, la confiante maman a vite tricoté des langes et des chemises en vraie laine de brebis, actionnant vivement les aiguilles fabriquées par elle, choisies dans les plus fines et jolies branches prélevées dans les fagots de noisetier liés par l’époux l’hiver précédent.

Nourries de son lait, elles ont grandi, bien à l’abri dans leurs habits de gros tricot aéré pour laisser respirer leurs frêles peaux. Le docteur ne pouvait que constater les bienfaits de ce tissu et disait, à chacune de ses visites : « ça sauve bien des bébés ! ».

( 25 avril, 2016 )

Gabrielle- Intro et chapitre 1

 L’hiver 2004, j’ai eu la joie de rencontrer Gabrielle, une dame très âgée, au passé riche en événements dramatiques, joyeux ou fort tristes. Humble vie d’épouse de carrier, « carrioux » comme on disait en patois.

Puisque la mode est aux feuilletons, je propose aux quelques  fidèles lecteurs et lectrices de mon blog d’évoquer cette vie dont  j’ai pu recueillir le témoignage, avant la disparition de Gabrielle, peu d’années après.  Peu ou pas de photos.  Une douzaine de chapitres. Aucun nom de famille, aucun nom de lieu précis sauf celui de la carrière de Saint-Denis-le-Vêtu, aujourd’hui désaffectée depuis longtemps et qu’ont envahi bois et taillis, dans ou près de laquelle se déroule une partie de l’histoire.   

Les photos des paysages ont été prises sur les lieux ou aux alentours de la carrière exploitée par François, le patron carrier, le mari de Gabrielle.

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                                     Chapitre 1

           

           Première rencontre

 

 

 

A l’automne de l’année 1910, dans une petite commune toute proche  d’Avranches, est née Gabrielle, suivie, à quelques minutes d’intervalle, de son frère jumeau, derniers-nés d’une famille de 7 enfants qui comptait une autre paire de jumeaux (garçon et fille également). Une sœur aînée, âgée de 98 ans aujourd’hui, vit encore chez une fille et le dernier frère est décédé il y a 6 ans.

 

 

Petite dame de 93 printemps, Gabrielle vit seule dans sa modeste maison de campagne, non loin de Coutances. Un feu, unique chauffage, l’hiver, crépite dans la cheminée surélevée pour éviter que la fumée envahisse la pièce.

Gabrielle est encore très alerte et, à mon arrivée, débarrasse prestement les restes de son frugal repas.  Un coup de chiffon sur le tapis et nous voilà prêtes pour une longue conversation passionnante. Le temps n’a plus de prise sur nous. Nous partons vers une époque lointaine, riche en souvenirs qui remontent peu à peu à la mémoire de Gabrielle.

« L’âme rurale a en elle toutes les fondations », disait Gaston Roupnel.

( 23 avril, 2016 )

Etre vivant ou steak saignant ?

Au loin, dans l’herbe rase du champ voisin, j’aperçois une tache blanche. Future cataracte ou yeux mal éveillés, je distingue à peine de qui il s’agit. Sac plastique à engrais ? Eclat d’astéroïde ? Gros chat blotti, chassant ?

Je m’approche de la clôture et découvre un petit veau quasi tout blanc dormant paisiblement, juste né de cette nuit. A quelques pas de là, sa maman broute en le bien surveillant.

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Mystère de la naissance, joies de la maternité pour nous les mammifères animaux et humains !

Une belle journée s’offre à cette vache et son bébé, partagée entre longues siestes et tétées au pis gonflé de bon lait tiède.

A moins que …, à moins que …

Ce soir, suis retournée au champ pour la balade avec mes amis chiens.

Le petit reposait sur une couche du foin tombé du râtelier. Maman et ses copines grignotaient l’herbe séche.

Le merle noir lançait sa mélodie, du sommet du grand chêne avant d’aller dormir. Tout était calme pur, douceur, amour, tendresse et noble paix pour cette nuit encore.

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Ce matin, le petit était occupé à téter. La grande vache blanche attendait patiemment qu’il ait bu sa ration. Lui enfin repu, la maman reprendrait son broutage interrompu.

Vision d’un paradis sur terre, sans prédateurs, oserais-je dire sans la plupart des humains !

Trois hommes sont passés sur le chemin. Se sont dirigés vers le champ pour s’emparer de la maman et du bébé, les rapprochant de la stabulation, future prison du petit et usine à lait pour la mère.

J’ai encore eu la joie de les voir ensemble jusqu’à la traite du soir vers 18h. Si éphémère joie, déjà salie par le sort à venir. La vie en dents de scie, toujours et encore : l’on rit et puis l’on pleure….

Ensuite l’air s’est empli d’insistants meuglements, de hurlements lugubres, d’appels se répondant, de cris s’éternisant, de plaintes incessantes.

Ils ont passé la nuit à chercher sans comprendre, se chercher sans se voir, à pleurer leur malheur, à gémir de douleur…

Dans l’indifférence générale…, les hommes s’endormant du sommeil du juste, du tellement cruel, pour la bonne cause, le fric et le gros steak à dévorer…

Et dans ce steak saignant, vivait un petit veau trop tôt séparé de sa mère et qui l’a tant pleurée ….

Et dans ces grasses tripes, vous mangerez la mère qui a tant pleuré ses petits !

Dessins pris sur site de coloriage.

 

( 23 avril, 2016 )

Et si Pandore avait…

Pour la revue Les cahiers d’Equinoxe, j’ai écrit un petit article sans prétention sur le thème conseillé : la Grèce. Voyageons un peu sans bagages ! 

 

 

 La une de couverture du livre d’Histoire de ma classe de sixième.

La une de couverture du livre d’Histoire de ma classe de sixième.

                              

Docile telle une élève venant de découvrir le sujet de sa rédaction, au risque de paraître ridicule je vais l’aborder, en avouant que je ne suis jamais allée en Grèce et n’irai probablement jamais.

Pour me consoler, je me dis que « L’homme n’a pas besoin de voyager pour s’agrandir ; il porte avec lui l’immensité », dixit Châteaubriand.

La Grèce, son ciel éternellement bleu, sa mer limpide, son sirtaki, ses îles et ruines de temples aux colonnes dressées, Nana Mouskouri, Georges Moustaki, Mélina Mercouri et les Papandréou, les Papadopoulos, le roi Constantin et sa jeune reine Anne-Marie puis le régime des dictateurs, Aphrodite, Zeus, Poséidon, Apollon et Dionysos, le tout dans un joyeux mélange. Un mot de cinq lettres  chargé  d’images passe-partout et d’un seul souvenir de petite fille que je vais évoquer.

Constantin et Anne-Marie

Un pays découvert en classe de 6ème, il y a plus d’un demi-siècle, au travers de mon livre d’Histoire intitulé « Orient et Grèce », publié  sous la direction de Joseph Sécher aux Editions J. De Gigord. 

En le feuilletant plus d’un demi-siècle plus tard, je m’aperçois que j’en ai retenu si peu de choses ! Rien de la Guerre du Péloponèse, de la chute d’Athènes, du siècle de Périclès et des Guerres Médiques. Rien non plus des colonies grecques, de la civilisation ionienne ou de la Confédération de Délos. Tout juste âgée de 11 ans, j’étais davantage préoccupée par des histoires ou légendes dans l’Histoire, moins compliquées, plus évocatrices.

Il ne me reste donc de ce livre que cette vague histoire  de la boîte de Pandore.

boîte

Qu’était-ce donc, cette boîte ? Je ne connaissais des boîtes que ces contenants de chaussures nouvellement achetées, cette caissette en bois dans laquelle je glissais, le dimanche soir, avant de quitter ma famille pour deux semaines d’internat, la base de mes goûters : biscottes, chocolat en tablette, tube de lait Nestlé sucré, pot de beurre et autres douceurs. Une boîte, peut-être un cadeau-mystère d’anniversaire ou de Noël, ou encore la boîte à outils de mon père ou celle à couture de grand-mère Louise. Que pouvait donc cacher Pandore dans cette boîte ?

Je me souviens être souvent revenue sur ce paragraphe, parce que mystérieux objet à l’étrange contenu.

J’avoue que, si Bruno n’avait pas suggéré ce thème pour les Carnets d’Equinoxe, je n’aurais jamais retrouvé l’exact contenu du coffret de la dame d’argile.

Que cachait donc Pandore dans cette boîte ?

Intermède-devinette-question à dix drachmes, vingt didrachmes, cinq tétradrachmes, allons jusqu’à un talent d’une valeur de six mille drachmes ! A vous de répondre ! Silence ?

 

Tétradrachmes de la Grèce antique

Tétradrachmes de la Grèce antique

 

Au grenier j’ai retrouvé le manuel d’Histoire et y ai découvert, à la page 110, l’histoire de cette satanée Pandore qui a, un jour, désobéi et  provoqué tous les malheurs que, encore en  ce vingt-et-unième siècle, nous devons subir !

Tétradrachmes à la chouette

Tétradrachmes à la chouette

Toujours tellement d’actualité, cette urne que reçut la femme façonnée d’argile et d’eau, dotée de tous les traits de caractère d’une femme, bons ou mauvais et de tous les dons, qu’Epiméthée, le frère de Prométhée épousa, dit la légende de la mythologie grecque.

Un récipient dans lequel étaient conservés tous les maux de l’humanité (vieillesse, maladie, famine, tromperie, vice, passion, guerre, folie, misère). Avec l’interdiction d’ouvrir cette urne, sa vie durante.

 

Vous devinerez la suite. La vilaine curieuse, au soulever du couvercle, vit s’envoler tous les maux vers la Terre et refermant précipitamment le récipient sur l’ordre de Zeus, en n’y retenant, au fond du contenant, que l’Espérance, captive à tout jamais.

Et si la femme de terre et d’eau n’avait pas soulevé le capuchon, où donc en serions-nous aujourd’hui ?

Photo empruntée sur Wikipédia, l’Encyclopédie Libre. Toile de John William Waterhouse (1849-1917), peintre britannique célèbre pour ses tableaux de femmes issues de la mythologie.

Photo empruntée sur Wikipédia, l’Encyclopédie Libre. Toile de John William Waterhouse (1849-1917), peintre britannique célèbre pour ses tableaux de femmes issues de la mythologie.

Je sais, ce n’est qu’une légende de la mythologie grecque. Quant à celui qui l’a racontée ou posée sur manuscrit, était-il, lui aussi, écœuré des viles actions commises par les hommes de son époque, viles actions toujours perpétrées depuis lors et dont les médias, à longueur de  journaux, nous rebattent oreilles et yeux ?

Un bon conseil : si jamais vous découvrez la boîte de Pandore, courez chercher un pied de biche et ouvrez le couvercle pour que soit enfin libérée l’Espérance, cette foi en un monde meilleur, sans attentats, guerres, famines, tsunamis, épidémies, barbarie,trahisons, cruautés, mensonges et autres cataclysmes.

( 19 avril, 2016 )

La solitude, amie ou ennemie ?

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » a dit le poète Alphonse de Lamartine (1790-1869).

Tellement beau, ce poème de Lamartine sur la solitude, écrit en 1820 !

 "La solitude, souvenir du Vigen", Jean-Baptiste Corot, 1866, Musée Thyssen-Bornemisza Madrid

« La solitude, souvenir du Vigen », Jean-Baptiste Corot, 1866, Musée Thyssen-Bornemisza Madrid

 

 

            L’isolement

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.
Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.
Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis :  » Nulle part le bonheur ne m’attend. « 
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !
Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un œil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.
Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire;
Je ne demande rien à l’immense univers.
Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !
Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ;
Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !
Que ne puis-je, porté sur le char de l’Aurore,
Vague objet de mes vœux, m’élancer jusqu’à toi !
Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi.
Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !
Solitude, de Jean-Luc Olivier

Solitude, de Jean-Luc Olivier

( 15 avril, 2016 )

Epines en fleurs

Tels cette épine éclose,

Blanche, immaculée,

Aux pointes acérées,

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Ces fleurs de camélia

Si fières sur leur tige,

Le lendemain fanées,

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Ce petit ru chantant,

Nourri par les nuages,

Asséché en été,

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Ce généreux sourire

Usé par les années

Et maintenant crispé,

 

 

 

 

 

Fleur minérale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces journées défilant,

Le matin si joyeuses

Et cauchemars la nuit,

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Ainsi passe ma vie,

Toujours en dents de scie,

Ballottée par les ans.

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Et la vôtre, amis,

Enfer ou paradis,

Oasis ou désert ?

( 14 avril, 2016 )

La baignoire à quat’sous

Il faut avoir déjà vécu au moins six décennies pour comprendre cette photo.

Avoir vécu à la campagne, là où l’eau courante venait du puits, remontée jusqu’à la pompe dont nos jeunes bras actionnaient le balancier.

Pas de baignoire. Pas de douche.

Un petit cabinet de toilette avec le strict minimum pour la propreté.

Et les enfants, comment les lavait-on ?

Maman utilisait cette cuvette de zinc, ovale à moitié pleine d’une tiède eau chauffée dans le chaudron posé sur le trépied dans la cheminée ou accroché à la crémaillère, sous un bon feu de bois.

               Sur la photo, ma sœur, à droite et moi.

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Temps de l’insouciance, de l’innocence, de la pureté.

Temps des croyances au père Noël et au petit Jésus.

Temps des rêves au prince charmant et au bonheur à venir.

Heureux temps à jamais disparu !

 

( 13 avril, 2016 )

Tristesse

La vie est une longue blessure qui s’endort rarement et ne guérit jamais.        
George Sand in Lélia (1833)
( 11 avril, 2016 )

Petite anatomie d’une maison … avec médon

Chacun possède, dans son habitation, salle à manger, salon, chambres, salle de bain, toilettes et parfois cagibi, cette petite pièce au nom familier signifiant débarras-réduit-placard, dixit Le Petit Larousse. Quant au Littré en sept volumes offert par mon amie Paulette après le décès de son mari écrivain Raymond Yxemerry, il ne cite même pas ce mot, trop « domestique » peut-être. 

Paulette et Raymond Yxemerry, assis. Mon mari, Claude, debout.

Paulette et Raymond Yxemerry, assis. Mon mari, Claude, debout.

A propos de l’appellation « médon », puisque toutes les générations de la famille Leconte-Guilbert ayant toujours nommé ce cagibi ainsi, rien de rien du tout, nulle part sauf en tant que nom propre !! 

Médon, fils d’Oïlée, un des meneurs achéens de la guerre de Troie.

Médon fils d’Anténor, guerrier troyen à la guerre de Troie.

Médon fils de Codros, roi d’Athènes.

Médon, fils de Cisos, roi d’Argos. 

Ou encore Médon fils de Pylade, fils de la sœur d’Agamemnon.

Nous voilà bien savants maintenant !

Un oubli de ma part : Médon est aussi une localité du département de Sassandra en Côte d’Ivoire. Je nous l’apprends ! 

Promenade au jardin en fleurs et légumes de légumes (on aperçoit les hautes tiges des asperges) après le repas de famille par jour de canicule car contrevents fermés.

1979- Promenade au jardin en fleurs et légumes (on aperçoit les hautes tiges des asperges) après le repas de famille par jour de canicule car contrevents fermés.

D’ailleurs pas besoin de prendre un billet d’avion vers l’Afrique pour nous rendre dans le médon, cette petite pièce de notre maison d’enfance, sise sous l’escalier qui montait à l’étage supérieur, exposée au Nord, avec petite fenêtre donnant sur la cour des bâtiments de la ferme : étable, laiterie, grange, pressoir…

 

Le pressoir familial

Le pressoir familial

 

La laiterie et une "voiture de pommes sous la neige" a écrit maman au dos de la photo.

La laiterie et une « voiture de pommes sous la neige »,  a écrit maman au dos de la photo.

Pas de chauffage donc assez fraîche pour y abriter les deux garde-manger suspendus, bien utiles avant l’arrivée du réfrigérateur. Après chaque repas, nous y entassions les restes à consommer le soir ou le midi suivant. Garde-manger vieillis par tant d’années de service, dont les cloisons finement grillagées, bien que grisâtres et poussiéreuses, tenaient insectes et rongeurs éloignés des mets. Il nous arrivait parfois, en montant sur l’escabeau pour atteindre l’assiette au fond de l’armoire-frigo, d’y découvrir un hareng saur à l’œil hagard ayant attendu trop longtemps la fourchette ou bien une saucisse avec reste de purée désormais impropres à la consommation !

hareng

« C’est pour le chien », décidait alors maman sans hésiter.

Plusieurs étagères abritaient les chaussures de la famille. Chacun sa planche à  hauteur différente et obligation de cirer très régulièrement ses souliers avec les produits issus de la boîte à cirage rectangulaire en bois. Seul papa était exempt de la corvée, celle-ci incombant à nous ou à maman puisque chacun sa tâche bien précise, l’homme ne pratiquant pas ce genre d’exercice il y a cinquante ans. En bas, étaient alignées les bottes en caoutchouc, hautes ou basses signées Aigle, outils indispensables dans une ferme. Une étagère accueillait les « bingots », corbeilles en paille liées à la ronce, œuvres de grand-père Joseph, réservées aux œufs des nombreuses poules pondeuses baguées selon leur année d’arrivée au domaine et accompagnées de crème et de légumes longtemps bouillis, sur les conseils d’Henri IV, selon la couleur de bague des plus âgées. 

Bingot : panier rond (du danois bing=huche)

Bingot : panier rond (du danois bing = huche)

Une fois la semaine, se tenait la corvée du délicat nettoyage de ces fragiles cocos dont l’un n’oublierait pas de se fracasser entre nos petites mains ! Un, pas de remarque ! Deux, « fais plus attention ! » ! A trois, cela n’est jamais arrivé, je l’espère ! 

oeufs carton

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Avec un chiffon à peine humide, nous essuyions les coquilles souillées de terre. Les œufs propres étaient dispensés du ravalement. Posés dans des cartons compartimentés, les fragiles coquilles et leur contenu partiraient, le lendemain, au marché où monsieur Thomelin, le marchand de beurre, crayon à papier vissé au sommet de l’oreille droite, les achèterait.

Je vous ai parlé de cette fenêtre qui donnait sur la cour, lieu de guet à chaque aboiement insistant du chien, pauvres Black ou Tom, enchaînés toute leur vie à leur tierre, cette chaîne d’environ trois ou quatre mètres reliant leur collier à leur niche, - coutume barbare aujourd’hui presque disparue, je le souhaite ! – annonçant une visite ! « Va voir qui vient ! » En avant toute pour le médon et son ouverture sur l’assaillant qui, lui, ne pouvait deviner notre regard inquisiteur !

"Vive les chiens libres de chaînes !", n'est-ce pas, Riri ?

« Vive les chiens libres de chaînes ! », n’est-ce pas, Riri ?

Nos parents nous ont-ils parfois menacées, ma sœur et moi, de punition d’un court séjour au médon en tant que pénitence ?  »Calme-toi ! Sinon tu vas aller au coin ! » 

Ce médon, lieu de séjour des pommes de terre, carottes, navets, ails ou aulx et oignons fort odorants venant, en ligne directe, du potager en attendant leur passage à la casserole ou au faitout !  

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Asperges à gratter puis liées en bottes avec ficelle, une botte par mangeur, maigre ou volumineuse selon la récolte de deux ou trois jours, fort prisées par la famille ! 

asperges

Le médon a disparu à tout jamais, peu de temps après le décès de maman, quand tout l’intérieur de la grande maison a été rasé pour ultérieure restauration. Mot rayé du vocabulaire pour toujours ! Adieu papa, maman, maison et ce fameux médon !!

Papa et maman au jardin en septembre 1979.

Papa et maman au jardin en septembre 1979.

 

( 9 avril, 2016 )

Anniversaire à la …Luchini !

 

Que poètes, bardes et ménestrels  me pardonnent ces rimailleries à la va-vite !

 

Trois filles en vadrouille dans  la rue des Juifs,

Sous le beau ciel bleu plein de goélands,

Trois amies conversent, non pas à Villejuif

Mais dans la cité de Dior Christian.

 

 

Luchini

 

 

 

Une p’tite librairie bien achalandée,

« Tiens, tiens, tiens ! dit la soixante-cinquenaire,

A Coutances, hier, me suis acheté

Dernier Luchini pour anniversaire.

 

Luchini

Luchini

 

 

 

 

 

 

Quatre yeux se croisent, en taisant leur « zut ! »

Car dans la voiture un paquet cadeau

Attend sagement dans son sac mais chut !

Dernier Luchini, le frère jumeau !

 Et encore Luchini !

 

 

Pas de temps à perdre ! Réfléchissons vite !

Mo attirant Mi vers l’autre boutique,

Je cours acheter une seconde pépite,

L’embarras du choix ! Un titre nautique ?

Zut, encore lui !

Zut, encore lui !

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire a fait rire nos trois p’tites personnes.

Rire bienvenu chaque fois qu’on peut !

Cure de jouvence que l’on affectionne !

Rire salutaire d’instants bienheureux !

 

 

 

 

( 7 avril, 2016 )

Pêcher mignon

Qu’il est joli, ce pêcher tout en fleurs, au verger !

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Quel péché ils commettent, ceux qui passent à côté de ce jeune prunus persica sans le voir !

Pêches Tétons de Vénus sur récipient chinois

Pêches Tétons de Vénus sur récipient chinois

Promesse de « Tétons de Vénus », de « Belles Chevreuses » ou de « Grosses mignonnes », variétés ainsi nommées par ce roi-soleil amateur de femmes et de ces fruits dont il faisait cultiver près d’une quarantaine de variétés en son parc de château ? Ou plutôt attente gourmande de  »Mékesdonques » ou encore de  »Kapadnon », à moins qu’il s’agisse d’ »incornifistibulésdontn’sétou » ? 

pêcher 2 O

 

 

 

Un bien long chemin il a accompli, ce petit arbre dont des restes ont été retrouvés datés du VIIe siècle avant Jésus-Christ. Probablement né en Chine ou au Tibet, il a emprunté la route de la soie pour amerrir en Méditerranée et remonter jusqu’à nos rivages manchois près desquels, ma foi, il s’acclimate fort bien puisque généreux en délicieux fruits presque chaque automne.

 pêcher 3 O

Symbole d’immortalité dans la tradition taoïste ou de longévité, son bois censé repousser les démons et ses fleurs semblables au teint de pêche d’une mariée.

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Symbole du printemps de retour enfin, du réveil de la vie, des oiseaux bâtisseurs, des fleurs sortant de terre, des feuilles éclatant des bourgeons et espoir d’un monde nouveau, aussi pur, aussi frais et serein, authentique et délicat que ce pêcher en fleurs au verger. 

pêcher 5 o

( 5 avril, 2016 )

Ah ! Ces fameuses bougies à souffler !

Et dire qu’il faut attendre la fin du repas, chez grappy et granny, comme partout ailleurs, pour accomplir ce geste symbolique de l’arrivée d’un an de plus, pour le passage des six à sept printemps de Laly, ce 1er avril, lendemain du jour anniversaire de sa naissance !

7 ans Laly 1 O

Il y a bien sûr eu le cadeau avant les coups de cuiller et fourchette mais cette bienvenue, dans la pénombre, des petites flammes vacillantes, accompagnées de l’éternel chant, en français, puis anglais et même en italien cette année, c’est un délice !

7 ans Laly 2o

Peu importe le genre de gâteau caché dessous les bougies quoique… »tout ce qui est chocolat nous intéresse », dirait Baptiste, 2 ans et 11 mois et demi, le frère de la reine d’un soir, particulièrement amateur de cet aliment produit à partir de la fève de cacao.

7 ans Laly 3 o

Sous l’œil attentif de maman Mélanie et de papa Romaric, le moment est venu de prendre une grande inspiration, le but étant d’éteindre l’ensemble d’un coup.

7 ans Laly 4o

De l’autre côté de la table, l’on est inquiet. « Moi aussi, je voudrais bien… », soupire Baptiste. Papa s’empresse alors de rallumer les mini flambeaux sous le regard illuminé du petit homme.

7 ans Laly 6

Une répétition générale en somme puisque le benjamin de la famille Duval va atteindre ses 3 ans le 14 avril prochain l Et l’on voudrait bien répéter l’exercice encore une ou deux fois mais les adultes ne le proposeront même pas ! Zut alors !

« Et la fêtée a bien fêté sa fête », comme diraient les Québecois !

 

  

( 4 avril, 2016 )

Féérie dunaire d’un après-midi printannier

Un ciel d’azur parsemé de nuages ailés. 

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Une taïga dunaire aux folles herbes d’oyats et élymes, tapissée de minuscules et délicates fleurs d’un rose tendre.

 

Aucune présence d’un coquin vent perturbateur, un long sentier de sable fin…

 

photo  panoramio.com

photo panoramio.com

Une cabane, ancien abri des douaniers, « entièrement recouverte par la dune au cours du temps, puis dégagée du sable qui la recouvrait et restaurée », lit-on, datée 1744. Nommée Cabane Vauban, du nom de l’architecte militaire de Louis XIV (1633-1707) et ingénieur de forteresses inexpugnables et de pittoresques maisonnettes, destinées à la défense des côtes au temps de la Marine Royale. Triste sort de cette cabane gîtant au creux du vallon sableux, splendeur évanouie d’un poste de garde autrefois superbe, perché au sommet de la dune, par les étroites ouvertures duquel douanier ou soldat, l’œil toujours aux aguets, attendait l’imprudent contrebandier ou le navire ennemi.

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Et puis soudain, l’apparition d’une quarantaine de petits cabanons de bois, ces cabines peintes aux coloris d’un arc en ciel revisité.

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Dames emblématiques fièrement posées sur la dune.

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Peintes et repeintes quasi annuellement selon les vœux des autorités du lieu.

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Construites dans les années 1920 dans le but d’un discret enfilage de maillot de bain pour ces bourgeoises trop pudiques, anéanties en 1940 par des ennemis peu soucieux de ces mini lieux de villégiature et reconstruites entre 1950 et 1980, à l’identique, abri prisé des nostalgiques du passé et image de marque d’un littoral bien fréquenté l’été.

A quelques pas, la mer et le roulis de ses vagues venant s’échouer sur le sable, au montant de la marée du jour.

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Enfin, trois inséparables copines oubliant momentanément maux et vicissitudes de leur vie.

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Ravissant délice de béatitude enchanteresse, de nirvana extatique et de relaxation voluptueuse. 

A renouveler deux fois l’an ou plus si nécessaire !   

 

( 3 avril, 2016 )

Voleur enfin capturé

Surpris en flagrant délit de consommation illicite d’avocat, un individu de sexe non déterminé, de couleur plutôt sombre et de langue inconnue a été placé en garde à vue ce matin.

Interpellé sur le pourquoi de son agression goulue envers cette grosse baie verte à unique pépin originaire du Mexique, le profiteur est resté muet bien que semblant très agité dans son box grillagé. souris 1

Une récidive qui risque de lui coûter cher puisqu’ayant aussi abusé, il y a une semaine,  d’un généreux morceau de ce tubercule, lui aussi d’origine sud américaine vulgairement appelé patate.

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L’avocat commis d’office s’est alors rendu sur le lieu de détention du pillard pour lui poser quelques questions.

souris 3Auxquelles questions le gourmand malandrin a enfin daigné répondre, les dents cependant fort serrées.

« -Pourquoi vous attaquer à ces aliments interdits ?

-Vous êtes drôle, vous ! Je n’avais pas accès aux autres mets dont je rêve !

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-Comment vous êtes-vous fait prendre ?

-J’ai un gros penchant pour le fromage, ce qui m’a directement jeté dans la gueule du loup puisque portion de comté fort odorant à ma portée dans cette cage grand ‘ouverte !

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-Que pensez-vous de ces pratiques de capture ?

-Je vais porter plainte auprès du tribunal des arnaques et demander le retrait de ces pratiques humiliantes pour notre caste, bien que moins bestiales que leurs ancêtres, ces tapettes antiques vous saisissant par le cou jusqu’à ce que mort s’en suive. N’empêche que, si je n’avais pas tant aimé pâtes pressées, molles, fraîches et persillées, je courrais encore ! 

-A quel verdict vous attendez-vous, la mort ou la prison à vie ?

-Un ami de ma race m’a, ce midi, textoté que la présidente du tribunal préfère punir d’exil plutôt que de prison ou de mort. Refaire sa vie ailleurs, ça me tente ! »

Il avait raison, ce coquin ! 

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Moi, présidente, j’ai délicatement soulevé la geôle placée une ou deux fois l’an dans le cagibis-débarras lorsqu’éphémère apparition de petit rongeur, murmuré quelques mots tendres au gourmand pour calmer sa frayeur, emmené le convoi vers le tas de bois du grand champ et, sous l’œil reniflard des chiens, libéré le petit, bien vite parti dessous les branches.

Tous deux avons alors humé le prix de la liberté !!!!! 

 

 

 

 

( 1 avril, 2016 )

Un poisson noyé dans son bocal

Dans la vie, tout tient à un sourire, un geste…  
Georges Perros  Correspondance (1960-1971).
C’est ce que j’ai tenté pour nos lecteurs du journal (faire sourire) en cette période du 1er avril.
Article jugé trop porteur d’idées de braquage de conteneurs pour y trouver billets de banque et espèces sonnantes, m’a-t-on répondu en plus haut lieu ! 
La gent humaine serait-elle stupide à ce point ?
cabu-peut-on-rire-de-tout-650x50Et vous, que feriez-vous après lecture de cet article qui ne paraîtra pas puisque censuré.
J’imaginais déjà avec plaisir provoquer un sourire des lecteurs.
Premier sourire d’une journée plutôt morose ou bien autre sourire ajouté à la collection pour ce jour joyeux !

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L’origine de cette farce du poisson d’avril ?

Si, comme moi, vous ne vous souveniez pas de l’existence de l’Edit de Roussillon en 1564, je vais nous instruire quelques secondes, en quelques lignes. Désolée pour ceux qui connaissent leur Histoire de France par cœur, ceux qui détestent l’Histoire ou encore ceux qui n’ont pas le temps !

Sous Jules César, en 46 avant Jésus-Christ, l’année débutait le 1er mars, en hommage au dieu de la guerre Mars. Cela s’appelait le calendrier julien.  Il en reste encore aujourd’hui des traces dans les noms de nos mois. Prenez octobre (octo = 8), novembre (novem = 9) et décembre (decem = 10)  alors qu’ils sont désormais les dixième, onzième et douzième mois de l’année.

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Car voici comment comptaient les Latins : Unus, duo, tres, quattuor, quinque, septem, octo, novem et decem. One, two, three…..  Un, deux, trois…

Ce calendrier adopté en Europe restera en vigueur jusqu’à ce que l’Eglise s’en mêle  avec l’apparition de la venue du Christ et de la fête de Noël. Vers l’an 532, l’Église décide de faire commencer l’année au 1er janvier, suite à la naissance de Jésus.

Dans certaines régions de France, on ne l’entend pas de cette oreille. Pâques, anniversaire de la résurrection du Christ, est le nouvel an. Dur, dur car Pâques n’est jamais à la même date car correspondant au premier dimanche après la pleine lune de printemps.

Charles IX (Wikipédia)

Charles IX (Wikipédia)

C’est Charles IX (1550-1574), alors âgé de 14 ans !  qui, guidé par sa mère Catherine de Médicis (1519-1589) et Michel de L’Hospital (1506-1573), Grand Chancelier ou, si vous préférez, Premier Ministre, par cet édit de Roussillon fixe la date du 1er janvier comme début d’année. Mesure qui prendra effet le 1er janvier 1567. Ce sera notre actuel calendrier grégorien, du nom du pape Grégoire XIII (1502-1585).

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Mis à part le calendrier républicain instauré par les révolutionnaires en 1789 et supprimé en 1805, personne ne s’y retrouvant dans ces noms de mois fantaisistes, faisant fi des anniversaires religieux (Noël, Pâques…) bien ancrés, aucun homme politique n’a, depuis lors, osé relever le défi d’un nouveau changement de calendrier !

Revenons à notre Poisson d’Avril ! Avril parce que c’était autrefois le début d’une nouvelle année, Poisson parce que c’était la fin du carême pendant lequel la seule viande autorisée était le poisson.

Et puis si inexactitudes dans ce texte, on les mettra sur le dos de cet animal marin farceur ce jour du 1er avril !

A bon plaisantin salut !

 

 

 

( 26 mars, 2016 )

Inquiétant passage

"Moi, je sens, je sens ...une musaraigne !"

« Ca ne me dit rien de bon, cette odeur de fauve ! »

 

Ce matin, Nana est curieuse, voire inquiète.

 

« Il est encore passé par là, franchissant le talus pendant que je dormais. C’est trop fort, cet intrus qui profite de la nuit pour souiller notre terrain de jeux ! « 

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Au fait, vous ne connaissez peut-être pas Nana Long Nez. Je vous la présente en images. C’est la fille black et celui qui est à ses côtés, le petit gris, il s’agit de son copain cocroquetteux Scottish.

« Quel est ce malotrus, fauteur de troubles qui, encore venu nuitamment, -ah, le lâche, pendant que nous n’y sommes pas ! – a souillé notre terrain de jeux ? Pas de signature, bien sûr ! 

S’agirait-il d’un mustélidé Melles melles, trappu et court sur pattes, qui se fait appeler blaireau ?

Ou bien d’un canidé Lupus lupus, notre cousin germain, celui qui a mal tourné puisque porté sur le commerce illicite des poules, hebdomadairement chassé par une horde de fusils mal réglés ? Si maman se dit protectrice de toute gent animale et destructrice de tout ce qui porte arme pétaradante ou tranchante, nos opinions divergent quant à la pénétration ni vue ni connue sur notre sacro saint sol privé !

En tout cas, ça c’est sûr ! Une passion en commun, le terrassage creusage hersage labourage fouinage de terre végétale ! Et dire que des hectares de champs alentour ne lui suffisent pas !

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De ma mémoire de chienne intelligente, je ne me souviens pas avoir jamais signé un quelconque parchemin de droit de passage sur ce lopin Duval de la Mauvillère !! Oserai-je vous dire qu’en plus, cet imposteur sans foi ni loi dépose près de ses fouilles ce qui, dans notre capitale lutécienne, est taxé de 68 € quand déposé hors dépôt légal ! Chacun chie chez choi, enfin !

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Moi, syndicaliste déléguée de Force Ouvrière Canis Lupus familiaris, je vais de suite en référer à notre maman, présidente chevelue responsable de nos balades, pâtées et caresses. Elle saura y faire bien que sans grand nez pour constater par humage les dégâts causés ! 

A vous tous, bon vent et chacun chez choi ! Parole de Nana ! 

 

 

( 25 mars, 2016 )

Poème – Au printemps de leur vie…

Face aux horreurs de la guerre et des attentats, à l’enfer des tranchées du côté de Verdun il y a juste un siècle, aux meurtres à répétition en France et Belgique et ailleurs, commis au nom d’un dieu vengeur, que faire ?

Au printemps de leur vie

Pour la guerre sont partis

Cinquante-trois jeunes gars

Qui n’en reviendraient pas.

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Joseph, le père de maman est resté cinq années prisonnier en Allemagne et est rentré chez lui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils étaient la jeunesse,

La fougue et la hardiesse,

La fierté du village,

Tous dans la fleur de l’âge.

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Les filles de Saint-Denis

En rêvaient pour maris.

Ils seraient de bons pères

Et vivraient de leurs terres.

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Jules, le frère d’Angélina, la mère de maman n’est jamais revenu de la guerre, tué en 1915.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oh, ce jour du 2 août 1914 !!!

Le triste tocsin a sonné

Et les a appelés

Vers un autre avenir

Qui serait leur martyre.

 

Emmanuel était gai, enjoué...

Emmanuel, le mari de mon arrière grand-mère Louise, en est revenu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adieu, nos jeunes amis !

Votre vie est finie.

Il nous reste nos pleurs

Et notre grand malheur.

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Nous gardons seulement

Le long d’un monument

Vos simples noms gravés

Pour toute l’éternité.

Arsène à la barbe bien fournie, assis à gauche

Arsène à la barbe bien fournie, assis à gauche, est, lui aussi, rentré de l’enfer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Amis, si jamais vous passez

Près du Calvaire, pensez

A ceux qui sont partis

Au printemps de leur vie.

 

( 25 mars, 2016 )

Larmes

Ne se tariront-elles jamais, ces larmes ?

Au goût âcre d’angoisse et de colère,

Elles sont contre la peur mes seules armes,

Pauvre défense en quoi je ne crois guère.

 

L'arbre aux larmes

L’arbre aux larmes

 

Contre l’indifférence et le mensonge,

L’égoïsme, la froideur, la traîtrise,

Elles deviennent sur mes joues éponge,

Croyant noyer de l’humain la sottise.

 

Une fois la source du ruisseau tarie,

Haine, rancune et vengeance dissipées

Laissent place à l’espoir d’une autre vie

De tendresse, partage, humour et paix.

 

 

 

( 24 mars, 2016 )

Epicure et la famille Pâquerette

“L’homme qui ne se contente pas de peu ne sera jamais content de rien. ” 

Toujours d’actualité ce monsieur Epicure qui enseignait à ses élèves et amis sa philosophie ici résumée en deux mots : savoir se contenter de peu et apprendre à discerner les vrais des faux plaisirs.

Copie d'un original British Museum

Copie d’un original British Museum

Né sur l’île grecque de Samos, en mer Egée, il y a fort longtemps puisqu’en 341 avant Jésus Christ, le fils de l’instituteur et de la magicienne avait raison de nous conseiller l’exclusion de tout ce qui est inutile, pour privilégier les bons plaisirs sains, dame prudence se faisant alors la conseillère de ces choix de plaisirs.

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Au fait pourquoi, ce matin, ces propos pseudo philosophiques ?

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Parce qu’hier j’ai rencontré la famille Pâquerette appliquant à la lettre la maxime du sage de l’Antiquité.

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Visualisez une ancienne traverse de chemin de fer devenue piquet de clôture sur le talus du champ bordant la voie d’accès à notre demeure.

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Et au sommet de ce pieu rectangulaire quatre jolies pâquerettes et leur progéniture y ayant élu domicile.

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Se contenter de peu, certes dans un centimètre carré d’une fente, dans le cœur de ce poteau, provoquée par la succession des périodes humides et sèches  quand cette partie du chêne appartenait encore à la SNCF.

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Etre content de peu, oui car les princesses en robe immaculée et cœur de velours or semblaient fort épanouies, souriant à la vie et croissant fièrement dans leur squat élevé.

 

Un squat aux murs habillés de lichens, signe de pureté de l’air.

Ce matin de notre rencontre, les demoiselles Pâquerette de chez Bellis Perennis (en français Elégantes Eternelles) avaient convié monsieur du moucheron fringant venu leur tenir conversation ainsi que dame araignée, la tisserande occupée à confectionner une nouvelle toile. De bien charmants amis !

paq6Le soir venu, je leur ai rendu une autre visite. Bercées par la clarté lunaire, elles s’étaient paisiblement  endormies. Approchant mon oreille au ras de la traverse, j’ai  entendu le bruit ronronnant d’un train, encore ancré dans le vieux bois et qui avait bercé la famille Pâquerette jusqu’à l’endormissement. 

 

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J’aimerais tant me

contenter de peu, être contente de petits riens !


Pourquoi vouloir toujours davantage ? 

 

Est-ce mon lot à moi seule ou bien un souhait commun à ceux qui n’ont pas encore trouvé sagesse et paix en eux ?  

 

 

 

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